Et toi, tu ferais quoi ?
Je me sens disparaître quand ils parlent des grenouilles et de ce qui est bien à faire ou non. Ce n'est pas exactement que je disparais : je suis encore là, je sens le cuir de la couverture du livre sous mes doigts, le sol sous mes pieds, je sens l'odeur de la librairie et les coups de mon cœur affolé dans ma poitrine. Je suis là mais pas pour eux. Mes yeux se détournent vers les rayonnages. J'accroche des titres, j'imagine des choses, comme si un coup de vent avait soufflé et avait éparpillé mon attention.
La seule chose qui me ramène à l'instant présent, c'est un prénom. Celui de la fille. J'atterris brutalement et mes rêves s'enfuient. Un sourire comme une virgule maladroite étire mes lèvres. Elle est drôle, ça se confirme. Je ne peux pas retenir le rire léger et silencieux qui traverse mon visage alors même que je baisse la tête pour tenter de le cacher. Je jette un rapide coup d’œil à l'homme, qui est encore là et qui nous écoute, et qui l'a vue se présenter et qui ne se présente pas en retour car ce n'est pas à lui qu'elle a dit son prénom. Je tarde sûrement trop à tendre la main pour me présenter à mon tour : dès lors qu'il se met à parler, ne me passe même pas par l'esprit l'idée de l'interrompre pour le faire. Je reste sagement à ma place et je l'écoute.
Il parle bien. Ce n'est pas tant ça que j'admire que le fait qu'il parle bien alors que nous sommes des enfants. Parfois, les adultes emploient des mots simples pour nous parler mais lui, il est comme monsieur Montgomery. Mon précepteur n'utilise jamais de mots simples pour me parler. Parfois, je lui dis que je ne comprends pas. Il réplique toujours que c'est comme ça que j'apprendrai, en me confrontant à des choses que je ne comprends pas. Après, il me demande quels mots je n'ai pas compris. S'il est dans un bon jour, il me les explique et me demande de les utiliser dans d'autres phrases. S'il est dans un mauvais jour, je dois faire mes recherches moi-même dans le lourd dictionnaire qui repose toujours sur ma table d'étude.
Je l'aime bien, cet homme. Je le regarde un peu plus franchement. Peut-être trop. Il va croire que je le fixe, alors je me détourne vers la fille et j'annonce comme si le monsieur n'avait pas parlé entre temps :
« Enchanté. Derek Hangoover. »
Naturellement, je lui tends la main puis après, je la tends à l'homme.
« Derek Hangoover, » je répète même s'il l'avait entendu la première fois — il faut toujours dire son nom quand on tend la main pour la première fois à quelqu'un.
Je les regarde tous les deux droit dans les yeux car c'est comme ça qu'on sert la main des gens.
Si les deux serrent la main de Derek — s'ils le font pas, il se décomposera tellement qu'il ne pourra pas parler et que cette suite ne comptera pas :
Maintenant que c'est fait, donner une réponse à l'homme. Il le faut bien, non ? Je ne sais toujours pas s'il a critiqué mon choix de livre ou s'il a simplement fait une réflexion. Alors je dis la première chose qui me vient, car chaque seconde qui passe me donne l'impression que j'échoue.
« Dans mon livre, il y a aussi de faux dragons. Comme un qui crache de l'eau brûlante à la place du feu, j'explique maladroitement, mon regard passant de l'un à l'autre. Peut-être que... »
Peut-être que les moldus et les sorciers inventent des choses pareilles sans le savoir ? Je referme la bouche avant d'avoir terminé de dire cette absurdité honteuse. Les moldus et les sorciers, faire la même chose ? C'est tellement idiot ce que j'ai failli dire que je me décompose. Les sorciers ne font rien de semblable aux moldus, c'est pourtant bien connu ! Si Mère était là et si elle m'avait entendu dire ça, elle m'aurait sévèrement grondé pour avoir osé dire une chose pareille devant témoins. Et à la maison, elle m'aurait secoué et m'aurait enfermé dans ma chambre avec une punition. J'ai tellement honte que je n'arrive pas à terminer ma phrase qui reste en suspend entre nous trois.
La seule chose qui me ramène à l'instant présent, c'est un prénom. Celui de la fille. J'atterris brutalement et mes rêves s'enfuient. Un sourire comme une virgule maladroite étire mes lèvres. Elle est drôle, ça se confirme. Je ne peux pas retenir le rire léger et silencieux qui traverse mon visage alors même que je baisse la tête pour tenter de le cacher. Je jette un rapide coup d’œil à l'homme, qui est encore là et qui nous écoute, et qui l'a vue se présenter et qui ne se présente pas en retour car ce n'est pas à lui qu'elle a dit son prénom. Je tarde sûrement trop à tendre la main pour me présenter à mon tour : dès lors qu'il se met à parler, ne me passe même pas par l'esprit l'idée de l'interrompre pour le faire. Je reste sagement à ma place et je l'écoute.
Il parle bien. Ce n'est pas tant ça que j'admire que le fait qu'il parle bien alors que nous sommes des enfants. Parfois, les adultes emploient des mots simples pour nous parler mais lui, il est comme monsieur Montgomery. Mon précepteur n'utilise jamais de mots simples pour me parler. Parfois, je lui dis que je ne comprends pas. Il réplique toujours que c'est comme ça que j'apprendrai, en me confrontant à des choses que je ne comprends pas. Après, il me demande quels mots je n'ai pas compris. S'il est dans un bon jour, il me les explique et me demande de les utiliser dans d'autres phrases. S'il est dans un mauvais jour, je dois faire mes recherches moi-même dans le lourd dictionnaire qui repose toujours sur ma table d'étude.
Je l'aime bien, cet homme. Je le regarde un peu plus franchement. Peut-être trop. Il va croire que je le fixe, alors je me détourne vers la fille et j'annonce comme si le monsieur n'avait pas parlé entre temps :
« Enchanté. Derek Hangoover. »
Naturellement, je lui tends la main puis après, je la tends à l'homme.
« Derek Hangoover, » je répète même s'il l'avait entendu la première fois — il faut toujours dire son nom quand on tend la main pour la première fois à quelqu'un.
Je les regarde tous les deux droit dans les yeux car c'est comme ça qu'on sert la main des gens.
Si les deux serrent la main de Derek — s'ils le font pas, il se décomposera tellement qu'il ne pourra pas parler et que cette suite ne comptera pas :
Maintenant que c'est fait, donner une réponse à l'homme. Il le faut bien, non ? Je ne sais toujours pas s'il a critiqué mon choix de livre ou s'il a simplement fait une réflexion. Alors je dis la première chose qui me vient, car chaque seconde qui passe me donne l'impression que j'échoue.
« Dans mon livre, il y a aussi de faux dragons. Comme un qui crache de l'eau brûlante à la place du feu, j'explique maladroitement, mon regard passant de l'un à l'autre. Peut-être que... »
Peut-être que les moldus et les sorciers inventent des choses pareilles sans le savoir ? Je referme la bouche avant d'avoir terminé de dire cette absurdité honteuse. Les moldus et les sorciers, faire la même chose ? C'est tellement idiot ce que j'ai failli dire que je me décompose. Les sorciers ne font rien de semblable aux moldus, c'est pourtant bien connu ! Si Mère était là et si elle m'avait entendu dire ça, elle m'aurait sévèrement grondé pour avoir osé dire une chose pareille devant témoins. Et à la maison, elle m'aurait secoué et m'aurait enfermé dans ma chambre avec une punition. J'ai tellement honte que je n'arrive pas à terminer ma phrase qui reste en suspend entre nous trois.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Je regardai la main que Derek me tendait avant de la serrer aussitôt avec un sourire. Ah bah voilà, maintenant je savais enfin comment il s'appelait ! Il était vraiment super sérieux quand même, même pour dire son prénom il avait l'air sérieux. Moi à côté, je lui étais rentrée dedans avant même de penser à me présenter, donc forcément ça faisait un peu moins classe.
Par contre, quand il parla d'un dragon qui crachait de l'eau brûlante à la place du feu, là, il récupéra toute mon attention. En vrai j'avais jamais pensé à un dragon qui pouvait cracher autre chose que du feu, mais maintenant j'avais plein d'idées qui me venaient. Un qui crachait de la glace, un autre de la fumée ou même... Bon, fallait que j'arrête sinon j'allais y passer l'après-midi.
Derek reprit la parole, sauf qu'il s'arrêta en plein milieu de sa phrase. Je le fixai quelques secondes en attendant la suite, mais vu sa tête elle avait pas l'air de vouloir sortir. Je fronçai un peu les sourcils avant de regarder l'homme puis de revenir vers lui. Moi je voyais pas trop ce qu'il y avait de bizarre là-dedans. Si les Moldus pouvaient inventer autant de dragons différents que l'homme le disait, ils avaient bien dû tomber juste au moins une fois par hasard.
" Enchantée Derek ! Et ton dragon qui crache de l'eau brûlante, ça c'est trop bien ! Enfin faut pas être devant quand il crache quoi, sinon tu finis sûrement cuit quand même. Mais... peut-être que quoi ? Tu voulais dire que les Moldus et les sorciers peuvent inventer les mêmes trucs ? Parce que ça serait drôle en vrai. Ils connaissent pas les vrais dragons mais ils pourraient quand même en inventer un qui ressemble à celui d'un livre sorcier sans le savoir. "
Je haussai les épaules avant que mon regard parte vers les étagères derrière Derek et que je me rappelle enfin pourquoi j'étais venue ici à la base.
Ah oui...Mon livre.
Ça faisait je savais même pas combien de temps que j'étais dans cette librairie et j'avais toujours rien choisi. Si je continuais comme ça j'allais vraiment finir par ressortir les mains vides alors qu'il y avait des livres partout autour de moi.
" Bon, moi faut vraiment que j'aille trouver mon livre sinon je vais encore rester ici trois heures. Salut Derek ! Et désolée de t'être rentrée dedans ! Au revoir monsieur ! Et merci pour le livre avec les dragons, je vais essayer de le trouver ! "
Je leur fis un signe de la main avant de partir dans le rayon d'à côté un peu trop vite, puis je ralentis presque aussitôt en me rappelant que foncer dans quelqu'un une deuxième fois aurait été franchement débile.
Je mis encore un bon moment avant de réussir à choisir quelque chose parce qu'évidemment, dès que j'en trouvais un qui avait l'air bien, j'en voyais un autre juste à côté qui avait l'air encore mieux. Je finis quand même par me décider, coinçai mon livre sous mon bras et quittai la librairie.
Et cette fois, sans rentrer dans personne.
525 mots merci pour ce RP
Par contre, quand il parla d'un dragon qui crachait de l'eau brûlante à la place du feu, là, il récupéra toute mon attention. En vrai j'avais jamais pensé à un dragon qui pouvait cracher autre chose que du feu, mais maintenant j'avais plein d'idées qui me venaient. Un qui crachait de la glace, un autre de la fumée ou même... Bon, fallait que j'arrête sinon j'allais y passer l'après-midi.
Derek reprit la parole, sauf qu'il s'arrêta en plein milieu de sa phrase. Je le fixai quelques secondes en attendant la suite, mais vu sa tête elle avait pas l'air de vouloir sortir. Je fronçai un peu les sourcils avant de regarder l'homme puis de revenir vers lui. Moi je voyais pas trop ce qu'il y avait de bizarre là-dedans. Si les Moldus pouvaient inventer autant de dragons différents que l'homme le disait, ils avaient bien dû tomber juste au moins une fois par hasard.
" Enchantée Derek ! Et ton dragon qui crache de l'eau brûlante, ça c'est trop bien ! Enfin faut pas être devant quand il crache quoi, sinon tu finis sûrement cuit quand même. Mais... peut-être que quoi ? Tu voulais dire que les Moldus et les sorciers peuvent inventer les mêmes trucs ? Parce que ça serait drôle en vrai. Ils connaissent pas les vrais dragons mais ils pourraient quand même en inventer un qui ressemble à celui d'un livre sorcier sans le savoir. "
Je haussai les épaules avant que mon regard parte vers les étagères derrière Derek et que je me rappelle enfin pourquoi j'étais venue ici à la base.
Ah oui...Mon livre.
Ça faisait je savais même pas combien de temps que j'étais dans cette librairie et j'avais toujours rien choisi. Si je continuais comme ça j'allais vraiment finir par ressortir les mains vides alors qu'il y avait des livres partout autour de moi.
" Bon, moi faut vraiment que j'aille trouver mon livre sinon je vais encore rester ici trois heures. Salut Derek ! Et désolée de t'être rentrée dedans ! Au revoir monsieur ! Et merci pour le livre avec les dragons, je vais essayer de le trouver ! "
Je leur fis un signe de la main avant de partir dans le rayon d'à côté un peu trop vite, puis je ralentis presque aussitôt en me rappelant que foncer dans quelqu'un une deuxième fois aurait été franchement débile.
Je mis encore un bon moment avant de réussir à choisir quelque chose parce qu'évidemment, dès que j'en trouvais un qui avait l'air bien, j'en voyais un autre juste à côté qui avait l'air encore mieux. Je finis quand même par me décider, coinçai mon livre sous mon bras et quittai la librairie.
Et cette fois, sans rentrer dans personne.
525 mots merci pour ce RP
2A RP (promo50)#691414 Andreas Ma best
«Les bonnes idées changent le monde. Les mauvaises écrivent les légendes.»
Et toi, tu ferais quoi ?
Le paraître si protocolaire et soigné de l’enfant remue un sentiment de malaise chez l’adulte. C’est tôt, si outragement tôt pour enfermer un enfant dans ces codes. L’autre gamine s’est présentée bien plus librement, presque chaotiquement, mais d’une façon qui n’inquiète pas Hjúki sur la rigidité de son instruction. Le petit tend d’abord la main à sa paire, ce qui donne quelques secondes à l’adulte pour percuter en entendant une première fois son nom. Hangoover ? l’impression de reconnaître quelque chose de vaguement familier dans ses traits ne vient pas de nulle part. Il peine néanmoins à croire que ce soit… son fils ? Petit frère ? Du moins, le bibliothécaire serait fort étonné d’apprendre que l’employé du Pitiponk façonne son gamin ainsi. Il n’est pas seulement rigide ou timide, mais… comme formaté pour se plier à des règles qui n’intéressent que des familles désuètes. Pour se démarquer. Se ridiculiser aux yeux de Hjúki qui voit en la mise en avant du statut une honte, pas une fierté. L’irlandais ne compte pas briser son élan, ce n’est pas le moment pour remettre en question les fils qui poussent ce garçon à se présenter de la sorte. Il se saisit donc avec douceur de cette toute petite main et répond en se demander fort s’il ne va pas le regretter. La plupart des gens oublient un nom donné une seule fois, mais parfois… on se rend compte avoir fait une offrande bien trop précieuse. « Hjúki Anastase. »
L’esprit de cet enfant n’est pas complètement contenu, et le mage se ravit de l’entendre décrire un dragon imaginaire qui l’a intéressé. Cela le fait d’autant plus sourire que cette caractéristique correspond exactement à l’une des espèces recensées dans le manuel de dragons de Harold. Malheureusement, il ne vient pas au bout de sa théorie sur l’univers de son feu d’ivoire. La fille aime bien le concept de ce dragon, et ne croit pas si bien dire quand elle imagine les imaginaires moldus et sorciers peuvent se croiser. « L’ébouillantueur. C’est le nom d’un dragon marin qui stocke de l’eau bouillante avec sa gueule dans l’histoire moldue que je conseillais. » Sheryl semble se souvenir qu’elle recherchait un livre en particulier et annonce son départ aussi impromptu que son arrivée. Hjúki lui fait au revoir, toujours aussi… gêné d’être appelé ‘monsieur’. Ça fait de lui quelque de plus vieux et différent de l’image qu’il a de soi-même. Le nom du petit garçon continue de résonner dans sa tête. À la base, c’est le nom de celui qui leur a permis, à lui et Ali, d’orner la fresque du Pitiponk. L’enfant lui ressemble tout en ayant une attitude qui n’a pas l’air de concorder avec son aîné. Il ne parvient pas à taire les interrogations soulevées, si bien qu’il finit par l’exprimer. « Tu es apparenté à Christopher Hangoover ? »
L’esprit de cet enfant n’est pas complètement contenu, et le mage se ravit de l’entendre décrire un dragon imaginaire qui l’a intéressé. Cela le fait d’autant plus sourire que cette caractéristique correspond exactement à l’une des espèces recensées dans le manuel de dragons de Harold. Malheureusement, il ne vient pas au bout de sa théorie sur l’univers de son feu d’ivoire. La fille aime bien le concept de ce dragon, et ne croit pas si bien dire quand elle imagine les imaginaires moldus et sorciers peuvent se croiser. « L’ébouillantueur. C’est le nom d’un dragon marin qui stocke de l’eau bouillante avec sa gueule dans l’histoire moldue que je conseillais. » Sheryl semble se souvenir qu’elle recherchait un livre en particulier et annonce son départ aussi impromptu que son arrivée. Hjúki lui fait au revoir, toujours aussi… gêné d’être appelé ‘monsieur’. Ça fait de lui quelque de plus vieux et différent de l’image qu’il a de soi-même. Le nom du petit garçon continue de résonner dans sa tête. À la base, c’est le nom de celui qui leur a permis, à lui et Ali, d’orner la fresque du Pitiponk. L’enfant lui ressemble tout en ayant une attitude qui n’a pas l’air de concorder avec son aîné. Il ne parvient pas à taire les interrogations soulevées, si bien qu’il finit par l’exprimer. « Tu es apparenté à Christopher Hangoover ? »
Et toi, tu ferais quoi ?
Quelque chose se dénoue en moi quand ils me serrent la main. Les choses reviennent à la place. Je garde précieusement le nom de l'homme dans mon esprit, car on m'a appris que le savoir sur les gens valait toutes les faiblesses du monde. Je sais être plein de faiblesses. Mais j'ai une bonne mémoire. Hjúki Anastase. J'aime son prénom. Et j'aime son nom, même si je ne sais pas le situer dans le paysage des bonnes familles sorcières britanniques. Hjúki. C'est un prénom d'un héros incompris. Le genre qui pourrait chevaucher un dragon qui crache de l'eau bouillante, non ?
J'y pense en me focalisant sur la fille qui parle toujours aussi vite, qui me perd dans le fracas de ses mots. Je remarque au bout de plusieurs secondes que je me tords les doigts. Je me force à arrêter. Les bras le long du corps. Les yeux dans ceux de la personne qui parle. Et on perd pas le fil, histoire d'être capable de donner une réponse intelligente. Toujours paraître intelligent. Ne pas faire honte à Père et Mère. Être un bon fils. Un bon Hangoover.
Je grimace un sourire pré-fabriqué quand elle me demande ce que j'ai voulu dire, sous-entendant qu'elle trouve ça bizarre que je n'ai pas terminé ma phrase. Quel idiot, mais quel idiot ! Je hoche la tête : oui, voilà, oui, je voulais dire ça, tout à fait. Faire genre de rien pendant que j'invente dans mon esprit une réponse qui ira bien, qui fera tout comme il faut, même si ça m'angoisse de sentir sur moi, sur nous le regard de Monsieur Anastase. Pourtant, il en dit des choses intéressantes. J'ai du mal à retenir l'étincelle passionnée qui s'allume dans mes yeux quand il me donne le nom d'un dragon et qu'il dit qu'il existe réellement dans le livre dont il parlait. Mon cœur se serre d'une envie presque douloureuse. Pourrais-je me procurer ce livre ?
Elle part aussi vite qu'elle est arrivée. Comme ça, elle part aussi vite qu'elle est arrivée. J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche.
« Je te souhaite une bonne fin de jour... »
La fin de ma phrase se perd dans ma propre bouche et de toute façon, elle est déjà partie. Je me demande si je l'ai fait fuir. J'aspire ma lèvre en la suivant du regard, avant de me rappeler que je ne suis pas seul. Je ramène mes yeux sur Monsieur Anastase. Je n'arrive pas à oublier l'ébouillanteur. Est-ce que je peux lui donner des précisions ? Le risque n'est-il pas trop grand ? Si mes parents apprennent que je me suis intéressé publiquement à un livre de moldu, je risque cher. Je les décevrai encore. Je ne veux pas les décevoir. Et puis en plus, qui sait si...
Christopher Hangoover ?!
Mon visage se défait. Mon cœur s'envole dans ma poitrine. Christopher Hangoover ? Oncle Christie ? Mon oncle Christie ? Pourquoi est-ce qu'il connait mon oncle Christie ? Ce n'est pas bien, pas bien du tout. Souvent, on connait mon Père. C'est un puissant duelliste et même qu'il travaille au Consilium ! Ou alors on connait ma grand-mère Lillian, connue dans l'entreprise du parfum, ou alors ma tante, ou alors... D'autres gens. Pas Oncle Christie. Oncle Christie est décevant. C'est Père qui le dit. Moi, je l'aime bien. Je ne le vois pas souvent mais je l'aime bien, même s'il ne faut pas que je le dise devant Père.
« Oui, Monsieur Anastase, le lâche d'une petite voix, le regard incertain. Il s'agit de mon oncle. »
Mon cœur bat à vive allure dans ma poitrine, comme s'il voulait s'échapper. Je jette un regard nerveux vers la porte vitrée qui donne sur la rue avant de ramener mes yeux sur mon interlocuteur. Je ne sais pas si j'ai le droit de dire que je lui suis apparenté. Mais en même temps, c'est la vérité. Je ne vais pas mentir, non ? C'est mal de mentir.
J'y pense en me focalisant sur la fille qui parle toujours aussi vite, qui me perd dans le fracas de ses mots. Je remarque au bout de plusieurs secondes que je me tords les doigts. Je me force à arrêter. Les bras le long du corps. Les yeux dans ceux de la personne qui parle. Et on perd pas le fil, histoire d'être capable de donner une réponse intelligente. Toujours paraître intelligent. Ne pas faire honte à Père et Mère. Être un bon fils. Un bon Hangoover.
Je grimace un sourire pré-fabriqué quand elle me demande ce que j'ai voulu dire, sous-entendant qu'elle trouve ça bizarre que je n'ai pas terminé ma phrase. Quel idiot, mais quel idiot ! Je hoche la tête : oui, voilà, oui, je voulais dire ça, tout à fait. Faire genre de rien pendant que j'invente dans mon esprit une réponse qui ira bien, qui fera tout comme il faut, même si ça m'angoisse de sentir sur moi, sur nous le regard de Monsieur Anastase. Pourtant, il en dit des choses intéressantes. J'ai du mal à retenir l'étincelle passionnée qui s'allume dans mes yeux quand il me donne le nom d'un dragon et qu'il dit qu'il existe réellement dans le livre dont il parlait. Mon cœur se serre d'une envie presque douloureuse. Pourrais-je me procurer ce livre ?
Elle part aussi vite qu'elle est arrivée. Comme ça, elle part aussi vite qu'elle est arrivée. J'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche.
« Je te souhaite une bonne fin de jour... »
La fin de ma phrase se perd dans ma propre bouche et de toute façon, elle est déjà partie. Je me demande si je l'ai fait fuir. J'aspire ma lèvre en la suivant du regard, avant de me rappeler que je ne suis pas seul. Je ramène mes yeux sur Monsieur Anastase. Je n'arrive pas à oublier l'ébouillanteur. Est-ce que je peux lui donner des précisions ? Le risque n'est-il pas trop grand ? Si mes parents apprennent que je me suis intéressé publiquement à un livre de moldu, je risque cher. Je les décevrai encore. Je ne veux pas les décevoir. Et puis en plus, qui sait si...
Christopher Hangoover ?!
Mon visage se défait. Mon cœur s'envole dans ma poitrine. Christopher Hangoover ? Oncle Christie ? Mon oncle Christie ? Pourquoi est-ce qu'il connait mon oncle Christie ? Ce n'est pas bien, pas bien du tout. Souvent, on connait mon Père. C'est un puissant duelliste et même qu'il travaille au Consilium ! Ou alors on connait ma grand-mère Lillian, connue dans l'entreprise du parfum, ou alors ma tante, ou alors... D'autres gens. Pas Oncle Christie. Oncle Christie est décevant. C'est Père qui le dit. Moi, je l'aime bien. Je ne le vois pas souvent mais je l'aime bien, même s'il ne faut pas que je le dise devant Père.
« Oui, Monsieur Anastase, le lâche d'une petite voix, le regard incertain. Il s'agit de mon oncle. »
Mon cœur bat à vive allure dans ma poitrine, comme s'il voulait s'échapper. Je jette un regard nerveux vers la porte vitrée qui donne sur la rue avant de ramener mes yeux sur mon interlocuteur. Je ne sais pas si j'ai le droit de dire que je lui suis apparenté. Mais en même temps, c'est la vérité. Je ne vais pas mentir, non ? C'est mal de mentir.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Ce fut un passage éclair, songe l’adulte en entendant le petit Hangoover ne parvenir à mener sa salutation polie au départ de la gamine au bout. Les enfants n’ont pas le temps, et tout à la fois trop de temps. Elle s’est échappée, pressée de s’affairer à la prochaine envie que lui dictait son esprit, mais à son âge, son temps n’est réellement compté. Quand il pense à toutes les tâches à accomplir pour mener une existence d’adulte, même s’il ne vit pas seul, il n’y a rarement rien à faire. Il ne mesurait pas tout ce que Opa ou le personnel de Poudlard accomplissaient pour faciliter sa vie d’enfant ou d’adolescent. Ça lui manque, d’avoir plusieurs journées de liberté comme les jeunes en plein été, maintenant qu’il doit caser ses sorties avec difficulté dans de petites ouvertures de répit. D’un autre côté, il y tient, à repousser cette excuse du trop à faire, pour quand même visiter Seán ou sortir dès que possible de la capitale ou de Loutry, devenir pirate le temps d’une soirée, prendre le temps et ignorer parfois l’horloge.
Le prénom de Christopher est loin de laisser le petit garçon indifférent, ce que le mage peut prendre pour un début de confirmation. Incertain quant à la façon d’interpréter son expression, l’adulte déduit du moins que l’évocation de cette potentielle relation n’a pas l’air de spécialement ravir Derek qui n’a pas souri en pensant à son aîné. Il ne nie pas non plus. Son oncle ? Hjúki suppose qu’il ne doit pas être responsable de son comportement aussi policé. Le bibliothécaire ne va pas dire qu’il ne lui ressemble pas, ce serait énoncer une banalité qui n’a pas besoin d’être dite. Il est certaines choses qu’on se retient de dire à des enfants. Est-il au courant des activités de son oncle au Pitiponk, et connaît-il seulement l’existence de cet endroit ? L’irlandais imagine mal un gosse d’une dizaine d’années y traîner, même pour une visite de famille. Ou alors il est déjà venu, mais avant l’ouverture et la présence de la clientèle. Peut-être ne faut-il pas dire qu’il l’a rencontré dans le bar sorcier où il est employé, à quelques rues d’ici. « Je l’ai croisé quelques fois. » Pas plus, il est loin d’être un client régulier. Juste un occasionnel curieux, qui ne sait jamais vraiment s’il regrettera ou non d’être venu mais préfère tenter à se barricader. « Nous avons décoré avec une amie un bout du mur de son lieu de travail. » Il reste vague, n’osant pas franchement demander à l’enfant s’il s’y est déjà rendu ou s’il en connaît la nature.
Le prénom de Christopher est loin de laisser le petit garçon indifférent, ce que le mage peut prendre pour un début de confirmation. Incertain quant à la façon d’interpréter son expression, l’adulte déduit du moins que l’évocation de cette potentielle relation n’a pas l’air de spécialement ravir Derek qui n’a pas souri en pensant à son aîné. Il ne nie pas non plus. Son oncle ? Hjúki suppose qu’il ne doit pas être responsable de son comportement aussi policé. Le bibliothécaire ne va pas dire qu’il ne lui ressemble pas, ce serait énoncer une banalité qui n’a pas besoin d’être dite. Il est certaines choses qu’on se retient de dire à des enfants. Est-il au courant des activités de son oncle au Pitiponk, et connaît-il seulement l’existence de cet endroit ? L’irlandais imagine mal un gosse d’une dizaine d’années y traîner, même pour une visite de famille. Ou alors il est déjà venu, mais avant l’ouverture et la présence de la clientèle. Peut-être ne faut-il pas dire qu’il l’a rencontré dans le bar sorcier où il est employé, à quelques rues d’ici. « Je l’ai croisé quelques fois. » Pas plus, il est loin d’être un client régulier. Juste un occasionnel curieux, qui ne sait jamais vraiment s’il regrettera ou non d’être venu mais préfère tenter à se barricader. « Nous avons décoré avec une amie un bout du mur de son lieu de travail. » Il reste vague, n’osant pas franchement demander à l’enfant s’il s’y est déjà rendu ou s’il en connaît la nature.
Et toi, tu ferais quoi ?
Personne du côté de la vitrine de Fleury et Bott. Je remarque avec un temps de retard que le stress m'a fait avaler mes lèvres. Je dois avoir l'air d'un idiot. Je me reprends bien vite en essayant d'afficher un air neutre. Mais en réalité, c'est plus dur que ce qu'on croit, je n'arrive pas à détendre mon visage. Concentre-toi sur lui. Je me concentre sur lui. Il a croisé plusieurs fois Oncle Christie. J'en éprouve une drôle d'envie, mais une envie piquante. J'aimerais bien, moi aussi, croiser mon oncle régulièrement, sans que ce soit durant ces dîners ennuyants auxquels on doit participer. En plus, Oncle Christie n'est pas souvent là. Ce n'est que de temps en temps. Et quand il est là, Père dit encore plus de mauvaises choses sur lui que d'habitude.
J'écoute religieusement Monsieur Anastase en essayant de garder un visage neutre mais force est de constater que la perplexité gagne le combat. Décorer un bout de mur de son lieu de son travail ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Oncle Christie, il travaille dans un endroit infréquentable. Un endroit d'ivrognes et de décadence, même si je ne sais pas ce que ça veut dire. Un bouge immonde. Un trou à rats, dit parfois Grand-mère. Grand-père, lui, il dit qu'Oncle Christie a gâché sa vie, son talent et son nom en allant se perdre chez le petit peuple. Il dit qu'il lui fait honte. Je ne sais pas exactement où travaille Oncle Christie. Ce n'est pas quelque chose dont nous parlons dans ma famille.
Est-ce que Monsieur Anastase est décadent ? Est-il un ivrogne ? Est-ce qu'il fait partie du petit peuple ? S'il fréquente le lieu de travail d'Oncle Christie, devrais-je avoir deux fois plus honte de lui parler, de le fréquenter, d'être vu avec lui ? Est-il infréquentable, comme l'est Oncle Christie ? J'ai honte de penser ça. Même si je ne sais pas si j'ai raison ou non, j'ai honte. Penser du mal des gens, ce n'est pas bien. Et puis j'aime bien Monsieur Anastase, moi. Il est gentil, il me parle comme s'il parlait à un adulte, il ne me bouscule pas, il ne m'ignore pas, il aime les dragons et il ne m'a pas grondé parce que j'ai des lectures inutiles. Je n'ai pas envie de croire qu'il est décadent et que c'est un ivrogne.
« Je ne sais pas exactement où il travaille, » lâché-je d'une petite voix en baissant les yeux sur mes chaussures.
C'est mieux de dire ça que d'affirmer que cet homme est décadent parce qu'il fréquente le lieu de travail de mon oncle, non ? Mais d'un autre côté, parler bêtement en marmonnant, c'est un truc de bébé et ce n'est pas bien. Ma remarque n'apporte rien d'intelligent à la conversation. Je plante mes dents dans mes lèvres, je les plante très fort jusqu'à avoir mal. Ça m'aide à retenir les larmes et ça m'empêche de me sentir trop, trop bête. Allez, dis quelque chose d'intelligent, n'importe quoi ! Parler, alimenter la conversation. C'est ce qu'on me dit de faire avant chaque diner mondain. Je libère enfin ma lèvre malmenée et je me lance courageusement.
« Êtes-vous... Êtes-vous décorateur ? »
Idiot, bien sûr qu'il l'est !
J'écoute religieusement Monsieur Anastase en essayant de garder un visage neutre mais force est de constater que la perplexité gagne le combat. Décorer un bout de mur de son lieu de son travail ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Oncle Christie, il travaille dans un endroit infréquentable. Un endroit d'ivrognes et de décadence, même si je ne sais pas ce que ça veut dire. Un bouge immonde. Un trou à rats, dit parfois Grand-mère. Grand-père, lui, il dit qu'Oncle Christie a gâché sa vie, son talent et son nom en allant se perdre chez le petit peuple. Il dit qu'il lui fait honte. Je ne sais pas exactement où travaille Oncle Christie. Ce n'est pas quelque chose dont nous parlons dans ma famille.
Est-ce que Monsieur Anastase est décadent ? Est-il un ivrogne ? Est-ce qu'il fait partie du petit peuple ? S'il fréquente le lieu de travail d'Oncle Christie, devrais-je avoir deux fois plus honte de lui parler, de le fréquenter, d'être vu avec lui ? Est-il infréquentable, comme l'est Oncle Christie ? J'ai honte de penser ça. Même si je ne sais pas si j'ai raison ou non, j'ai honte. Penser du mal des gens, ce n'est pas bien. Et puis j'aime bien Monsieur Anastase, moi. Il est gentil, il me parle comme s'il parlait à un adulte, il ne me bouscule pas, il ne m'ignore pas, il aime les dragons et il ne m'a pas grondé parce que j'ai des lectures inutiles. Je n'ai pas envie de croire qu'il est décadent et que c'est un ivrogne.
« Je ne sais pas exactement où il travaille, » lâché-je d'une petite voix en baissant les yeux sur mes chaussures.
C'est mieux de dire ça que d'affirmer que cet homme est décadent parce qu'il fréquente le lieu de travail de mon oncle, non ? Mais d'un autre côté, parler bêtement en marmonnant, c'est un truc de bébé et ce n'est pas bien. Ma remarque n'apporte rien d'intelligent à la conversation. Je plante mes dents dans mes lèvres, je les plante très fort jusqu'à avoir mal. Ça m'aide à retenir les larmes et ça m'empêche de me sentir trop, trop bête. Allez, dis quelque chose d'intelligent, n'importe quoi ! Parler, alimenter la conversation. C'est ce qu'on me dit de faire avant chaque diner mondain. Je libère enfin ma lèvre malmenée et je me lance courageusement.
« Êtes-vous... Êtes-vous décorateur ? »
Idiot, bien sûr qu'il l'est !
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Oh… si l’enfant ignore tout du Pitiponk, c’est qu’au moins son employé n’a pas franchi la ligne de le faire venir en pleine effervescence de soirée. Quel est le couvre-feu en vigueur à cet âge ? Pas assez tardif pour manquer les visiteurs de l’après-midi, qui viennent bien avant le règne nocturne. Hjúki ne pense pas pouvoir lui expliquer la nature de cet endroit, qui est à la fois un bar étudiant et tant d’autres choses. Il n’est pas assez venu pour en dépeindre un tableau correct. Le tableau brossé serait bien lacunaire, si le jeune adulte disait que c’était une variante du chaudron baveur, avec une semblable diversité de fréquentation, mais sans les repas. « Peut-être que ton oncle t’en parlera quand il pourra t’y inviter. Il aurait accueilli des élèves de Poudlard cette année pour leur présenter… sa profession. » Les activités des petits écoliers de la jeune génération ne l’intéressent pas intensément, il ne cherche pas spécialement à savoir tout ce qu’il s’y passe, mais l’écho de l’existence de cet évènement lui était parvenu.
Le bibliothécaire est surpris par l’interrogation naïve et pourtant si loin de la réalité de Derek. Au point de se demander s’il ne serait pas opportun de confesser la réalité. Maintenant qu’il sait que Christopher Hangoover est de sa famille, Hjúki a compris qu’il a affaire à un jeune sorcier au fait de ce monde, et non à un né-moldu visitant pour la première fois le chemin de traverse, comme il l’avait d’abord supposé en ne voyant pas de parents. « Pas vraiment… » soyons sincère. Alors qu’il s’apprête à dévoiler cette information, une sensation désagréable le traverse. C’est faciliter à l’excès la possibilité pour cet enfant de l’identifier, de le retrouver. Il perdrait définitivement sa cape d’inconnu insaisissable. « Je suis bibliothécaire. À la Nouvelle Sainte-Mangouste » Nul besoin d’ajouter le nom de la capitale, Godric’s Hollow, que le garçon doit connaître. S’ils ne s’y sont pas encore rencontrés, c’est normal, il est heureux que le petit n’ait pas eu à visiter les lieux récemment.
Le bibliothécaire est surpris par l’interrogation naïve et pourtant si loin de la réalité de Derek. Au point de se demander s’il ne serait pas opportun de confesser la réalité. Maintenant qu’il sait que Christopher Hangoover est de sa famille, Hjúki a compris qu’il a affaire à un jeune sorcier au fait de ce monde, et non à un né-moldu visitant pour la première fois le chemin de traverse, comme il l’avait d’abord supposé en ne voyant pas de parents. « Pas vraiment… » soyons sincère. Alors qu’il s’apprête à dévoiler cette information, une sensation désagréable le traverse. C’est faciliter à l’excès la possibilité pour cet enfant de l’identifier, de le retrouver. Il perdrait définitivement sa cape d’inconnu insaisissable. « Je suis bibliothécaire. À la Nouvelle Sainte-Mangouste » Nul besoin d’ajouter le nom de la capitale, Godric’s Hollow, que le garçon doit connaître. S’ils ne s’y sont pas encore rencontrés, c’est normal, il est heureux que le petit n’ait pas eu à visiter les lieux récemment.
Et toi, tu ferais quoi ?
Je suis encore à me demander si le métier de décorateur serait considéré comme socialement acceptable pour Père et Mère quand Monsieur Anastase me répond. Je lève mes grands yeux sur lui. Impossible de deviner sur mon visage que mon cœur se serre violemment dans ma poitrine. Des élèves de Poudlard sont allés sur le lieu de travail d'Oncle Christie ? Pourquoi Clinton ne m'a pas parlé de ça, est-il au courant, y est-il allé, lui ? Non, il me raconte tout ce qu'il vit et fait, il n'y est pas allé et puis il n'aurait jamais accepté de s'y rendre car, j'oublie pas : c'est un bouge immonde ! Quant au fait qu'Oncle Christie pourrait m'y inviter... Pourrait-il vraiment faire ça ? Il le pourrait ? Il aurait le droit ? Je n'ai jamais passé de moment seul avec lui, je ne sais pas ce que ça fait, je ne sais pas si j'aimerais, je ne sais pas si j'ai le droit. Pourtant, je sais ce que je ressens : j'ai envie. J'ai envie d'aller là-bas, de voir cet endroit qui déplaît tant à la famille. Je ne devrais pas, hein ? J'ai honte, honte, honte, honte, je ne suis vraiment pas un bon fils, la honte des Hangoover, je ne devrais même pas penser à tout ça mais je n'arrive pas à m'en empêcher, je commence déjà à rêver d'un monde où Oncle Christopher viendrait me chercher moi et personne d'autre pour m'emmener à son travail. Juste moi et personne d'autre.
Je ne peux pas dire ces choses, je ne peux pas dire qu'Oncle Christie ne m'a jamais rien proposé et que je ne savais même pas que c'était quelque chose de possible. Alors je me contente d'une phrase comme on m'a appris à en dire, des phrases simples et polies :
« Oui, peut-être qu'il m'en... M'en parlera-t-il, articulé-je laborieusement, j'en serai content. »
Mais de toute façon, ça ne compte plus, ça ne compte plus tout ça car Monsieur Anastase n'est absolument pas décorateur. J'arrondis grand les yeux quand la vérité se dévoile et une tache rouge me dévore les joues : ma honte est un monstre affamé. Je baisse le regard, profondément gêné d'avoir proféré une telle idiotie, mais les relève aussitôt quand il dévoile une vérité plus intéressante encore : il est bibliothécaire ! Ça veut dire qu'il passe sa journée avec des livres et sa journée à lire ! C'est bien connu que c'est ce que font les bibliothécaires, non ? Ils ne font que lire, ils ont le plus beau métier du monde. J'en oublie totalement l'incohérence de décorer un endroit sans être décorateur.
« Je connais la Nouvelle Sainte-Mangouste, affirmé-je en redressant la tête et en souriant un peu trop fort. J'habite à quelques rues ! Je ne savais pas qu'il y avait une bibliothèque, là-bas... Tout le monde peut venir ? Avez-vous des livres pour les enfants ? Est-ce que vous... Je vous prie de m'excuser, bafouillé-je soudainement, assommé par ma propre impolitesse, je vous pose bien trop de questions. »
Je coule un regard nerveux vers la vitrine. Si Mère était apparu maintenant, j'en aurai entendu parler durant des jours, de mon incroyable impolitesse. Parler sans raison et accumuler les questions, c'est un truc d'enfant irrespectueux, ou quelque chose dans ce goût-là. Alors on se tait et on patiente calmement. L'excitation et la joie excessive sont pour les mauvais enfants, récité-je calmement, je dois être un exemple de patience et de retenu.
Je ne peux pas dire ces choses, je ne peux pas dire qu'Oncle Christie ne m'a jamais rien proposé et que je ne savais même pas que c'était quelque chose de possible. Alors je me contente d'une phrase comme on m'a appris à en dire, des phrases simples et polies :
« Oui, peut-être qu'il m'en... M'en parlera-t-il, articulé-je laborieusement, j'en serai content. »
Mais de toute façon, ça ne compte plus, ça ne compte plus tout ça car Monsieur Anastase n'est absolument pas décorateur. J'arrondis grand les yeux quand la vérité se dévoile et une tache rouge me dévore les joues : ma honte est un monstre affamé. Je baisse le regard, profondément gêné d'avoir proféré une telle idiotie, mais les relève aussitôt quand il dévoile une vérité plus intéressante encore : il est bibliothécaire ! Ça veut dire qu'il passe sa journée avec des livres et sa journée à lire ! C'est bien connu que c'est ce que font les bibliothécaires, non ? Ils ne font que lire, ils ont le plus beau métier du monde. J'en oublie totalement l'incohérence de décorer un endroit sans être décorateur.
« Je connais la Nouvelle Sainte-Mangouste, affirmé-je en redressant la tête et en souriant un peu trop fort. J'habite à quelques rues ! Je ne savais pas qu'il y avait une bibliothèque, là-bas... Tout le monde peut venir ? Avez-vous des livres pour les enfants ? Est-ce que vous... Je vous prie de m'excuser, bafouillé-je soudainement, assommé par ma propre impolitesse, je vous pose bien trop de questions. »
Je coule un regard nerveux vers la vitrine. Si Mère était apparu maintenant, j'en aurai entendu parler durant des jours, de mon incroyable impolitesse. Parler sans raison et accumuler les questions, c'est un truc d'enfant irrespectueux, ou quelque chose dans ce goût-là. Alors on se tait et on patiente calmement. L'excitation et la joie excessive sont pour les mauvais enfants, récité-je calmement, je dois être un exemple de patience et de retenu.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
Et toi, tu ferais quoi ?
Si un jour Hjúki avait un neveu, ou plutôt un filleul, serait-il susceptible de lui raconter avoir passé une journée avec des adolescents pour leur montrer son quotidien professionnel ? Pour commencer, l’adulte ne se projette pas dans ce genre de manifestation qui vient du nouveau Poudlard, celui qu’il n’a pas connu, et où les enfants ont le droit à des occupations incomparables à celles qui ont rythmé sa scolarité. De son temps, les sorties pour aller découvrir le métier d’un employé de bar sorcier n’existaient pas. Et une troupe d’élèves est assez peu susceptible de débarquer à la bibliothèque, alors qu’il y en a déjà une sur place, dans le château, avec un ou une bibliothécaire à leur disposition pour leur expliquer sa mission. Si des jeunes viennent, ce sera sûrement bien plus par intérêt pour les services de soin magique. Il ne peut pas juger cette temporalité, dans laquelle Christopher Hangoover semble avoir omis cette possibilité de faire découvrir son activité – et son décor atypique – sans exposer Derek à ses travers. Était-ce avant l’ouverture et la présence des clients, ou un accueil simultané des visiteurs et des habituels ? Ce n’est pas comme s’il s’était renseigné.
À en juger par la réaction de l’enfant quand il apprend son rôle de bibliothécaire, Hjúki ne sait toujours pas si c’était une bonne idée de le dévoiler. Sa présence dans une librairie à la recherche d’un roman plaisir – suppose-t-il – était certainement un indice. C’est un lecteur. Occasionnel, fréquent ? ce n’est pas important. C’est un lecteur, un résident même, qui sait désormais qu’il y a des rayonnages accessibles à quelques minutes de marche. Est-ce qu’il va le recroiser ? Ça semble désormais inévitable. Ce qu’il en pense ? eh bien, c’est l’objectif, que les ressources soient offertes au public le plus large, qu’il ne soit pas obligatoire d’alléger sa bourse par l’achat individuel. Mais il n’est pas habitué à ce mélange. Il y a les personnes qu’il voit à Godric’s ; et le monde extérieur. Cet enfant bouscule cette frontière dans sa vie. « Il y a bien des fonds pour les visiteurs et patients de tous âges, y compris jeunesse, à côté des références scientifiques de la magie médicale. » confirme le bibliothécaire, qui se sent obligé de réagir à ses excuses en glissant « Il n’y pas mal à poser des questions. » Avoir la tête saturée d’interrogations contenues, il connaît, et il ne compte pas alimenter cette retenue chez le petit garçon.
À en juger par la réaction de l’enfant quand il apprend son rôle de bibliothécaire, Hjúki ne sait toujours pas si c’était une bonne idée de le dévoiler. Sa présence dans une librairie à la recherche d’un roman plaisir – suppose-t-il – était certainement un indice. C’est un lecteur. Occasionnel, fréquent ? ce n’est pas important. C’est un lecteur, un résident même, qui sait désormais qu’il y a des rayonnages accessibles à quelques minutes de marche. Est-ce qu’il va le recroiser ? Ça semble désormais inévitable. Ce qu’il en pense ? eh bien, c’est l’objectif, que les ressources soient offertes au public le plus large, qu’il ne soit pas obligatoire d’alléger sa bourse par l’achat individuel. Mais il n’est pas habitué à ce mélange. Il y a les personnes qu’il voit à Godric’s ; et le monde extérieur. Cet enfant bouscule cette frontière dans sa vie. « Il y a bien des fonds pour les visiteurs et patients de tous âges, y compris jeunesse, à côté des références scientifiques de la magie médicale. » confirme le bibliothécaire, qui se sent obligé de réagir à ses excuses en glissant « Il n’y pas mal à poser des questions. » Avoir la tête saturée d’interrogations contenues, il connaît, et il ne compte pas alimenter cette retenue chez le petit garçon.