Un problème de taille
Matthew n'avait pas vraiment prévu de passer autant de temps dans ce jardin. Enfin, c'était lui qui avait demandé à s'y arrêter, alors il aurait peut-être dû se méfier de lui-même. Ses parents et lui profitaient de leur séjour à Galway pour se promener du côté de Salthill, et Élise lui avait fait remarquer les fleurs derrière les grandes pierres dressées. Il n'avait pas fallu lui proposer deux fois d'aller voir.✎ ─── NOTES ÉCRITES DANS LA MARGE ───
« Je crois que les grandes plantes ne partagent pas très bien. »
28 août 2051 · 17 h · Circle of Life, Salthill (Galway)
Entre sa première et deuxième année · avec @Alyona Farrow
Sa mère lui montrait des plantes depuis qu'il était petit. Dans leur jardin, au bord d'un chemin ou même entre deux pavés, elle trouvait toujours quelque chose à lui raconter. Matthew ne retenait pas forcément tous les noms, surtout les plus compliqués, mais il avait pris l'habitude de regarder ce qui poussait autour de lui. Élise s'était arrêtée un peu plus loin pour lire une inscription gravée dans la pierre, et il en avait profité pour examiner un massif voisin, son carnet à la main.
C'est là qu'il la remarqua.
Entre deux touffes bien plus hautes se trouvait une toute petite plante, avec quelques feuilles serrées près du sol. Matthew s'accroupit, posa son carnet sur un genou et écarta doucement un brin d'herbe, sans toucher à la pousse.
« Mais… comment tu fais pour avoir du soleil, toi ? »
Il regarda les plantes d'à côté avec suspicion. Elles avaient pris toute la place, ou presque. Peut-être que la petite était arrivée plus tard et n'avait pas réussi à se faire une place ? Il trouvait ça assez injuste. Sa mère lui avait expliqué qu'il ne fallait pas arracher les plantes pour les examiner, et il comptait bien respecter cette règle. Mais elle n'avait rien dit sur le fait de demander aux autres de se décaler.
Et si je pouvais juste pousser les grandes un tout petit peu ?
Il ouvrit son carnet et dessina trois feuilles qui ressemblaient surtout à trois taches. À côté, il écrivit : « Petite plante coincée entre les grandes. À surveiller. » Puis il ajouta un point d'interrogation, parce qu'après tout, il ne savait même pas si elle avait réellement un problème.
Des pas sur l'allée le firent relever la tête. Quelqu'un approchait. Matthew, toujours accroupi, désigna la petite plante d'un doigt prudent.
« Excusez-moi ! Vous savez si elle est censée rester aussi petite ? Parce que les autres ont pris toute la place, non ? »
✎ ── 338 mots
Dernière modification par Matthew Stevens le 21 oct. 2026, 17:38, modifié 1 fois.
Un problème de taille
28 AOÛT 2051, 17h,
CIRCLE OF LIFE GARDEN, GALWAY
Alyona, 21 ans,
CIRCLE OF LIFE GARDEN, GALWAY
Alyona, 21 ans,
Je ne sais pas où je vais, mais j'y vais.
Je m'enroule souvent dans cette pensée le soir, alors que mes pas m'éloignent du Jardin après ma journée de travail sans pour autant me ramener chez moi, pendant que mon cœur cogne avec folie et que les hurlements de la ville se glissent sur ma peau. Je ne sais pas où je vais, mais j'y vais. C'est une forme d'abandon : je m'offre au hasard, me laisse être emportée par un destin sur lequel je mise tout. Emmenez-moi loin, emmenez-moi ailleurs ; on raconte qu'on se transforme toujours sur le chemin.
Ainsi, je rentre rarement directement chez moi depuis quelques semaines, depuis le bal chez les Blackbirds pour être exacte. Parfois, je transplane jusqu'à Godric's Hollow pour passer du temps dans les Loges d'Hécate ; d'autre fois je m'en vais errer sans but dans ces endroits désertiques et immenses qui font la force de l'Irlande ; et quelques fois, encore, je m'aventure en ville, sors à un bar, marche dans les rues, m'efface derrière la foule. À quoi bon regagner mon minuscule appartement où seul le silence froid, glacé de solitude m'attend ? Je ne veux pas être la fleur qui fane et pourrit dans un vase parce qu'on l'a arrachée à la terre. Alors, je serai la graine que le vent emporte.
Aujourd'hui mes pas m'ont menée jusqu'à Galway, mais l'agitation estivale des grandes rues m'emplit la tête de fumée et d'un vacarme qui pourrait me donner la migraine. Je préfère vagabonder dans les coins moins fréquentés, plus calmes. Dans les jardins, par exemple.
La présence des moldus ne m'est plus dérangeante, je me suis habituée à leur mode de vie différent de celui des sorciers, j'ai appris à porter des vêtements plus passe-partout, à répondre à ceux qui m'interpellent avec un vocabulaire que je n'ai pas, à ranger ma baguette sans craindre de la savoir ou trop visible ou trop difficilement accessible. Il m'aura donc fallu une mise en pratique douloureuse pour comprendre que les cours d'études des moldus auraient pu m'être favorables. Mais je suis passée à côté. Je suis passée à côté de beaucoup de choses. Alors, désormais, je sors tous les soirs pour être là où personne n'aurait pensé me croiser.
Le jardin de Galway dans lequel je me promène est généralement calme, et pourtant parfois on peut être surpris. Surtout en été, où les touristes affluent et provoquent des face-à-face étonnants au détour d'un chemin. Je suis à l'aise mais alerte, sereine mais attentive. Je me laisse porter par le courant, comme souvent. Jusqu'à ce qu'on m'interpelle et que mon chemin dévie doucement hors de ses balises.
