Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre

Mercredi 16 août 2051
HÔTEL LES TROIS TOURS
Roumanie


Christopher se retourne dans le lit. Le sommier grince sous son poids. Les draps se froissent autour de ses membres. Il se débat un instant et finit par retirer ses jambes pour repousser brusquement le drap. L'air frais de la chambre coule agréablement sur sa peau nue. Il dort en caleçon car il ne supporte pas de dormir en pantalon mais il fait toujours en sorte d'avoir la couverture sur lui et le matin il ne sort pas du lit tant qu'il ne s'est pas tortillé sous les draps pour remettre son bas : jamais il ne sortira le cul à l'air, caleçon ou non, sous les yeux d'Alice. Il jette un coup d’œil de son côté de la pièce. Il n'aperçoit que sa forme tassée sous la couverture. Elle dort. Bien sûr qu'elle dort, avec tout ce qu'elle prend. Christopher pousse un soupir bruyant et jette un regard noir au plafond avant de poser l'avant-bras sur ses yeux pour se soustraire à ce paysage qu'il connait part cœur.

Une angoisse sourde brûle à l'intérieur de son corps. Impossible de s'en débarrasser. Ça a commencé plus tôt dans la journée, à cause d'une pensée qu'il a eu et qui l'a ensuite hanté. Il fait quoi, là ? C'est tout, une simple pensée. Et depuis, le malaise s'est transformé en angoisse et rien n'a réussi à y faire, pas même le bon moment qu'il a passé avec les autres touristes avant d'aller se coucher. Ça creuse un trou dans son corps. Un trou dans lequel s’amoncellent des pensées toutes noires.

Christopher écoute les bruits de la nuit. La respiration d'Alice, le craquement du plancher quand un résident de l'hôtel se lève pour aller au petit coin, le son feutré d'une lointaine discussion. Il entend tout. Habituellement, il n'a pas de mal à s'endormir. Il n'a jamais eu de mal, c'est facile de dormir, il suffit de fermer les yeux et de se laisser emporter. C'est un moment doux, agréable. Mais ce soir ? Ce soir, c'est une torture. Il n'arrête pas de penser à Lloyd. Il prend toute la place dans son esprit, impossible de penser à autre chose.

Il y a une heure, peut-être une heure et demie, il a pensé à se rendre à l'aire des portoloins, de payer une blinde s'il fallait, mais de se payer un fichu billet de retour pour la maison. Ça s'est imposé comme une évidence, il le devait absolument, il lui fallait rentrer à la maison, aller chez Jude et Lloyd, se précipiter dans la chambre de ce dernier pour s'assurer qu'il allait bien. Puis après il a réfléchi deux secondes, il s'est calmé et s'est rendu compte que ce serait idiot de faire ça. Evidemment qu'il va bien et puis Jude est là, non ?
Peut-être.
Pourtant, l'angoisse ne part pas.

Il ne peut rien faire d'autre qu'attendre. Et pendant ce temps-là, il fait quoi, Lloyd ? Du grand Lloyd sûrement, hein ? On sait tous ce que ça signifie, faire ça. Il est où, avec qui ? Est-ce qu'on prend soin de lui, est-ce qu'on prévient le moment où son esprit partira à la délire, hein, quelqu'un fait ça ? Christopher se contorsionne pour attraper sa montre sur la table de chevet. Deux heures du matin. Il doit être à la Fausse Danse, peut-être sur scène. Jude est là, c'est sûr que Jude est là. Arrête de t'inquiéter, mec, il va rien arriver pendant ces deux semaines. Ouais, mais si quelque chose arrive ? Lui il est là comme un idiot, il a mis plusieurs frontières entre Lloyd et lui, il s'est barré alors que Lloyd déconne en ce moment. Pourquoi est-il parti, il aurait dû rester, il aurait dû...

Christopher se redresse d'un coup, une main sur la poitrine. Ça se tord furieusement, là-dedans. Du dos de la main, il essuie le bout de son nez humide. Son reniflement résonne dans la chambre. Chris se tourne vers Alice, qui n'a pas bougé. Il doit sortir de là. Il ne peut raisonnablement pas se mettre à chialer dans la chambre. Il n'a pas peur d'être surpris : il n'a juste pas envie de la réveiller.

Il enfile rapidement le short dont il se sert en guise de pyjama, attrape son tee-shirt à l'effigie de Unikorn. Il le passe en ouvrant la porte, se souciant bien peu d'avoir les cheveux en vrac. Le couloir des chambres est vide et surtout obscur. Christopher referme doucement la porte derrière lui. Dès qu'il entend le clac caractéristique, il se relâche et des larmes brûlantes mouillent ses yeux.

Tout le long du chemin vers l'extérieur, il renifle pitoyablement. De la main, il essuie régulièrement ses joues. Les larmes glissent librement sur son visage, impossible à arrêter. Il pleure sans sanglot, sans gémissement, sans tordre son visage. Il pleure silencieusement, jusqu'à ce qu'il s'exfiltre de l'hôtel et que l'air de la nuit le cueille. Là, il traverse lourdement les quelques mètres qui le séparent du banc qui les protège du soleil, la journée. Maintenant qu'il fait ombre, tout parait si calme alors qu'il y avait tant d'animation quand ils sont arrivés plus tôt. Christopher se laisse tomber sur le banc, les épaules basses et les yeux baissés sur ses pieds nus. Il a oublié d'enfiler ses chaussures. Un rire lui secoue les épaules.

« C'est trop bête, » murmure-t-il à la nuit.

Peut-être, mais ça aide à endiguer les larmes. Christopher renifle encore un peu, marmonne un « désolé » car c'est dégueulasse de renifler, et il enfonce la main dans sa poche. Il en sort un paquet de clopes. Il en chope une entre ses lèvres, l'allume et recrache la fumée vers le ciel. Ça n'apaise pas son angoisse. Mais de quitter son lit l'a ramené sur ce plan-là de la réalité et ça va un peu mieux. Il a moins l'impression que Lloyd est en train de faire une grosse bêtise en ce moment. Il a un peu moins peur. Un tout petit peu.

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Je voulais en faire un OS mais je me suis dit que s'il y avait une âme qui traînait dans le coin, pour ceux qui participent au voyage en Roumanie, ça pourrait être sympa aussi. Dans l'idée, ce sera un RP court et rapide, ou ça demeurera juste un OS si personne ne répond !
@Lloyd River, pour la longue mention.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER

Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
MERCREDI 16 AOÛT 2051, ROUMANIE
ETE DE LA CINQUIEME ANNEE, 15 ANS

Il n'y avait pas de raison particulière à l'insomnie qui venait d'attraper Stella Ruewen cette nuit là. Il ne fallait pas prendre ce soudain éveil comme le signe d'une mauvaise journée vécue ou à venir, car Stella Ruewen était en vacances avec son petit ami et la famille de ce dernier. Ils passaient d'excellents moments ensemble, au point qu'elle ne voyait pas le temps passer. Et pourtant, bientôt, il leur faudrait dire adieu à la Roumanie pour retourner en Angleterre. Déjà. Dire qu'elle avait l'impression que leur voyage en Irlande venait à peine de s'achever, il lui était difficile de concevoir que celui en Roumanie touchait également à son terme. Ils en avaient fait et vu des choses ensemble cet été...

En bref, voilà pourquoi elle n'aurait pas dû se trouver réveillée à une telle heure de la nuit. Pourtant. Pourtant elle se retrouvait de nouveau étendue dans son lit, sur ce matelas grinçant, les yeux grand ouverts et la poitrine s'élevant et s'abaissant à un rythme bien trop rapide pour être celui de celle et qui dort et qui rêve. Pourtant, sans qu'elle se l'explique, les bras de Morphée se refusaient à elle.

En silence, la jeune sorcière se redressa dans son lit.

Pourquoi donc Morphée la fuyait elle de la sorte ? Contrariée, elle fronça les sourcils. Il y avait un certain temps qu'elle n'avait plus eu d'insomnie de la sorte, alors pourquoi fallait-il que cela la reprenne déjà ? Malheureuse, elle coula un regard vers Orion, sagement endormi dans son propre lit, rapproché du sien. Et sitôt que son regard se posa sur le garçon endormi, l'Etoile se sentit un peu mieux. Comme toujours, sa présence l'apaisait, la rassurait. Tendrement, elle l'admira encore un peu avant de décider de se lever, prenant soin de ne pas le réveiller par accident.

Puisque le sommeil se refusait à elle, pourquoi ne pas s'octroyer une petite promenade nocturne ? Et pourquoi ne pas profiter de l'obscurité pour se laisser aller un peu, pour s'effondrer un peu ?

Il ne lui fallut pas bien longtemps pour enfiler le pull qu'elle avait dérobé à son petit ami ainsi que des chaussures qu'elle ne noua pas, préférant éviter de créer des nœuds trop complexes à défaire pour ses petites mains malhabiles. Alors elle se contenta d'enfiler la basket, de fourrer ses mains dans le pull et de sortir doucement de la chambre, essayant de faire le moins de bruits possibles pour ne pas réveiller Orion. Elle aurait pu, le réveiller. Elle aurait pu. Elle ne doutait pas qu'il lui aurait tenu compagnie, qu'il l'aurait distraite de son insomnie, qu'il aurait été d'une aide charmante. Il aurait déposé un baiser léger sur son front, lui aurait demandé ce qui n'allait pas, pourquoi diable se retrouvait-elle ainsi éveillée au beau milieu de la nuit alors même qu'ils s'étaient couchés tard.

