Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie

- Trente-et-une pages de vie -

- Au fil des ans, Lenore a gardé un gros carnet de cuir noir où elle écrivait toute pensée qui lui traversait l’esprit, et qui aujourd’hui est rempli de feuilles volantes, à l’image de son esprit foisonnant, sensible et imaginatif. Il lui a été précieux au cours de ses années de mariage puis de vie seule à Godric’s Hollow.

- Pomme
- Relique
- Miniature
- Mandragore
- Gifle
- Ogre
- Panique
- Puant
- Bélier
- Divination
- Periculum
- Sortilège
- Fragile
- Spectacle
- Banquet
- Inferi
Main qui écrit sur un carnet avec végétation d'automne
- Bidule
- Sans ailes
- Confus
- Salon
- Héros
- Balise
- Chic
- Cuire
- Fracture
- Zip
- Veracrasse
- Trophée
- DCFM
- Patacitrouille
- Flexion
Dernière modification par Lenore Boyer le 22 oct. 2026, 22:36, modifié 18 fois.

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Pomme -

Aujourd’hui, j’ai épluché des pommes tout l’après-midi.

Un geste assez banal, vous me direz. Trop banal, justement. Le silence régnait dans la cuisine, et l’économe raclant la peau du fruit était le seul bruit qui ponctuait ce calme pesant - enfin, mis à part la grande horloge du salon. Alistair était au travail, comme d’habitude, et j’ai dû attendre que les petits aient fini leur sieste pour retrouver un semblant de vie.

Là, c’était une véritable cacophonie !

Mais avant, il fallait que je leur prépare leur goûter : une compote de pommes avec un morceau de pain frais. Une compote faite maison, bien sûr. Voyez vous, ce cher Alistair ne tient pas à ce que ses héritiers mangent de la nourriture transformée. Sauf qu’il est bien tranquille, lui.

Ce n’est pas lui qui cuisine tous les jours pour la famille.

Ce n’est pas lui qui doit tout faire sans magie, parce que ça va plus vite.

Et ce n’est pas lui qui fait tout pour la maison, sans pour autant y apporter un seul Gallion.

Alors, oui, j’aime mes enfants, de tout mon cœur. J’aime cuisiner, j’aime donner à cette demeure une ambiance chaleureuse là où elle n’existait pas au départ. Sans elle, les murs seraient froids et nus, l’air étouffant, la lumière obscure et l’attente interminable.

Mais ça, je le dois avant tout à mes bébés.

Sans mes enfants, je ne suis plus rien.

Juste un rat au fond de son trou.

C’est pourquoi, je prends plaisir, en un sens, à cet épluchage monotone et quotidien. Je me suis coupée la main tout à l’heure, et le sang a coulé sur le carrelage. J’ai dû nettoyer, sans magie bien évidemment. Si celle-ci est capricieuse en temps normal, à quoi ressemble-t-elle lorsque je suis blessée ? Peut-être que ça ne change pas grand chose, mais je ne voulais pas me fatiguer pour rien.

J’avais encore des pommes à éplucher.

J’ai à peine grimacé quand la lame m’a entaillé. À peine soufflé en m’épuisant avec la lingette sur le sol. À peine stressé pour le mobilier lorsque j’ai couru dans la salle de bain, le doigt suintant de rouge. À peine frémi à la piqûre du gel antiseptique. J’ai juste fait, vite fait. Sans râler.

Cette blessure, c’est la mienne, mais j’aime la porter, pour eux.

Je sais qu’elle contribue à leur bonheur passager, mais bien là, chaque jour.

Et, à ces moments là, à l’heure du goûter, il m’arrive de me sentir utile dans mon inutilité.

Un jour, je sais que j’en aurais marre et que je voudrais partir. Est-ce que je le ferais pour autant ? Est-ce que j’en aurais l’audace ? Non, je ne pense pas, à moins d’une aide extérieure, d’un miracle.

Parce que, que diraient Père et Mère si je faillis à la seule mission que je peux remplir pour eux ?

Que dirait Alistair, lui qui m’aime de tout son cœur ? Et moi, est-ce que je l’aime ?

Aurais-je du travail ? Est-ce que je reverrai encore mes enfants ?

Et surtout, qui leur ferait leur compote de pommes ?

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Relique -

Tu étais un fardeau, mais te voir partir est plus lourd encore.

Ô toi, alliance sacrée du bonheur, mais relique de mon malheur, tu me colles à la peau alors que tu ne vaut plus rien.

Est-ce que tu as même symbolisé quelque chose pour moi, en dehors d’un ennui profond, de ma soumission et du seul rôle que j’ai jamais sû jouer, celui d’épouse et de mère de famille ? J’ai aimé celui qui t’a offert à moi, et je l’aime toujours, mais d’un amour que peu comprennent. Moi, je ne comprends pas. Peut-on aimer quelqu’un que la vie vous a imposé, comme une dernière chance cruelle ?

Tel l’anneau de Tolkien, tu m’as causé bien des torts.

Mais moi, je savais que tu étais la cause de tous mes tourments. Je savais qu’il me suffisait, tout comme la clé d’une prison que le geôlier aurait laissé par étourderie dans la serrure, de te retirer pour sortir de ma prison dorée. Pourtant, je t’ai gardée. Pourquoi donc ? Parce que j’avais peur ? Oui, il y a de ça, mais pas uniquement.

En réalité, tu es venue à moi avec ta part d’ombre, mais aussi de lumière.

Si la journée de mon mariage s’est imposée à moi comme l’un de ces jours gris que l’on ne peut éviter, elle a fini par s’éclairer de la présence d’Alistair, de son sourire qui illumine tout.

Si tu m’as envoyé un mari que je n’ai pas choisi, tu l’as choisi pour moi : doux, attentionné, aimant... toujours là pour me faire comprendre que j’étais l’être le plus cher à son cœur.

Si tu m’as donné le rôle de femme au foyer, m’octroyant de longues journées de torpeur loin du mari auquel tu m’as destinée, tu m’as aussi fourni un temps précieux, celui de l’imagination.

Enfin, si tu m’as été étroitement fixée au doigt pour assurer la descendance Goodwin, tu m’as ainsi offert le plus beau cadeau dont j’aurais pu rêver : trois adorables enfants.

Alors oui, je peine à me séparer de toi. Je peine à te glisser dans cette boîte aux lettres, là où j’avais glissé les clés de notre foyer quelques semaines auparavant. Je souffre en m’imaginant les yeux humides d’Alistair, mon cher Alistair à qui je brise le coeur, lorsqu’il découvrira le bijou, gage d’un temps révolu. Volé parce que je n’ai pas su l’aimer.

Temps de douceur mais coupé du temps.

Vie tranquille, mais pas ma vie.

Je sais qu’il le comprends.

Alors, je l’ai fait.

Tu es tombée, a tinté.

Et ce son, c’est celui de ma liberté.

Relique chaleureuse, relique étouffante, symbole de vie et symbole de désespoir.

Mon oppresseur, mais aujourd’hui ma libération.

Je t’aime, et je te hais.

Aujourd’hui je te dis adieu, et puisses-tu faire le bonheur de quelqu’un d’autre.

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Miniature -
Je ne pensais pas que tu viendrais un beau jour
Et tout ébranler, chambouler, briser en moi.
Fierté, hésitation, joie, souffrance et amour,
Tout ça est apparu avec toi dans mes bras.

Toi, minuscule enfant, sorcier miniature,
Petit bout de moi, mon bonheur tant attendu,
Pourquoi, dis-moi pourquoi tout doit être si dur ?
Pourquoi je ne t’aime pas comme j’aurais dû ?

On attend tant de moi : modèle, affection…
Mais pour être modèle il faut en avoir eu.
Comment puis-j’être mère si dans ma maison,
Enfant, j’ai davantage existé que vécu ?

On m’a soustrait très vite au regard de la foule,
Sous prétexte que j’étais enfant différente.
Plongée dans les livres, mais le corps qui s’écroule,
Sûre d’être cracmolle avec ma magie lente.

Est-ce cela que je souhaite pour toi, mon ange ?
Une vie d’imposture et d’yeux pleins de mépris ?
Non, mais hélas comment faire pour que ça change ?
Pour ne pas reproduire ce qui m’a détruit ?

J’ai peur de t’abîmer, de ne pas être là.
Sorcier si miniature et petit bout de moi.
Mais je veux essayer, pour que tu puisses avoir,
Le choix de ton destin, dans ton cœur de l’espoir.

Et pardonne-moi si je n’y arrive pas,
Pardonne à ta mère ses nombreuses erreurs,
Apprend donc que son cœur est juste maladroit.
Accepte d’y entrer, déposes-y tes fleurs.

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Mandragore -
Il était une fois, une jeune paysanne qui découvrit, sur le pas de sa porte, deux petites mandragores. Elle ne savait pas d’où elles venaient, mais elle était sûre d’une chose : c’était un cadeau du ciel, un signe de changement dans sa vie trop monotone. Alors, la paysanne les accueillit chez elle, leur offrit des écharpes toute chaudes pour l’hiver et les aima comme si elles étaient ses filles.

Mais voyez vous, ce n’étaient pas deux mandragores ordinaires. Même si elles avaient été mises en pot par celui ou celle qui les avaient abandonnées, elles parvenaient à se surélever assez pour pouvoir crier à toute heure de la journée. Et, plus ces bébés grandissaient, plus elles gagnaient en independence et elles purent finalement se rendre visite ou courir partout dans la maison. Elles n’avaient pas de racine, pas de limite, et manifestaient leur joie d’être avec leur maman de manière trop dévastatrice pour de simples plantes.

Alors, la jeune paysanne était à bout. Elle se sentait tout le temps fatiguée, rechignait à accomplir la moindre tâche et devait sans cesse les garder à l’œil. Leur cri l’assommait au travail dans les champs, et un jour elle s’endormit au milieu de ses paniers de récolte. Mais elle ne savait pas quoi faire, parce qu’elle aimait tant ses deux petites mandragores ! Quel monstre serait-elle si elle les abandonnait à quelqu’un d’autre, même le temps de sa journée de travail ? Ses moments avec elles étaient comptés, ainsi elle ne voulait en manquer aucun.

La jeune paysanne s’habitua donc à ces hurlements assommants, continuait de chérir ses trésors qui l’assourdissait, la poussaient à nettoyer sans cesse sa maison maculée de terre et la sollicitaient sans fin. Mais la nuit, elle craquait. Des perles cristallines coulaient de ses joues et remplissaient son lit d’une ribambelle de gemmes de désespoir. Son âme vibrait pour ses deux mandragores, ressentait la joie que lui procuraient malgré tout chaque moment passé à leur côté, mais son corps ne pouvait plus tenir. Il lui fallait agir.

Le lendemain de la septième nuit sans sommeil, la paysanne convoqua les deux mandragores dans la cuisine et leur expliqua tout. Qu’elle les aimait de tout son cœur, mais qu’elle était si épuisée qu’elle devenait mauvaise au travail, et que par conséquent elle n’avait plus assez d’argent pour prendre soin de leur petite famille. Qu’elle avait besoin de leur aide, de leur compréhension, et qu’elles resteraient ensemble pour toujours.

Les deux mandragores ne se turent pas pour autant, mais elles se mirent à pleurer, et leurs larmes étaient aussi précieuses que de l’émeraude. « Nous aussi on t’aime, maman, et on comprend. Tu nous as tout donné, ouvert ta porte à des plantes aussi bruyantes que nous, alors à notre tour de t’aider. ». Depuis ce jour, les deux mandragores se tinrent à carreaux et allèrent se défouler dans la forêt, là où elles ne dérangeaient personne. Et, le soir, elles revenaient assez fatiguées pour dormir tranquillement dans leurs pots ou écouter les douces histoires de maman.

Vous aussi, vous pouvez faire comme ces mandragores et soulager votre maman pour cultiver ensemble les plants de l’amour. On raconterait même qu’elles ont été récompensées par de magnifiques fleurs violettes, poussant au sommet de leur tête…

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Gifle -
"Nous t’annonçons que tu es désormais déshéritée de la famille Goodwin, et que par conséquent tu n’es plus rien à mes yeux"

J’ai reçu une gifle en ouvrant mon courrier, ce matin.

Un courrier qui fait mal, très mal.

L’ironie du sort, c’est que je suis partie de mon cocon douillet pour m’émanciper de ce carcan familial trop dur, trop oppressant. Mais, alors qu’on m’annonce aujourd’hui que je ne fais plus partie de leur noble lignée, je sens mon cœur se déchirer dans ma poitrine.

Car, si je ne suis plus Lenore Goodwin, qui suis-je ?

Une femme esseulée vivant dans son appart de neuf mètre carré en marge de la capitale godrichienne ? Une mère désespérée qui travaille comme un chien, chaque jour et même chaque nuit, tout cela dans le vain espoir de revoir un jour ses enfants, vivants à quelques rues de chez elle ? Une écervelée en quête de liberté et d’amour, mais qui confond sentiments authentiques et simple divertissement ?

L’amour ne me veut pas et ne me voudra jamais.

À Poudlard, John me voulait pour ma famille

Puis adulte, ma famille m’a voulue auprès d’Alistair.

Aujourd’hui, Lloyd est parti, ma richesse également.

Mais je sais que les quatre n’ont toujours été qu’illusion.

Ne reste plus que Lenore.

Ou bien Lenore Boyer.

"Tu reprendras le nom de ta mère et le donneras à tes filles, dans l’unique but de perpétrer la noble lignée des Boyer, faute de trouver mieux pour empêcher son extinction."


Sorte de commandement religieux, implacable, une deuxième gifle, plus profonde cette fois.

Plus douloureuse que s’il me l’avait donné physiquement.

Père, pourquoi as-tu toujours été aussi froid et méprisant à mon égard ? Pourquoi n’as-tu jamais su m’aimer pour ma valeur, que tu dénigrais comme un mouton de poussière ? Et toi, Mère, es-tu d’accord avec ces mots ? Est-ce que tu m’utilises à ton tour pour ta prétendue pureté de sang, ou bien m’accordes-tu pardon et redemption, comme tu l’as toujours fait ?

Mais tu l’as déjà bien assez fait, alors j’accepte la sentence.

Je revêt ton nom avec honneur et résignation, par reconnaissance et nécessité.

C’était ma dernière gifle, ma dernière humiliation.

J’accepte ton ultime présent, Mère, pour ne plus être rien, pour existet.
J’accepte cet éloignement douloureux pour ne plus appartenir à ce tout mondain.
J’accepte qu’on me retire le nom de Goodwin, qui m’a tant fait souffrir.
J’accepte celui de Boyer parce que, peu importe, j’aime ceux qui m’ont tant haïe.

J’accepte la différence et je refuse l’étiquette.

J’abandonne la famille qui ne se bat pas pour moi.

Et je me bat pour celle qu’on veut que j’abandonne.

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Ogre -
Alistair,

Honnêtement, je ne sais pas comment commencer cette lettre, et nul doute qu’elle finira froissée au fond d’une poubelle ou d’un tiroir. Il y aura un deuxième jet, un troisième, un quatrième… Est-ce que tu recevras l’un de ces papiers un jour ? Je ne le sais même pas.

Parce que, comment t’adresser la parole alors que je suis partie ? Comment te dire que je ne me sentais pas bien avec toi ? Pourrais-tu même comprendre que je tiens toujours à toi, mais que malgré tous mes efforts je n’ai jamais su t’aimer comme tu le voulais ? Ou plutôt, comme mes parents le voulaient… Sous prétexte de fuir une vie que je n’avais pas choisie, je t’ai fait du mal, beaucoup du mal, et quoique tu penses de moi, ça me brise le cœur tout autant.

Est-ce qu’on aurait pu tomber amoureux dans un autre monde, un monde où nos familles n’auraient pas forcé le destin pour hâter notre union ?

Je n’en suis pas sûre, et je m’en veux pour ça.

Car j’ai fui une maison confortable, tel Jack qui dévale sa tige de haricot pour fuir un royaume fortuné dans le ciel. Comme si tu étais un ogre qui allait me dévorer toute crue. Mais crois-moi, les histoires d’Ulysses ne me sont pas montées à la tête, et je sais qui tu es. Enfin, je n’ai pas la prétention de te connaître par cœur, car malheureusement nous n’avons pas eu l’occasion de nous ouvrir pleinement l’un à l’autre durant ces six années de mariage. Mais de ce que j’ai vu, dans tes gestes tendres et tes regards pleins d’amour, je sais que tu es quelqu’un de bien.

Tu es grand et puissant, mais tu n’en es que plus doux et attentionné.

Tu as une voix vibrante, tonnante, mais tu ne l’utilises que pour défendre les innocents.

Tu poursuis parfois les voleurs, mais avec toute la classe et l’éloquence dont tu fait preuve.

Ce n’est pas toi, l’ogre qui me maintenait prisonnière.

C’est le destin, voilà tout.

Alors oui, je m’en veux, parce que j’ai été égoïste, parce que j’étais décidée à m’en libérer et à briser ainsi notre belle famille. J’aurais pu décider de rester à tes côtés, de profiter de ta chaleur pour faire face à la bruine qui rafraîchissait nos soirs d’automne. Aujourd’hui, j’aurais pu être auprès de nos enfants pendant que tu travailles, à leur préparer un bon chocolat chaud à la cannelle, puis t’en garder pour ton retour le soir.

Mais c’était bien ça le problème : tu n’étais jamais là.

Dans ta quête de justice, il n’y avait pas de place pour moi.

Et je ne t’en veux pas, car c’est ce qui fait ton charme et toute ta valeur. C’est pour cela que je ne te vois pas comme un geôlier. C’est la maison vide qui devenait une prison. Mais une prison qui n’empêchait pas l’air froid de dehors de passer, et avec elle toutes mes incertitudes et mes angoisses. Vais-je finir ma vie ici ? Aurais-je un jour une quelconque utilité, une vraie ? Où ne suis-je capable que d’effectuer mes tâches de femme au foyer ?

La journée, loin de toi, la pluie entrait dans cette mansarde, coulait de mes yeux lorsque les petits ne pouvaient pas les croiser.

Puis, le brouillard me gagnait.

Et on dit souvent que c’est de l’obscurité et de la brume que naissent les plus obscures des créatures. Des ogres, j’en ai vu partout. J’ai essayé de les ignorer, de les transformer en belles personnes comme toi, mais ça ne faisait que les confondre davantage avec celui que tu étais.

Et je ne voulais pas te voir comme un ogre, entacher davantage ce que l’on a vécu.

Alors, j’ai fait comme Jack.

Je suis partie, et j’ai coupé le pied de haricot.

Ainsi, je ne peux plus rentrer. Je suis désolée, mais c’est trop tard pour ça. J’ai goûté à la vie, la vraie, et je commence à savoir ce qu’aimer veut dire, enfin je crois. Et je déplore que ce ne soit pas avec toi que je découvre ça. Mais toi, je veux que tu le découvres aussi, même si ce n’est pas avec moi.

Alors, je t’en supplie, fait une croix sur moi, tire un trait sur nous.

Reste l’homme à la fois doux et déterminé que j’ai connu.

Vit ta vie, aime à nouveau, fais la fête et chéris nos enfants.

Et surtout, ne deviens jamais l’ogre que j’ai eu si peur de voir en toi…

Avec l’espoir que tu trouves le bonheur,

Nore

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Inktober recueil d’OS Trente-et-une pages de vie
- Panique -
Ma main tremble, l’encre bave sur le papier jauni, mais malgré mon état j’ai un besoin viscéral d’écrire ces mots, d’extérioriser mon angoisse de la journée.

Ulysses s’est blessé jusqu’au sang.

Alistair n’était pas présent.

Ma magie non plus.

Je pourrais résumer la situation à ces simples phrases, mais j’ai besoin de plus. J’ai besoin d’écrire cette panique, de coucher mes craintes sur cette page et de les saupoudrer généreusement d’un ingrédient secret : une bonne dose de culpabilité.

La culpabilité d’une mère qui se sent impuissante pour sauver son enfant.

J’ai entendu son cri, puis ses sanglots. J’ai vu le désarroi dans son regard noisette, rivé sur son avant-bras qui coulait à flots. J’ai cru que j’allais défaillir… C’est peut-être pour cela que ma magie n’a pas voulu le guérir, ou peut-être parce que je n’y croyais pas moi même.

Je voulais le guérir.

Je savais que j’en étais incapable.

Alors, je l’ai emmené en vitesse dans la salle de bain. J’ai cherché frénétiquement dans les tiroirs, mais mes doigts étaient secoués de spasmes. D’habitude si calme, je me suis emportée et j’ai tout balancé par terre. Tant pis. La vie de mon fils est plus importante que celle de quelques vieux flacons.

J’ai enfin trouvé les compresses, et je les ai aussitôt appliquées sur la blessure. D’abord une, puis deux, puis trois… Mais la plaie était trop large, trop profonde, et les pauvres morceaux cotonneux étaient imbibés de rouge si vite… Si vite aussi, les larmes montèrent à mes yeux, menacèrent de couler à leur tour. Comment le coin de la table avait-il pu lui faire une chose pareille ? Et pourquoi n’étais je pas une sorcière comme les autres, par le caleçon de Merlin ? J’ai dû y mettre toute ma volonté, tout l’amour que j’ai pour Ulysses, mais je n’ai pas pleuré. Pas devant mon petit garçon.

À la place, ma respiration s’est accélérée. Elle aussi, je l’ai ignorée pour me focaliser sur ce qui comptait : soigner mon fils. Il me fallait une solution, une solution qu’aucun sorcier qui se respecte n’aurait à envisager. Incapable de lancer un Fascia ou un Episkey, rapidement en tout cas, ou bien d’effectuer un transplanage d’escorte, je me suis résignée. Seule à la maison, sans le soutien moral et magique d’Alistair, j’ai décidé d’agir.

Dans l’angoisse, j’ai fait à Ulysses un garrot rudimentaire.

Dans l’affolement, je l’ai pris délicatement dans mes bras et je suis sortie.

Dans la précipitation, j’ai couru, et ce jusqu’au malaise, en direction de Sainte Mangouste.

Je ne savais plus où j’allais, quel itinéraire je prenais, ni si je faisait le bon choix. Mille questions fusaient de toute part dans ma tête, brouillaient mes sens : n’aurais-je pas dû appeler les urgences pour ne pas déplacer mon petit blessé ? Mais l’appeler comment, avec une magie capricieuse et dans un tel état de stress ? Vers qui aurais-je pu me tourner, sinon ? J’étais seule, livrée à moi même et à ce sang qui ne cessait de jaillir.

Non loin de l’hôpital, je me suis écroulée à genoux et une gentille dame a pris le relai pour porter Ulysses jusqu’à l’intérieur. C’est là que toutes mes défenses ont craqué, que je me suis sentie plus impuissante que jamais.

Comment puis-je être une bonne mère si je ne peux protéger mon enfant ?

Comment protéger mon enfant sans Protego, avec de mauvaises conditions physiques ?

Et si je venais à le perdre par ma faute, parce que sa maman ne peut pas se battre pour lui autant qu’elle le voudrait ? Parce que je le veux, oh qu’est-ce que j’aimerais pouvoir le défendre face à tous les obstacles qui se dresseront sur sa route !

Mais j’en suis incapable, et je ne le sais que trop bien.

Tel est le prix de ma monosomie, dans un monde où l’on nous dit que magie égal puissance.

Ici bas, lorsque l’on ne domine pas la magie, c’est l’anxiété qui nous domine.

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- Puant -
Dans la tête des jumelles


Nimue : Maman ça pue !

Ophelia : Nan mais t’es bête ou quoi ? C’est normal que ça pue ! On est des bébés tu vois ? On a des couches !

Nimue : Maman vient juste de nous les changer, je te signale.

Ophelia : Alors, c’est toi qui a…

Nimue : Non ! Je te dis que ce n’est pas ça. De toute façon, maman a déjà dit que ça puait tout à l’heure, donc tu le sais déjà.

Ophelia : Bah alors c’est quoi ? C’est elle qui a oublié de changer sa couche ? D’ailleurs, ça a des couches, les adultes ?

Nimue : Mais non, c’est pas possible, ils sont trop gros pour ça ! Eux, ils vont aux toilettes, si tu regardais un peu plus tu le saurais.

Ophelia : Hé, j’ai qu’un mois je te rappelles, je suis trop petite pour ça !

Nimue : Moi aussi, tu te souviens pas ? On est jumelles !

Ophelia : Bon, ok, ok… Mais du coup, tu crois que ça vient des toilettes ?

Nimue : Sûre que non, les adultes, ils ont un truc pour que ça sente tout bon après leur popo.

Ophelia : Pourquoi ils l’utilisent pas sur nos couches, alors ?

Nimue : Aucune idée…

(les deux petites se taisent et on entend quelques ronflements)

Nimue (se réveille en sursaut) : Ça pue ! Maman !

Ophelia : Encore ?! Je sens rien, moi, tu veux pas dormir tranquille ?

Nimue : Ça sent trop mauvais !

Ophelia : Puisque je te dis que ça sent rien !

Nimue : Si, ça sent mauvais !

Ophelia : Nan !

Nimue : Si !

Ophelia : Bon, d’accord, si tu le dis. Mmm… c’est peut-être le chat ?

Nimue : Impossible, lui il fait ses besoins dehors, donc l’odeur, elle peut pas rentrer dedans.

Ophelia : Alors c’est qui ? C’est papa ?

Nimue : Papa ? Non, c’est pas possible non plus. Il n’est pas là.

Ophelia : Pourquoi ?

Nimue : Maman, elle dit qu’il travaille, mais qu’il est dans une maison de vacances. Du coup, je ne sais pas. II est soit au boulot, soit en weekend sans nous.

Ophelia : Pourquoi il est toujours en weekend ?

Nimue : Je ne sais pas.

Ophelia : Pourquoi c’est toujours maman qui change nos couches, qui dit que ça sent pas bon ?

Nimue : Je ne sais pas.

Ophelia : Pourquoi on ne sait pas s’il sent bon ou pas ?

Nimue : Je ne sais pas.

Ophelia : Pourquoi maman, elle est toute seule, alors que les papas et les mamans ils doivent toujours être ensemble, s’aimer, et tout et tout ?

Nimue : Je ne sais pas.

Ophelia : Tu crois que papa, il nous aime ? Et il aime maman ? Et maman l’aime ?

(Petite pause)

Nimue : Je ne sais pas.

(Deuxième long silence, et cette fois pas de ronflements)

Ophelia : Ouais, t’as raison, ça sent mauvais.

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- Bélier -
Tel le bélier, tu es entré en force dans mon cœur, et tu t’y es lové.

Est-ce de la manière que le monde espérait ? Ou plutôt que tu espérais et espère toujours ?

Je ne crois pas, désolée.

Mais d’une autre façon, je peux dire que je t’aime, même si j’aurais aimé que ce ne soit pas vrai.

Je t’aime comme un très vieil ami, de ceux qu’on a l’impression de connaître depuis toujours. De ceux qui ne sont pas toujours là mais qui, lorsque tu les vois, illuminent ta journée. De ceux à qui tu en veux à mort parce qu’ils manquent de nombreux moments de ta vie, mais qui sont là pour ceux qui comptent - enfin, presque à chaque fois. De ceux qui savent ce dont tu as besoin pour te sentir mieux, et avec qui tu peux rire sans souci.

Je t’aime comme un frère, un grand frère protecteur qui défend les plus faibles, qui me défend et m’apprend que la faiblesse, c’est ok, il faut juste l’accepter. De ces frangins qui vous demandent un tas de trucs à faire, mais qui interviennent toujours à votre place, même lorsque vous êtes théoriquement capables de venir à bout du problème.

Je t’aime parce que tu as persévéré, tu t’es montré patient et entêté face à mes doutes.

Tel le bélier, tu as chargé mon cœur de tes cornes aiguës.

Sans le vouloir, tu as fini par l’embrocher,

Avant de le réduire en pièces.

Puis de le réchauffer.

Tu as le don pour ça : m’aimer et me détruire, me faire attendre et me manquer.

Oui, malgré moi, j’ai fini par t’aimer.

Mais pas comme une femme se doit d’aimer un mari respectable.

Parce qu’il me manque une chose cruciale : la liberté d’action, le choix d’aimer.

Tout de même, après six ans à ne faire que t’attendre, je regrette ton écoute et ton soutien.

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