Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 10 : Divination
Mots placés : feuille, arbre, travail, café,
carrière, réussite, reconversion, automne
Mots placés : feuille, arbre, travail, café,
carrière, réussite, reconversion, automne
juin 2042
sur la terrasse d'un café sorcier, en Écosse
Victoria et Suzan profitent de la légère brise qui soulève les feuilles des arbres et qui les rafraîchit, heureuses de partager un moment ensemble lors d'un après-midi serein et lumineux comme celui-ci.
« Comment ça va, ton travail ? La dernière fois, c'était compliqué, non ? Tu m'avais parlé d'un collègue...
– Oui ! Mais ça va beaucoup mieux. Là, la période est chargée, tu sais je suis avec un sorcier qui a le troisième œil, je m'occupe de tout ce qui est en lien avec son don mais... En ce moment, oui, sa vie est mouvementée et ses prémonitions sont nombreuses, et confuses. Certaines semblent très anecdotiques, et d'autres vraiment intéressantes. Je cherche avec lui, je fais le tri, je l'accompagne... »
Victoria regarde attentivement sa sœur, curieuse, attirée, cherchant elle aussi, en quelque sorte, à deviner ce qu'elle cache.
« C'est-à-dire ? Qu'est-ce qu'il voit ? »
Suzan baisse les yeux, gênée, et secoue la tête.
« Vic', tu sais que je ne peux pas tout te dire... Il y a un secret professionnel, un accord entre lui et moi.
– Le fameux mystère du futur, c'est ça ? »
Suzan pouffe doucement tandis que Victoria boit quelques gorgée de son café.
« Je n'ai jamais compris pourquoi tu n'avais pas choisi la voie de pratiquante en divination. Tu as du talent, tu sais faire toutes ces choses, là, lire les lignes de la mains, tirer les runes, voir des formes au fond des tasses... Tu aurais pu faire carrière là-dedans ! Ça aurait été une réussite ! Et tu n'aurais pas eu besoin d'être au service de quelqu'un, d'être la petite main. Non vraiment, je n'ai jamais compris... Tu as toujours été douée pour tout ça Suz.
– Mais je n'ai même pas le don de troisième œil ! De toute façon ce n'est pas cet aspect qui m'intéresse, tu le sais bien, je préfère l'histoire de toutes ces professions, l'étude, la recherche... Tu penses que je suis la petite main au service d'un pratiquant, mais de mon point de vue c'est l'inverse : c'est moi qui recueille et lui qui se fait l'outil. Je ne veux pas de reconversion, ou être l'objet de visions... Tu sais que j'en ai déjà eu et... ce n'est pas pour moi... c'est difficile aussi...
– Je sais, je sais, pardonne-moi. Mais parfois j'ai l'impression que tu pourrais voir tellement plus grand ! Ça me tue de t'imaginer rester derrière alors que tu pourrais être sur le devant de la scène ! Comme Remi. Vous voulez toujours... rester dans l'ombre ! Alors que vous méritez plus ! »
Suzan rit doucement, presque rougissante. Elle ne sait que faire de l'admiration de sa sœur. Victoria l'a toujours poussée, sans elle, elle ne serait pas là ; pourtant, parfois, c'est dur de voir ses yeux briller et de la sentir frustrée, de savoir qu'elle ne comprend pas.
Victoria est une femme de scène et de lumière qui ne pourra jamais briller ou avoir le premier rôle, parce qu'elle ne s'en sent pas capable. Elle a confiance en elle sur beaucoup de choses, mais pas sur son intelligence, par sur cette échelle imaginaire de mérite et de réussite qu'elle s'est construite. Si elle est fière de son parcours, elle se place bien en-dessous de Suzan, et même de Remi. Ou peut-être qu'elle les place juste eux sur un piédestal.
Mais Suzan, elle, est timide, discrète, sorcière compétente mais appréciant l'ombre et les coulisses. Elle rougit en public, elle est anxieuse quand elle doit s'exprimer devant du monde, et elle préfère largement écrire sur son métier et ses connaissances que d'être un visage porteur de responsabilités.
« Vic'... Ne dis pas ça. Je suis heureuse de cette façon. Ça me plait d'être dans l'ombre, et à Remi aussi. »
Victoria soupire. Elle ne comprendra jamais.
« Mais tu sais, je ne fais pas que ça. J'écris un livre, aussi. J'espère l'avoir terminé pour l'automne pour qu'il puisse sortir l'année prochaine. Je te le ferai lire avant de l'envoyer. »
L'épanouissement revient sur le visage de Victoria. Sa sœur écrit un livre ! Elle le savait qu'elle était incroyable, qu'elle réussirait tout.
« Ah ça j'espère bien ! »
Elle s'exclame, tapant d'un poing léger sur la table avant de rire avec Suzan qu'elle a fait sursauter.
722
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 11 : Periculum
Mots placés : commerce, Samhain, réussite,
diplôme, carrière, travail, gallions, café, arbre
Mots placés : commerce, Samhain, réussite,
diplôme, carrière, travail, gallions, café, arbre
juillet 2044
en Écosse, près de la maison de Victoria
L'heure est à la fête. Celui qui aurait le malheur de rappeler les événements difficiles de cette année, la chute du Ministère et la prise de pouvoir d'Ursula Parkison recevrait de Victoria un regard noir et sévère, et n'aurait le droit que de se taire et de s'assoir au bout de la table.
La sorcière a tout préparé. Elle a fait appel à son réseau dans le commerce pour se procurer les meilleurs plats pour un banquet digne de Samhain, elle a réuni toute sa famille, a dressé la table, et a prévu les surprises. Ce n'est pas tous les jours qu'on fête la réussite aux ASPIC de son neveu, et l'obtention de son diplôme de Poudlard. Victoria est très fière de Remi, il a obtenu des notes exceptionnelles et elle n'a aucun doute sur le fait qu'il démarrera par la suite une grande carrière, après ses études, bien sûr. Elle a confiance en lui, et elle sait qu'il marche dans les pas de sa mère. Il ressemble bien à Suzan ! C'est aussi l'occasion de célébrer les 45 ans de cette dernière, qui a attendu le retour de son fils pour que cela se fasse.
L'organisation de la fête aurait été différente sans Aisha. Victoria a de l'expérience et des contacts, mais elle manque d'une certaine sensibilité dans la composition. Ensemble, néanmoins, tout fonctionne plutôt bien, au plus grand plaisir de Suzan et Remi que l'événement subjugue.
Il y a longtemps que les McBee n'avaient pas organisé un tel banquet. Victoria a vu grand : dans les plats, dans le travail de préparation, et dans la mise en scène. Elle y a laissé quelques gallions et beaucoup de tasses de café pour finir dans les temps, mais ça en valait la chandelle.
Son moment préféré vient à la fin. C'est celui sur lequel elle a le plus travaillé, et celui qui lui a donné le plus de fil à retordre. Mais c'est l'apothéose. Alors que le soleil descend sur l'horizon et que tous s'éloignent de leurs assiettes, rassasiés, Victoria s'éclipse discrètement pour aller chercher sa baguette. Elle vit dans une coin reculé d'Écosse, et sait qu'elle n'a pas à se soucier des moldus.
En revenant vers les siens, elle prend soin de s'éloigner des arbres avant de pointer sa baguette vers le ciel pour lancer un Periculum. Ceux qui la connaissent savent qu'elle n'est pas toujours à l'aise avec sa baguette, mais ce sort fait partie de ceux qu'elle maîtrise relativement bien. Usuellement utilisé pour appeler à l'aide ou prévenir d'un danger, il produit en ce soir de fête quelques feux d'artifice très colorés et étonnants, dirigés par Victoria. Elle se sent forte en considérant ce dont elle est capable.
Au-dessus des têtes des invités, le Periculum dessine d'étranges formes d'animaux et de fleurs. La commerçante a fait au plus simple : elle a imaginé ce qu'elle connaît le mieux. Elle n'est déjà pas une grande magicienne, alors il ne faut pas trop lui en demander. Mais le résultat fait son petit effet ! Autour d'elle, des « wahou ! » sont lancés, des rires éclatent et les visages s'illuminent. Ce soir les étoiles sont de toutes les couleurs. C'est flamboyant ! Victoria est la première à se réjouir : elle a rarement été aussi fière d'elle.
548
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 12 : Sortilège
Mots placés : carrière, travail, évolution, réussite, Samhain, automne
Mots placés : carrière, travail, évolution, réussite, Samhain, automne
automne 2005
à Poudlard
Lorsqu'on arrive à Poudlard, on a des rêves plein la tête. Tout le monde l'affirme : c'est une école dans laquelle on se révèle, dans laquelle on se forge, et dans laquelle on apprend à trouver notre propre magie.
En arrivant, tout impressionne, c'est le monde sorcier dans ce qu'il a de plus grandiose. Pour une enfant comme Victoria, ayant grandi loin de tout, les bougies flottantes, les peintures bavardes ou les créatures fantastiques sont spectaculaires. Elle est émerveillée durant de longues semaines. Enfin, elle sort de sa campagne pour espérer commencer sa carrière de grande sorcière ! Enfin, elle pourra montrer à tout le monde ce qu'elle vaut, se démarquer dans sa fratrie, être la fille dont ses parents sauront être fière et maîtriser une magie forte et flamboyante. Enfin, c'est son heure de gloire ! Ce n'est pas pour rien qu'elle est répartie dans la maison des ambitieux.
Mais elle n'aime pas vraiment réviser et apprendre, Victoria. Elle n'aime pas la théorie, elle n'aime pas les longues heures assise tout au fond d'une salle de classe à prendre la poussière en fermant les yeux sur un manuel dont la littérature lui semble lointaine, étrangère, comme si tous les mots se mélangeaient et tournaient en cercle avant de se révéler dans leurs formes les plus brutes, en la rejetant de ce cercle. Elle n'aime pas ce travail qui se dérobe à elle, l'immobilité et le manque d'évolution, les efforts qui ne mènent à rien, l'absence de résultats.
À chaque fois qu'elle persiste dans l'apprentissage d'un sort, elle a l'impression de se heurter à un mur infranchissable. Elle répète pourtant, encore et encore, sans réussite. C'est comme si sa baguette ne lui répondait pas.
Depuis le début, de toute façon, ça a mal commencé. Moustache de troll. Qui a une baguette contenant une moustache de troll ?! Quelle grande sorcière peut le dire avec orgueil ?
Et les cours de sortilèges qui ne mènent à rien ? Et sa magie qui se dérobe ? Et ses notes qui chutent ?