Mais la jeune fille n'aurait su que répondre. Elle se serait emmêlée dans ses explications et elle ne lui aurait donné que quelques phrases brouillonnes, signifiant vaguement quelque chose. Alors mieux valait s'éloigner, fuir les bras tentants et pourtant ô combien lointains de Morphée.

Tap. Tap. Tap. Tap.

Le bruit régulier de ses pas dans le couloir contribua à l'apaiser. Et, lorsqu'elle fut sortie, quand le vent vint caresser délicieusement ses traits si finement sculptés, Stella se laissa aller à sourire.

Même la présence angoissante et pour le moins étrange de cet homme n'aurait su défaire d'elle le sentiment plus qu'agréable de la brise sur ses joues roses, ses yeux gonflés d'un sommeil qui pourtant se refusait à elle. Même s'il marmonne tout seul quelques phrases qui n'ont de sens qu'à ses yeux, même s'il venait à elle pour lui raconter les pires des inepties elle n'aurait rien dit. Même sa présence, sombre et inquiétante pour une jeune fille d'une quinzaine d'années, n'aurait su assombrir le tableau de la nuit, du ciel sombre, juste assez pour voir une multitude d'étoiles et...de la fumée ?

Vivement, la jeune fille tourna la tête vers l'inconnu.

Il fumait.

— ....vous vous faites du mal, constata-t-elle à haute voix. Avec la cigarette, vous vous faites du mal.



@Christopher Hangoover, je me permets !
@Orion Blackburn, Stella n'a peut-être pas été si discrète...

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Il en faut peu pour être heureux...

Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
Christopher lève les yeux vers le ciel. Au-delà des hauts bâtiments de Cluj-Napoca qui s'élèvent autour du banc se trouve un ciel qui ressemble à tant d'autres. Il en a vu, des étoiles, en compagnie de Lloyd, hein ? Parfois quand ils finissaient étendus au bord de la Tamise au beau milieu de la nuit et qu'ils peinaient à déceller leur éclat à travers la pollution moldue. D'autres fois à travers la fenêtre d'un pub, d'un bar quelconque, voire même dans la cour du Pitiponk. Et puis il y a eu toutes ces fois sur un toit dont il ne veut pas se rappeler. Christopher tremble brusquement et essuie du dos de la main une larme qui glisse sur sa joue. Non, il ne veut plus y repenser.

Il aspire une longue taffe qui creuse ses poumons. Ça lui fait du bien d'être ici. Lloyd n'est pas ici, il est en Angleterre, mais il va bien. Ça ne sert à rien de s'inquiéter, hein ? Après tout, que pourrait-il faire de plus à des kilomètres de lui, que pourrait-il... Chris ferme les yeux pour se soustraire à ses pensées. Son cœur renâcle violemment à l'intérieur de lui. Faut que t'arrête de penser à ça, vieux. Ça fait des années, il va mieux maintenant. Bon, pas trop en ce moment, mais ça n'a rien à voir. Il n'a rien à voir avec l'homme brisé qu'il a été il y a dix ans. Il est plus fort, il est moins attaché à Miya, hein, moins... Moins... C'est différent. Christopher aimerait bien s'en persuader mais quelque chose en lui le lui refuse. En réalité, rien n'est différent. Rien n'est différent s'il suffit qu'elle revienne pour qu'il se mette dans ces états.

Il recrache la fumée vers le ciel en se massant doucement la poitrine. Juste au niveau du cœur, parce que ça lui fait mal. Il inspire profondément pour se calmer. C'est bon, ça va aller. Ça va aller, il va bien. Tout va bien aller pour lui, ce n'est pas en train de recommencer comme il y a dix ans, il continue de sortir, de voir des gens, de bosser, de chanter, de créer. Bordel, sa dernière musique trotte dans la tête de Chris depuis des semaines ! Good boy sit ! Good boy stay ! Ouais, il va rester. Il va r...

Une voix parle soudainement à côté de lui. Ça le fait sursauter et Christopher lâche un juron particulièrement vulgaire en se retournant, yeux écarquillés, vers la jeune fille qui est apparue de nulle part. Depuis combien de temps elle est là, par Morgane ?! Il la reconnait aussitôt, une gamine qui fait partie de leur groupe, qui voyage avec sa famille et... Il sait toujours pas si c'est son frère ou son mec. C'est vrai qu'ils sont l'air un peu trop proches pour des frères et sœurs.

