Inktober PNJ Le Cœur en Braille

mardi 10 octobre

"DIVINATION"

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{ Allée des Embrumes ; Londres }

>> PORTOLIEN <<

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
mercredi 11 octobre

"PERICULUM"

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{ Loges d'Hécate ; Godric's Hollow }

Une toux grasse m'interrompt dans ma phrase. Pliée en deux sur moi-même, cherchant maladroitement à retrouver mon souffle, je lève une main afin de demander à mon adversaire de laisser ma toux passer avant de reprendre l'affrontement où on l'a laissé. Fichue toue. Fichu rhume. J'ai un mal de tête affreux et ma gorge me fait souffrir le martyr. Sans compter les nausées qui vont et viennent depuis plusieurs jours. Merlin qu'est-ce que je me suis chopé cette fois ? Je tousse, un peu trop fort par rapport à ce que je voudrais, et essaye tant bien que mal de reprendre ma respiration. Par Circé, Morgane et toutes les autres mages qui les ont précédées. Je vais pas crever de ce stupide rhume quand même. Ce serait la honte. Une honte si puissante qu'elle m'enterre sur le coup, une honte telle qu'elle me laisse sans mots. Enfin, sans mots. Compliqué quand je suis déjà dans l'impossibilité de respirer correctement, sans cracher tous mes ancêtres.

La respiration sifflante, la tête bouillante et l'impression qu'un troll des montagnes joue avec mon cerveau. J'ai même le net sentiment qu'il s'est lancé dans une partie de ping-pong avec.

Ce n'est qu'une fois que j'arrive à arrêter de tousser que je me redresse pleinement et reprends ma position de garde, méfiante et aux aguets. Mon adversaire a eu la délicatesse de me laisser le temps de me remettre de cette violente quinte de toux, mais rien ne me dit que je pourrais me reposer sur la certitude qu'il en sera de mène s'il s'avère que je mène le duel. Quoique, pour le moment je suis bien loin de mener, et c'est pas avec mon corps défaillant que j'y arriverais.

Je me concentre, les yeux plissés.

Mon regard habitué à anticiper les mouvements de la personne en face de moi dérive sur la silhouette qui me fait face, cherchant la faille dans l'expression de son visage. N'importe quoi qui puisse me permettre de deviner ce qu'il s'apprête à faire, ce que je m'apprête à voir, à subir et...

...là !

Par réflexe et automatisme plus que par réelle réflexion, je recule de quelques pas et dresse in extremis un bouclier face à moi. Bouclier magique sur lequel s'écrase le jet de magie que mon opposant du jour vient de m'envoyer avec violence, le visage plissé par la détermination, tout son corps tendu et projeté en avant, comme pour mieux se donner un aperçu de sa performance. J'ai un bref tressaillement quand la douleur dans ma tête devient si insupportable que je me mets à voir flou, mais finalement je parviens à me redresser suffisamment pour observer la situation.

Je perds de la place sur l'estrade, je me fatigue beaucoup plus rapidement qu'à l'accoutumée et je me suis lancée dans une stratégie bien trop complexe pour une sorcière malade.

Tant pis, j'ai pas vraiment le choix. C'est à moi de lancer l'offensive, je le sais, sinon je tiendrais pas jusqu'à la fin du combat. Alors je me replie sur moi même, j'inspire aussi profondément que je peux avec mon nez bouché, et je réfléchi. J'ai lancé un piège quelques mètres derrière lui, faut que je l'emmène là-bas maintenant. Pas le choix. Alors je m'avance, essayant de paraitre le plus menaçant que ce que je sais faire, et je lance avec confiance un sort que je n'utilise pas autant que je le voudrais. Expulso. L'homme en face de moi recule violemment, pris par surprise et incapable de réagir au bon moment, mais je ne baisse pas ma garde pour autant. Ce que j'ai mal à la tête par Merlin, pourquoi j'ai aussi mal ? Je secoue la tête, essaye de redonner un sens aux pensées qui me traversent l'esprit. Réfléchis Miya. Réfléchis. C'est un duel, tout ce qu'il y a de plus simple, tout ce que t'as l'habitude de faire et de penser. T'es conditionnée pour penser qu'à ça, conditionnée pour savoir exactement quoi faire, conditionnée pour le réussir à tout prix.

A n'importe quel prix, vraiment ?

Parce que je sens ma gorge en feux s'agiter quand ma voix râcle le sol de la salle d'entrainement lorsque je prononce les formules, je sens mes poumons peiner et crachoter difficilement à chaque fois que je prends une respiration, le volcan en éruption dans ma boîte crânienne n'est pas prêt de se calmer et les nausées que je ressens jusque dans ma gorge me donne envie de crever.

Aussi ça n'a rien d'étonnant que je m'effondre.

Lentement, avec la grâce d'une marionnette soudainement défaite de ses fils, je tombe contre le sol de la salle des Loges. Je tombe sur place, ma baguette en main, mes joues brûlantes collées à la surface fraiche du sol. Je m'effondre, je perds pieds, je coule dans un tunnel sombre, dans un endroit où il n'y a rien que je connaisse, dans un endroit terrifiant où je suis seule, où il n'y a personne pour prendre soin de moi. Dans un endroit où la magie a raison de moi, dans un endroit où je suis incapable de faire quoi que ce soit par moi-même. Je m'effondre, je tombe sur moi.

Et j'entends l'exclamation de surprise et d'inquiétude de mon adversaire. Maladroitement, je tente de redresser mon bras, je fais de mon mieux pour lancer ces quelques étincelles rouges qui indiquent que c'est la fin pour moi, que je n'irais pas plus loin dans ce duel. Que j'abandonne.

J'abandonne.

Moi, Miya, j'abandonne un duel. Je préfère encore ça à m'effondrer et tomber dans les pommes.

Les étincelles rouges jaillissent de l'extrémité de mon catalyseur que je serre comme une dingue, mon catalyseur que je veux pas lâcher, que je refuse de laisser tomber.

Perriculum.

Me voilà officiellement hors jeu, hors duel. J'ai perdu. Par abandon.

Et c'est à peu près la dernière pensée consciente que je suis capable de formuler avant de sombrer dans le tunnel qui essayait déjà de m'avaler tout à l'heure, la seule phrase plus ou moins logique que je peux penser avant de basculer dans un univers de souffrance et de chaos.


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1012 mots

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
jeudi 12 octobre

"SORTILEGE"

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{ à l'entrée du village ; Pré-au-Lard }

Assise dans l'herbe, installée là dans la faible lueur de soleil qui brille faiblement dans le ciel, j'ai une cigarette éteinte entre les doigts et ma baguette dans l'autre main. D'un à coup du catalyseur, j'allume l'extrémité du bâton de nicotine puis le glisse entre mes lèvres avec plaisir. J'inspire et le poison se dissout tranquillement dans mon organisme, se répandant doucement dans mon corps, mon coeur, mes poumons, mes os. Au plus profond de moi-même. Puis j'expire et je regarde alors la fumée s'échapper de ma bouche entrouverte. Je la laisse glisser dans un filet fin, la retenant à peine, lui laissant un rayon circulaire pour la laisser s'échapper et monter dans le ciel.

Mon thermos de café gît sagement à mes côtés, désormais vide. J'ai bien fait de le prendre, je ne pense pas que ma gorge aurait apprécié de se retrouver dehors si longtemps sans rien pour la réchauffer. Mon corps entier frissonne soudain, quand le vent se lève, et je regrette de ne pas avoir mis un pull supplémentaire. Pas que je sois vraiment frileuse, non, à vrai dire je suis quelqu'un qui préfère le froid à la chaleur, mais je me suis chopé un truc sérieux. Va falloir que je songe à prendre un ou deux jours de repos. Et je culpabilise, parce que c'est pas les premiers jours de congé que je prends ces derniers temps, j'ai l'impression d'abuser, l'impression de me montrer ingrate avec la vieille Daisy et toute l'équipe. Je tire une nouvelle taffe et frissonne de nouveau. Sentant une quinte de toux venir, je râcle ma gorge et me prépare mentalement à l'épreuve.

Ouais, c'est devenu une épreuve de respirer. C'est le karma, je songe, regardant ma clope.

Et ça vient.

Pliée en deux, je crachote mes poumons pendant deux bonnes minutes. Je respire en sifflant, ma tête me lance à chaque mouvement que je fais et mes courbatures me font hurler intérieurement. Par les enfers et la culotte d'Odin ! Mes ancêtres sont expulsés de mon corps dans une dernière toux répugnante qui me donne la nausée. Un sale goût dans la gorge, je suis soudain dépitée d'avoir déjà terminé ma boisson chaude. Une bonne rasade de café, ça m'aurait aidée.

Mais j'en ai pas.
Alors j'attends.

