Mords-moi encore
Roumanie,
Durant le TerrorTour 2051
@Aliosus Nerrah
Durant le TerrorTour 2051
@Aliosus Nerrah
***
Dimanche 13 août
Le jour cédait sa place à la nuit d’une façon qu’Yesenia n’avait jamais connue auparavant. Les teintes de rouge et d’orange laissaient des traînées se profiler dans l’horizon du village mi-sorcier, mi-vampire, tandis que le ciel noir s’abattait sur les toits, étouffant, écrasant, laissant à peine le temps d’entrapercevoir quelques torches aux flammes chaudes réchauffer les pavés parmi lesquels Yesenia et le reste du groupe se trouvaient. Il y eut ce temps, suspendu, qui lui parut être une éternité, où le village oscilla entre lumière et obscurité, durant lequel elle mémorisa chaque parcelle de la palette de couleurs qui se profilait devant elle.
Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle se tourna réellement vers le groupe constitué pour la visite nocturne, et qu’elle le vit. Son estomac se contracta douloureusement, malgré les mois qui s’étaient écoulés, pansant les plaies du manque, et de l’amour perdu. Ces blessures qui constellaient son cœur étaient toujours là, réouvertes, d’une douleur vive, qui émanait de sa poitrine et grimpait jusqu’à sa gorge telle une morsure glacée.
Elle l’avait entraperçu, le jour premier, pensant tout d’abord être sujette à une potion ayant mal tournée, celle qui fait tourner les têtes, et crée des illusions. Son cœur avait tambouriné, car c’était la première fois qu’ils se revoyaient depuis la rupture. « La dernière fois que nous nous sommes vus, nous étions encore ensemble, lèvres contre lèvres. » pensa-t-elle. Elle avait ensuite chassé l’illusion de sa tête. Et le lendemain, pourtant, il était toujours là, ainsi que le surlendemain, dissipant ses doutes sur sa propre folie où l’ivresse d’une boisson trop corsée. Yesenia avait particulièrement prit soin de l’éviter toute la semaine. Le son de sa voix, son odeur, sa gestuelle, tout, lui était insoutenable. Il n’était plus sien. Elle n’était plus sienne. Et la souffrance avait baigné son cœur bien plus encore.
Des tas de questions s’entrechoquaient. Comment allait-il ? … Que faisait-il ici ? … Pensait-il encore à elle ? … Était-il passé à autre chose ? … avec quelqu’un d’autre ?
Les ruelles pavées s’entrecoupaient de manière étrange, et si peu conventionnelle qu’il était difficile pour Yesenia de suivre le mouvement, et la sorcière se retrouva rapidement à la traîne sur le groupe, tandis que son esprit ne pouvait se résigner à laisser vagabonder toutes ses questions, et les hypothèses qui allaient avec, cherchant parfois son regard, lors d’un arrêt par le guide touristique, tentant d’obtenir une approbation silencieuse de celui qu’elle avait aimé, qui signifierait « je suis d’accord pour discuter. » puis, baissant la tête nerveusement, quand le courage la perdait.
Et puis, leurs yeux se rencontrèrent enfin.