« Tu m'as fait peur, » souffle-t-il comme si ce n'était pas évident.

Christopher se passe la main dans les cheveux pour reprendre contenance. Elle parlait de quoi, là ? De sa clope ? Il baisse les yeux sur sa cigarette, fronce les sourcils, puis grimace en prenant soin que la fumée n'aille pas vers la fille.

« Euh..., commence-t-il, guère éloquent ; il essaie de rassembler ses pensées. Ouais, c'est pas bien de fumer. »

Un petit rire sans joie traverse ses lèvres. Il jette un regard d'excuse à la jeune fille en terminant d'essuyer ses joues sans la moindre pudeur. Au moins sa présence l'éloigne de ses pensées angoissées.

« Je le conseille pas, poursuit-il d'une voix rauque. Fumer. C'est pas bien, faut pas faire. T'as raison. Ça fait du mal au corps. »

Et pourtant, il glisse le filtre entre ses lèvres et aspire une nouvelle taffe en détournant les yeux vers les bâtiments qui bordent l'hôtel dans lequel ils se sont arrêtés pour les quelques nuits à venir. Qu'est-ce qu'elle fait là, cette fille ? Elle devrait dormir, à cette heure-là. Pas sortir de l'hôtel pour se promener en toute quiétude. Il y a la ville, là-dehors, la ville moldue. Personne ne la surveille donc ?
Dernière modification par Christopher Hangoover le 16 sept. 2026, 15:08, modifié 1 fois.

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Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
Elle ne s'attendait pas à une réaction aussi extrême. Enfait elle ne s'attendait pas à une réaction tout court. Et pourtant, il sursauta violemment et poussa un juron particulièrement vulgaire qui laissa un regard impressionné à la jeune fille. Merlin, en voilà un qu'il faudrait qu'elle retienne, pour sûr.

Légèrement méprisante, elle plissa le visage à son commentaire. Oui, ça elle avait pu le constater par elle-même qu'elle lui avait fait peur. Une expression amusée sur son visage, l'Etoile détailla les traits de l'homme qui lui faisait face. Il était dans leur groupe de voyage, elle se souvenait de lui. Il voyageait avec la jolie femme aux cheveux blancs comme neige et les deux petits garçons. Qui donc étaient-ils tous les quatre ? Les membres d'une même famille ? Mais la jolie jeune femme ne lui ressemblait absolument pas avec ses cheveux d'une blancheur étincelante et ses iris du plus pur de tous les gris. Peut-être était-elle sa nièce, qui sait ? Mais Stella les avait observé et le comportement qu'ils avaient l'un envers l'autre la laissait perplexe, si ce n'était circonspecte. Ils étaient un mystère.

Au moins il était distingué ; il prit soin de garder sa fumée pour lui. L'odeur — fort déplaisante si on demandait son avis à la future cinquième année — lui arracha un froncement de sourcils. Et puis il approuva ses propos, il confirma que la cigarette est un vice, une bêtise. Pourtant il finit par remettre le petit stick nocif entre ses lèvres. Il tira dessus, laissa s'échapper la fumée et rit un peu. Il rit dans la nuit, et la jeune sorcière songea qu'il avait un rire bien triste, bien mélancolique. Et sa voix était rauque, rauque comme celle de quelqu'un qui retient ses sanglots. Ou simplement comme un fumeur. *Un fumeur avec le rire triste et la voix abîmée* songea-t-elle en l'observant.

— Alors pourquoi vous le faites ? s'enquit-elle, sincèrement curieuse.

Un peu mal à l'aise de le questionner de la sorte, l'Etoile se balança nerveusement sur ses pieds. Le sommeil ne viendrait pas, elle en était désormais certaine, mais ce n'était pas bien grave. Car la fuite de Morphée l'avait conduit à cet homme si étrange et mystérieux, et elle se contentait de cela.

— C'est bon ? demanda Stella, sourcils froncés. Je veux dire, ça sent mauvais, comment est-ce que ça pourrait avoir bon goût ? C'est un poison à la mauvaise odeur, je comprends pas que l'on fume.

Sincèrement perplexe, elle lui jeta un regard en biais. La cigarette scintillait au bout, là où elle était allumée, et elle brillait plus fort lorsque l'inconnu tirait dessus. Il attisait la flamme en inspirant le poison. Quelle belle métaphore, pensa la jeune fille en cachant ses mains dans ses poches.

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Un soupir s'échappe de Christopher. Ses épaules s'affaissent. Il se laisse lourdement tomber contre le dossier du banc, les mains abandonnées sur les genoux. Son regard, de biais, observe la jeune fille. Elle a la mine curieuse, malgré ses paroles un peu désapprobatrices. Elle n'a pas l'air d'avoir l'intention de s'asseoir ou même d'approcher. Tant mieux, c'est plus facile comme ça de faire en sorte que la fumée n'aille pas vers elle.

Christopher n'a pas envie de se questionner sur le tabac là, ce soir. Il sait très bien que c'est mauvais, comme tous les gens qui fument. Ils le savent mais ils le font quand même, ça s'appelle être dépendant. La plupart des gens commencent par simple curiosité puis ne peuvent plus arrêter, car ils sont accro ou habitués. C'est débile, c'est idiot, même, de devenir dépendant d'un truc comme ça. Et Chris, comme tous les autres, n'a pas envie de débattre de l’incohérence des fumeurs qui continuent de fumer alors même qu'ils savent que c'est idiot et dangereux. Non, vraiment, pas ce soir. Pas ce soir, il n'a pas envie. Il a la peur ancrée au corps, elle ne veut pas partir, elle tend tous ses muscles et crispe ses nerfs. Il n'a pas envie.

Sa jambe se met à battre à un rythme rapide. Il tire rapidement sur sa clope et coule un bref regard vers la fille à laquelle il parvient très difficilement à faire un sourire qui n'étire que peu ses lèvres.

« Non, c'est pas bon. »

Et qu'est-ce qu'il pourrait lui dire, hein ? Que c'est pas pour le goût qu'on fait ça ? Il n'est pas idiot, il sait bien qu'on ne donne pas à une adolescente qui ne doit penser qu'à tester les limites de bonnes raisons pour fumer. Alors la vérité, il va se la foutre sous le bras et puis tant pis, c'est comme ça. C'est exactement ce qu'il voulait faire de sa soirée, mentir à une gamine pour pas l'inciter à fumer, génial.

« Dégueulasse, en fait. Après le goût reste dans la bouche pendant un moment, explique-t-il en reniflant très doucement, à peine, car ce n'est pas poli — il se frotte le nez de la main. Et je crois que personne comprend vraiment pour on fume, hein. »

Christopher se passe la main dans la nuque et joue un instant avec les petits cheveux au sommet de sa colonne vertébrale. Puis il arrête et se frotte le visage de sa main libre.

« Je le fais parce que... »

Yeux braqués sur le sol, il pense un instant à inventer une excuse idiote pour lui faire comprendre que les adultes sont bêtes de fumer ou un truc comme ça. Mais finalement il se contente de pousser un long soupir et de se tourner franchement vers la fille pour la regarder.

« Écoute, j'ai pas envie de débattre sur la connerie que c'est de fumer ce soir. J'arrivais pas à dormir, je suis sorti fumer, c'est tout. Fumer, c'est aussi con qu'on te le répète sûrement depuis l'enfance. Commence pas, c'est tout, même pour crâner. »

Elle pourrait être de bonne compagnie en plus, cette fille. Chris aime bien les rencontres fortuites, celles qui durent et celles qui permettent d'occuper seulement quelques minutes ou quelques heures. Ce soir, elle tomberait à pic, cette bonne compagnie. Alors s'il te plait, gamine, me parle pas de l'incohérence des fumeurs, pas ce soir.

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Il faisait un peu froid, la nuit. Pas de quoi le frigorifier, mais la jeune fille était soulagée de ne pas être sortie de la chambre sans mettre de pull. Nuls doutes qu'elle aurait eu sacrément froid dans ce pyjama d'été qui ne lui tenait absolument pas chaud. Frissonnant légèrement, elle inclina la tête, en attente d'une réponse de l'inconnu, le regard attiré par l'extrémité allumée de la cigarette.

Il s'emmêlait dans ses mots — et sûrement dans ses pensées aussi —, l'inconnu. Mais Stella n'aurait pas été capable de se moquer, elle qui était pourtant aisément agacée lorsque les Autres n'arrivaient pas à formuler correctement ce qu'ils voulaient dire. Et lui, cet homme, cet inconnu qui voyageait avec les enfants et la jolie jeune femme aux cheveux blancs, il semblait avoir tout plein de choses à lui dire. Elle en était certaine comme elle était certaine que le soleil se lèverait. Sinon comment se dire qu'elle était tombée sur lui, au milieu de la nuit, à une heure improbable pour faire quoi que ce soit — qu'il s'agisse de fumer une cigarette ou faire un tour pour se promener. Il y avait un truc chez cet homme qui était intrigant, quelque chose qui la poussait à le questionner, à s'interroger sur lui.