Je grille ma clope tranquillement, et j'en allume une autre, parce que je suis incapable de vivre ma vie et de me débarrasser de tous mes vices. Même s'il me semblerait que l'un d'eux se soit débarrassé de moi sans que je le décide. A cette pensée amère, un bref rire m'échappe et rompt le silence environnant, faisant piailler un oiseau de contrariété. Je l'ignore et essaye de contenir mon rire, de peur de me retrouver prise dans une boucle infernale alternant entre toux et rire. Et l'oiseau continue de caqueter de son côté, il continue comme ça une minute ou deux puis il décide manifestement de se calmer puisqu'il cesse et se met à siffloter un joli air. Doux. Tendre. Le genre de chanson que j'aimerais reprendre à la guitare si je l'avais sur moi. Le genre de chant qui me fait sourire et qui, momentanément, apaise mon coeur et tous mes malheurs.

Sans même m'en rendre compte je ferme les yeux et je l'écoute se lancer dans un solo.

C'est tranquille, c'est doux, c'est calme. C'est tendre. Le genre de chose dont j'ai besoin. Le genre de chose qui me fait du bien, qui m'aide à retrouver mes esprits, à calmer mes douleurs.

Et soudain, sans vraiment y réfléchir, je lève ma baguette.

Avis.

Le sortilège informulé jaillis de ma baguette et soudain, voilà qu'une jolie nuée d'oiseaux entoure ma tête. Ils volètent joyeusement autour de moi, piaillent un peu, m'effleurent de leurs ailes et, presque malgré moi, un lent sourire vient se dessiner sur mes lèvres pincées. Je profite.

Avis, c'est pas un sort que j'utilise souvent. Je me demande même si je l'ai déjà utilisé avant aujourd'hui ou si la dernière fois ne remonte pas en cours, quand on nous l'a appris — ce qui n'est pas impossible. Les yeux clos, je m'allonge dans l'herbe mouillée par la pluie, ignorant l'eau qui transperce mes vêtements et vient humidifier ma peau. J'ignore tout ça, je ne fais qu'écouter. J'écoute tout ce que les oiseaux ont à me dire, j'écoute leur mélodie, je tends l'oreille afin d'entendre les joyeuses, malicieuses et tendres notes s'échapper de leur petites gorges d'oiseau fin et fragile, tout petit. J'imagine leurs ailes se plier et se déplier, j'imagine leurs petites pattes crochues s'agiter dans le vide, j'imagine leurs yeux voltiger dans tous les sens afin de regarder ce qui les entoure, j'imagine leur plumage bleuté qui doit être si agréable à câliner. Et, en pensant à tout ça, je souris. Un sourire vrai, un sourire profond, un sourire de bien-être, un sourire vrai.

J'aime cette forme de magie. J'aime ce sortilège.

Moi qui ai toujours considéré la magie comme un moyen de me défendre ou d'attaquer l'autre, je ne l'ai jamais vue comme quelque chose de doux, de beau, de joyeux. A mes yeux c'est mieux que tous les outils qui existent, c'est pratique, c'est utile, c'est agréable. Mais je n'ai jamais pensé la magie comme quelque chose d'aussi...délicat. Ou artistique. Dont je peux profiter.

Alors je décide que j'aime cette forme de magie, je décide que je l'aime plus que le reste.

Et je voudrais te montrer ça. Je voudrais que tu me voies là, maintenant, allongée dans l'herbe tendre et douce, paisible, un sourire vrai aux lèvres, les yeux fermés et reposés, avec cette nuée de petits oiseaux qui volète tout autour de mon visage et de mon corps, cette nuée qui chante et qui ravit mes oreilles de sa jolie mélodie. Je voudrais que tu voies la paix sur mon visage, je voudrais que tu saches que j'arrive à respirer, que j'arrive à vivre sans toi, sans l'alcool, sans rien.

Je voudrais que tu voies mes oiseaux.
Alors je me promets de te les montrer, la prochaine fois.

La prochaine fois que je te verrais, je te montrerais ce sort et tu souriras avec moi. Je te ferais les écouter chanter, piailler, siffler et, comme moi, tu pourras apprécier la justesse de leur art.

Je veux te montrer cette forme de magie.


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1049 mots
défi EEC : café, pluie

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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
vendredi 13 octobre

"FRAGILE"

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{ chez Sisyphe ; Allée des Embrumes }

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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
samedi 14 octobre

"SPECTACLE"

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{ appartement d'Eowyn ; Oxford }

Assise sur la terrasse de Winnie, je regarde les gouttes de pluie glisser le long de la baie vitrée. Il y en a si peu, je me demande d'où elle vienne. S'il a beaucoup plus au début du mois, cela fait quelques jours que plus une seule perle n'a traversée l'épaisse couche de nuage qui flotte au-dessus de la ville, telle la brume recouvrant une forêt mystérieuse. Je contemple la condensation s'écouler sur la vitre, le regard dans le vide, et je ne pense pas. Je viens de boire un philtre calmant et il commence doucement à faire effet, à m'anesthésier, à me couper de la réalité. Je suis à peine ancrée dans mon propre réel, alors comment pourrais-je l'être dans la réalité ? Je sais pas.

J'attends. Je suis une goutte des yeux puis je l'abandonne pour en trouver une autre lorsqu'elle a terminé sa course aux côtés de ses amies. Amies. Vraiment ? Je me demande si elles le sont, si elles peuvent s'entendre, si elles ont une conscience. Bien sûr que non, voilà ce que l'on me répondrait si je posais la question à n'importe qui. Et, en effet, ça semble ridicule de penser ça.

Alors pourquoi j'y pense ? Pourquoi je suis incapable de ne pas penser ? Bonne question.

Je souffle.

Ma tasse de café fait à la façon Winnie, c'est à dire avec du lait et de la cannelle, refroidit. Elle est posée sur la table basse de la véranda, à côté du fauteuil d'où je me suis délogée pour me poser sur le rebord de la terrasse. Je voulais observer le jardin de plus près, je voulais l'admirer et voir à quel point il reflète l'âme de mon amie, à quel point il est sublimement entretenu par Finn et ses mains de jardinier. Parce que ce n'est pas Winnie qui va nous offrir les plus belles plantations, ça non. La française a de piètre talents en botanique, je n'ai pas oublié tous ses déboires en cours. Elle était nulle, mais nulle. Et je souris doucement, amusée et attendrie par le souvenir.

Quelques notes s'échappe de la guitare que je tiens entre mes doigts.

Douces, mélodieuses, les notes se marient parfaitement avec le ballet des gouttes sur la vitre. Je ferme les yeux et j'apprécie tranquillement les quelques notes qui résonnent dans ma tête et dans mon corps, les quelques notes qui font vibrer mon âme.

Puis je me résigne et je les rouvre, trop hypnotisée par la vision des gouttes d'eau qui dansent sur la vitre pour vouloir me plonger dans le trou sans fond de mes pensées. Je me laisse porter.

C'est un spectacle dont les gouttes délicates et solidaires que j'admire sont les actrices, j'admire leurs mouvements parfaits, j'admire la façon dont elles glissent avec lenteur, retenue, comme si elles pouvaient se blesser en allant trop vite. Elles glissent, elles avancent, elles se meuvent avec une grâce indécente, une grâce douce, une grâce impressionnante, une grâce que je n'aurais pas soupçonnée si je ne l'avais pas vue moi-même. Elles s'harmonisent pour former la pièce la plus délicate et la plus étrange à laquelle il me soit donné d'assister. Elles se balancent, elles roulent, elles glissent, elles dansent et je suis absorbée par ce spectacle qui m'emprisonne, dont je peux pas me défaire, qui représente toute la beauté et toute la créativité de la nature d'Automne. Et je n'aime pas ça, l'automne, oh que non, Merlin peut certifier que non, mais là, tout d'un coup, perchée sur cette terrasse, avec Aizou qui vibre de tout son talent entre mes doigts habiles, avec le spectacle de ces minuscules danseuses sur une vitre rendue verdâtre par le temps et la mousse.

Les notes n'ont pas de sens, pas de traduction, pas d'expression propre. Elles vivent pour elles et elles ne sont pas là pour moi, elles sont là pour accompagner le ballet délicat des gouttes. Je n'ai pas de droit sur la musique, elle ne fait que m'aider à vivre, m'aider à être, m'aider à tenir.

Parce que c'est ça. C'est exactement ça.

Je ne tiens que grâce à certaines petites choses, grâce à la musique, grâce au café, grâce à Mel. Oh Mel, mon cher Mel, mon tendre Mel. Je tiens grâce à toi et je souhaiterais que tu le voies, je souhaiterais que tu l'entendes, que tu le sentes. Je voudrais que tu puisses être là à mes côtés, là assis à côté de moi, à regarder les gouttes danser ensemble dans cette mélodie improvisée.

Je pense à toi, Mel.

Je pense souvent à toi, peut-être un peu trop. Mais tandis que je me tiens au bord de mon propre vide, et je me sens mal, j'ai soudain mal au fond de moi, mal auprès de moi, mal à mon coeur. Je préfère ne pas penser à tout ça alors je me concentre sur ce que je voie. Ce que je vois, et ce que j'entends. Je vois les gouttes, j'entends la guitare. Je vois la grâce, je vois la douceur, je vois la coopération, je vois le plaisir de glisser vers un infini. Un infini dangereux, un infini qui peut se montrer effrayant. Et j'entends les notes de ma guitare qui se mêlent, s'entremêlent et forment une toile, la plus jolie des toiles. Et, petit à petit, tout ce que je vois et ce que j'entends se transforment jusqu'à ne faire plus qu'un, un unique tableau, une unique pièce, un spectacle.

Dans le fond du jardin, les arbres plantés par Finn il y a des années s'ébrouent, je peux entendre les perles qui tombent soudain des feuilles, qui cherchent tant bien que mal à se raccrocher, qui n'existent que pour elles et qui se sentent soudain indignées d'être chassées de chez elles. Et je devine les champignons sauvages qui poussent entre les fougères, qui se sont créés un petit chemin rien qu'à eux, un endroit, un nid, un petit refuge. Je devine les nids d'oiseau installés à même le sol, avec leurs becs qui percent le vert d'un flash marron. Je devine les quelques fleurs qui survivent à l'Automne, celles qui fleurissent un peu plus longtemps que les autres, celles qui arrivent à se frayer un chemin malgré les pluies et le froid. Les plus belles fleurs.

J'admire ce spectacle et, pour la première fois depuis des semaines, des mois, des années, une seule larme roule sur ma joue. Elle roule, cette unique larme. Et c'est une larme de joie.

Une seule, unique, solitaire larme de joie.

Mais elle est là.
Elle existe.

Au centre de mes abysses, au milieu de mes ténèbres, cette unique larme de joie existe.


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1108 mots
défi EEC : pluie, forêt, café, cannelle, Automne, arbre, champignon

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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
dimanche 15 octobre

"BANQUET"

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{ restaurant ; Cardiff }

Qu'est-ce que je fabrique ici ? J'en ai aucune idée. On m'a dit qu'il fallait que je m'alimente, on a dit qu'il faut que je me reprenne, qu'il faut que je me reprenne en main. C'est vrai que je perds du poids en ce moment. Beaucoup de poids. Mais la nourriture me parait insipide, du carton, pas de saveur, pas de plaisir particulier à mordre dans les aliments, rien. Rien. Il ne me reste rien. Pas même la nourriture, moi qui ai toujours mangé des portions d'oiseau mais régulièrement. J'ai pas envie de tout perdre, j'ai pas envie de devoir dire au-revoir à tous mes plaisirs. Et pourtant, voilà, ils m'échappent tous petit à petit, ils se font la malle, ils disparaissent les uns après les autres. Et j'ai rien à faire, rien. Je suis incapable de lutter contre, incapable de les retenir près de moi.

Je suis une incapable.

Cette pensée me paralyse sur place alors que je suis à l'entrée du restaurant où Cat aimait m'emmener. Tout allait bien, et tout d'un coup je suis figée, immobile, incapable de bouger.

Les odeurs m'assaillent, le bruit aussi et les présences. Je reconnais l'endroit, je le connais aussi bien que mon propre appartement ou celui de Mel. Je reconnais les table, leur agencement, les petites chaises avec leurs coussins mignons, les murs rouge cerise décorés de poster et d'affiches vintage. Je reconnais le menu, imprimé sur un papier coloré pastel, agréable et doux à l'oeil, et je reconnais les visages des serveurs, celui de la jeune fille installée à la caisse, celui de la gérante et propriétaire. Je reconnais le couloir pour aller aux sanitaires, couloir qui, au bout, longe les cuisines et permet d'entrapercevoir ce qui se passe du côté des cuisiniers, pour qui sait y jeter un regard. Les sanitaires dans lesquels une petite radio ancienne diffuse des sons de jazz, de pop, de culture moldue. Je reconnais les tapis anciens qui se fondent dans la déco avec harmonie, je reconnais l'odeur douce et alléchante qui flotte, je reconnais les deux petites mamies dans le coin. Il flotte ici un parfum de cerise, de vanille, de cannelle et de châtaigne à la crème. Je reconnais bien l'ambiance douce, tranquille, cocooning de ce petit café restaurant dans lequel nous aimions nous réfugier toutes les deux, nos corps pressés l'un contre l'autre sous un parapluie.

C'est familier, ça me plait, ça me fait du bien. J'aime cet endroit, j'aime me rappeler que je venais ici avec Cat, sa main dans la mienne ou son bras enroulé autour du mien ou passé autour de ma taille. J'aime me rappeler qu'elle se faisait toujours particulièrement belle pour venir manger ici, parce que c'était une occasion spéciale, c'était toujours tendre. J'aime me rappeler la beauté.

La beauté de l'endroit, la beauté des petits délices proposés, la beauté de ma jolie Cat, la beauté dont j'essayais de me vêtir pour venir ici, la beauté qui n'a jamais quitté mon esprit. La beauté du monde moldu, du monde doux, du monde rassurant, du monde à l'écart de notre monde.

Alors, doucement, tout doucement, le nœud dans mon estomac se défait. J'avance lentement.

Les odeurs, les sourires, les regards, les rires. Tout m'arrive en plein dans la figure et soudain ce sont les souvenirs qui resurgissent, qui refont surface, qui m'agressent. Sans même y penser, je caresse affectueusement du bout du doigt l'anneau passé dans une chaine attachée à mon cou. Je l'effleure de la pulpe de mon index et je pense à ce qui se serait passé si notre relation ne s'était pas effondrée sur elle-même à cause de moi, si je m'étais battue pour nous deux, si je n'avais pas eu peur de me dresser face à Père et Mère. Je souris mélancoliquement et m'avance, laissant la pluie battante d'Automne dehors, derrière moi. Je me laisse envelopper dans la chaleur de l'endroit, dans la sécurité des murs, dans le coeur de cette ville si belle. Dans ma ville, celle où je suis née, celle où j'aurais dû vivre. Dans celle où j'ai pu aimer la plus merveilleuse des femmes.

Je m'installe à la fenêtre, là où je peux voir la rue, les passants qui fuient l'orage, là où j'admire les arbres ployer et lutter contre la force du vent. Je m'installe dans cet endroit fait pour deux personnes, et je me demande si j'aurais choisi cet endroit pour faire ma demande.

Je m'imagine à genoux, devant elle, la tête basculée en arrière pour planter mon regard dans le sien, mes cheveux fraichement coupés retombant joliment dans mon dos. Et je l'imagine, assise sur sa chaise, l'expression figée entre la surprise et le bonheur, peut-être quelques larmes coincées au bord de ses magnifiques iris. J'imagine sa tasse de thé fumant doucement, j'imagine ma tasse de café laissée sur le bord de la table en bois, j'imagine les quelques gourmandises mises de côté le temps de voir notre relation se transformer à tout jamais, le temps d'assister à cette sublime évolution de notre lien, de notre amour, de notre coeur. Et je m'imagine, la regarder, elle, la plus belle réussite de ma vie entière, accepter ma demande et glisser à son doigt cette bague que j'ai fait faire spécialement pour elle, cette bague pour laquelle je n'ai tiré que mes propres gallions, celle pour laquelle je n'ai en aucun cas touché à la bourse de mes parents. Et tandis que je me laisse aller à repenser à tout ça, tandis que je me laisse aller à m'imaginer mon rêve, je retire mon manteau. Je le pose sur le dossier de la chaise puis je m'installe, les yeux rêveurs.

Je sais déjà ce que je vais prendre. Je vais prendre un thé, un thé comme elle le prenait, exactement tel qu'elle l'aimait et qu'elle le consommait. Je vais prendre un cupcake à la cerise, cette cerise si caractéristique de ma Cat, ma jolie Cat, ma parfaite Cat. Et je vais prendre toutes ses gourmandises préférées, celles qu'elle aimait manger quand on venait ici, laissant derrière nous le brouillard de la vie, la noirceur de nos peurs, le gris de nos idées pour se concentrer uniquement sur les milles et une teintes de rouge et de rose de nos envies. Laisser derrière nous le travail, les impôts, la famille, les soucis, la magie. Se concentrer sur nous, juste nous, seulement nous. Nous.

Je ris un peu, puis m'excuse quand une serveuse que je ne connais pas vient prendre ma commande, me demandant si j'ai fais mon choix. J'hésite une seconde. Est-ce que je suis prête ?

Prête à voir ce banquet, ce festin, ce rêve de nourriture devant moi ? La seule pensée de manger me donne envie de vomir, mais j'ai envie de croire que le thé aidera le tout à passer. Alors je me lance, je me défile pas, et je commande tout. Les friandises, le cupcake, la tarte aux pommes, et le thé. Et je vois que la serveuse s'étonne de ma commande mais elle ne fait pas de commentaire, ce dont je lui suis un peu, beaucoup, reconnaissante. Et quand j'ai terminé, je lui demande de passer un morceau. Un unique morceau, très particulier et très cher à mon coeur.

Le morceau préféré de Cat.

Puis elle s'en va, me laissant seule avec mes pensées, avec mes idées, avec mes envies, mes nostalgies. Et je souris en observant le monde de dehors se geler sous la pluie tandis que je suis au chaud dans ce café restaurant qui est rapidement devenu mon endroit préféré de Cardiff.

Je souris, reprends doucement, tendrement la mélodie qui se met à jouer.

Et je manque de verser une petite larme quand mon plateau arrive. C'est beaucoup de nourriture, plus que je ne pourrais en manger sans me rendre malade. C'est un festin, un banquet, un véritable buffet de nourriture, de mignonneries, de gourmandises, de friandises. Parfait.

C'est Cat, ce sont les goûts de Cat. De ma Cat, ma parfaite Cat. Je prends donc une gorgée de thé au lieu d'une gorgée de café et, malgré ma petite grimace, un rire joyeux m'échappe, attirant sur moi l'attention des autres clients. Je les ignore, bien trop ravie de retrouver le vestige du goût de ses baiser sur cette tasse de thé. Alors je prends une autre gorgée, charmée, puis je m'empare de la tarte aux pommes, dans laquelle je mords avec précaution. Le parfum explose dans mes papilles, me fait revivre, me rend heureuse, tellement heureuse. La cannelle se mêle avec perfection aux saveurs de la pomme, sans l'éclipser et en s'imposant doucement, bel équinoxe au goût de l'Automne et de la peau de ma très chère Cat. Je souris, avale et pleure un peu de douceur.

Je pleure pour toi, je pleure avec toi, ma Cat. Es-tu revenue ici en mon absence ? Je ne veux pas savoir, tout ce que je veux, c'est que tu sois heureuse, que tu sois la plus heureuse Himari.

Le thé me réconforte, me réchauffe, me fait plaisir.

Et, seule devant ce buffet de mignardises, je souris.
Je souris parce que je me sens nostalgique.
Un peu mélancolique.

Mais heureuse.


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1527 mots
@Paige Barrow
défi EEC : cannelle, châtaigne, cocooning, pluie, Automne, arbre, café, évolution, réussite, gallion, bourse, brouillard, travail, pomme, équinoxe

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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
lundi 16 octobre

"INFERI"

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{ appartement de Mel ; Godric's Hollow }

tw : sang, règles douloureuses, fausse couche, pensées sombres


Un cri déchirant s'élève au milieu de la journée. Un cri horrible, un cri atroce, un cri qui fait mal à l'intérieur, un cri qui fait s'effondrer les montagnes, reculer les vagues et s'envoler les flammes. Un cri terrible, si terrible que c'est difficile de croire qu'il provient d'un être humain. Et pourtant.

Pourtant c'est bien de ma bouche que s'échappe ce hurlement dévastateur.

Effondrée à même le sol, en morceaux par terre, je pleure. Je pleure comme je n'ai jamais pleuré auparavant, je pleure comme je ne me serais jamais cru capable de pleurer, je pleure et je supplie, je pleure et je hurle, je pleure et je me lamente. La douleur est dans mes tripes, dans mes intestins, dans mes os, dans mes veines. Elle coule dans mon coeur et mon corps comme un poison, elle s'infiltre partout, dans les moindres failles, dans les plus petites fissures, elle va partout.

« Non....non, non, non.. Non ! Je m'étouffe dans mes cris. Non, NON, NON NE ME LA PRENEZ PAS, NON ! S'il vous plait, s'il vous plait, s'il vous plait laissez la moi.. S'IL VOUS PLAIT, NON ! La fin de mon cri se mue en glapissement de douleur. Je serais gentille, je ferais tout ce que vous voulez mais s'il te plait ne me la prenez pas.. S'il vous plait... JE VOUS EN SUPPLIE, NON, NON NON.... Ne me la prenez pas, vous n'avez pas le droit, vous n'avez pas le droit de me la prendre, non..non... Je vous en prie, ayez pitié, ayez pitié s'il vous plait, s'il vou-, ATTENDEZ ! J'hurle de douleur, je me replie sur moi-même, les mains crispées sur mon ventre. Vous ne p-p-pouvez pas, vous n'avez p-p-pas le droit, non, non, non.. Je ne veux pas, je ne peux pas, non... Vous ne pouvez pas faire ça, vous n'avez pas le droit, PAR PITIE, par pitié, je vous donnerais tout, je vous offrirais tout, je vous sacrifierais tout, mais s'il vous plait, S'IL VOUS PLAIT ne me laissez pas seule, ne me-... Je m'étouffe dans mes sanglots, je crache de la bile, je vomis. Rendez la moi, RENDEZ LA MOI ! Je veux la serrer entre mes bras, je v-v-veux lui dire que tout va bien, maman va bien mon coeur, maman va bien, maman est bien, maman est okay mon coeur, mon petit coeur, mon petit trésor... Je vais b-b-bien, ne t'en fais pas, je-je vais bien, S'IL VOUS PLAIT REPONDEZ, il faut que vous répondiez, il faut que... Un vagissement brisé m'échappe. Ne me laissez pas seule, s'il vous plait.. Je gémis. S'il vous plait, s'il vous plait, s'il vous plait ne... NE ME LA PRENEZ PAS ! Vous ne pouvez pas, vous n'avez pas le droit, je ne- je ne- je- Je prends une inspiration rauque, sifflante. Ne me faites pas ça, NE FAITES PAS ÇA ! Non...non, non, non ! NON ! Je vous en supplie, je vous en prie ne faites pas ça, ne faites pas ça, NON ! Maman va bien mon petit ange, maman est okay, tout va bi-i-ien, tout est okay, tout est bien... Maman est fatiguée, maman est épuisée mais maman va bien, ma-maman veut juste te tenir entre ses bras, maman va bien, Je vais bien, je vais bien, je vais bien... JE VAIS BIEN ! Arrêtez, arrêtez, arrêtez tout, ARRÊTEZ TOUT ! Je pleure. Je vais bien mon petit coeur, tout ce qui compte c'est toi, dis moi comment tu vas, dis moi si tu vas bien, dis-moi si- Je suffoque. NAN, nan, nan, nan ! Il faut qu'elle vive, IL FAUT QU'ELLE VIVE ! Vous comprenez pas putain, vous comprenez pas ! Arrêtez, j'ai promis, j'ai promis que je serais gentille, j'ai promis que je serais bien, je serais qui vous voulez, je ferais tout ce que vous voulez mais laissez la, laissez la, LAISSEZ LA ! Je m'égosille, j'abime mes cordes vocales. Et j'ai peur, j'ai si peur, j'ai tellement peur... Tout va bien ma princesse, tout va bien mon bébé, tout va bien... »

Et je pleure, je me brise, je me déchire, je m'ouvre en deux.

Je m'ouvre et le sang coule hors de moi, il imbibe mes vêtements, liquide poisseux dont j'arrive à peine à sentir le parfum métallique. Et je perds mon sang, je perds mon sang et je perds mon enfant, je perds mon bébé, je perds ma fille, ma chérie, mon trésor. Je la perds et personne ne fait rien pour la sauver, elle est entrain de mourir et personne ne la sauve, c'est comme la petite fille du rêve, c'est comme la petite fille que j'ai imaginée, je- j'ai pas pu la sauver, elle est morte et c'est de ma faute, j'ai son sang sur les main, son sang sur mon corps, sur ma conscience.

J'ai mal, j'ai si mal que je pense que je vais mourir. Je suis entrain de mourir, je meurs et Lloyd ne peut pas me sauver parce qu'il n'est pas là. Pas là. Pas là. Pas là. Il m'a abandonnée, il m'a laissée toute seule, je peux pas me sauver, je peux rien faire pour moi, je suis blessée, je gis au sol et j'ai mal, tellement mal. La douleur hurle en moi, c'est un ouragan contre lequel je ne peux pas lutter, c'est une tempête qui me déchire, qui arrache mes chairs les unes aux autres et fait de moi l'âme vagabonde qui hante ce corps, qui hante cette carcasse, cette dépouille, cette morte que je suis entrain de devenir. Morte, je suis morte Lloyd, je suis morte. Mon corps est froid et maculé de sang, il s'ouvre en deux, la douleur me foudroie, elle revient dans mon ventre et dans mon corps, partout dans mon corps. Je veux mourir, je veux disparaitre, tout plutôt que continuer à vivre ce qui est entrain de se passer. Je ne veux plus ça, aide moi Lloyd, sauve moi, que quelqu'un fasse quelque chose, que quelqu'un fasse cesser ça, que quelque chose se passe, que quelqu'un m'aide, s'il vous plait, je vous en supplie. Je meurs, je crève, je suis entrain de mourir, s'il vous plait....

Je gémis, prostrée sur moi-même, et j'attends qu'elle vienne. J'attends que sa faucille me fasse trébucher, j'attends qu'elle m'emporte, j'attends de devenir un nom de plus sur une pierre noire.

Je suis morte, je suis déjà morte, vous m'avez déjà perdue. Que vais-je leur dire, que vais-je leur expliquer, comment leur dire, comment leur expliquer ? Oh, Cat, ma chère Cat, ma tendre Cat. Il faut que tu saches que j'ai voulu t'épouser, j'ai voulu devenir ta femme, j'ai voulu te céder mon nom, mon avenir, mon espoir, mon tout, mon être, ma vie. Mais je meurs, je meurs et jamais je n'aurais plus l'occasion de te regarder dans les yeux, jamais plus je ne pourrais te serrer fort contre moi, en espérant que ton parfum s'accroche encore un peu à moi, à mes vêtements, mon être. Oh Cat, douce Cat, belle Cat, il faut que tu saches. Je t'aime. Je t'aime d'un amour inconditionnel et je te souhaite de trouver l'amour de ta vie, le vrai, celui qui saura faire ce que je n'ai pu qu'effleurer du doigt, qu'imaginer dans mes rêves les plus fous. Cat, ma reine, ma lumière, ma jolie fleur de tournesol, Himari. Je suis désolée, je veux plus vivre ça, je veux plus vivre comme ça. Haletante, ramassée sur moi-même, baignant dans ma crasse, les cheveux sales et emmêlés, ma peau blême, transparente presque, mes côtes saillantes et mon corps rachitique replié sur lui-même, cherchant faiblement à survivre à ce carnage imposé. Je suis désolée Cat, je suis tellement désolée. Je suis incapable de survivre à plus, je ne veux pas survivre, je veux juste vivre.

Et je pleure. Je pleure tellement que je crains de me noyer avant de mourir, je crains de disparaitre avant même de mourir, je crains que les larmes qui coulent sur mon visage ne tracent des tranchées sur mon visage émacié, je crains de devenir encore plus laide que je ne le suis déjà, j'ai peur de me noyer en moi-même, de disparaitre à l'intérieur de mon propre vide.

« Je suis désolée, je suis tellement désolée mon petit coeur, s'il te plait veux-tu me pardonner ? »

Je sais plus à qui je m'adresse. Ma voix désincarnée résonne dans l'appartement vide de Mel qui est partit au travail. Mel. Oh Mel, Mel, Mel. Je suis désolée, je suis tellement désolée, je suis vraiment vraiment désolée... Je souffle, je suffoque, je m'étouffe, je crie, j'appelle à l'aide et personne ne vient, personne ne vient me sauver, personne ne vient pour moi. Je suis comme la petite fille de mon rêve, abandonnée. Je l'ai abandonnée, je l'ai laissée derrière moi, je l'ai laissée au Japon, loin de moi, loin de son papa, loin de sa maman. La douleur me foudroie, je m'effondre.

« Tout va bien mon ange, maman va bien, papa va bien, tout va bien mon bébé, tout va bien mon petit coeur, il faut pas que t'aies peur, tout va bien, tout va très bien, tu vas...tu vas bien, t'es okay, tout va bien, tout va très bien, tout va bien... Ne, ne t'inquiète pas pour maman, elle va bien, ça va bien se passer, elle va bien, tout va bien. Papa et maman ne se sont pas disputés, ils prennent du temps chacun de leur côté, c'est tout, c'est tout mon petit coeur, tout va bien, tout va très bien... Ne t'inquiète pas ma princesse, ne t'en fais pas ma beauté, papa et maman vont bien, tout va bien, tout va pour le mieux, je te promets mon bébé que tout va bien se passer, tout va aller très bien, ne t'inquiète pas, ne t'inquiète pas, pense aux fleurs de cerisier, pense aux arbres, pense à la nature qui t'entoure, regarde la forêt, regarde la bruine, regarde les rayons du soleil percer la canopée et venir danser tout autour de toi ma princesse, ne regarde pas autre chose, concentre toi sur la lumière, la jolie lumière qui brille, qui scintille dans les gouttes d'eau, regarde tout ça et ne regarde pas ce qui se passe en bas, ne t'en fais pas pour papa et maman, ne t'inquiète pas pour eux, ne t'en fais pas pour nous mon petit coeur, tout va bien, tout va très bien, tout... »

Tout va bien. N'est-ce pas Miya ? Espèce de grosse menteuse, de monstre abominable, idiote et affreuse, regarde toi ! Regarde toi prostrée sur toi-même, espèce de bonne à rien, créature ignoble, mauvaise, dégoutante et complètement répugnante. Regarde toi. Tu vomis, tu craches, tu souffres. Pauvre fille. Espèce de cadavre, espèce de marionnette, sac d'os et de chair, tu craches tes poumons, tu délires à cause de la fièvre, tu t'étouffes dans ta salive. Enfin, regarde toi, tu penses vraiment que ta fille a envie de voir ça ? Tu crois qu'elle te croit ? C'est pour ça que tu n'écris plus à Paige, parce que tu ne la mérites pas. Elle est formidable, elle est lumineuse, elle est tout ce que tu seras jamais, tu mérites pas son affection, tu mérites pas ses regards, tu mérites pas qu'elle t'approche. Sale monstre. Sale créature. Sale chose. Sale inferi. Inferi, créature des ténèbres, chose alimentée par cette forme de magie noire, tu ne la mérites pas alors laisse la, crève, crève ici loin de tout, loin des autres. Vide toi de ton sang dans ces toilettes, plies toi en deux sur la cuvette, crève, tu ne mérites rien d'autre espèce de monstre. Squelette mouvant répugnant. Tu mérites l'amour de personne, regarde comme tu casses tout, regarde comme tu détruis tout autour de toi, comme tu ravages tout. Tu n'es rien d'autre que la destruction, le mal et le mauvais.

Pliée en deux, je tiens mon ventre et retiens des vagissements de douleur.

Lloyd, pourquoi n'es-tu pas là quand j'ai besoin de toi ?
Le désespoir me percute comme un poing serré.

J'ai mal, j'ai vraiment mal. Plus rien ne me répond, plus rien ne fonctionne, plus rien ne va. J'ai une douleur dans le ventre, une douleur et une incapacité à faire quoi que ce soit. Je suis épuisée et je n'en peux plus, je crève, je me sens crever. Je perds mon sang et je ne sais pas comment faire pour l'arrêter, je ne sais pas comment faire pour m'aider. Aide moi s'il te plait, par pitié.

Tu peux pas me laisser, tu peux pas m'abandonner, pas alors que j'ai besoin de toi, pas alors que je suis au bout du rouleau, pas alors que les enfers eux-mêmes semblent brûler dans mon corps, pas alors que la fièvre me rend sénile, pas alors que je suis incapable de respirer sans crachoter, pas alors que je me meurs telle une fleur fanée, je me recroqueville sur moi même. Le poison se répand dans mon organisme, il attaque mon ventre, mon précieux ventre, celui dans lequel il y a eu mon enfant avant que je ne le tue, avant qu'elle ne disparaisse. Et je ne veux pas y penser, je ne veux pas revivre ça, je ne veux pas repasser par ça. Mais le sang continue de s'écouler, il continue d'imbiber mes vêtements, de tremper mes doigts, il se déverse et je ne peux rien faire pour l'en empêcher, je ne peux rien faire pour le retenir. Et j'ai mal, tellement mal, et ma magie ne répond plus, plus rien ne répond. J'ai mal Lloyd, j'ai tellement mal. Aide moi s'il te plait, aie pitié.

« S'il te plait mon amour, tu peux pas me faire ça, tu peux...tu peux pas me laisser crever sans toi, tu peux pas me laisser disparaitre sans te faire entendre raison... Je suis désolée, je suis tellement désolée que les mots ne suffiront jamais, que mon être ne suffira jamais, que mon amour ne suffira jamais... Je suis désolée, je t'en supplie pardonne au moi, au moins pour que je puisse m'en aller l'esprit en paix, s'il te plait. S'il te plait mon amour, repense à nous, repense à notre amour, repense à quel point on était beaux, repense à tout ce qu'on a été, repense à toute la beauté qu'on a créée, repense à tout ce qu'on a faillis mettre au monde toi et moi, s'il te plait tout ce que tu veux, je serais gentille, je serais douce, je serais tout ce que tu veux que je sois mais ne me laisse pas, je t'en supplie, ne me laisse pas toute seule dans ma souffrance, regarde moi je suis devenue un cadavre, un vrai cadavre animé par l'énergie du désespoir, un Inferi, une sale créature répugnante qui ne mérite pas l'amour, qui ne mérite pas qu'on la regarde, qui ne mérite pas qu'on la touche, qui ne mérite pas qu'on l'aime.. Alors laisse moi, laisse moi m'en aller, laisse moi crever mais pardonne moi, je t'en supplie pardonne moi, tout ce que tu veux mais pardonne moi, ne me laisse pas toute seule dans les ténèbres, ne me laisse pas... Ne me laisse pas les affronter toute seule s'il te plait.. Par pitié, protège moi, aide moi.... J'ai tellement mal.. »

J'ai si mal que ma respiration devient sifflante. Ou alors c'est la maladie qui finalement me consume toute entière, qui ne fait de moi rien d'autre qu'un corps faible, à peine en vie mais pas encore mort, un corps crasseux, un corps putride, un corps qui baigne dans son sang et sa terreur, un corps qui baigne dans sa souffrance, un corps qui baigne dans sa douleur, dans son mal, dans son manque, dans son deuil. Le deuil. Le deuil m'envahit, il me brise de l'intérieur, il me ravage, il me transforme en écueil de souffrance. Je ne suis rien d'autre que tout le mal que j'ai créé, je ne suis rien d'autre que tout le mal que je suis, que je vaux, que je possède.

Et ce hurlement désespéré me brise les oreilles, me brise le coeur, me brise l'âme.

Par pitié que quelqu'un vienne me sauver, que quelqu'un fasse que ça s'arrête, je ne veux plus jamais ressentir tout ça, je ne veux plus y penser, je ne veux plus rien ressentir, plus jamais.

Soufflant difficilement, je crache une dernière fois dans la cuvette et tire la chasse, blessée sur le sol, blessée à terre, blessée. Tout simplement blessée, tout simplement laissée pour morte, laissée à l'abandon sur ce carrelage trop blanc, laissée toute seule pour crever. Parce que c'est tout ce que tu mérites Miya, c'est tout ce que tu devrais avoir. Une mort lente, douloureuse, tout pour te punir de tout le mal que t'as fais et que tu continues de faire. Tu ne mérites rien d'autre espèce de sale monstre, espèce de chose difforme, écrasée sur elle-même, réduite au néants, réduite à n'être que ce qu'on l'autorise à devenir. Rien. On ne t'autorise à rien devenir, tu es condamnée à errer dans ta souffrance, condamnée à n'être rien d'autre que douleur et mort, destruction et errance, mal-être et peine. Peine, pleurs, larmes, douleur. Tu n'es rien d'autre et tu ne mérites rien d'autre, tu n'es qu'un pion, un pion sur l'échiquier géant de la vie et de ce monde ; tu n'es qu'une bête marionnette, une simple pièce à placer et à déplacer, et te voilà au bout de ta partie, te voilà au fond du gouffre et rien ni personne ne peut t'aider parce que tu ne mérites rien. Ni personne.

Je ne le mérite pas, je le sais maintenant. C'est pour ça qu'il s'est détourné de moi, c'est pour ça qu'il ne veut plus me toucher ni me voir, c'est pour ça qu'il m'a imposé cet ultimatum, c'est pour ça que je ne bois plus depuis des mois, c'est pour ça que je ne dors plus la nuit, c'est pour ça que je suis poursuivie par des cauchemars, c'est pour ça que je me transforme en cadavre vivant, c'est pour ça que je ne suis rien d'autre qu'une vulgaire poupée d'os et de chair, c'est pour ça que je ne vaux rien. Je ne le mérite pas, je ne l'ai jamais mérité, je n'ai jamais été bonne.

Et je suis désolée, oh dieux si seulement tu savais comme je suis désolée, si seulement tu savais, si seulement tu pouvais te mettre à ma place et ressentir tout le mal, la souffrance et les horreurs que je ressens, toutes les horreurs que je suis obligée d'endurer la nuit, le jour, sans arrêt.

C'est pour ça que t'es parti.
Parce que je sais pas vivre autrement qu'en souffrant.

Tu veux jouer au plus malin avec moi, Sulien ? Vas-y. J'ai plus rien à perdre. Tout ce que j'avais je l'ai déjà perdu, tout ce qui m'était cher a déjà disparu alors vas-y, je t'en prie, vas-y fais toi plaisir et détruits moi, fais moi sombrer avec toi, fais moi disparaitre de cette jolie terre bien faite et vante toi. Dis le aux autres. Dis leur que c'est toi qui m'as fais sombrer, dis leur à tous que c'est toi qui a fait disparaitre le monstre Miya, vas-y, dis leur. Mais tu vas y laisser de toi aussi. Parce que je détruits tout ce que je touche, tout ce que j'approche, alors si tu fais le choix de jouer avec moi c'est que tu le veux au moins un peu, c'est que t'es prêt à sacrifier une part de toi. Mais vas-y.

Vas-y, vas-y, aime le. Aime le et répare le. Répare le je t'en supplie, répare mes erreurs, répare tout le mal que j'ai fais, répare toutes mes erreurs, répare ce que j'ai fais.

« C'est marrant, hein Sulien, j'halète. C'est marrant de se dire que toi et moi on aurait pu crever en même temps dans cet appart, on aurait pu faire une overdose, ou se faire renverser par une voiture, on aurait pu se disputer, on aurait pu se hurler l'un sur l'autre, on aurait pu finir par se détester... Mais j'ai rencontré Lloyd. Et j'suis remontée. J'suis remontée parce que je l'ai rencontré, parce que je suis tombée amoureuse. Et maintenant c'est à toi, maintenant c'est ton tour. Tu vas tomber amoureux, c'est impossible de pas tomber amoureux de lui, c'est impossible de passer à côté de sa lumière sans la voir et sans si dire "oh merde", sans réagir, sans rien faire. Ouais nan, c'est pas possible. Regarde la donct ta princesse des ténèbres, regarde comme elle se fond parfaitement avec les abysses, regarde ce qu'elle devient, regarde ce qu'elle est entrain de faire, de sombrer, de crever, de descendre, de tomber. Tu devrais être content, nan ? T'as juré de me faire sombrer, ton regard me l'a juré, ton regard me l'a promis. Mais tu vas pas t'en sortir comme ça, tu vas pas t'en sortir aussi facilement que tu le crois Sulien... Parce que je suis une grenade, une putain de bombe prête à exploser, un incendie qu'on peut pas maitriser, une foutue tempête ! »

Je souffle, je suffoque, je crève, je m'étouffe.

Je m'étouffe et, maladroitement, je me relève. Je laisse ma baguette derrière moi, elle me sert à rien, j'ai compris que je fonctionnais pas aujourd'hui, j'ai compris que ma vie de femme m'a tuée. Je suis une femme et pour ça je suis condamnée à pleurer, condamnée à saigner, à souffrir.

Je tombe, je trébuche, je me casse la figure dans la baignoire.
D'une main tremblante, j'allume l'eau, et j'attends.

J'attends que l'eau me nettoie.
J'attends que l'eau me purifie.
J'attends que l'eau me sauve.

Crève.
Espèce de cadavre.

Inferi.


_________
3623 mots
@Kieran Hawthorne, @Paige Barrow, @Lloyd River et @Sulien Willows pour les mentions
défi EEC : arbre, forêt, bruine

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
samedi 17 octobre

"BIDULE"

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{ quartier de Camden ; Londres moldu }

J’ai besoin d’un truc pour m’occuper les mains. Sinon je peux pas m’empêcher de gratter mes cuticules, jusqu’à en faire saigner mes doigts, jusqu’à ce que la peau autour de mes ongles vire au rose clair, jusqu’à ce que la chair soit à vif, jusqu’à ce que le sang perle et glisse en ruisseau sur ma main abîmée par mes angoisses. Alors ouais, il me faut un truc pour m’occuper les mains. Un truc mou et solide à la fois, un truc pour m’aider quand je suis stressée, un truc pour aider à gérer mon quotidien, un truc pour m'aider à gérer et à canaliser toutes les crises.

Les crises.

Je pince les lèvres, évite un couple de moldus qui avancent à toute allure dans les rues bondées de Londres et je me sors une cigarette, les doigts tremblants. Y’a encore eu une crise aujourd’hui, et une méchante crise. Alors je suis allée dormir avec Mel. Il a rien dit, il m’a simplement ouvert les bras et m’a embrassé le front en me souhaitant bonne nuit, en me murmurant que j’étais en sécurité. Mais c’est pas vrai. Je suis pas en sécurité, je suis jamais en sécurité. Parce que la sécurité, c’est pouvoir s’endormir sans craindre de se réveiller quelques heures plus tard en hurlant, tremblant, des larmes maculant mon visage et en sueur le tout à cause d’un cauchemar, à cause d’un bête cauchemar. Je suis quel genre de faible pour être aussi fragile face à un cauchemar ?
Les crises continuent. Elles sont de pire en pire, elles sont de plus en plus terrible, elles me font de plus en plus mal. Et j’y peux rien. Je peux rien y faire. Je dissimule une quinte de toux dans mon bras alors que je passe sous un arbre qui recrache sur moi quelques gouttes de rosée. Elles glissent le long de ma nuque puis viennent se perdre dans mon t-shirt tandis que je grimace. C’est désagréable. Je sors mon briquet – hors de question d’utiliser ma baguette en terrain moldu – et allume l’extrémité du bâton de nicotine qui se met aussitôt à se consumer, à fumer un peu.

Il me faut un truc. Un truc mieux que la cigarette, un truc meilleur pour la santé, un truc qui va pas me bouffer la santé et me détruire progressivement. J’ai un reniflement dédaigneux. Ouais, comme si une simple cigarette pouvait me faire le moindre mal. Avec ma constitution de sorcière, mes cellules se soignent d’elles-mêmes, pas de risque de cancer à la con. Je tire une tasse. Le calme – un calme absurde, artificiel – m’emplir, je ne pense plus à rien d’autre qu’à fumer. Ouais, il me faut autre chose. Un truc, un machin, un bidule, peu importe le nom qu'on lui donne.

Je pourrais retourner faire un tatouage.
J’en ai déjà plein, quel serait le mal à en ajouter un autre ?

Reniflement. Un duo de grands-mères me jette des regards de travers en passant à côté de moi, j’entends qu’elles disent quelque chose à propos de ces jeunes qui fument. Je sais pas ce qui me fait rire, mais un truc dans ce qu’elles se racontent m’arrachent un jappement sec qui les fait fuir. Elles accélèrent le pas et me dépassent rapidement. Je ne leur jette même pas un regard, trop occupée à me demander ce que j’ai bien pu trouver si drôle pour me laisser aller à rire en public. Leurs propos sur la cigarette, peut-être. Allez vous faire voir et laissez moi me ravager si j’en ai envie, voilà ce que je pourrais gueuler si j’étais mal éduquée. Mais nan, c’est pas ça qui a provoqué mon hilarité. Je crois que c’est leur façon de me considérer comme une jeune.

Trente-huit c’est pas jeune.

Alors tout d’un coup j’ai envie d’accélérer et d’aller les secouer ces petites vieilles.

"Bah alors ?" que je leur dirais. "On en veut à la jeunesse de se détruire ? On lui en veut de s’abimer ?" que je leur lancerais avec ma voix rauque, clope à la main et l'air fou sur le visage.

Il me faut un truc.

Un truc mou, un truc dur, un truc que je peux serrer comme une dingue et tordre dans tous les sens mais qui se brisera pas, un truc sur lequel je pourrais rejeter ma colère sans que rien de plus ne se passe. Un machin coloré, pour mettre un peu d’Ellie dans ma vie. Je devrais peut-être adopter un chat. Un chat roux. Et je l’appellerais comment ? « Bidule » ? Nan, c’est naze. Qu’est-ce que je foutrais avec un chat dans ma vie ? J’ai même plus le droit de vivre chez moi parce que je suis présumément incapable de prendre soin de moi, alors avoir un chat ? Et puis quoi encore. Pourquoi pas un lapin tant qu’on y est. Nan mais sérieux, un chat. Bientôt je vais me prendre de passion pour les gros bestiaux et tu vas voir que j'vais me retrouver avec un lynx à la maison. Alors que c'est même pas ma maison, alors que j'ai même plus le droit d'y vivre, chez moi.

Je grimace, tire sur ma cigarette et fait tomber les cendres dans une poubelle à côté de laquelle je passe. Faut que je me trouve un truc sinon je vais commencer à fumer comme une usine – c’est ça l’expression des moldus ? Je sais plus, on s’en fou – et je vais finir par avoir les dents jaunes. Les doigts aussi. Tout mon corps. Je vais devenir une vieille fripée. Je frissonne.

Je passe devant un magasin où un troupeau de gonzesses de l’âge de Hope rient.

Et je m’arrête une minute devant cette image, je suis incapable d’avancer, de passer à autre chose. Elles rient pour je ne sais quoi, je crois qu’elles se montrent un…pigeon ? Ah, non, une peluche pigeon. Je souris un peu moi aussi, attendrie par cette scène. Aucune d’elles ne peut savoir qu’elles ont l’air ridicule mais ça me convient. J’aimerais bien, moi aussi, retrouver ma jeunesse et l’époque où je riais trop, celle où c’était moi qui était ridicule. Ça me manque, cette époque.

Je tire une dernière fois sur mon mégot puis l’écrase sous ma chaussure. Pas de baguette. Pas de cendrier. Tant pis, sous la godasse c’est très bien. Je repense aux vieilles et je ricane bêtement.

Concentre toi Miya, je m'agace en reprenant mon chemin.

Mais j’ai à peine fais quelques pas que la pluie recommence à tomber. Et c’est pas une petite pluie, ah non, c’est le bon crachat anglais qui te tombe sur la gueule et qui te trempe jusqu’aux os. Par Merlin. J’aurais presque préféré une bruine gentille mais glacée, qui s’infiltre dans les vêtements et te rend malade. Enfin, malade. J’ai déjà la crève, je m’y suis résignée. Je tousse, je me mouche, ma tête me fait un mal de chien mais je me résigne pas encore à me préparer de la Pimentine. Pose pas de questions, j’ai juste la flemme d’en faire.

Et puis, je me dis qu’au moins si je suis malade j’ai une raison pour aller mal, pour pleurer.

Je grommelle quelques insultes et, abandonnant ma lutte contre mère nature, je rentre dans le premier café que je vois. Heureusement que j'ai pensé à prendre ma bourse d'argent moldu, parce que mes gallions ne serviraient à rien ici. Quoique, je pourrais trouver des acheteurs pour mes pièces d'or pur. L'idée me traverse vaguement l'esprit mais je la repousse. Hors de question.

Je commande un café noir et attends, tout en réfléchissant.

Un machin. Un truc. Un bidule.
Quelque chose pour m'aider.

Où est-ce que j'vais trouver ?


_________
1287 mots
défi EEC : arbre, pluie, bruine, café, bourse, gallion

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Inktober PNJ Le Cœur en Braille
dimanche 18 octobre

"SANS AILES"

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{ appart de Mel ; Godric's Hollow }

Je suis un oiseau tombé du nid. Un ange transformé en démon. Une chose immonde, répugnante, qui ne mérite pas ce qu'elle possède. Si seulement je possède quelque chose. Parce que c'est pas sûr du tout. Je pourrais posséder quoi ? Un appart ? Je n'y vis plus. Des bouteilles ? Ellie les a jetées sans me regarder. Elle les a mises de côté puis les a toutes vidées dans l'évier avant de jeter les bouteilles. Sans me regarder une seule fois. Je crois qu'elle avait un peu honte. De moi, bien sûr, pas d'elle. Je crois qu'elle avait honte de voir avec quoi elle était amie. Honte de découvrir à quel point je suis fichue et pourtant d'être restée à mes côtés si longtemps. Je serre les dents sur ma cigarette, la sens se fissurer entre mes lèvre. Ellie, est-ce que tu peux revenir ? T'étais mon rayon de soleil, la plus belle partie de mes journées. T'étais mon arc-en-ciel, tout ce dont j'avais besoin pour espérer survivre un peu plus longtemps. Et t'es partie toi aussi. Tu m'as abandonnée.

Je renifle et me cale plus confortablement dans la couverture épaisse rabattue sur mon corps trop frêle. Je perds trop de poids en ce moment. Je me suis pas pesée, je déteste me peser, mais je sais de source sûre que je suis encore plus mince qu'avant. Mince ? Nan, maigre. Je suis un petit oiseau laissé à l'abandon dans son nid parce qu'il n'avait pas d'ailes, parce qu'on ne lui a jamais appris à faire quoi que ce soit. Un petit oiseau inefficace, inutile, ridicule et méchant. Je suis le vilain petit canard de l'histoire, je suis l'esseulée, je suis le mauvais enfant de la famille.

Mon corps se tend et se détend successivement plusieurs fois de suite, rapidement, comme des spasmes ou quelque chose du genre. Je prends une profonde inspiration chevrotante, incapable de produire mieux, incapable de respirer correctement. Incapable de faire quoi que ce soit bien.

Je casse tout, je détruits tout. Je suis pas faite pour apprendre à voler, je suis faite pour tomber et tomber, encore et encore, sans jamais m'arrêter, sans ailes pour m'aider et me sauver, je chute et je suis incapable de me raccrocher à quoi que ce soit, je continue simplement ma longue chute vers le néants, vers les abysses, vers le Tartare. Le seul endroit où je mérite d'aller après tout le mal que j'ai dit. Tu le sais toi, Alfie, tout le mal que j'ai fait. Je t'ai raconté hier tout ce que j'ai fait de travers, tout ce que j'aurais dû faire correctement et que j'ai été incapable — ce mot, encore et toujours le même mot. J'aurais pas dû te raconter, j'aurais pas dû te laisser entrer dans ma tête.

Dans ma tête, c'est le bazar.

Y'a des pensées, des belles pensées, de jolies fleurs que j'essaye de cultiver pour garder en vie, et y a aussi des pensées terribles. Des idées noires, des pensées sombres, des choses mauvaises. Je veux pas que tu t'en approches Al', je veux que t'en restes loin, très loin. Je sais pas pourquoi je t'ai parlé de ça. Je sais pas pourquoi ni comment t'as fait pour me pousser à me laisser aller, à baisser ma garde, à me confier à toi, mais c'était chouette d'avoir à nouveau un ami. T'as recueilli le petit oiseau sans ailes que je suis, tu m'as pas laissée m'écraser par terre sans rien faire. Jamais tu ferais ça, pas vrai mon coeur ? Je sais que je devrais pas t'appeler comme ça, je sais que je devrais pas faire confiance aux inconnus, mais je suis fatiguée de me méfier de tout et de tout le monde. Je voudrais juste que quelqu'un m'écoute, que quelqu'un soit de mon côté, que quelqu'un comprenne. Je veux que quelqu'un comprenne, je veux qu'on me comprenne. Tu me comprends toi Alfie ? Tu comprends ce que c'est de se sentir vide, de plus rien avoir à l'intérieur de soi et de se sentir crever petit à petit, de se sentir sombrer dans la folie du mal ? C'est ça, ce qui m'arrive ?

Je suis entrain de sombrer dans la folie, je suis folle ? Mais je veux pas devenir folle, je veux pas.

C'est fini la chute, j'en veux plus. Je veux remonter la pente, je veux plus me ronger les ongles et m'angoisser la nuit, je veux plus me réveiller en criant et en pleurant, je veux plus faire de crises, je veux plus avoir peur toute seule dans le noir, je veux plus faire fuir ceux que j'aime, je veux plus arriver chez Kieran en pleurs, je veux plus me sentir mourir, je veux plus fumer, je-

Je prends une profonde inspiration.

Inspire.
Expire.
Inspire.
Expire.

Exactement comme Lumi m'a appris.

Inspire.
Expire.
Inspire.
Expire.

Tout comme je fais quand ça va pas.

Inspire.
Expire.
Inspire.
Expire.

Je me roule en boule sur le canapé, dévastée, cherchant maladroitement à retenir mes larmes. Je veux plus avoir peur je veux plus avoir peur. Je veux vivre. Je veux arrêter de fuir Noah. J'ai plus envie d'avoir peur de Zayn. Non. Pense pas à lui. J'ai arrêté de consommer, j'ai arrêté le trafic, j'ai arrêté les heures vides, j'ai arrêté. J'ai arrêté tout ça, j'ai tout laissé derrière moi.

Je suis un oiseau tombé du nid. Je n'ai plus d'ailes, je me suis effondrées, elles se sont coupées, je ne possède plus de bon vouloir sur moi-même. Je ne sais pas voler, je n'ai jamais su voler. Tout ce que je suis capable de faire c'est chuter. Chuter encore et encore, tomber sans retenue, je tombe encore, et encore, et encore. Je m'effondre en moi-même, je m'écroule, je meurs, je disparais à l'intérieur de mon propre être, à l'intérieur de mon cauchemar. Je coule, je me noie, je suffoque. Mes ailes sont brisées, elles n'ont jamais tenu, elles n'étaient qu'une illusion. Je suis de nouveau parcourue d'un spasme, un peu moins violent cette fois-ci. Et je serre les dents, je retiens mes larmes. Je te promets que j'essaye de retenir mes larmes, j'essaye d'arrêter de pleurer.

Je n'ai plus d'ailes, elles se sont détachées, elles n'ont jamais fonctionné.
Je n'ai plus d'ailes, je suis un oiseau mutilé, un oiseau incomplet.
Je n'ai plus d'ailes, je n'ai jamais été destinée à voler.

Je suis faite pour tomber, pour m'écraser.


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1071 mots

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
lundi 19 octobre

"CONFUS"
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{ Café du Rosier ; Godric's Hollow }

J'ai aimé plein de femmes dans ma vie. J'aime leur cheveux, leur sourires, leur rires, leur façons de secouer la tête quand elles sont contrariées, leur odeur le matin, leur manière de s'agiter dès le réveil. J'aime les femmes. J'aime tellement les femmes que je me suis longtemps demandée si je n'étais pas tout simplement lesbienne. Parce que j'aime les femmes. J'aime les embrasser j'aime les toucher j'aime les voir j'aime les admirer. Je les aime toutes sans exception. Parce qu'elles sont toutes formidables. Je les trouve toutes merveilleuses un peu plus chaque jour, un peu plus toutes les fois où j'ai l'occasion d'admirer à quel point elles sont géniales.

Et Cat, oh Cat. Cat est ma faiblesse, Cat est mon secret, Cat est ma chère, ma tendre, ma douce. Il y'a a rien que je ferais pas pour elle. Je l'aime de tout mon coeur, encore aujourd'hui, et je sais que rien au monde ne pourrait m'empêcher de la rejoindre, de la protéger, de la sauver. Même si c'est de moi-même. Je suis désolée Cat, je suis désolée mon coeur, je suis désolée ma jolie fleur. Zayn ne doit rien savoir de toi, et il ne s'arrêtera pas tant qu'il n'aura pas eu ce qu'il veut, alors je vais devoir faire comme si tu n'existais pas. Je vais devoir prétendre que toi et moi c'était qu'une passade, qu'un moment qu'une brève étreinte, que quelques baisers. Je vais devoir mentir, je vais devoir te protéger, je vais devoir faire de toi un secret, mon ultime secret. Parce que tu es belle, parce que tu es forte, parce que tu es drôle, parce que tu es parfaite. Et Zayn ne doit jamais rien savoir de toi, Zayn ne doit jamais s'approcher ni de toi, ni de Paige, ni de Jake, ni de personne. Je ne le laisserais pas toucher aux Barrow, ne t'en fais pas, vous êtes tous sous ma protection, vous êtes tous cachés derrière moi, derrière le bouclier que je suis. Personne ne vous fera de mal.

Je t'aime fort ma Cat, je t'aime tellement que tu m'as fait oublier que les hommes existaient, que tu m'as fait oublier que j'aimais toujours Lloyd. Tu m'as envoutée, tu as fait de moi ton tout, ton amour, ta fleur, ta chose. Et je serais devenue tienne pour l'éternité, je me serais faite tienne.

Comment t'as fais ? Dis moi Cat, dis moi comment t'as fait pour me faire oublier la douleur, pour me faire oublier tout le mal que je ressentais, tout le mal que j'ai ressentis. Tout le mal qui glissait dans mes veines, qui coule encore toujours dans mon corps, qui me fait le mal du siècle. Le mal du siècle, Chateaubriand. Auteur français. Vous voyez Mère, j'ai retenu vos stupides leçon de littérature. "On vit avec un coeur trop plein dans un monde trop vide, et sans avoir usé de rien on est désabusés de tout." C'est de lui ça. Et il avait raison quand il a écris ça, il avait tellement raison que j'ai l'impression qu'il l'a écrite pour moi, pour me passer le message. Je souris tristement.

Il avait raison Chateaubriand, mais il m'a pas expliqué comment savoir si on aime les femmes ou si on aime les hommes. Est-ce que ça se sait un truc comme ça ?

Installée à ma place habituelle au Café du Rosier, je sirote un café noir amer depuis quelques minutes, depuis que ces pensées ont envahie ma tête. J'ai vu une jolie rouquine passer et depuis je ne pense plus qu'à ça. A la façon dont elle bougeais les hanche, à sa chevelure de feu qui se balançait dans son dos, à sa démarche de reine, à ses iris verte foncées qui sont brièvement passées sur moi. Et depuis, je suis incapable de penser correctement. Depuis, Cat a envahie mes pensées, je suis incapable de réfléchir bien, je suis incapable de prendre ma tasse et de la porter à mes lèvres. Elle était belle, elle était magnifique, sublime. J'espère qu'elle le sait.

Je suis perdue, je suis paumée. C'est possible d'être amoureuse de toutes les femmes et d'un seul homme ? Peut-être que je suis lesbienne et Riveromantique. Parce que Jude est sublime, grands dieux évidemment qu'elle est sublime. Je l'ai jamais regardée comme ça, de toute façon c'était hors de question, mais ça n'empêche qu'elle est d'une beauté à te fracasser le crâne. Et du genre à te fracasser vraiment le crâne. C'est quoi ces pensées de détraquée ? je me reprends.

Sauf que voilà, mes pensées reviennent à Cat, toujours à Cat. Je me demande à quoi aurait ressemblé notre éternité ensemble, je me demande si on aurait eu des enfants, je me demande si j'aurais continué d'envoyer des lettres à Paige, ma douce Paige, ma gentille petite Paige. Je lui ai plus écris depuis longtemps, trop longtemps. Et je m'en veux. Dis moi ma petite Paige, tu penses que tu pourrais répondre à mes questions toi ? Tu crois que tu saurais me dire si c'est grave de pas savoir qui on aime ? Tu crois que c'est grave ? Ou bien c'est acceptable ? Est-ce que tout va bien, est-ce que je suis okay, est-ce que je vais bien ? J'ai tellement de questions à te poser ma jolie Paige, tellement de choses à discuter avec toi. Mais je réponds plus à tes lettres, désolée.

Je prends une gorgée du liquide chaud et réconfortant, et m'enfonce bien dans mon siège.

Distraitement, mes yeux suivent l'agitation autour de moi et, pendant que je me pose des questions existentielles, l'heure tourne. Va bientôt falloir que je quitte ce café cocooning et que je me concentre, que j'aille au travail. Mais Cat ne quitte pas mes pensées, et la jolie rousse non plus. Je ne peux penser qu'à elles et me demander. Je me demande si je peux aimer tout le monde, je me demande pourquoi je pourrais pas, je me demande pourquoi je me pose autant de questions, je me dis que Jude aurait la réponse. Oh Jude tu saurais me répondre toi ?

J'ai besoin d'aide.
Je suis confuse, j'ai besoin qu'on m'explique.
J'ai besoin qu'on me dise que c'est okay d'aimer tout le monde.

Parce que je suis paumée.


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1044 mots
@Paige Barrow

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
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