Je cligne des yeux, tombe sur un jeune garçon accroupi près des plantes, un carnet à la main. Un curieux dans un jardin, qui garde les yeux éveillés et les sens en alerte. Il me fait sourire par ce comportement qui sort de l'ordinaire et par sa question naïve mais jolie, qui trahit de grandes préoccupations pour une petite plante qui n'intéresserait pas grand monde. Les plus jeunes ont cette faculté extraordinaire à trouver dans le commun et les détails des interrogations très sérieuses qui remettent en question l'univers.
« Oh, ce serait dommage qu'elle soit empêchée, permets-moi d'y regarder de plus près. »
Je m'approche avec un sourire pour m'accroupir aux côtés du petit adolescent, l'air très concentrée, curieuse de mieux apercevoir cette plante qui le préoccupe et que je ne quitte pas du regard après l'avoir trouvée.
Mes doigts écartent, j'observe, compare, cherche à reconnaître l'espèce et à voir si elle manque vraiment de place. Comme je m'y attendais, ce n'est pas tout à fait le cas, malgré les présences imposantes des autres végétaux qui l'entourent et l'obligent à rester à couvert. Elle est petite, mais pas en difficulté.
« Je ne pense pas qu'elle soit gênée par les autres. Elle est petite, mais je pense qu'elle va le rester, et même que ça l'arrangera. Comme ça, elle continuera à ne pas être dérangée parce qu'elle ne manquera pas de place, et elle pourra profiter de ce que les autres plantes lui apportent. On ne le croirait pas, mais elle a bien choisi son coin ! Elle a tout pour se satisfaire. »
Alors il n'y a pas à s'inquiéter, tu vois ! J'offre un sourire rassurant au jeune garçon, non sans laisser mon regard traîner un peu sur son carnet.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Un problème de taille
Matthew suivit les gestes de l'inconnue avec une attention si soutenue qu'il en oublia presque de respirer. Elle avait pris sa question au sérieux. Pas un petit rire, pas un « ce n'est qu'une plante » : elle s'était accroupie à côté de lui pour regarder. Rien que pour ça, il l'aimait déjà bien.
Il pencha la tête dans le même sens qu'elle, comme si cela pouvait l'aider à voir ce qu'elle voyait. Les grandes feuilles continuaient de cacher une bonne partie de la petite pousse, mais ce qui ressemblait à un problème une minute plus tôt prenait une autre allure. Matthew observa l'espace entre les tiges, puis l'ombre qui tombait sur le sol.
« Attendez… alors elles ne lui prennent pas sa place. Elles lui en font une ? »
Il réfléchit encore un instant, les yeux sur le massif. C'était quand même curieux : il avait été prêt à déplacer tout le voisinage, alors que la principale intéressée se portait très bien là où elle était. Sa mère aurait probablement eu quelque chose à dire là-dessus. Quelque chose qui commencerait par « Matthew, avant de… » et qu'il aurait dû écouter jusqu'au bout.
Bon. Heureusement que je n'ai touché à rien.
Il baissa les yeux vers son carnet et remarqua que l'inconnue y jetait un coup d'œil. La ressemblance entre son dessin et la véritable plante était, à son avis, assez discutable. Il tourna légèrement la page vers elle, plutôt que de chercher à le cacher, et raya les mots « À surveiller ». En dessous, il écrivit soigneusement : « Petite, mais apparemment très bien installée. »
« Je crois que je lui ai inventé des ennuis. »
Un sourire embarrassé lui échappa. Puis il regarda de nouveau la plante, et la jeune femme à côté de lui.
« Ma mère m'apprend plein de choses sur les plantes, mais elle dit aussi qu'il faut regarder avant de décider ce dont elles ont besoin. Je pensais avoir regardé, pourtant. »
Il désigna du bout de son crayon l'ombre au pied des grandes feuilles.
« C'est l'ombre qui lui plaît, alors ? Comment vous avez su ? »
Il pencha la tête dans le même sens qu'elle, comme si cela pouvait l'aider à voir ce qu'elle voyait. Les grandes feuilles continuaient de cacher une bonne partie de la petite pousse, mais ce qui ressemblait à un problème une minute plus tôt prenait une autre allure. Matthew observa l'espace entre les tiges, puis l'ombre qui tombait sur le sol.
« Attendez… alors elles ne lui prennent pas sa place. Elles lui en font une ? »
Il réfléchit encore un instant, les yeux sur le massif. C'était quand même curieux : il avait été prêt à déplacer tout le voisinage, alors que la principale intéressée se portait très bien là où elle était. Sa mère aurait probablement eu quelque chose à dire là-dessus. Quelque chose qui commencerait par « Matthew, avant de… » et qu'il aurait dû écouter jusqu'au bout.
Bon. Heureusement que je n'ai touché à rien.
Il baissa les yeux vers son carnet et remarqua que l'inconnue y jetait un coup d'œil. La ressemblance entre son dessin et la véritable plante était, à son avis, assez discutable. Il tourna légèrement la page vers elle, plutôt que de chercher à le cacher, et raya les mots « À surveiller ». En dessous, il écrivit soigneusement : « Petite, mais apparemment très bien installée. »
« Je crois que je lui ai inventé des ennuis. »
Un sourire embarrassé lui échappa. Puis il regarda de nouveau la plante, et la jeune femme à côté de lui.
« Ma mère m'apprend plein de choses sur les plantes, mais elle dit aussi qu'il faut regarder avant de décider ce dont elles ont besoin. Je pensais avoir regardé, pourtant. »
Il désigna du bout de son crayon l'ombre au pied des grandes feuilles.
« C'est l'ombre qui lui plaît, alors ? Comment vous avez su ? »
✎ ── 359 mots, @Alyona Farrow