Fumer était donc "dégueulasse", si elle en croyait les mots de l'inconnu. Perplexe, elle plissa le nez et chercha à comprendre la logique. Fumer. Alors que ça faisait du mal au corps, alors que ça sentait mauvais, alors que ce n'était pas bon, alors que ça n'avait rien de bien, rien de bon. *Etrange..*

— Fumer c'est une drôle de manière de crâner, remarqua-t-elle, sceptique, en s'approchant un peu.

A ses yeux, les gens qui fumaient avaient quelque chose de triste. Comme lui, à vrai dire. Il avait le regard de ceux qui ont besoin d'ouvrir une vanne et de se laisser aller. Elle le lui aurait bien proposé, de pleurer, s'il en avait envie. Mais voilà, elle n'était pas à l'aise avec les Autres qui pleuraient, et elle craignait que l'homme ne lui rie à la figure si elle prononçait les mots. Alors elle les retint, elle s'approcha encore un peu jusqu'à se tenir juste à côté, au point de sentir l'odeur de la cigarette se mêler à celle de la nuit. Mais elle ne fit aucune remarque. Il avait dit ne pas vouloir s'étendre sur le sujet, alors elle ne reviendrait pas dessus. Ou peut-être que le lendemain elle irait le voir et qu'elle lui demanderait si la nuit suivante elle pourrait essayer, elle aussi. Etait-ce possible de faire taire ses pensées en inspirant cette fumée nocive ? Apprécierait-elle le goût ? Et l'odeur, restait-elle accrochée au corps, vestige froid et répugnant du vice qui, une fois prit, s'en allait rarement ? L'Etoile aurait aimé poser toutes ces questions. Personne ne fumait dans sa famille. Enfin, il lui était arrivé de voir Helen avec une cigarette, mais à de rares occasions. Parce que Kieran n'aimait pas ça, apparemment. Alors à qui pourrait-elle poser ces questions ? *A personne* se rabroua-t-elle.

Après un silence, la jeune sorcière reprit la parole, posant son regard bleu sur l'inconnu.

— La...la vie c'est d'la merde parfois, hein ? fit-elle, compatissante.

Elle laissa une seconde s'écouler entre eux, perdue entre ses pensées. Stella n'avait pas vraiment eu le temps de réfléchir, elle ne l'avait pas pris, elle avait simplement prononcé la phrase comme ça.

— Je peux vous tutoyer ?

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Sa réponse est si naturelle, si enfantine que Christopher lâche un rire sans joie en la regardant par-dessus ses cils. Il hoche la tête sans répondre, mais son visage parle pour lui : ouais, fumer pour crâner, c'est bizarre. Ça le rassure qu'elle pense ça. Ça veut dire qu'elle ne commencera jamais à fumer pour faire la maligne, tout simplement parce qu'elle ne voit pas ce qu'il y a de malin à faire ça. C'est bien qu'elle pense pas ça, très bien, même.

Il la regarde s'approcher. Elle est un peu trop proche. Pas de lui, lui il s'en fout qu'on soit proche de lui. Mais la fumée va la déranger. Non, pas la déranger : elle va la sentir. Tous ceux qui fument savent qu'il ne faut pas faire respirer la fumée des cigarettes à ceux qui ne fument pas. Christopher éloigne son bras et tourne complètement la tête le temps de prendre une taffe qu'il recrache vers le ciel. C'est bizarre qu'elle reste là, cette fille, mais elle a peut-être juste besoin de compagnie, comme lui. Sauf que lui, il ne savait pas qu'il en avait besoin jusqu'à ce qu'elle s'approche et...

Ses pensées s'enraillent : la fille a repris la parole. Christopher arrondit les yeux, se plonge dans ses billes bleues. Alors ça se voit tant que ça ? Qu'il a le coeur tout triste ? Parce que si elle lui dit ça, c'est parce qu'elle l'a compris. En même temps, il n'a pas caché ses larmes quand elle est arrivée, il ne s'est pas caché pour essuyer ses joues. Bien sûr qu'elle sait que ça ne va pas. Et cette façon de le dire... C'est vrai, c'est direct. Il aime bien. Un bref sourire lui étire les lèvres. Il appuie son coude sur le dossier du banc, tire une nouvelle taffe. Il va falloir éteindre sa clope bientôt, elle est trop proche et il n'a pas le courage de se lever.

« Bien sûr que tu peux ! » réplique-t-il au tac au tac à sa question, tournant la tête vers elle.

Si elle ne lui avait pas demandé, il aurait fini par le lui dire.

« J'aime pas qu'on me vouvoie, ça me donne l'impression d'être vieux. Et c'est débile, de vouvoyer les gens, de toute manière. »

Aussi idiot que tout ce que sa famille lui a inculqué dans son enfance. Mais là, ce n'est pas le moment de penser à la famille, pas alors qu'il a mal au coeur parce que son pote va mal en ce moment, pas alors qu'il fait une insomnie parce qu'il est inquiet à l'idée que Lloyd fasse une bêtise. Par alors qu'il a un monstre inquiet au fond du bide et qu'il ne sait pas quoi en faire. D'ailleurs, en parlant de mal-être... Ce serait pas cool d'ignorer le maigre réconfort que la fille a essayé de lui apporter.

Tout en parlant, il s'est tourné vers elle et s'est décalé sur le banc pour l'inviter silencieusement à s'asseoir près de lui. Il tire une dernière longue taffe avant de se pencher pour écraser le mégot sur les pavés.

« La vie, c'est jamais de la merde, dit-il, la voix déformée par la fumée. Parfois, c'est dur, tu as raison. Ce soir, c'est méchamment dur, lâche-t-il dans un rire. Mais la vie, c'est toujours magnifique. Ça, il ne faut jamais l'oublier. »

D'un coup de baguette, il fait disparaître le mégot. Puis il la dépose sur le banc à côté de lui et croise les bras pour préserver la chaleur de son corps. Il coule un regard vers la fille.

« Je te dis pas ça comme une leçon de morale, hein, » précise-t-il.

Il n'y a rien de pire que de croire qu'on nous fait une leçon de morale quand on a treize ou quatorze ans et qu'on se croit surpuissant. Christopher se rappelle très bien de sa propre adolescence. Il n'a pas envie de passer pour l'adulte rasoir.

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Il avait raison, cet inconnu, ça ne sentait pas très bon la cigarette. Quoique Stella n'aurait pas osé utiliser le mot "dégueulasse", trop polie pour se le permettre. Et Vanya n'aurait pas aimé entendre sa fille parler de la sorte, alors elle ne l'aurait pas fait. Il y avait de nombreuses choses qu'elle n'osait pas se permettre parce que sa mère ne le lui aurait pas permis. Prononcer des grossièretés. Fumer. Goûter à l'alcool. Enfin, son expérience de l'année précédente lui avait appris à ne pas se fier aux boissons pétillantes, colorées et dangereusement diluées dans le sucre. Si ça ne tenait qu'à elle, Vanya n'aurait pas non plus laissé sa fille sortir avec Orion. Enfait, si elle avait pu, l'avocate aurait enfermé sa fille dans une tour pour la faire étudier jusqu'à sa majorité, et là seulement elle lui aurait permis de sortir découvrir le monde. Vanya Ruewen ne permettait pas beaucoup de choses à sa fille aînée. La convaincre de la laisser aller en Roumanie avait été difficile, sinon presque impossible.

Mais si elle n'était pas venue, elle n'aurait pas pu parler à cet inconnu. Il n'aurait pas eu besoin de fumer en tournant la tête, il serait resté tout seul dehors et ils n'auraient jamais pu échanger du tout. Et quelque chose soufflait à Stella que sa présence était une barrière à quelque chose, que ce soit une grande tristesse ou un immense désarroi. Elle avait le sentiment de l'aider, en étant là.

Il répondit aussitôt à sa question, comme s'il n'y avait même pas réfléchit. "Bien sûr" n'était pas une réponse d'adulte. Les adultes prenaient le temps de réfléchir, ils considéraient la question puis ils répondaient "Oui, tu peux" ou "Il n'y a pas de soucis". Une réponse construire, un peu mieux formulée. Mais l'Etoile ne s'en formalisa pas. Elle écouta avec attention ses explications, en revanche, et elle sourit doucement. Oui, sa marraine Helen non plus n'aimait pas ça. Elle disait que le tutoiement permettait de créer un lien plus direct, plus personnel. Le vouvoiement était "débile", oui.

Discrètement, la jeune fille vint s'installer à côté de l'inconnu lorsqu'il l'en invita en silence.

Et, assise là, frissonnante mais heureuse de se trouver là et pas dans son lit, elle l'écouta lui parler. Elle fronça les sourcils, dubitative. Non, la vie n'était pas toujours magnifique. C'était un mythe ça, une illusion à laquelle les adultes aimaient croire parce qu'ils étaient idiots ou trop naïfs pour accepter la réalité. Mais la réalité, c'était que la vie était injuste. Certaines personnes souffraient immensément plus que d'autres, et il n'y avait aucune explication logique à cela. C'était la vie.

— Désolée de te contredire mais la vie n'est pas toujours magnifique, marmonna Stella. Elle est injuste, mais on ne peut rien faire d'autre alors on fait avec ce qui nous est donné, on s'adapte et on aime se dire que la vie est belle parce que c'est rassurant sauf que... Sauf que c'est rarement le cas.

Un silence ponctua ses paroles. Elle le laissa s'étirer un instant, une seconde. Silencieuse, elle frotta ses mains l'une contre l'autre pour essayer de les réchauffer. Misère, si seulement elle avait le droit d'utiliser sa baguette, elle aurait pu faire apparaitre une petite flamme. *Foutues règles*

— Mais....ce soir c'est méchamment dur, fit-elle, reprenant ses mots. ....pourquoi ?

Elle ne se formaliserait pas s'il préférait ne pas lui répondre. Mais la future cinquième année n'était pas une disciple d'Helena et Rowena par pur hasard, elle curieuse et elle aimait comprendre. Alors il avait le choix. Lui expliquer. La baratiner. L'envoyer paitre. Cette dernière option était acceptable. Un peu vexante, certes, et l'Etoile pouvait se montrer rancunière, mais ce soir elle ne dirait rien.

15 ans / 5eme Année RP / fiche PR / / #004d65 / coucou rappeltout
Il en faut peu pour être heureux...

Roumanie C'est toujours là, sous ma peau Libre
Christopher est heureux de la voir venir s'asseoir. Déjà parce que cela signifie qu'il n'a pas écrasé sa cigarette pour rien et ensuite parce que ça veut dire qu'elle va rester un peu avec lui. Si elle avait été n'importe qui d'autre, il aurait aussi apprécié : avoir de la compagnie quand on est triste, c'est toujours mieux que rester tout seul. Il s'installe plus confortablement sur le banc, ses jambes étendues devant lui et les mains au fond des poches de son pantalon. La nuit n'est pas froide mais une légère brise souffle. Il serre les bras contre le torse et tourne la tête vers la fille, pour l'écouter parler.

Au final, peut-être aurait-elle dû garder le silence. Christopher grimace et tourne les yeux pour observer le sol poussiéreux devant le banc. Il a toujours eu du mal avec les personnes négatives. Comment est-ce seulement possible de poser un regard aussi sombre sur la vie ? Il est incapable de comprendre, lui qui a toujours vu le beau côté des choses plutôt que le contraire. Est-ce l'adolescence qui la rend si pessimiste ou est-elle naturellement ainsi ? Un poids en plus s'ajoute sur le coeur de Chris : Lloyd voit-il la vie ainsi, en ce moment ? En tout cas il y a dix ans, quand il allait si mal, ça devait être le cas.

Les épaules de Christopher s'affaissent. Une tristesse acide remonte le long de sa gorge. Il se frotte le nez du dos de la main pour la ravaler. Seule la curiosité de l'enfant l'empêche de trop s'enfoncer dans sa si inhabituelle lassitude. Il coule un regard vers elle. Il ouvre la bouche, la réponse venant naturellement :

« Parce que je m'inquiète pour un ami à moi, dit-il tout simplement en accrochant son regard. Il va très mal en ce moment, là-dedans je veux dire. »

Il tapote son crâne de son index, puis affiche un bref sourire sans joie.

« Il est très triste et moi je suis très inquiet. J'arrivais pas à dormir parce que je n'arrêtais pas de penser à lui. Tu sais, moi je le pense vraiment. Que la vie est belle, dit-il sans transition. Tu as dit qu'on dit qu'elle est belle pour se rassurer, mais moi je le pense vraiment. Elle est plus souvent belle que le contraire. Quand je dis qu'elle est toujours magnifique, c'est pour dire qu'elle vaut la peine d'être vécue même si parfois c'est dur. »

Mais ça, c'est à Lloyd qu'il aimerait le dire. Il aimerait lui rappeler combien c'est bon de se sentir vivant, de hurler durant un concert, de sentir vibrer la vie à travers la musique, de découvrir de nouvelles choses, de voyager, de passer du bon temps avec des amis, de fumer une clope à l'aube quand le monde est endormi ; il existe des millions de beauté dans ce monde, dans les gestes du quotidien, dans les levers de soleil, dans la course des nuages dans le ciel, dans un coup de vent qui rend mélodieux le bruit des feuilles d'un arbre. Il aimerait lui rappeler que la vie est magnifique. Lui dire qu'elle le serait bien moins sans lui. Mais voilà, ce n'est pas à Lloyd qu'il dit ça. C'est à une enfant qui est trop jeune pour ne pas croire que la vie est splendide.

« C'est ce que je crois, en tout cas, » conclut-il en haussant les épaules, sans réelle envie de la convaincre du contraire.

Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER