Ne parlons pas de mon père

1er septembre 2049
Avec @Theodore Westbrook


D'un pas nonchalant, je m'efforçais de suivre mon paternel me guider dans la gare.

Les mains tremblantes, les gouttes de sueur perlant discrètement sur mon front,
la respiration saccadée...
Jamais je n'aurais voulu l'admettre, mais il est clair que j'étais...

– Stressée?

–Quoi?

– Je veux dire, tu es nerveuse?
C'est quand même ton premier jour!

C'était mon répugnant de père qui venait briser ma bulle en s'invitant impunément dans mes réflexions.

–Stressée? Pourquoi je serais stressée?

–Bah... Ton premier jour... dans ta nouvelle école... N'importe quelle fillette de ton âge serait stressée!

–Je ne suis pas n'importe quelle fillette de mon âge.

–Mais voyons chérie, tu sais, c'est normal d'être stressé dans une telle situation.
Tu n'as pas à le cacher.

–Je ne vois pas en quoi un premier jour dans une nouvelle école devrait me rendre nerveuse.

–Oh il y a une panoplie de raisons! N'es-tu pas curieuse de connaître la maison dans laquelle tu seras envoyée, par exemple?

Ha! Quelle question idiote! Je savais précisément où je serais envoyée! Je le savais depuis un bout de temps même!

–Papa, tu sais déjà où ils vont m'envoyer.

Sous ces paroles, un silence s'installa subitement.
Étrange... Ce n'était pas du tout du genre de mon père de couper court à une telle conversation, surtout lorsque celle-ci me concerne.

–Tu dis rien?

–Comment?

Bon ça y'est, il va faire comme s'il ne m'entendait plus!
Non seulement c'est un imbécile fini, mais en plus il ne daigne même pas croire en sa propre fille?

–Quoi? Tu doutes de moi?

–Chérie, voyons! Tu sais bien que ça n'a rien à voir!
Seulement je...

–Seulement tu...?

–Eh bien je ne veux pas que tu sois déçue! C'est très bien d'avoir des attentes, mais...
tu sais la vie peut parfois être... hum... Disons surprenante... Et pas toujours dans le bon sens, tu vois?

Silence total de ma part.
(Sérieux, j'étais censée dire quoi?)

–Je ne veux simplement pas que tu sois déçue, c'est tout.

–Ah oui c'est vrai que toi, en matière de déceptions, t'es un vrai professionnel!

–Charlotte recommence pas avec ça... Tu sais très bien que je fais de mon mieux!

–Ça n'a pas l'air de suffire.

Cette fois, c'est lui qui se tut.
Après un moment qui parut être une éternité, il reprit la parole.

–Tu penses que la maison Serpentard accepterait une jeune fille avec une attitude aussi désagréable?

Comme si ça jouait.
Le pire, c'est qu'il s'attaque à un point sensible en disant ça, et il le sait.
Je le hais.

–Je te hais.

–Charlotte...

–Pourquoi maman pouvait pas m'accompagner aujourd'hui? Pourquoi il fallait que ce soit toi?

–Tu sais que ta mère est occupée...

–Ça serait bien que tu le sois aussi de temps en temps!

–Et qu'est-ce que je fais en ce moment? J'ai pas l'air assez occupé à ton goût?

–J'ai pas besoin de toi pour me tenir la main! Premier jour ou pas!

–Très bien alors! Si tu penses pouvoir te débrouiller toute seule...

Il s'empressa de partir.
Bon sang, il était temps!
Sauf qu'après m'être fait cette réflexion, sans avoir le temps de savourer ma petite victoire, je vis une panoplie de regards intrigués dirigés sur moi.
D'apparence, notre dispute sembla avoir évoqué la curiosité de plusieurs passants.
Une panoplie de spectateurs avaient pu assister à la scène. Un spectacle misérable offert par mon abruti de père.
Et puisque ce dernier s'était rapidement précipité vers une quelconque sortie, probablement dans l'espoir de se sauver des jugements, il ne restait plus que moi, seule devant un public choqué, pantois.
Sacrée première impression...

Ne sachant pas comment rompre le silence, je décidai de me diriger lentement en direction du train, en essayant de paraître indifférente face à la situation...