A + M =
Alaska - 20 ans
Ete 2051
@Mike Table
*
La jeune fille déplia ses jambes et alla ouvrir la fenêtre. L'air chaud s'engouffra dans la pièce, tandis que l'oiseau sautilla à l'intérieur avec la maladresse lourde de l'âge. A sa patte, une enveloppe dont elle la détacha sans y penser vraiment, encore à moitié dans la douceur du matin.
C'était une enveloppe fine. Si fine qu'elle sembla presque vide entre ses doigts. Alaska fut étonnée de reconnaitre l'écriture de l'expéditeur... Mike ?
Les lettres de Mike n'étaient jamais ainsi. Il s'agissait habituellement d'enveloppes gonflées, épaisses, parfois trop lourdes pour un seul hibou, remplies de tout ce qu'il n'avait pas su lui dire pendant des semaines. Des pages et des pages où il racontait ses journées, ses insomnies, les choses idiotes qui lui manquaient d'elle. Mais celle-ci ne pesait rien. Celle-ci tenait dans une paume comme tient une feuille morte.
La besogne accomplie du hibou, celui-ci ne réclama rien et reprit son vol avant de disparaître. Alaska ne le regarda pas partir : ses yeux étaient restés sur l'enveloppe, sur sa minceur incompréhensible, et un pressentiment commençait à lui remonter le long des bras, jusqu'à ces doigts, et qui soudain, ne lui semblaient plus tout à fait les siens.
Elle s'assit lentement sur le bord du lit.
Il n'y avait aucune raison de s'inquiéter.
Alaska se le répéta une première fois, puis seconde fois... Peut-être qu'il était pressé. Peut-être qu'il n'avait eu qu'une minute, qu'un mot rapide à lui glisser, un je pense à toi griffonné entre deux choses.
Peut-être.
Ses ongles glissèrent sous le rabat et le firent céder d'un geste. Il n'y avait là qu'une seule feuille, pliée en deux.
Ainsi ses yeux tombèrent sur les premiers mots.
Strangulot du lac noir. En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j'atteins !
20 ans - Présidente du club de débat au campus Magifac
A + M =
Les mots finirent par s'arrêter, mais Alaska continua de fixer la feuille. Peut-être qu'à force de la regarder les phrases allaient se réordonner, dire autre chose, dire n'importe quoi d'autre.Alaska,
Je ne sais pas par où commencer, alors je ne vais pas tourner autour du pot trop longtemps sinon je vais encore repousser, et ça fait déjà trop longtemps que je repousse... Mais je crois qu'on devrait arrêter. Nous deux, je veux dire.
Ça fait des mois que je me sens loin de toi, et je me suis rendu compte que je n'y arrive plus à tenir la distance. Les lettres, les vacances qu'on attend toute l'année pour se voir quelques semaines, c'est trop dur.
Il y a quelqu'un aussi, que j'ai rencontré au Nocturnia. Je ne vais pas te mentir là-dessus, tu mérites au moins ça. Ce n'est pas pour ça que je pars, ou peut-être que si, je ne sais même plus. Je ne veux pas te faire plus mal en essayant de me justifier.
Je sais que je devrais te dire tout ça en face, que tu vas m'en vouloir de te l'écrire, et tu auras raison. Mais je me connais, et si j'étais devant toi je n'aurais pas le courage d'aller au bout.
Je ne regrette rien, Alaska : les bals, les pique-niques, les soirées, et l'arbre dans le parc gravé avec nos initiales.
A + M = ♡ Ça restera même quand nous, même si on ne sera plus rien.
Prends soin de toi.
Mike
Sa main tremblait légèrement au bout de son bras, et surtout le silence, cet instant où son cerveau refusait encore de croire ce que ses yeux avaient lu. Puis le froid, lentement, remonta le long de son échine. La feuille glissa de ses doigts jusque sur ses genoux avant de s'échouer sur le sol.
Strangulot du lac noir. En glissant je viens, en rusant je vaincs, le sommet j'atteins !
20 ans - Présidente du club de débat au campus Magifac