Scarlett à la ferme
Ceci est un recueil d'OS dans le cadre de l'Inktober 2026, traitant de l'enfance de Scarlett.
En association avec Scarlett à l'école.
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1. Pomme
Dernière modification par Scarlett Valentine le 2 oct. 2026, 12:06, modifié 4 fois.
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050
Scarlett à la ferme
Été 2038
J'avais préparé tous les ingrédients dont j'aurais besoin sur la table de la cuisine. La recette que j'avais trouvée dans un vieux livre de ma grand-mère semblait être assez facile à réaliser. Elle a même ajouté quelques annotations dans les marges. Enfin, elle ou sa mère avant elle vu l'état de la couverture.
Je me suis levée ce matin avec l'envie de me rendre utile, mais sans faire ce que je fais tous les jours, c'est-à-dire coudre et aider mon père aux travaux de la ferme. J'ai envisagé de préparer un goûter en apercevant le panier de pommes fraîchement cueillies. Alors me voilà, tablier autour des hanches, derrière les fourneaux, prête à transformer ces fruits en tarte. Je suivais minutieusement chacune des étapes de la recette tout en admirant ceux qui dosent à la loupe. Peut-être est-ce dû à mon manque d'expérience dans le domaine du haut de mes 14 ans, mais si j'expérimentais de la sorte, je ne suis pas sûre de ce qui sortirai du four.
Une heure plus tard, je sortais la tarte du four et la posa sur le rebord de la fenêtre, couverte d'un tissu pour la laisser refroidir. Vers quatre heure de l'après-midi, j'appelais tous les membres de mon foyer, impatiente de leur faire goûter ma première expérience culinaire en solo. À ma demande, mon père et mes frères et sœurs sont tous rentrés du champ qu'ils étaient occupés à récolter. Quant à ma mère, elle était déjà à mes côtés. J'ai fièrement servi un morceau à chacun, guettant leur réaction.
Et malheureusement, je fus assez déçue. Dans un premier temps personne ne prononça un mot. Je les interroge afin de connaître leurs impressions et mes parents me répondent d'emblée qu'ils apprécient mon goûter. Mais je vois bien que quelque chose cloche aux regards qu'ils se lancent.
- Bon ? Vous rigolez, c'est dégueulasse! Lance mon frère, de quatre ans mon cadet.
Ces mots sont si soudains et sincères que j'ai envie de pleurer. Je ravalé mes larmes et me décide à prendre un morceau à petites dents. Le goût m'arrache une grimace. Sage a raison, c'est immonde. Impossible d'en avaler une bouchée supplémentaire. Posant mon assiette, je m'excuse à demi mot, très déçue de la tournure des événements. Ma mère essaie alors de me rassurer comme elle peut, comme seule une maman peut le faire.
- Dis-moi, finit-elle par demander, quel sucre tu as utilisé dans ta tarte ?
Du bout du doigt, je désigne le pot se trouvant toujours sur le plan de travail de la cuisine.
- C'est bien ce que je pensais en le voyant là. Ce n'est pas du sucre, mais du sel…
J'étais la première à éclater de rire, dans un premier temps, plutôt nerveusement. Mais j'ai été rapidement rejointe par les cinq autres membres de ma famille et mon rire se transforma en quelque chose de plus vrai, plus hystérique. Depuis ce jour, je goûte systématique, malgré des pots bien étiquetés, avant de mettre quoi que ce soit dans les plats que je prépare. J'aurais pu être dégoutée de la cuisine ce jour-là, et bien ce fut le contraire.
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Scarlett à la ferme
Décembre 2035
Les vacances avaient à peine débuté que j'ennuyais déjà ma mère pour rendre visite à ma grand-mère. Depuis ma blague d'Halloween et les costumes fabriqués avec l'aide d'Alwenn, je ne pensais qu'à apprendre la couture auprès d'elle. Maintes fois elle avait tenté de m'apprendre à recoudre un boutons, par exemple, et j'ai souvent repoussé ses tentatives, n'y trouvant aucun intérêt. Et pourtant, je ne peux m'empêcher de regretter la piètre qualité des costumes que nous avons créés. La farce aurait pu être encore plus spectaculaire si mes compétences étaient meilleures. Heureusement que j'avais suffisamment écouté ma grand-mère pour connaître la technique de base de la couture.
J'ai passé la majorité de mes vacances de Noël 2035 auprès de Grand-mère Celeste. Et pour une fois depuis le début de l'année scolaire, j'avais vraiment l'impression d'apprendre quelque chose. Chaque journée était synonyme de nouvel apprentissage. Et puis, elle eut une idée pour me faire mettre en pratique ce qu'elle m'avait appris jusque-là.
- Et si tu fabriquais des vêtements à ta poupée ?
Cela faisait deux ou trois ans que ma poupée fétiche, celle avec laquelle ma grand-mère m'avait souvent reçu chez elle, était remisée au placard. À onze ans, je ne voulais plus de ces jouets de bébé, mais ça mon aïeule semblait l’ignorer. Je trouvais cependant l'idée excellente et j'allais chercher ma poupée prénommée Ondine. D'abord, je fabriquerai des vêtements miniatures, ensuite je pourrais passer aux modèles à taille humaine.
Grand-mère Celeste m'apprit chaque geste à reporter sur une vraie personne plus tard. Ma poupée me servait alors de mini cobaye pour prendre les mesures que je notais soigneusement. Je dessinais le patron sous les instructions précises de ma professeure du jour. Elle m'expliqua les différents types de tissus et chacun de leurs avantages. Dans sa réserve de chutes, je choisis un tissu en coton à carreaux vert foncé. Le motif faisait un peu vintage mais je trouvais que ça allait bien à la poupée que je n'utilisais plus.
Le temps fila et bientôt Ondine fut l'heureuse propriétaire d'un débardeur et d'une jupe à élastique à la taille. Deux objets très facile à réaliser pour une débutante. Ils ne demandaient que quelques coutures faciles. Pas de zip, ni de froufrous, juste deux morceaux de tissus reliés par un fil d'une couleur similaire. Une fois terminés, je m'empressais de les faire essayer à ma cliente. La taille convenait parfaitement et ma grand mère me félicita pour ce premier projet rondement mené. Enfin, j'aurais aimé lui parler de mes costumes. Mais je crains que si je lui révèle les raisons qui me poussent à cet apprentissage, elle cesse de travailler avec moi. Je ne lui d'ailleurs jamais révélé le pourquoi je lui ai demandé de m'envoyer du matériel de couture à Poudlard.
Bref, nous étions peut-être en plein mois de décembre, mais là poupée Ondine restera habillée pour été dans son placard où je l'ai remise jusqu'au prochain projet de couture.
Dernière modification par Scarlett Valentine le 7 oct. 2026, 22:45, modifié 1 fois.
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Scarlett à la ferme
2034
Qui dit grandir dans une ferme, dit donner un coup de main durant ses temps libres. Et même si c'est franchement pas la partie que je préfère pour ce qui est de vivre à la campagne, je ne me vois pas refuser d'aider quand tout le monde met la main à la pâte. Et aujourd'hui, c'est plutôt dans la terre que je vais mettre mes mains, puisque j'ai été missionnée d'entretenir les plantes de la serre.
Au fil des années et des différents travaux effectués, je me suis bien rendue compte que je n'avais pas la main verte. Enfin, c'est peu dire. La totalité du métier d'agriculteur n'a jamais fait naître de vocation chez moi, même en ayant baigné dedans depuis mon plus jeune âge. Je n'en ferai pas carrière, c'est certain. J'y mets sincèrement du mien. Mais parfois j'ai l'impression que mon père me laisse faire pour ne pas me vexer, malgré qu'il doit repasser derrière moi. Et de mon côté, je n'ose pas élever ma voix par crainte que l'on dise que je suis simplement une fainéante qui ne veut pas aider. Alors je fais ce qu'on me demande, en sachant pertinemment que je fais sûrement les choses mal, du moins en partie.
J'entre dans l'immense serre. C'est ici que poussent la majorité de nos légumes, mais aussi certaines plantes médicinales. C'est d'ailleurs mon père qui a développé cette dernière activité, y trouvant des partenariats assez lucratifs avec des commerces dans le domaine des potions et de la santé.
Je préfère commencer par le désherbage car une fois la terre mouillée, je trouve bien plus désagréable de mettre mes mains dedans. Comme on me l'a appris, j’attrape les feuilles des mauvaises herbes à la base pour en arracher les racines. La tâche est fastidieuse surtout au vu de la taille du bâtiment. Et les mauvaises herbes, ça pousse comme des champignons. Je n'ai pas la chance de déjà posséder ma baguette comme mon grand frère et ma grande sœur. Heureusement que c'est fait assez régulièrement pour que le travail ne soit pas trop long et fastidieux.
Une fois fait, il ne me reste plus qu'à arroser les plantes et une fois encore, ce sera sans l'aide de la magie pour moi. Les plantes les plus proches de moi sont les Mandragores et la seule chose que je sais, c'est que je ne dois surtout pas les sortir de terre. On ne m'a pas dit pourquoi. Pour le reste, c'est au feeling et elles me semblent avoir bien soif aujourd'hui. Alors je les régale sans faire attention à ce que je fais. En même temps, je ne connais pas la quantité d'eau dont ces plantes ont besoin. Je remplis plusieurs fois l'arrosoir avant que mon père n'arrive dans la serre. Rapidement, son regard change et je comprends que quelque chose ne va pas. Il fronce les sourcils et m'arrête alors que je m'apprêtais à vider une nouvelle fois mon contenant sur les Mandragores.
- C'est beaucoup trop d'eau, dit-il de but en blanc. Tu vas finir par les tuer…
Je le vois alors s'affairer à tenter de sauver ces pauvres plantes que j'ai failli noyer. Je voudrais m'excuser mais les mots ne sortent pas. Je n'ose plus bouger. Mon père râle tout en s'agitant. Il est du genre bourru et ne fait pas attention à ce qu'il dit et à qui il le dit. Je dois dire que les commentaires qu'il fait alors qu'il répare mon erreur me blessent, mais je ne dis rien. “Il est comme ça” m'a-t-on souvent répété.
Et voilà la raison pour laquelle je n'achète pas de plantes dans ma vie. Je suis une catastrophe en botanique, au point de faire souffrir même une plante grasse. Ce jour là, j’ai tout de même gagné un galion d'argent de poche et l'on ne m'a plus jamais demandé d'arroser les plantes de la serre. En revanche, le désherbage, j'y suis passée plus d'une fois, bien malgré moi.
Dernière modification par Scarlett Valentine le 7 oct. 2026, 22:41, modifié 1 fois.
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Scarlett à la ferme
Juillet 2040
Une lettre vient d'arriver à la ferme. Elle m'est adressée. Je reconnais immédiatement l'écriture manuscrite sur l'enveloppe, car c'est celle de Finch, mon petit-ami depuis quatre mois maintenant. Finch est un garçon chouette. Nous nous sommes rencontrés à Poudlard. Il a un an, et donc une classe, de plus que moi. Lui rentrera en septième année en septembre. Aah la rentrée, j'ai déjà hâte d'y être pour le retrouver. Et pourtant, je ne souhaite pas que la rentrée arrive vite habituellement, c'est dire! Depuis le début de l'été nous correspondons principalement par écrit, car il ne vit pas tout près, vers l'Écosse je crois. Il est venu une fois à la ferme au début de l'été. Mais mes parents refusent que j'aille si loin seule bien que j'aurais bientôt seize ans et personne ne peut se libérer assez longtemps pour m'accompagner. Alors on se contente de s'écrire. En plus, manque de chance, la pluie est tombée toute la journée de sa visite. On n'a rien pu faire…
J'ouvre l'enveloppe avant même d'être rentrée à la maison et commence ma lecture. Le texte semble plus court que dans les autres lettres, la feuille n'est même pas remplie, mais soit.
C'est étrange, j'ai droit à des petits surnoms mignons d'habitude ou au moins un “ma chère Scarlett ”. C'est fou comme un mot en moins peut rendre le ton d’un texte bien plus sec et froid.“Scarlett,”
Je crois que j'avais raison de m'inquiéter, cela ne semble rien qui vaille. J'espère qu'il va bien.“Je t'écris ces quelques lignes le cœur lourd.”
Les larmes me montent aux yeux et bientôt elles coulent le long de mon visage. Ce n'est pas de la tristesse qui m'envahit mais de la colère. D'accord, on ne s'est plus vu depuis quelques semaines mais ce n'est pas des mois non plus. Il doit sûrement y avoir quelque chose qu'il ne dit pas dans sa lettre. Une autre fille peut-être ? Il n'a même pas eu le courage de me le dire en face et a envoyé ce pauvre hibou me faire la commission à sa place. Et dire que je m'inquiètais de son sort, il y a à peine quelques secondes.“Cette distance géographique entre nous me pèse beaucoup. Je sais que nous nous reverrons au mois de septembre, mais je n'ai pas envie d'attendre jusque-là. C'est pourquoi je souhaite arrêter là notre relation. Je suis désolé.
Porte-toi bien,
Finch”
Et qui termine ce genre de lettre par “porte-toi bien”? C'est ma main qui va se porter dans son visage, oui… Qu'est-ce qu'il a cru ? Que la nouvelle passerait mieux parce qu'il me souhaite d'aller bien. Il n'a pas intérêt à ce qu'on se croise à la rentrée ou il va m'entendre. Car je ne suis pas sûre de pouvoir me contenir. J'hésite même à lui envoyer une beuglante, là maintenant. Sauf que je préférerais lui dire les choses en face, moi. Reste plus qu'à convaincre un membre de ma famille de m'accompagner en Écosse.
Dernière modification par Scarlett Valentine le 7 oct. 2026, 22:39, modifié 1 fois.
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Scarlett à la ferme
Été 2032
Lorsque l'on vit à la campagne, il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour partir à l'aventure. Nous sommes entourés de champs et de forêts, ayant maintes fois nourri mon imagination et les jeux de mon enfance.
Une après-midi, Oleander et Poppy, mes deux aînés, avaient émis l'idée d'aller camper dans l'une des prairies attenante à la ferme. Ayant reçu l'autorisation de nos parents à condition de ne pas quitter nos terres, ils préparèrent tous le matériel nécessaire. Ce qu'ils n'avaient pas prévu en revanche, c'est que leur petite sœur préférée, c'est-à-dire moi, insiste pour les accompagner et ils n'ont pas eu le choix que de m'accepter dans leur expédition. J'avais alors huit ans et les deux autres avaient respectivement treize et dix ans.
Nous avons quitté la maison juste après le dîner et ne nous sommes pas installés bien loin de la maison, une vingtaine de mètres tout au plus, comme au bout d'un jardin. Nous ne voulions pas quitter totalement le confort. Hors de question d'aller faire nos besoins dans la nature. Après avoir monté la tente dans laquelle nous allions tous trois dormir et allumé un feu, nous avons fait griller des marshmallows pour le dessert, chanté des chansons et raconté des histoires. Rien d'effrayant, aucun de nous n'étant spécialement fan de ce genre d'histoire. Puis, fatigués, nous sommes entrés dans nos sacs de couchage.
Nous avons discuté encore un peu sous la tente avant que le sommeil emporte progressivement mes frères et sœurs. Mais une fois l’euphorie de la soirée retombée, les choses devinrent soudainement moins chouettes. A l'extérieur au milieu de la nuit, j'avais la sensation que tout était amplifié: le bruit du vent dans les arbres, l'ombre des feuilles projetée par la lune sur la toile de la tente, formant des silhouettes effrayantes. J'enfouis mon visage dans mon sac, me forçant à m'endormir. Bien évidemment, cela ne fonctionna pas. Pire encore, emportée par la situation actuelle, mon imagination prit rapidement le dessus et me joua des tours. Je pensais entendre des grognements, voir l'ombre d'une créature sauvage ou que sais-je encore. Les yeux fermés très forts et les mains fermement serrées sur mes oreilles, je peinais à faire abstraction de ma peur. Mon cœur battait de plus en plus fort. À mes côtés, Oleander et Poppy semblaient dormir paisiblement malgré le danger qui rôdait dehors.
Ne tenant plus, et après un moment qui m’a paru une éternité, je quittais la tente, abandonnant lâchement mon frère et ma sœur, et j'ai couru vers la maison sans le retourner par crainte que la monstrueuse créature ne me rattrape. Mes parents avaient laissé la porte ouverte et je regagnais la douceur et la chaleur de mon lit, en mode cocooning.
C'est une des raisons qui fait que je déteste le camping. Après ça, je n'ai plus jamais demandé à être embarquée dans les aventures des mes aînés.
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050
Scarlett à la ferme
Ça pue une ferme. Du moins, c'est un lieu rempli d'odeurs qui peuvent paraître désagréable pour les citadins. On parle souvent des bienfaits de la campagne, mais entre le fumier que l'on étale dans les champs et les déchets des animaux, il n'y a pas toujours de quoi prendre un bon bol d'air lorsque l'on est dans une ferme. Même le bétail en lui-même n'est spécialement un régal pour les narines. Ce ne sont pas le genre d'animaux qu'on a envie de câliner et les gratter derrière les oreilles peut rendre vos ongles plus noirs que du charbon. Et ces effluves sont d'autant plus présentes en cas de pluie ou de forte chaleur.
Mais cette odeur m'accompagne depuis mon plus jeune âge. Je suis née entourée de celle-ci. Elle ne me dérange pas le moins du monde. Pire encore, elle est porteuse d'une certaine nostalgie dans mon cœur. Lorsque j'étudiais à Poudlard, il m'arrivait parfois de prendre une bonne bouffée d'air frais et d’y repenser avec un léger pincement au cœur. Il peut être étrange de manquer des odeurs de fumier et de pelage sale, mais pour moi elles sont synonymes de foyer et de moments en famille.
Heureusement que la campagne, ça ne se résume pas à cela. C'est aussi l'odeur des fleurs et des arbres fruitiers, celle de l'herbe coupée et de la rosée du matin. Ce sont des paysages orangés lorsque vient l'automne et mystiques sous le brouillard matinal. La ferme, c'est là où j’ai grandi et où je me sentirais toujours chez moi.
Mais cette odeur m'accompagne depuis mon plus jeune âge. Je suis née entourée de celle-ci. Elle ne me dérange pas le moins du monde. Pire encore, elle est porteuse d'une certaine nostalgie dans mon cœur. Lorsque j'étudiais à Poudlard, il m'arrivait parfois de prendre une bonne bouffée d'air frais et d’y repenser avec un léger pincement au cœur. Il peut être étrange de manquer des odeurs de fumier et de pelage sale, mais pour moi elles sont synonymes de foyer et de moments en famille.
Heureusement que la campagne, ça ne se résume pas à cela. C'est aussi l'odeur des fleurs et des arbres fruitiers, celle de l'herbe coupée et de la rosée du matin. Ce sont des paysages orangés lorsque vient l'automne et mystiques sous le brouillard matinal. La ferme, c'est là où j’ai grandi et où je me sentirais toujours chez moi.
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Scarlett à la ferme
Juin 2031
À six ans, je passais beaucoup de temps à l'extérieur. Il faut croire que je ne supportais déjà pas les cours à la maison que je recevais depuis quelques mois. Autant j'adorais déjà ma grand-mère, autant les cours d'anglais et de calculs qu'elle nous enseignait à ma sœur et moi m'ennuyaient énormément. Alors je profitais de chaque instant pour aller dehors. D'autant plus que les vacances approchaient.
M'inventant mille et une aventures, je n'ai cependant pas eu besoin de mon imagination débordante ce jour-là. Un piaillement attira mon attention au pied d'un arbre du jardin. M'approchant lentement, je vis un tout petit oiseau au sol, semblant appeler à l'aide. L'oisillon avait sûrement dû tomber du nid de ses parents. Un coup d'œil et j'ai pu voir que le nid en question se trouvait quelques mètres au-dessus de ma tête. C'est alors que je me suis sentie investie d'une mission de sauvetage.
En courant vers la maison, j'appelais Granny au secours tel un Periculum lancé dans le ciel. Elle devait sans doute savoir ce qui convenait de faire pour le bébé oiseau. Mon visage paniqué l'inquiéta un peu, mais elle se rassura vite fasse à la situation qui était loin d'être catastrophique. Premièrement, la mésange, puisque c'est ainsi que Granny a identifié l'oisillon, n'était pas blessée. Elle était simplement tombée du nid, sans doute en apprenant à voler. Car selon elle, vu le plumage du petit, il n’était plus très loin de prendre son envol. Ensuite, le nid était juste au-dessus de nos têtes, ce qui signifiait que ses parents allaient revenir l’aider.
Moi qui me pensait investie d'une mission importante, j'étais un peu déçue de n'avoir pas à opérer un sauvetage en bonne et due forme. Même si j'étais tout de même soulagée que l'animal n'ait rien de grave. Ma grand-mère trouva toutefois quelque chose à me faire faire, car le nid était malheureusement trop haut pour nous. Elle me fit chercher après une boîte dans laquelle nous avons tapissé le fond de papier journal. Après quoi, elle m’autorisa à attraper la mésange et à la déposer dans notre réceptacle. Granny se chargea elle-même de déposer le nid de fortune dans l'arbre, suffisamment haut pour que les chats du quartier ne puissent pas venir les embêter.
Ce jour-là, j'avais assimilé de nouvelles informations sans même m'en rendre compte. D'une certaine manière, ma grand-mère venait de me donner un cours en situation réelle et pour une fois, cela ne m'a pas paru long et ennuyant. Et pourtant, depuis ce jour jour, je suis capable de reconnaître une mésange (et d'autres espèces d'oiseau mais c'est venu plus tard) et je connais également les gestes de premiers secours pour un oisillon égaré.
Mission accomplie !
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050
Scarlett à la ferme
Octobre 2033
Le bruit d'un objet brisé retentit avec fracas dans toute la maison. Je me suis figée sur place. Sage, face à moi ne bougeait plus non plus. Quelques secondes plus tôt, nous courions partout tentant de s'attraper l'un et l'autre, tout en riant. Le temps pluvieux à l'extérieur nous obligeait à rester à l'abri sous le toit et, bien sûr, il n'était pas facile de canaliser deux enfants de neuf et cinq ans. Mais maintenant, les secondes ressemblent à des heures, elles s'égrènent lentement.
Je me retourne pour constater l'ampleur des dégâts et surtout pour identifier l'objet brisé. Les morceaux dispersés sur le sol me permettent de reconstituer mentalement l’horloge. Cette fameuse horloge ancienne qu'on nous a interdit de nombreuses fois de toucher, voire même d'approcher. Un souvenir familial qui a été transmis de main en main depuis plusieurs générations de Valentine.
Un premier visage apparaît. C'est celui de Poppy. Son expression choquée ne fait que confirmer ce que je sais déjà: ça ne sent pas bon pour Sage et moi. Et je sens que notre grande sœur ne nous aidera pas beaucoup à nous en sortir. C'est le visage de notre père qui apparaît ensuite dans l'encadrement de la porte et je me fige à nouveau. Ses sourcils se froncent, ses lèvres se pincent et il se met à demander en criant lequel de nous deux à commis la faute. À vrai dire, je n'en suis pas certaine moi-même. Prise dans notre jeu, je n'ai pas fait attention à celui qui avait fait tomber l'horloge. Je pense cependant que c'est moi. J'étais la plus proche lorsque le bruit de bris s'est entendu et j'ai un vague souvenir d'avoir cogné dans un haut guéridon. Malgré tout, je n'ose ni bouger, ni me dénoncer. Papa me fait peur quand il gronde.
Heureusement, maman n'est jamais loin. Maman c'est la douceur. C'est celle qui voit les solutions. Alors plutôt que de nous punir, elle préfère nous faire rassembler toutes les pièces se trouvant sur le sol et à deux, nous avons dû réparer l'horloge, sage et moi. Avec le recul, c'était peut-être une forme de punition, mais je ne l'ai pas vu comme ça à l'époque. Et une fois terminé, nous avons fièrement montrés le résultat à papa.
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050
Scarlett à la ferme
Décembre 2031
On ne va pas se le cacher, on l'a tous fait...
Nous fêtions Yule et l'équinoxe d’hiver en famille. Pour l'occasion, tout le monde s'était réunis dans la ferme familiale: aussi bien les grands parents maternels que paternels et le frère de mon père avec sa femme et leur fils. Nous étions tous sur notre 31. Il n'y a d'ailleurs quasiment qu'à cette occasion que l'on sortait les robe à froufrous des filles et les costumes des garçons.
Bref, tandis que les adultes discutaient de politique, de travail et de tout autre seule dont seuls les adultes trouvent du plaisir à en parler, du côté des enfants, nous complotions. Nous ne cherchions pas à faire une blague aux adultes, pour changer, mais à les surprendre d'une tout autre manière. Après plusieurs minutes de préparation durant lesquelles nous nous sommes affairés à trouver les tenues appropriées, il ne nous restait plus qu'à nous mettre au travail. Nous avons rejoint nos parents et grands-parents dans nos plus beaux déguisements et après avoir réussi à capter leur attention, le spectacle à pu commencer.
Poppy avait attrapé une brosse à cheveux qui lui servait de micro pour chanter. Derrière elle, Oleander était assis par terre et il imitait un batteur à l'aide de cuillères en bois. Alden, notre cousin, était le guitariste. Il grattait les cordes imaginaires sur un balai comme personne. Sage, du haut de ses trois ans, avait tenu à participer lui aussi alors on l'avait laissé “danser”. Mais il s'est vite lassé et a rejoint les genoux de maman. Quant à moi, j'étais la pianiste et mon instrument ressemblait étrangement à une petite malle.
Chacun d'entre nous s'était pris au jeu et imitait le son de son instrument dans un capharnaüm indescriptible malgré notre répétition rapide quelques minutes avant la représentation. À la fin de notre chanson, nous nous sommes levés et avons salué sous les applaudissements des autres membres de la famille qui étaient sûrement plutôt contents que cela se termine.
Dernière modification par Scarlett Valentine le 22 oct. 2026, 12:26, modifié 1 fois.
Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050