Le secret des nuages T.O

Lundi 21 août 2051


Les nuages glissent dans le ciel. Aucun ne se ressemble. Parfois, je passe des heures à les regarder à travers la fenêtre de ma chambre. Je s'assieds sur la moquette, jambes croisées, la tête levée vers le plafond du monde. Je cherche des formes dans les nuages et m'invente des histoires que je continue ensuite le soir, quand je suis enfermé dans l'obscurité et que je lutte contre la peur que le noir m'inspire.

Aujourd'hui, je ne suis pas dans ma chambre. Le soleil est chaud au-dessus de mon crâne et le bruit de la ville m'agresse. Les gens parlent fort, s'agitent, me frôlent de trop près. J'aimerais bien me rapprocher de Grand-mère mais je sais qu'elle n'aime pas que je la colle quand elle discute et là, elle discute bien. C'est trop long. Pourtant, je reste sagement à ma place. À quelques mètres de Grand-mère pour ne pas la déranger, les bras soit le long du corps, soit croisés dans le dos ou devant moi. Je ne dois pas me tortiller les doigts, je ne dois pas me dandiner, je ne dois pas tourner la tête dans tous les sens car « ça fait idiot, t'es pas idiot, non ? ». C'est Père qui m'a déjà dit ça. J'ai les règles bien en tête. Je ne dois pas bouger même si j'ai envie de courir comme les autres enfants et même si je m'ennuie.

Cela fait bien trois heures que grand-mère parle avec cet homme. Bien trois heures, voire quatre heures ! C'est énorme. Le temps est long et j'ai mal aux pieds de rester immobile comme ça. Clinton, lui, il arrive toujours à rester super immobile dans ce genre de moments, je ne sais pas comment il fait. Je voudrais qu'il soit avec moi. Quand on était avec Mademoiselle Alice et Oncle Christie en vacances, ils nous autorisaient à courir. Elle disait que j'avais le droit. Ici, je n'ai pas le droit.

Je tourne la tête vers le bout de la rue. La façade de la maison de Grand-mère est visible d'ici. Il est là-bas, mon frère. Il a dû recommencer son devoir de vacances de potions parce qu'apparemment, il n'était pas assez bon. Il a donc été privé de sortie. Avant qu'on quitte la maison, il m'a fait un clin d'œil pour me dire que tout allait bien mais j'ai bien vu que ses yeux étaient tristes. Ça m'a pesé sur le cœur durant toute notre balade jusqu'à chez Tante Annie et je sens encore le poids de sa tristesse plusieurs heures après.

Mon regard retrouve le chemin vers le ciel. Quelques nuages se rassemblent au-dessus des toits de la ville. Ils forment une masse compacte qui me fait penser à un immense dragon. Je l'imagine se dresser sur ses pattes et là groaaaar ! Il lance une gerbe de feux à travers le ciel ! Je m'imagine sur le dos du dragon. Il s'appelle Écailleux, c'est un vieux dragon et c'est moi qu'il a choisi comme cavalier. Nous sillonnons le ciel à la recherche d'ennemis à occire. Occire, ça veut dire tuer, je l'ai appris dans le livre que Clinton m'a prêté et dans lequel il y a des dragonniers. Écailleux s'envole vers l'horizon, le vent pousse ses ailes blanches et nuageuses. Je le suis du regard. Je sens la caresse du vent dans mes cheveux et la fièvre de l'aventure dans mon cœur.

Derek, le dragonnier.
Derek et Écailleux, Pourfendeurs des cieux.
Ça sonne bien, non ?

@Taryn O'Criwght, et voilà pour toi !

Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard

Le secret des nuages T.O
Il regarde le ciel. Il regarde le ciel comme si les nuages allaient lui livrer tous leurs secrets. C'est drôle, je pourrai faire de même, il me semble. Lever la tête à mon tour pour observer ces formes voguant la haut, qui m'invitent à franchir les limites de mon imagination pour voler toujours plus loin. J'ai presque envie de le faire. Partir dans le monde des rêves, rien que quelques minutes, et en revenir des heures après. Mais pour l'instant, j'observe. J'observe celui-qui-regarde-le-ciel. Je ne connaît pas son prénom. Mais celui que je lui ai trouvé lui va bien, je crois. Alors je vais le garder. Pour le moment.

Ça fait quelques minutes que je l'observe, lui et les nuages. Sans un mot. J'analyse, j'invente mille scénarios qui expliqueraient ce qu'il fait ici. Cette femme, à côté de lui, qui parle, la connaît-il ? Ou est-elle une inconnue qui demeure à ses côtés, discutant avec ces hommes qui semblent si présents sur terre, si loin des nuages ? Je pourrai aller le demander à celui-qui-regarde-le-ciel. Mais ce n'est pas le plus important. Parce que ce qui me retient, depuis tout à l'heure, ici, alors que je pourrai rentrer dans l'appartement que nous avons loué, c'est cette impression que ce jeune garçon et moi, nous sommes pareil. Semblables. Rêveurs.

A l'observer, j'estime qu'il est légèrement plus jeune que moi. Un an ou deux, pas plus, pas moins. Encore une fois, je pourrai aller lui demander. Mais... si je choisit de prendre la parole, ce ne sera pas pour ça. Non, ce sera pour quelque chose de bien plus intéressant.

J'avance presque sans m'en rendre compte, avant de me retrouver à hauteur de celui-qui-regarde-le-ciel. J'attends quelques secondes que son attention se dirige vers moi avant de dire, sans présentation, sans introduction :

Tu vois des nuages, toi ?

Je me tais quelques instants, dardant mon regard sur ces formes qui ondulent dans le ciel. Puis, j'admets, sourire aux lèvres :

Moi, je n'en vois pas. Tout ce qu'il y a ici, ce sont des héros, des monstres, des elfes, des formes, des histoires qui méritent qu'on prenne le temps de s'y pencher.

Je n'ajoute rien. Il n'y en a pas besoin. S'il est comme moi, il comprendra. Et honnêtement ? J'espère qu'il comprendra. Vraiment.

@Derek Hangoover, tu veux que je te mentionne à la fin de mes posts ?

#ededed - Marraine - Héritière de Salazar (d'après Skye) - Gérante des Brillantes Écailles
« Mon cœur se rit du temps et de la distance. » - Stéphanie Herell

Le secret des nuages T.O
Écailleux disparaît, dissout par le vent. Pourtant, il reste bien présent dans mon imagination. Je le vois encore alors qu'il n'existe plus dans les formes des nuages. Je l'imagine voler, rugissant au-dessus de moi. Il m'attend, il n'attend que moi. Que je me libère de mes obligations pour le rejoindre. Pour le moment, je ne peux pas, je lui envoie mentalement, je dois attendre que Grand-mère termine de parler. Attends-moi. Il me répond qu'il m'attendra toujours et je le crois. Il s'enfuit dans le ciel, il traverse les nuages pour aller se poser dans la campagne verdoyante qui entoure Godric's Hollow. J'aime imaginer qu'il m'attend là-bas. J'aime plus encore imaginer que je le rejoindrai et que nous partirons ensemble, heureux. Tad et Écailleux, Pourfoudeurs des cieux. Je ne veux pas être Derek, avec mon dragon.

Une présence me force à baisser les yeux. Mes rêves se dissolvent instantanément. Mes yeux perdus s'habillent de leur habituelle armure de papier : j'essaie d'avoir l'air sérieux. Je me redresse, je carre les épaules, j'essaie d'avoir le regard "haut" même si je ne sais pas ce que ça veut dire. C'est une fille. Peut-être plus âgée, en tout cas elle est plus grande. Elle est belle avec ses cheveux roux et ses yeux couleur nuage.

Sa question me perd. Le reste encore plus. Je n'arrive pas à réfléchir. Plus que son regard à elle, c'est celui de Grand-mère que je sens peser sur moi. Je tourne la tête pour la regarder. Je vois dans ses yeux obsidienne tout ce qu'elle ne dit pas : je te surveille, sois un bon garçon, comporte-toi comme un digne Hangoover. Si je parle doucement, m'entendra-t-elle ? Qu'importe, elle doit entendre de bonnes choses sortir de ma bouche ou elle me réprimandera sévèrement. Mon cœur se serre de déception. Maintenant, les paroles de la fille me paraissent moins nébuleuses. Je comprends qu'elle parle des formes qu'on peut inventer dans les nuages. Ça fait battre mon cœur. J'ai envie de lui raconter pour Écailleux, d'inventer des histoires, de dire que moi aussi je vois des choses dans le ciel ! Mais un digne Hangoover n'est pas un enfant qui divague.

