OS I was good

J'étais bonne

mardi 20 octobre

"SALON"


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J'inspire. J'expire. Parce que ça ne peut pas être vrai. Je ne peux pas être de retour dans ce foutu salon qui m'a tout pris, qui m'a vue pleurer, qui m'a vue violentée, qui m'a vue détruite. Je refuse d'être de retour ici, je refuse de m'y retrouver. Je ne veux pas je ne veux pas je ne veux pas.

Et pourtant c'est bel et bien là que je me trouve.

Père m'attend.

Il est là, dans la pièce, mais tout ce sur quoi j'arrive à me concentrer c'est ce foutu salon et ces décorations ridicules qui l'entachent, qui le transforment en pièce sale, en pièce moche. Je veux pas être là, je veux pas me trouver là. Je veux m'en aller, je veux partir d'ici. Il faut que quelqu'un vienne me sauver, il faut que quelqu'un vienne pour prendre ma main et m'emmener loin de cette pièce que j'exècre, très loin de cet endroit qui me donne la nausée, très loin de ce salon que je ne peux pas voir en peinture. Peinture. Il y a une peinture de nous quatre dans cette pièce. Il y a une œuvre d'art immonde que j'abhorre plus que tout au monde, il y a un tableau terrible, un tableau qui représente la Miya que Père et Mère voudraient que je sois mais que je serais jamais, il y a une représentation de la famille Ryuū dans son excellence, dans toute sa perfection.

Sur cette peinture, Père et Mère portent tous les deux leur costume d'apparat, leur plus belle pièce de chez le tailleur, leur plus beau morceau de tissus. Père est tout de noir vêtu, avec seulement quelques broderies dorées à quelques endroits tandis que Mère... Mère porte une robe rouge sang, qui contraste avec tout ce qu'il y a sur le tableau. Honnêtement, on ne voit que Mère. Kenji est vêtu d'un costume similaire à celui de Père, quoique moins luxueux, mais il n'en a pas moins de charme, au contraire. La simplicité de son vêtement sublime a beauté simple.

Et moi ? Moi je suis devant Mère, en canon. Je suis vêtue d'une robe qui ressemble à s'y méprendre à celle que porte ma génitrice, pourtant ce n'est pas exactement la même.

Je suis belle. Bien sûr que je suis belle, le peintre ne pouvait pas ne pas me rendre belle, je suis toujours belle. Mais sur cette peinture, sur ce tableau... Un frisson me secoue. Sur ce tableau je ne suis pas seulement belle, je suis également froide. Cruelle. Vile. Méchante. Tout ce que je me suis juré de ne jamais devenir, tout ce que je veux éviter d'être. Mais quand je regarde ce tableau, je m'observe et je me dis que je suis vraiment terrible, vraiment froide. Que je suis cruelle. Que je suis vile. Que je suis méchante. Quand je regarde ce tableau, je me sens minuscule face à la Miya que j'ai faillis être, face à la Miya que j'aurais dû être. Je me sens toute petite face à elle, toute petite et ridicule. Elle, elle est grande, elle est confiante, elle est parfaite dans tout ce qu'elle entreprend, elle est parfaite sur tous les points. Et moi, face à elle, je ne suis rien.

Rien de plus qu'un reflet médiocre.

Je hais ce salon.

Je le hais au plus profond de mon âme, au plus profond de mon coeur, au plus profond de moi. Je voudrais qu'il n'existe pas, je voudrais que tout cela ne soit qu'un rêve, je voudrais que ça ne soit pas la vérité. Je voudrais que je sois dans un de mes cauchemars, parce que j'ai au moins la certitude que je me réveillerais, alors que là, je n'ai la certitude de rien. Rien du tout. Je suis là.

Et c'est tout. J'existe. Je me contente d'exister.
Je hais ce salon.

Je hais tout ce qu'il représente, je hais tout ce qu'il est, je hais tout ce qu'il emprisonne, je le hais.

Je hais ce carrelage trop pur et trop propre, je hais ces fauteuils en cuir, je hais les coussins de ce canapé, je hais les lustres trop riches, je hais les tapisseries familiales, je hais les tapis qui décorent le sol, je hais tout. De la couleur des murs à la façon dont les meubles de cette pièce sont agencés. Je hais cette bibliothèque avec les archives de la famille, je hais ces peintures de mes aïeuls, je hais cette immense cheminée sur laquelle reposent les auges dans lesquelles reposent les cendres des anciens, je hais l'armoire vitrée dans laquelle reposent tous les trophées de la famille. Je hais ce salon, je le hais je le hais je le hais. Je voudrais le détruire, le mettre à feu.

Je voudrais le détruire.

Je hais ce salon.

Je hais les réprimandes que j'ai vécues dedans, je hais la façon dont les murs donnent l'impression de se refermer sur moi quand je suis dans la pièce, je hais les gifles que mon corps a déjà éprouvées ici, je hais les propos violents, acérés et froids que mes parents ont prononcés à mon encontre. Je hais ce salon du plus profond de mon être, je voudrais le réduire en cendres.

Je voudrais le détruire, brique par brique, morceau de ciment par morceau de ciment, tapisserie par tapisserie, fil par fil. Je voudrais qu'il se détruise d'un coup, violemment, sans prévenir.

Ce salon qui m'a pris mon enfance, qui m'a pris mes rêves, qui m'a tout pris.

Alors que j'étais douée.
J'étais forte.
J'étais belle.

J'étais plein de choses, et ce salon m'a tout volé, il m'a tout pris.

Je le hais. Je le hais du plus profond de mon être, du plus profond de mon coeur. Si on pouvait tuer un endroit, si on pouvait massacrer une pièce, si on pouvait détruire morceau par morceau, si je pouvais faire disparaitre ce salon de malheur...je le ferais. Je le ferais parce qu'il le mérite. Il mérite tout le mal du monde, il mérite de brûlé, d'être détruit, de suffoquer, de crever.

Je hais ce salon.


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#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage