Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre

Mercredi 16 août 2051
HÔTEL LES TROIS TOURS
Roumanie


Christopher se retourne dans le lit. Le sommier grince sous son poids. Les draps se froissent autour de ses membres. Il se débat un instant et finit par retirer ses jambes pour repousser brusquement le drap. L'air frais de la chambre coule agréablement sur sa peau nue. Il dort en caleçon car il ne supporte pas de dormir en pantalon mais il fait toujours en sorte d'avoir la couverture sur lui et le matin il ne sort pas du lit tant qu'il ne s'est pas tortillé sous les draps pour remettre son bas : jamais il ne sortira le cul à l'air, caleçon ou non, sous les yeux d'Alice. Il jette un coup d’œil de son côté de la pièce. Il n'aperçoit que sa forme tassée sous la couverture. Elle dort. Bien sûr qu'elle dort, avec tout ce qu'elle prend. Christopher pousse un soupir bruyant et jette un regard noir au plafond avant de poser l'avant-bras sur ses yeux pour se soustraire à ce paysage qu'il connait part cœur.

Une angoisse sourde brûle à l'intérieur de son corps. Impossible de s'en débarrasser. Ça a commencé plus tôt dans la journée, à cause d'une pensée qu'il a eu et qui l'a ensuite hanté. Il fait quoi, là ? C'est tout, une simple pensée. Et depuis, le malaise s'est transformé en angoisse et rien n'a réussi à y faire, pas même le bon moment qu'il a passé avec les autres touristes avant d'aller se coucher. Ça creuse un trou dans son corps. Un trou dans lequel s’amoncellent des pensées toutes noires.

Christopher écoute les bruits de la nuit. La respiration d'Alice, le craquement du plancher quand un résident de l'hôtel se lève pour aller au petit coin, le son feutré d'une lointaine discussion. Il entend tout. Habituellement, il n'a pas de mal à s'endormir. Il n'a jamais eu de mal, c'est facile de dormir, il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter. C'est un moment doux, agréable. Mais ce soir ? Ce soir, c'est une torture. Il n'arrête pas de penser à Lloyd. Il prend toute la place dans son esprit, impossible de penser à autre chose.

Il y a une heure, peut-être une heure et demie, il a pensé à se rendre à l'aire des portoloins, de payer une blinde s'il fallait, mais de se payer un fichu billet de retour pour la maison. Ça s'est imposé comme une évidence, il le devait absolument, il lui fallait rentrer à la maison, aller chez Jude et Lloyd, se précipiter dans la chambre de ce dernier pour s'assurer qu'il allait bien. Puis après il a réfléchi deux secondes, il s'est calmé et s'est rendu compte que ce serait idiot de faire ça. Evidemment qu'il va bien et puis Jude est là, non ?
Peut-être.
Pourtant, l'angoisse ne part pas.

Il ne peut rien faire d'autre qu'attendre. Et pendant ce temps-là, il fait quoi, Lloyd ? Du grand Lloyd sûrement, hein ? On sait tous ce que ça signifie, faire ça. Il est où, avec qui ? Est-ce qu'on prend soin de lui, est-ce qu'on prévient le moment où son esprit partira à la délire, hein, quelqu'un fait ça ? Christopher se contorsionne pour attraper sa montre sur la table de chevet. Deux heures du matin. Il doit être à la Fausse Danse, peut-être sur scène. Jude est là, c'est sûr que Jude est là. Arrête de t'inquiéter, mec, il va rien arriver pendant ces deux semaines. Ouais, mais si quelque chose arrive ? Lui il est là comme un idiot, il a mis plusieurs frontières entre Lloyd et lui, il s'est barré alors que Lloyd déconne en ce moment. Pourquoi est-il parti, il aurait dû rester, il aurait dû...

Christopher se redresse d'un coup, une main sur la poitrine. Ça se tord furieusement, là-dedans. Du dos de la main, il essuie le bout de son nez humide. Son reniflement résonne dans la chambre. Chris se tourne vers Alice, qui n'a pas bougé. Il doit sortir de là. Il ne peut raisonnablement pas se mettre à chialer dans la chambre. Il n'a pas peur d'être surpris : il n'a juste pas envie de la réveiller.

Il enfile rapidement le short dont il se sert en guise de pyjama, attrape son tee-shirt à l'effigie de Unikorn. Il le passe en ouvrant la porte, se souciant bien peu d'avoir les cheveux en vrac. Le couloir des chambres est vide et surtout obscur. Christopher referme doucement la porte derrière lui. Dès qu'il entend le clac caractéristique, il se relâche et des larmes brûlantes mouillent ses yeux.

Tout le long du chemin vers l'extérieur, il renifle pitoyablement. De la main, il essuie régulièrement ses joues. Les larmes glissent librement sur son visage, impossible à arrêter. Il pleure sans sanglot, sans gémissement, sans tordre son visage. Il pleure silencieusement, jusqu'à ce qu'il s'exfiltre de l'hôtel et que l'air de la nuit le cueille. Là, il traverse lourdement les quelques mètres qui le séparent du banc qui les protège du soleil, la journée. Maintenant qu'il fait ombre, tout parait si calme alors qu'il y avait tant d'animation quand ils sont arrivés plus tôt. Christopher se laisse tomber sur le banc, les épaules basses et les yeux baissés sur ses pieds nus. Il a oublié d'enfiler ses chaussures. Un rire lui secoue les épaules.

« C'est trop bête, » murmure-t-il à la nuit.

Peut-être, mais ça aide à endiguer les larmes. Christopher renifle encore un peu, marmonne un « désolé » car c'est dégueulasse de renifler, et il enfonce la main dans sa poche. Il en sort un paquet de clopes. Il en chope une entre ses lèvres, l'allume et recrache la fumée vers le ciel. Ça n'apaise pas son angoisse. Mais de quitter son lit l'a ramené sur ce plan-là de la réalité et ça va un peu mieux. Il a moins l'impression que Lloyd est en train de faire une grosse bêtise en ce moment. Il a un peu moins peur. Un tout petit peu.

__________________
Je voulais en faire un OS mais je me suis dit que s'il y avait une âme qui traînait dans le coin, pour ceux qui participent au voyage en Roumanie, ça pourrait être sympa aussi. Dans l'idée, ce sera un RP court et rapide, ou ça demeurera juste un OS si personne ne répond !
@Lloyd River, pour la longue mention.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
MERCREDI 16 AOÛT 2051, ROUMANIE
ETE DE LA CINQUIEME ANNEE, 15 ANS

Il n'y avait pas de raison particulière à l'insomnie qui venait d'attraper Stella Ruewen cette nuit là. Il ne fallait pas prendre ce soudain éveil comme le signe d'une mauvaise journée vécue ou à venir, car Stella Ruewen était en vacances avec son petit ami et la famille de ce dernier. Ils passaient d'excellents moments ensemble, au point qu'elle ne voyait pas le temps passer. Et pourtant, bientôt, il leur faudrait dire adieu à la Roumanie pour retourner en Angleterre. Déjà. Dire qu'elle avait l'impression que leur voyage en Irlande venait à peine de s'achever, il lui était difficile de concevoir que celui en Roumanie touchait également à son terme. Ils en avaient fait et vu des choses ensemble cet été...

En bref, voilà pourquoi elle n'aurait pas dû se trouver réveillée à une telle heure de la nuit. Pourtant. Pourtant elle se retrouvait de nouveau étendue dans son lit, sur ce matelas grinçant, les yeux grand ouverts et la poitrine s'élevant et s'abaissant à un rythme bien trop rapide pour être celui de celle et qui dort et qui rêve. Pourtant, sans qu'elle se l'explique, les bras de Morphée se refusaient à elle.

En silence, la jeune sorcière se redressa dans son lit.

Pourquoi donc Morphée la fuyait elle de la sorte ? Contrariée, elle fronça les sourcils. Il y avait un certain temps qu'elle n'avait plus eu d'insomnie de la sorte, alors pourquoi fallait-il que cela la reprenne déjà ? Malheureuse, elle coula un regard vers Orion, sagement endormi dans son propre lit, rapproché du sien. Et sitôt que son regard se posa sur le garçon endormi, l'Etoile se sentit un peu mieux. Comme toujours, sa présence l'apaisait, la rassurait. Tendrement, elle l'admira encore un peu avant de décider de se lever, prenant soin de ne pas le réveiller par accident.

Puisque le sommeil se refusait à elle, pourquoi ne pas s'octroyer une petite promenade nocturne ? Et pourquoi ne pas profiter de l'obscurité pour se laisser aller un peu, pour s'effondrer un peu ?

Il ne lui fallut pas bien longtemps pour enfiler le pull qu'elle avait dérobé à son petit ami ainsi que des chaussures qu'elle ne noua pas, préférant éviter de créer des nœuds trop complexes à défaire pour ses petites mains malhabiles. Alors elle se contenta d'enfiler la basket, de fourrer ses mains dans le pull et de sortir doucement de la chambre, essayant de faire le moins de bruits possibles pour ne pas réveiller Orion. Elle aurait pu, le réveiller. Elle aurait pu. Elle ne doutait pas qu'il lui aurait tenu compagnie, qu'il l'aurait distraite de son insomnie, qu'il aurait été d'une aide charmante. Il aurait déposé un baiser léger sur son front, lui aurait demandé ce qui n'allait pas, pourquoi diable se retrouvait-elle ainsi éveillée au beau milieu de la nuit alors même qu'ils s'étaient couchés tard.

Mais la jeune fille n'aurait su que répondre. Elle se serait emmêlée dans ses explications et elle ne lui aurait donné que quelques phrases brouillonnes, signifiant vaguement quelque chose. Alors mieux valait s'éloigner, fuir les bras tentants et pourtant ô combien lointains de Morphée.

Tap. Tap. Tap. Tap.

Le bruit régulier de ses pas dans le couloir contribua à l'apaiser. Et, lorsqu'elle fut sortie, quand le vent vint caresser délicieusement ses traits si finement sculptés, Stella se laissa aller à sourire.

Même la présence angoissante et pour le moins étrange de cet homme n'aurait su défaire d'elle le sentiment plus qu'agréable de la brise sur ses joues roses, ses yeux gonflés d'un sommeil qui pourtant se refusait à elle. Même s'il marmonne tout seul quelques phrases qui n'ont de sens qu'à ses yeux, même s'il venait à elle pour lui raconter les pires des inepties elle n'aurait rien dit. Même sa présence, sombre et inquiétante pour une jeune fille d'une quinzaine d'années, n'aurait su assombrir le tableau de la nuit, du ciel sombre, juste assez pour voir une multitude d'étoiles et...de la fumée ?

Vivement, la jeune fille tourna la tête vers l'inconnu.

Il fumait.

....vous vous faites du mal, constata-t-elle à haute voix. Avec la cigarette, vous vous faites du mal.



@Christopher Hangoover, je me permets !
@Orion Blackburn, Stella n'a peut-être pas été si discrète...

15 ans / 5eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / coucou rappeltout
"Am I boring ? Sure. Social skills ? None. But I’m loyal if you feed me and will never leave you cuz, well…. I need the food."

Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
Christopher lève les yeux vers le ciel. Au-delà des hauts bâtiments de Cluj-Napoca qui s'élèvent autour du banc se trouve un ciel qui ressemble à tant d'autres. Il en a vu, des étoiles, en compagnie de Lloyd, hein ? Parfois quand ils finissaient étendus au bord de la Tamise au beau milieu de la nuit et qu'ils peinaient à déceller leur éclat à travers la pollution moldue. D'autres fois à travers la fenêtre d'un pub, d'un bar quelconque, voire même dans la cour du Pitiponk. Et puis il y a eu toutes ces fois sur un toit dont il ne veut pas se rappeler. Christopher tremble brusquement et essuie du dos de la main une larme qui glisse sur sa joue. Non, il ne veut plus y repenser.

Il aspire une longue taffe qui creuse ses poumons. Ça lui fait du bien d'être ici. Lloyd n'est pas ici, il est en Angleterre, mais il va bien. Ça ne sert à rien de s'inquiéter, hein ? Après tout, que pourrait-il faire de plus à des kilomètres de lui, que pourrait-il... Chris ferme les yeux pour se soustraire à ses pensées. Son cœur renâcle violemment à l'intérieur de lui. Faut que t'arrête de penser à ça, vieux. Ça fait des années, il va mieux maintenant. Bon, pas trop en ce moment, mais ça n'a rien à voir. Il n'a rien à voir avec l'homme brisé qu'il a été il y a dix ans. Il est plus fort, il est moins attaché à Miya, hein, moins... Moins... C'est différent. Christopher aimerait bien s'en persuader mais quelque chose en lui le lui refuse. En réalité, rien n'est différent. Rien n'est différent s'il suffit qu'elle revienne pour qu'il se mette dans ces états.

Il recrache la fumée vers le ciel en se massant doucement la poitrine. Juste au niveau du cœur, parce que ça lui fait mal. Il inspire profondément pour se calmer. C'est bon, ça va aller. Ça va aller, il va bien. Tout va bien aller pour lui, ce n'est pas en train de recommencer comme il y a dix ans, il continue de sortir, de voir des gens, de bosser, de chanter, de créer. Bordel, sa dernière musique trotte dans la tête de Chris depuis des semaines ! Good boy sit ! Good boy stay ! Ouais, il va rester. Il va r...

Une fois parle soudainement à côté de lui. Ça le fait sursauter et Christopher lâche un juron particulièrement vulgaire en se retournant, yeux écarquillés, vers la jeune fille qui est apparue de nulle part. Depuis combien de temps elle est là, par Morgane ?! Il la reconnait aussitôt, une gamine qui fait partie de leur groupe, qui voyage avec sa famille et... Il sait toujours pas si c'est son frère ou son mec. C'est vrai qu'ils sont l'air un peu trop proches pour des frères et sœurs.

« Tu m'as fait peur, » souffle-t-il comme si ce n'était pas évident.

Christopher se passe la main dans les cheveux pour reprendre contenance. Elle parlait de quoi, là ? De sa clope ? Il baisse les yeux sur sa cigarette, fronce les sourcils, puis grimace en prenant soin que la fumée n'aille pas vers la fille.

« Euh..., commence-t-il, guère éloquent ; il essaie de rassembler ses pensées. Ouais, c'est pas bien de fumer. »

Un petit rire sans joie traverse ses lèvres. Il jette un regard d'excuse à la jeune fille en terminant d'essuyer ses joues sans la moindre pudeur. Au moins sa présence l'éloigne de ses pensées angoissées.

« Je le conseille pas, poursuit-il d'une voix rauque. Fumer. C'est pas bien, faut pas faire. T'as raison. Ça fait du mal au corps. »

Et pourtant, il glisse le filtre entre ses lèvres et aspire une nouvelle taffe en détournant les yeux vers les bâtiments qui bordent l'hôtel dans lequel ils se sont arrêtés pour les quelques nuits à venir. Qu'est-ce qu'elle fait là, cette fille ? Elle devrait dormir, à cette heure-là. Pas sortir de l'hôtel pour se promener en toute quiétude. Il y a la ville, là-dehors, la ville moldue. Personne ne la surveille donc ?

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER