M.R Huit mois

Je me souviens du premier trajet en voiture avec Jonathan. Il s'était excusé. Et je ne savais pas sur quel point exactement il le faisait. Le gouffre entre nous était immense, ses erreurs s'empilant jusqu'à atteindre les cieux. Est-ce notre cas ? En sommes-nous vraiment arrivé au point où huit mois d'absence équivaut à douze ans ? Mes poings sont toujours resserrés, sagement sur mes genoux, comme si je m'agrippais à ... à quoi ? À l'espoir que tout redevienne comme avant ? Ce serait incroyablement naïf de ma part. À ce qu'on s'engueule une bonne fois pour toute, qu'on se dise nos quatre vérités, que j'entende enfin de ta bouche ce que je sais tous pensent ? Que tu n'avais rien demandé. Qu'on t'a refourgué un marmot dans les bras, et l'instinct t'a forcé à l'aimer ? À entendre à quel point on est proche, et que rien ne pourra défaire les liens forgés, qu'ils soient sanguins ou non. Qu'on se battra pour surmonter cette épreuve.

Alors quel pourquoi poser entre nous. Devant moi, tellement d’embranchements possibles. Une pieuvre de questionnements menant au néant. Et au centre, la même question, encore et encore. Je me rends compte d'à quel point elle a enflé depuis mon enfance.

Pourquoi Papa il n'a pas voulu de moi ?


Pourquoi Maman passe plus de temps avec ses amis que moi ?


Pourquoi Casper ne veut plus me voir ?


Pourquoi Maman s'est mit à ce point en danger, qu'elle doit disparaître ?


Pourquoi Morgan a choisi le dominion ?


Pourquoi je ne compte jamais dans leurs décisions ?


Je me détourne du mur pour t'observer toi, et me rendre compte que tu fais de même. Je note bien ta main tirant sur les draps.

-"Priddy m'a montré ses souvenirs dans la pensine," je finis par chuchoter, les images se déroulant devant moi, comme si j'y étais encore dans cette pensine. Les bruits de pas qui se précipitaient vers le portail, les cris de Montmort et Priddy, la fumée. Et au milieu de tout ça ... "Tu aurais pu en sortir." Cette fois, je reviens à la réalité, à toi au présent. C'est ce pourquoi là que je pose. Celui là qui m'a empêché de dormir durant ses derniers mois.

3a88fe-Marrainage
6ème année RP- préfète INRP de Septembre 2047 à Février 2048 et de nouveau à partir du 17 Avril 2051

M.R Huit mois
Son regard se détourna de celui de sa filleule.

« Priddy n’aurait jamais dû te montrer ses souvenirs du Dominion. »

La phrase sortit plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. Une pointe d’irritation qui n’était pourtant aucunement dirigée contre Noémie. Elle inspira lentement, regrettant presque aussitôt ses mots.
Ce n’était pas la question. Et elle le savait.

Morgan ferma un instant les yeux. Elle revoyait le portail. Les silhouettes qui s’y précipitaient. Cette sensation étrange d’être à la fois parfaitement consciente de ce qui se passait et incapable de réfléchir correctement. Elle aurait pu sortir. Voilà ce que Noémie avait vu. Voilà ce que tout le monde avait dû voir.

Elle rouvrit les yeux, mais ceux-ci demeurèrent fixés quelque part devant elle. Elle aurait aimé pouvoir lui donner une réponse propre. Une explication logique, soigneusement ordonnée, quelque chose qui permette de découper ces quelques secondes en causes et conséquences. J’ai pensé ceci, puis cela, et j’ai pris cette décision pour cette raison.

Mais ses souvenirs ne fonctionnaient pas ainsi. Ils n’étaient qu’une succession d’images, d’instincts et de sensations trop brutales pour avoir des contours nets.

« J’aurais peut-être pu franchir ce portail. Oui. »

L’admettre lui arracha quelque chose dans la poitrine.

« Pendant quelques secondes. À peine. En ignorant complètement ce que cette traversée m’aurait fait, quitte à y perdre je ne sais quelle partie de moi comme… »

Elle s’interrompit.
Sa mâchoire se crispa légèrement.
Comme Ingham.
Elle n’avait pas besoin, pas envie, de terminer cette phrase.
Ses doigts s’étaient refermés dans le drap sans qu’elle s’en aperçoive.

« Ce n’était pas… »

Elle expira, agacée de ne pas réussir à trouver les mots.

« Je ne suis pas restée là-bas parce que je voulais vous abandonner. Je ne suis pas restée parce que tu ne comptais pas assez. » Sa voix s’était faite plus basse. « Je n’ai pas regardé ce portail en me demandant si je préférais rentrer auprès de vous, de toi, ou rester dans le Dominion, Noémie. Ce choix-là n’a jamais existé dans ma tête. »

Peut-être était-ce justement le problème.
Morgan baissa les yeux vers ses mains.

Elle comprenait, maintenant, pourquoi la question de Noémie lui avait paru si difficile à saisir.
Parce qu’elles ne parlaient pas exactement de la même chose. Noémie lui demandait pourquoi elle ne les avait pas choisis. Morgan essayait encore de lui expliquer qu’elle n’avait jamais eu l’impression de choisir entre eux.

Elle chercha quelques secondes une suite qui ne vint pas.
Alors elle secoua faiblement la tête.

« Je ne sais pas comment mieux te l’expliquer. »

Et cette incapacité lui faisait presque plus mal que le reste. Parce qu’elle aurait voulu trouver les mots capables d’effacer ces huit mois dans lesquels Noémie avait cherché une raison à son geste. Lui donner quelque chose qui rende tout cela moins personnel.
Moins cruel.

« Mais quand Elina m’a donné une autre possibilité de sortir… »

Morgan releva les yeux vers elle.

« Je l’ai prise. »

Pas immédiatement. Pas facilement. Mais elle l’avait prise.

« Je suis sortie. »

Ses traits se contractèrent légèrement.

« Je suis là. »

Elle resta silencieuse une seconde, avant d’ajouter, plus bas : « Et je sais que ça n’efface pas les huit mois où je ne l’étais pas. »

Professeure hRP de DcFM. Présente inRP à Poudlard le mardi après-midi et le samedi matin. Coucou Rapeltout
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