Au bout de longs mois d'efforts et de persévérance, Victoria abandonne. Soudain, elle n'a plus envie de cours de sortilèges, elle n'a plus de grandes ambitions. Sa fierté s'est écrasée contre ses échecs. Elle n'ose même pas en parler à ses parents dans la lettre qu'elle leur envoie pour Samhain. Elle a honte. Avec l'arrivée d'un nouvel automne à Poudlard, elle pensait pouvoir redémarrer sur de bonnes bases, rattraper son retard avec des entraînements, mais tout échoue. Les sortilèges, elle n'y arrive juste pas, sauf quelques-uns exceptionnels.
Il lui faut plusieurs années pour accepter ce fait, et rebondir sur autre chose. Elle ne sera pas une grande magicienne, elle n'aura pas une belle magie, elle sera toujours en décalé avec sa baguette, mais cela ne l'empêche pas de réussir ailleurs.
C'est ainsi qu'elle décide, à la fin de sa deuxième année et lors du choix de filière, d'abandonner définitivement les sortilèges pour choisir la filière spéciale, qui ne propose pas cette matière, ni la métamorphose ou la défense contre les forces du mal. Elle met sa baguette de côté.
Victoria ne regrettera jamais ce choix qui l'a libérée et lui a donné le droit d'être une autre sorcière.
538
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 13 : Fragile
Mots placés : évolution
Mots placés : évolution
printemps 2049
près de la mer
Passé un certain âge, le corps devient plus sensible, plus douloureux, plus fragile face à ce qu'on exige de lui. Victoria a toujours redouté ce moment où ses capacités ne suivraient plus ses envies, où elle devrait se méfier de sa propre enveloppe, l'observer avec un œil qui doute, en se demandant si elle aura la force de mener ses projets au bout, si son corps suivra sa tête.
Elle continue à voler sur balai, elle continue à nager régulièrement, mais certaines données ont changé. Ça s'est fait progressivement, comme l'évolution d'une maladie invisible, mais désormais la commerçante en ressent les changements.
Alors qu'elle sort de l'eau après avoir nagé une heure durant, Victoria frissonne, et ce n'est pas à cause du froid. Elle est un peu essoufflée, et elle devine aux sensations qui l'étreignent que le lendemain, ses muscles la feront souffrir. Elle n'a plus vingt ans. Elle se le répète souvent, ça, qu'elle n'a plus vingt ans. Comme pour se pardonner de n'être plus capable, d'échouer là où elle réussissait.
Pourtant Victoria, sur quelques aspects, n'a aucun de mal à reconnaître qu'il lui arrive d'être fragile, et ce même depuis sa jeunesse. Elle pousse un cri en jurant quand elle se cogne ou qu'elle se brûle, elle peut pleurer à chaudes larmes devant des films, il lui arrive d'avoir des angoisses, des inquiétudes qui lui font croire que sa structure repose sur un château de cartes, elle tombe facilement malade quand vient l'hiver et se retrouve enveloppée dans écharpe, bonnet et plaid avant le début de janvier, sa minceur renvoie l'image d'une constitution délicate et elle est sensible à la critique.
Cependant si par certains aspects elle semble faite d'un verre que le temps affine, Victoria est par son caractère et sa volonté une femme forte. Elle ne renonce pas, elle garde la tête haute, elle ne se plaint pas de ce qui la préoccupe, elle persiste, elle s'affirme, elle croit en elle, elle est positive et magnanime, indulgente et sage. Sa fragilité ne s'aperçoit que pour ceux qui la connaissent déjà bien. Il faut déjà glisser sous sa peau de serpent pour que se révèlent les failles qui font toute son humanité.
À Poudlard, Victoria n'en démordait pas. Après ses ASPIC, Victoria n'a jamais pleuré sur son sort de ne faire ni études ni formation. Quand elle rencontre une difficulté, Victoria ne se laisse pas abattre, au contraire. Là où son corps flanche, son moral résiste. Toutes les fois où elle aurait pu abandonner, où des fissures faisaient craindre l'éclat, toutes les fois où l'on retenait son souffle de peur de la voir s'écrouler, elle se servait de la conscience de ses limites pour aller jusqu'à elles et les repousser. Comme si sa fragilité faisait toute sa force.
Elle s'érode mais elle continue à affronter les vagues.
470
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 14 : Spectacle
Mots placés : carrière, évolution, diplôme,
bourse, gallions, réussite, pluie, travail, commerce
Mots placés : carrière, évolution, diplôme,
bourse, gallions, réussite, pluie, travail, commerce
Vendredi 15 août 2042
stade du Hertfordshire en Angleterre
Cette finale de Quidditch a été la première que Victoria a vu en direct, de ses propres yeux, du stade du Hertfordshire. Elle n'a pas eu à allumer la radio, à se pencher vers les hauts-parleurs pour mieux entendre ou à contenir ses cris de joie pour ne pas déranger ses voisins, elle a pu hurler, râler, soupirer, chanter, encourager de tout son souffle, debout, assise ou en sautant sur place directement des tribunes du match, comme elle le faisait à Poudlard lorsqu'elle n'était pas sur le terrain pour jouer.
La sorcière a toujours rêvé, avant ce jour, des matches de Quidditch. Ça a commencé dans la grande école de sorcellerie britannique, puis ça ne s'est jamais arrêté. Toujours à suivre la progression des équipes, la carrière de ses joueurs préférés, l'évolution des tactiques, des techniques et même des règles du jeu. Elle ne s'en est jamais lassé. Aujourd'hui encore, quand elle monte son balai, elle songe à ces sensations découvertes, à la folie d'un match, à l'ivresse de la compétition. Ça lui manque. C'est aussi grâce au Quidditch qu'elle a rencontré Aisha.
Mais depuis l'obtention de son diplôme des ASPIC, elle n'avait jamais osé sortir de sa bourse les gallions nécessaires pour s'offrir une bonne place dans les tribunes d'un bon match, pour une de ses équipes favorites, et lors d'un tournoi passionnant et unique. Cela ne l'a pas empêchée d'aller voir des matches de Quidditch pour d'autres occasions, de toute façon il est difficile de la tenir éloignée de cet intérêt vif, mais des matches comme celui-là ! C'était la première fois.
À ce stade, ce n'est plus une compétition, ce n'est plus qu'un match, ce n'est même plus une finale, c'est un spectacle, un art, un chef d'œuvre du genre ! Victoria a retenu longtemps son souffle, hurlant parfois des encouragements, ne pouvant tenir sur son siège à chaque sortie de viffet, tenue hors d'haleine par les points qui étaient donnés à une équipe puis à l'autre sans jamais les démarquer véritablement. Elle viendrait tous les jours s'il le faut pour un tel divertissement, mais uniquement si ce sont ses favoris qui se démarquent.
Il faut dire que l'Écosse, c'est son équipe de cœur. Mais alors, l'Écosse en finale ! Ça promettait un match extraordinaire. Il était à la hauteur. Quelle réussite ! C'était exceptionnel ! Pourtant jusqu'au bout, elle a eu peur, voyant dans chaque geste de l'équipe adverse une menace, craignant un retournement de situation. Le ciel était ensoleillé, mais en Angleterre dix minutes suffisent à transformer un temps parfait et à faire venir la pluie. Si elle était venue, les joueurs auraient-ils pu poursuivre et voir aussi bien le vif d'or ? Tout se joue à si peu ! C'est ce qui fait d'un match de Quidditch un spectacle haletant dans lequel on ne s'ennuie pas.
Victoria est venue avec Aisha. Elles se sont offert cette sortie comme un cadeau sans raison particulière, simplement pour se faire plaisir, parce qu'elles le voulaient, le pouvaient, et en avaient envie. Quand les mois de travail permettent de se payer ce spectacle, on ne réfléchit pas et on s'en saisit. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut voir un tel match, sur place, dans les tribunes, et surtout que l'Écosse gagne ! Même si ça, elles avaient beau l'espérer, elles ne pouvaient pas le deviner.
Pendant toute la durée du spectacle, Victoria n'a pas pensé une seule fois à son commerce. Elle était absorbée par le jeu. Le temps est passé trop vite à son goût. Pourtant, elle était la première à croiser les doigts pour que le vif d'or débarque au plus tôt sur le terrain pour libérer son équipe. C'est le propre du divertissement que de vous faire oublier vos soucis et perdre jusqu'à la notion du temps. Mais quand ça a lieu, alors tout est réussi.
140 à 100 pour l'Écosse. La France deuxième, l'Écosse première. Quelle joie ! Quelle libération ! Victoria a mis du temps à sortir de son euphorie. Son premier match de finale, et une réussite. N'est-ce pas signe qu'elle devrait revenir dans le stade pour un autre match ? Le rendez-vous est pris !
696
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 15 : Banquet
Mots placés : travail, reconversion, carrière, gallions,
champignon, cannelle, réussite, évolution
Mots placés : travail, reconversion, carrière, gallions,
champignon, cannelle, réussite, évolution
octobre 2047
maison des McBee
Un centième anniversaire, ça vaut bien un banquet !
Victoria est ravie de voir sa grand-mère encore bien portante et toujours aussi bavarde pour ses cent ans. Elle n'a presque pas changé. Elle a quelques rides en plus, mais qu'est-ce que c'est ça, des rides ? Tout le monde en a. Alors qu'un charisme comme celui-ci ! La vieille sorcière revêt sa plus belle robe et se balade encore entre les tables, solide et en forme pour son âge. Après tout, ça ne fait que quelques mois qu'elle a vraiment arrêté de travailler, ça mérite bien une fête en soit ! Travailler jusqu'à cet âge, certains jugeraient ça exagéré. Victoria, elle, comprend ; s'arrêter de travailler c'est s'arrêter de vivre. Qu'est-ce qu'on fait, après ? Qu'est-ce qui nous pousse à nous lever le matin quand ce qu'on fait ne profite plus qu'à ses proches ? Victoria comprend, mais pour le moment, elle ne s'imagine pas exercer son travail jusqu'à cet âge. Elle n'aurait pas la patience. Mais si elle songe à une reconversion, à une nouvelle carrière... Pourquoi pas, cela donne un coup de boost.
Toute la famille McBee est réunie pour cette grande journée, des parents et frères et sœurs de Victoria à ces cousins qu'on ne voit qu'une fois tous les dix ans, en passant par les jeunes et les nouveaux-nés qu'on n'est pas certain de reconnaître, et auxquels on a du mal à associer un nom. C'est la fête chez les McBee !
Pour l'occasion, tout le monde a cuisiné un plat pour contribuer à l'effort général. Ça équilibre les gallions déboursés dans les foyers tout en offrant une belle diversité des talents familiaux.
Les plats que Victoria guettent le plus, ce sont ceux de son neveu Remi. Le sorcier a toujours été un excellent cuisinier. Il révèle chaque ingrédient pour le rendre délicieux, des controversés champignons du plat principal à l'incomparable cannelle du dessert. Réussites garanties !
Victoria aime ces drôles de moments. Prendre des nouvelles des uns et des autres, parler du bon vieux temps, voir à quel point les autres ont changé. Certains aspects pourraient être plus agréables, surtout quand il est question d'évolution de situation personnelle ou professionnelle, et que certaines grimaces ou rires forcés essayent tant bien que mal d'effacer une douleur encore vive qu'on n'en peut plus de révéler. Mais les McBee sont tolérants, les McBee ne jettent pas d'huile sur le feu ni ne se moquent des autres.
Alors tout se passe bien. C'est ce que Victoria retient en observant autour d'elle. Sa grand-mère est heureuse, la génération de ses parents semble tout aussi joyeuse, et sa génération comme celle de Remi semblent s'amuser. Un banquet autour duquel se rassembler, pour oublier comme les années passent vite, c'est toujours une bonne solution. On se remplit le ventre et la tête sous un ciel bleu, et après on est si plein qu'on peut se dire au revoir sans trop s'en vouloir, on est rassasié pour quelques temps ! Même si pour certaines personnes, il y a comme une légère déception à les voir s'en aller. Pour celles-là, on sait qu'on essaiera de se revoir plus tôt.
Il n'est pas question d'attendre les prochains cent ans pour un nouveau banquet. C'est du temps d'organisation, certes, mais une journée de retrouvailles vaut bien ce prix-là.
552
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 16 : Inferi
Mots placés : arbre, forêt, Samhain,
feuille, automne, réussite, brouillard
Mots placés : arbre, forêt, Samhain,
feuille, automne, réussite, brouillard
novembre 2002
chez les McBee dans les Hébrides
« Vic ! Attends, viens, viens on les laisse marcher devant... »
Angus murmure à l'oreille de sa sœur en la retenant par le bras, l'éloignant du groupe formé par toute la famille McBee, des grands-parents à la dernière née qui marche à peine.
« Pourquoi ? »
La petite Victoria murmure comme son frère, reprenant ses codes.
« Viens on leur fait peur avant qu'ils arrivent au cimetière ! On les prend par surprise !
– Mais ils vont bien voir qu'on est plus là, ils vont s'en douter !
– Mais non, regarde ils se retournent même pas ! »
L'aîné des McBee marque un point sur cette remarque, qui finit par convaincre Victoria. Toute la famille s'éloigne entre les arbres sans s'étonner de la silencieuse disparition des deux enfants. Cela peut se justifier, c'est un moment important de l'année, celui où ils se retrouvent tous pour aller voir les tombes de leurs aïeux en racontant leurs histoires et la vie de ces arrière-grands-parents — ou plus — sur le chemin dans la forêt qui mène aux tombes. Ils ont l'habitude d'y aller en fin de journée, après manger mais avant que la nuit ne tombe pour éviter les terreurs nocturnes et les frissons de Samhain. Personne ne s'attend à ce que deux enfants s'éloignent, c'est un moment presque sacré.
« T'es sûr qu'on a le droit ?
– Bah oui. C'est pas dit le contraire de toute façon. Ça t'fait peur ?
– Non. »
Il hausse les épaules.
« On dirait. »
La petite sorcière se renfrogne, boudeuse heurtée.
« On leur court après ?
– Bah non c'est nul comme idée !
– Alors on fait quoi ?
– On se déguise en Inferi !
– C'est quoi ?
– Tu sais pas ce que c'est ?? »
Piquée dans sa fierté, Victoria ne répond même pas. Non seulement Angus la prend pour une imbécile, mais en plus il critique son idée ! Et il veut qu'elle le suive sans le dénoncer ? Il a intérêt à se montrer plus compréhensif, sinon la petite couleuvre pourrait bien mordre après s'être faufilée trop près.
Elle le suit entre les arbres en essayant d'éviter les feuilles mortes pour ne faire aucun bruit.
« C'est des morts-vivants !! Dirigés par des mages noirs ! »
La curiosité de la petite sorcière est définitivement piquée. Des mages noirs ! et des cadavres ! Rien que d'en entendre parler, elle a un petit frisson de terreur. Est-ce que ça existe vraiment ? Est-ce qu'il y en a dans les Hébrides ? Est-ce qu'il y en a ici ?
Et puis, c'est quoi un mage noir ? Un mauvais sorcier ?
« Comment est-ce qu'on se déguise en mort-vivant ?
– Comme ça, regarde ! »
Angus se penche pour mettre ses mains dans la terre. Il s'en met plein les doigts avant de tout étaler sur sa peau, son visage, ses poignets, son cou, et même ses vêtement pourtant soignés pour l'occasion. Il salit tout sans que ça ne lui pèse sur la conscience, et Victoria le regarde faire avec intérêt.
À la fin de son manège, c'est vrai, on le croirait tout droit sorti de terre. Il n'a ni la blancheur des Inferi ni leur regard défoncé, mais ça il ne le sait pas. Même s'il fait le grand, le gamin plus intelligent que Victoria, qui en sait plus qu'elle sur le monde, il n'a guère davantage de connaissances qu'elle. Lui non plus n'est pas encore à Poudlard, même si ce sera le cas l'année prochaine. Il n'en sait pas beaucoup plus que ce qu'il a dit à sa sœur au sujet des Inferi. Heureusement, quand on veut s'amuser, on pense rarement à la cohérence.
Après sa préparation, il aide la jeune sorcière à faire de même, appliquant avec un plaisir manifeste de la terre et des feuilles mortes sur son visage qui se fait le reflet d'un automne bien entamé.
C'est dans leurs yeux d'enfants toujours émerveillés une réussite, mais soyons honnêtes, ça ne saurait pas tromper un adulte.
Une fois prêts, Angus et Victoria se dépêchent de courir dans les bois pour rattraper et dépasser le groupe. C'est l'étape la plus amusante, bien plus que le soit-disant maquillage qui gratte le visage de la jeune fille.
Les deux enfants parviennent à arriver à temps, soit en avance. Il se cachent tous les deux derrière une tombe avant de se mettre auparavant d'accord.
« Détache tes cheveux ! T'es morte normalement ! Et quand tu bouges regarde fais comme moi. »
Une nouvelle démonstration prend place : bras tendus vers l'avant, langue tirée, air aussi désolé que terrifiant, regard en l'air, corps qui tangue. C'est vrai que ce n'est pas rassurant.
Victoria acquise, s'entraîne et se retrouve vite validée. Mais chut maintenant ! Aucun bruit ! La famille McBee sort du brouillard et approche calmement, silencieuse dans son recueillement.
Ah, les mauvaises idées et les jeux idiots !
« Go ! »
Les deux jeunes surgissent en criant, bras tendus vers l'avant, dans des bruits à réveiller les morts.
Tous les McBee sursautent et se resserrent comme pour se protéger. Certains sursauts s'accompagnent de petites exclamations de surprise, et le tout se transforme bien vite en rires. Déjà, à cause de Victoria et Angus qui semblent s'être roulés dans la terre. Ensuite, parce qu'il a de l'apaisement dans le rire, on se décharge d'un poids et là, c'est tout le solennel de l'événement qui tombe. Les histoires du passé s'effacent au profit de celle du présent. Angus court et crie : « Inferi ! Inferi ! », et sa sœur l'imite sans réfléchir. Ça se voit, que les deux ne savent pas de quoi ils parlent, et ça amuse les adultes, ça détend l'atmosphère.
Les plus jeunes semblent perplexes mais pas terrifiés. L'objectif des deux fripouilles n'est pas vraiment atteint, mais toute la famille s'en amuse.
Peut-être faudra-t-il leur apprendre ce que sont des Inferi. Mais où est-ce qu'ils ont entendu parler de ça d'ailleurs ? L'affaire est reportée à plus tard, d'abord il faut râler un minimum et enlever toute cette terre qui les salit.
1028
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 17 : Bidule
Mot placé : brouillard
Mot placé : brouillard
été 2023
près de la mer
Il est tôt, l'air est encore frais, un léger brouillard recouvre l'horizon et empêche de distinguer la mer du ciel comme si l'un se jetait dans l'autre. Victoria et Aisha sont assises sur le sable, à quelques mètres des vagues qu'elles observent.
La journée s'annonce belle.
Aisha pose sa tête sur ses genoux, pliés devant elle, tandis que Victoria s'allonge et ferme les yeux, se laissant doucement bercée par le bruit des vagues.
« Tu ne veux rien ? Pas de petit cadeau, rien du tout ?
– Non, pas de babiole... »
Victoria râle un peu dans ses dents avec un énième soupir, ce qui fait sourire Aisha. Ce sont les trente ans de la sorcière, et elle s'entête à répéter qu'elle ne veut rien, pas de cadeau, pas de grande fête, pas de bougies à souffler. Pour les autres, elle serait la première à préparer un banquet et à rassembler tous les sorciers de Grande-Bretagne, mais quand il est question d'elle... Personne n'est autorisé à quoi que ce soit. La simplicité pour une femme qui ne l'est pas du tout.
Ça fait doucement rire Aisha, sans l'étonner véritablement. Malgré l'image qu'elle renvoie, son élégance, son raffinement, et la sorcière chic et bien née pour laquelle elle se fait passer, Victoria reste une femme de la campagne, qui n'a pas peur de la mécanique, de mettre les doigts dans la crasse et qui se refuse au grand tapis rouge. Son patronus n'est pas une couleuvre pour rien. Ses apparences sont trompeuses.
« Pas de petit quelque chose pour ton anniversaire ?
– Non ! Être là avec toi ça me suffit amplement. »
Victoria tend la main pour attraper les doigts d'Aisha, entre lesquels elle glisse ses propres doigts avec un sourire. Son attitude transpire la détente qui est la sienne. Le ciel est bleu, la mer est au bout de l'horizon, et Aisha l'accompagne... Qu'est-ce que la sorcière peut demander de plus pour son anniversaire ? Les bonheurs les plus simples sont les meilleurs.
Aisha la regarde avec amour.
« C'est mignon, ça. »
De son autre main, elle sort une petite boîte de son sac, qu'elle fait tourner dans sa paume, sur ses genoux. Elle la glisse dans le creux de sa main avant de se tourner vers Victoria. Elle l'observe d'abord, réjouie et tout aussi apaisée et satisfaite qu'elle, avant d'ajouter :
« C'est dommage, j'avais un p'tit truc pour toi, moi. Mais si tu n'en veux pas... Tant pis ! »
Victoria se redresse sur ses coudes pour lancer un regard piqué à la sorcière.
« Rah ! Aisha ! »
Qui des deux exagère vraiment ?
Aisha lui montre la petite boîte sans la lui donner, ce qui attise la curiosité de Victoria. La sorcière a un regard désabusé. Pourquoi Aisha ne l'a pas écoutée ? Pourquoi s'est-elle obstinée à lui apporter quelque chose ? En même temps, ça ne la surprend pas, elle ne sait pas venir les mains vides...
« Qu'est-ce que c'est ? Je peux le prendre quand même ?
– Je ne sais pas... Je n'ai pas eu l'impression que tu en voulais...
– Jamais je ne refuserai quelque chose qui vient de toi, même les p'tits bidules que je n'attendais pas ! »
Aisha se penche pour glisser la petite boîte dans les mains de celle qu'elle aime, et elle en profite pour l'embrasser sur la joue.
« Joyeux anniversaire Vic. »
Victoria est charmée. Même si elle se refuserait à l'avouer, elle est ravie de recevoir quelque chose, même pas grand chose, même un petit truc de rien du tout.
Tout en jetant des coups d'œil complices à Aisha, elle défait le nœud qui entourait la boîte et l'ouvre.
Elle découvre alors une petite bague représentant une couleuvre en or, qui se mord la queue. L'objet est singulier, magique, la couleuvre tournant et ondulant sur elle-même comme si elle était vivante. C'est une véritable œuvre d'art, mais presque simple, sans fioritures.
« Mais ! »
Victoria n'en revient pas. Elle s'attendait à tout sauf à ça ! Un petit truc ! C'est ce qu'Aisha avait dit ! Un p'tit truc ! Pas une bague en or enchantée. Qu'est-ce qui lui a pris ?! Elle redresse la tête vivement, surprise, bouchée bée.
« Tu appelles ça une babiole ?! Aishaaa ! »
La sorcière rit doucement, amusée, ravie : elle a eu ce qu'elle voulait. Son petit cadeau semble faire son effet ! Il ira à merveille à Victoria. Elle est tellement contente de pouvoir lui offrir, cela faisait longtemps qu'elle y pensait.
« N'imagine pas que c'est autre chose qu'une simple bague ! Tu sais que le reste, ce n'est pas pour nous. »
Victoria rit, soulagée et heureuse. Non, entre elle et Aisha, l'engagement tel que certains peuvent l'entendre est autre. Elles n'iront pas se marier, organiser une fête, et même vivre ensemble n'est pas encore dans leurs projets. Pourtant, cela fait plus de quinze ans qu'elles se connaissent, et plus de dix ans qu'elles sont ensemble. Mais la situation actuelle leur plaît, elles s'aiment comme ça, avec une bague en or enchantée et pas une alliance en diamant.
La commerçante enfile la bague, contemple la couleuvre qui roule autour de son doigt, le montre à Aisha, puis attrape les doigts d'Aisha pour les embrasser, joyeuse, encore surprise mais pas déçue. Aisha sera finalement parvenue à rendre ce trentième anniversaire spécial, et pas à cause d'une sortie à la mer.
913
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 18 : Sans ailes
Mots placés : équinoxe, automne, bruine, cocooning, travail
Mots placés : équinoxe, automne, bruine, cocooning, travail
hiver 2009
Terrain d'entraînement de Poudlard
À l'heure où certains dorment encore ou petit-déjeunent dans la Grande Salle, Victoria a enfourché son balai et vole déjà dans le ciel de Poudlard.
À ce moment de l'année, après l'équinoxe d'automne, les portes du parc s'ouvrent alors que le ciel est encore noir. L'herbe est humide de la bruine qui a traversé la nuit comme un songe, et les premiers à marcher dedans cueillent au passage les gouttelettes de ce rêve réservé aux matinaux. À eux d'en faire bon usage.
Victoria a à peine effleuré le sol. Dès qu'elle l'a pu, elle s'est envolée. Les hauteurs sont fraiches, presque froides, il est difficile de s'y repérer à cause de la lumière qui naît tout juste à l'horizon, mais les yeux de la sorcière, habitués aux sorties matinales, s'y adaptent vite.
Les mains crispées sur son balai, le corps penché vers l'avant, les cuisses serrées et les pieds remontés, elle prend de la vitesse. La sensation est folle, grisante, incomparable. L'immensité sous son corps et la vitesse avec laquelle elle traverse le ciel l'enivre. Victoria a toujours été une sorcière de sensations, qui se nourrit de l'extraordinaire, du fantasque. Ne lui parlez pas d'une vie calme, sans ailes, dans une petite maison dans un petit village, où rien ne se murmure et où la vie est un long fleuve tranquille. Il lui faut de quoi bouleverser un monde. Elle aime créer l'extraordinaire. Elle grandit en flamboyant. Étoile filante plutôt qu'étoile fixe et lointaine. Imprévisible, elle peut changer de direction à tout moment, et elle veut se savoir capable de tout bouleverser en un instant.
Le cocooning ne la satisfait que temporairement.
Elle n'a pas les grandes ailes d'un oiseau, d'une chauve-souris ou d'un dragon, mais elle vole comme si elle était l'un d'entre eux, avec fierté, technique, aisance. Son balai est une prolongation de son corps. Elle est agile. Éclair dans un ciel que rien ne perturbe.
Tourne, retourne, détourne. La vitesse est troquée contre les figures et les mouvements précis. Ça l'essouffle tout en la poussant au meilleur d'elle-même. Il n'existe rien de mieux qu'un entraînement de bon matin pour commencer la journée, c'est un exercice cathartique qui la laisse toujours vidée de tout ce qui pouvait la préoccuper au lever, un travail sur elle-même. À la fin, il ne reste qu'une énergie vive et folle pour vivre pleinement la journée qui l'attend. Avec la Victoria de seize ans, c'est toujours ça : exister à fond, tout le temps. Sur ce point le Quidditch la pousse vers l'avant.
La magie a su palier à ce manque physique de membres pour voler en lui mettant un balai dans les mains. Grâce à ça, elle peut voir plus loin, grâce à ça elle sait que ses rêves n'ont pas de limite. Il y a les difficultés imposées à la naissance, et la force qu'on engage, ce qu'on décide de faire pour essayer d'aller au-devant. Victoria est façonnée pour ce type de défi : aller au-devant c'est sa raison d'être.
499
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051
Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 19 : Confus
Mots placés : carrière, gallions, bourse,
travail, réussite, café, brouillard
Mots placés : carrière, gallions, bourse,
travail, réussite, café, brouillard
printemps 2022
dans les Hébrides
Aujourd'hui, Victoria prête main forte dans l'organisation d'un mariage. Elle n'y connaît pas grand-chose, les mariages elle en a vu passer quelques-uns mais c'est bien la première fois qu'elle se retrouve engagée là-dedans non en tant qu'invitée mais que membre de l'organisation. C'est une ancienne amie à elle qui se prépare à vivre le plus beau jour de son année, alors il faut que tout soit parfait. La sorcière aime ce genre d'événement, et être dans les coulisses pour assister, mettre en place, décorer, participer à sa façon à rendre cette journée grandiose, mais pour rien au monde elle ne souhaiterait en faire une carrière. Ce n'est ni plus ni moins qu'une occasion de rendre service, et de glisser quelques nouveaux gallions dans sa bourse. Cela fait longtemps que Victoria ne se repose plus uniquement sur le travail proposé par ses parents pour s'assurer un revenu. Elle est toujours volontaire pour tout, prête à tout pour travailler.
Mais aujourd'hui c'est particulier. Ce mariage fait un drôle d'effet à la jeune femme. Confuse, elle ne s'en sort pas toujours bien, se mélange avec les chiffres, s'enchevêtre dans des détails. Comme une machine moldue un mauvais jour, qui ne fonctionne pas correctement. Elle a du mal à se concentrer, elle n'est pas efficace. C'est rare, Victoria est toujours prête pour tout, toujours à fond, et ce qu'elle fait est presque toujours une réussite. Mais là, rien ne va. On pourrait la croire malade. On la questionne là-dessus, on essaye de la faire se poser, se reposer. Qu'est-ce qu'elle a mis dans son café ce matin pour être à ce point sans dessus dessous ?
Elle fait toujours les choses bien, Victoria, ça tout le monde le sait, tout le monde lui fait confiance. Ce n'est pas parce que ça ne va pas aujourd'hui que ça n'ira plus, qu'on ne pourra plus lui demander de faire quoi que ce soit. Elle peut se rassurer sur ce point. Elle a le droit de se poser, de repartir chez elle, ça arrive à tout le monde d'être un peu malade, de ne pas se sentir bien. On ne lui en veut pas. Et à force de le lui répéter, elle l'accepte, elle s'y fait, c'est juste un mauvais jour où tout va de travers, qu'elle reparte chez elle et demain ça ira mieux. Elle en fait déjà beaucoup, ça c'est sûr.
La vérité derrière ce brouillard difficile, c'est que Victoria songe à sa sœur, Suzan. Elle ne pense qu'à elle depuis qu'elle est arrivée sur les lieux. Dans quelques mois, c'est Suzan qui se mariera. Suzan, sa petite sœur, la bague au doigt... À chaque fois qu'elle pose les yeux autour d'elle, Victoria a l'impression de préparer le mariage de sa sœur. C'est trop étrange, ça ne va pas, elle n'est pas prête à ça. Ça la chamboule et la retourne complètement. Suzan va se marier ! Suzan va fonder une famille ! Pour la première fois, elle réalise ce que cela veut dire, et c'est dur. Elle a l'impression qu'elle est encore si jeune, sa Suzan... Elle n'a même pas 25 ans... C'est troublant tout ça, ça la perturbe, Victoria.
Alors elle retourne chez elle, on le lui pardonne, elle pourra se rattraper dans quelques mois en organisant le mariage de sa sœur. Une journée de repos pour se faire à l'idée, une autre pour la vivre.
564
Directrice de la Poste Magique depuis août 2051