« Bonjour mademoiselle, » dis-je alors d'une voix maladroite mais assez forte pour que ma grand-mère m'entende et sache que je suis poli.

Je tends une petite main devant moi, le regard braqué dans le sien même si j'ai envie de baisser la tête.

« Le ciel est beau, aujourd'hui, » acquiescé-je sur le même ton, sans pouvoir m'empêcher de jeter des regards à ma grand-mère.

Cette dernière a repris sa discussion. Leurs paroles me paraissent lointaines : impossible d'entendre si je ne me concentre pas excessivement dessus. Alors si je parle à voix basse, personne ne m'entendra sauf la fille, non ? Mais faire des messes-basses, ce n'est pas poli. Je déglutis difficilement puis, le cœur s'agitant comme un vent furieux au creux de ma poitrine, je me lance parce que c'est la première fois qu'on vient me voir dans la rue pour me parler des nuages. C'est aussi très rare qu'on me parle tout court. Les enfants des autres familles que côtoient la mienne ne me parlent que par obligation. Et certains d'entre eux ne sont vraiment pas gentils. Elle, cette fille rousse, c'est une enfant croisée au détour d'une rue. C'est différent. Et c'est la première fois.

« Je... Je vois un dragon, » avoué-je doucement avec le regard fuyant, assommé par la simple idée d'être en train de faire une bêtise en avouant la vérité à une inconnue.

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Pas besoin de me mentionner, merci ! Je suis abonnée au sujet !

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9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard

Le secret des nuages T.O
La réponse à mes salutations arrive, et avec elle l'impression que tous mes espoirs viennent d'être réduits en cendres. Mademoiselle ? Les rêveurs, ceux comme moi, ceux-qui-regardent-les-nuages n'appellent pas les gens Mademoiselle. Ils ne leur serrent pas la main, ne parlent pas comme des êtres âgés de plusieurs décennies. Ceux qui voient-à-travers-le-ciel sont mystérieux, loin des règles posées par d'autres. J'étais persuadé qu'il en faisait partie. Il regardait le ciel, après tout. Mais justement. Peut être qu'il ne regardait que le ciel. Sans rien voir d'autre.

Sa main, je la serre, avec une raideur qui ne m'est pas coutumière. Je ne répond rien à sa phrase qui sonne creux à mes oreilles. Le ciel est beau. Non, le ciel n'est pas beau. Le ciel est tout sauf beau. Il est puissant, insaisissable, sauvage, indompté. Pas beau. Ceux-qui-rêvent n'emploient pas de mots si... catégorisants pour décrire des phénomènes tels que les nuages. Je ne m'étais jamais autant trompée sur quelqu'un. Je suis déçue. Alors, je répond, la voix légèrement tendue, continuant cet échange de politesses inutiles :

Taryn O'Criwght.

Je pourrai, je devrais lui demander son nom. Je n'en fait rien. Il me le donnera sûrement, de toutes façons. Quand à moi, je n'ai plus qu'une envie : repartir, ou abréger cette conversation. Je n'aime pas les échanges courtois sans profondeur, les salutations qui ne laissent qu'une image superficielle de l'autre à retenir. Et puis, moi, j'ai des nuages, des univers à observer.

Alors que je m'apprête à prendre congé, le jeune garçon reprend la parole. Et mon cœur rate un battement. Dragon. Il a dit qu'il voyait des dragons. Un sourire prend forme sur mes lèvres, mes yeux se remettent à scintiller. Peut être que je ne m'étais pas trompée, finalement. Reste juste à savoir à quoi servaient ces premiers échanges si... surprenants. Mais ça, je ne le demanderai pas maintenant. Je baisse donc la voix à mon tour, et j'approuve, la compréhension vibrant dans chaque parcelle de mon être.

C'est beau, les dragons. Pour en voir, il faut une belle âme. Une âme qui rêve.

Tandis que les mots coulent dans ma bouche, je repense à ce jour pas si lointain où Cassidy m'a offert Ydis. Ce jour où j'ai décidé que je deviendrai Dragonnière. Je pourrai en parler, de ce projet, de ce rêve à celui-qui-regarde-les-nuages. Mais je ne le ferai pas. Parce que les rêves les plus précieux, ceux qui nous sont nécessaires doivent être protégés. Et pour cela, je ne connaît rien de mieux que de me taire.

#ededed - Marraine - Héritière de Salazar (d'après Skye) - Gérante des Brillantes Écailles
« Mon cœur se rit du temps et de la distance. » - Stéphanie Herell

Le secret des nuages T.O
Sa main est raide dans la mienne. C'est de ma faute, évidemment. Père dit toujours que je ne sais pas serrer les mains, que je donne l'impression d'avoir les doigts mous. « Si tes doigts sont mous, c'est toi tout entier qui est mou. Un Hangoover est un homme fier, Derek, pas un homme mou ». Pourquoi est-ce que je n'arrive jamais à faire les choses comme il faut ? J'ai beau essayer encore et encore, je n'y arrive jamais, je ne fais jamais bonne impression et tout se termine toujours par une catastrophe. Ça monte dans mon corps, là. Ça monte dans ma gorge, ça fait des nuages dans ma tête. Mais je tiens bon, je reste droit, mon regard souillé d'angoisse plongé dans celui de la fille, parce qu'il ne faut pas qu'elle sache que je suis aussi nul que je le parais.

Taryn, c'est beau. Ça va bien avec sa drôle de façon de parler, même si dans sa voix quand elle s'est présentée il y avait des choses que j'entends parfois aussi dans les paroles de Mère, quand je la déçois. N'y fais pas attention ! À ton tour de te présenter ! Alors je réponds à mon tour, d'une voix que je voulais assez forte pour que Grand-mère l'entende mais qui sort comme un gémissement :

« Enchanté. D-Derek Hangoover. »

J'ai buté sur mon prénom. J'ai buté sur mon prénom. J'ai buté sur mon prénom, j'ai buté sur mon prénom, j'ai... Je sens le regard de Grand-mère peser sur moi. Je déglutis sans la regarder. Ne jamais détourner les yeux, c'est impoli. Mon interlocuteur doit toujours voir que je ne m'intéresse qu'à lui. Mais ça marche aussi si c'est une interlocutrice ? Je la sens prête à partir, ça se voit sur son corps. Elle va partir parce que je ne lui pas serré la main comme un homme et que ça l'a déçue, et parce que j'ai parlé de dragon et que c'est un truc de bébé. Je ne peux rien y faire, c'est terminé, c'est fini. Je coule un regard vers les nuages. Peut-être pourrais-je continuer mes rêveries quand elle sera partie ? Mais en fait, elle ne part pas. Au contraire, même.

Elle rebondit sur ce que j'ai dit alors que je craignais si fort qu'elle fronce les sourcils. Et elle sourit, en plus ! Elle sourit ! J'ouvre la bouche sans qu'aucun son n'en sorte, je suis trop perturbé par son sourire et par son changement de comportement. Elle sourit ! À moi ! Alors à mon tour, parce que je sais que ma grand-mère ne pourra pas le voir si je tourne la tête vers la gauche comme ça, je laisse apparaître un tout petit sourire qui attendrit à peine les traits de mon visage. Est-ce qu'elle vient de dire que j'avais une belle âme ? Je ne sais pas exactement ce que c'est qu'une âme mais j'aime bien qu'elle apprécie quelque chose de moi.

Je jette un regard angoissé vers Grand-mère. Elle ne me regarde pas. Elle continue de parler. Je peux le faire, si je parle tout doucement. Je devrais me sentir soulevé par un grand courage, comme les héros de mes livres, mais à la place de ça j'ai l'impression que ma vessie se recroqueville à l'intérieur de moi. C'est ça, le courage ? Je me lance avant de ne plus être capable de le faire :

« Le mien était immense, je murmure. Son ombre a recouvert le Consilium ! »

Mon cœur bat fort, contre ma poitrine. Pourtant, le sourire qui s'étirait sur mes lèvres disparaît : il n'existe pas, mon dragon, pourquoi je suis aussi bizarre à raconter ce genre de bêtises ?

Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard