Co– Notre „Foyer des Merveilles“ ? PNJ

Reducio
Avec Phœbe Swan, son point de vue sous quote

Été mourant 2050

Une grimace manifeste déformant ses traits, Hjúki relisait le flyer. À première vue, il faisait la promotion d’un évènement qui n’avait aucunement sa place dans ses affaires. Il n’avait jamais goûté à la vie étudiante, et il ne le regrettait pas. Que ce soient les absurdes emplois du temps imposant plus de trente heures de présence hebdomadaire – jamais il n’aurait appris en ces conditions, il croyait en l’exploration libre et autonome de la magie, l’encadrement à outrance menant à son avis à une assimilation toute superficielle, bien qu’officielle – ou les stratagèmes permettant d’oublier l’aliénation d’un tel mode de vie, comme les soirées aux douteux consommables. En tant que citoyen sorcier il avait accès à toutes les bibliothèques des écoles de l’enseignement supérieur, il n’avait pas besoin de la reconnaissance qu’apporte un diplôme et savait n’avoir rien manqué. Il n’existait pas de monde où le bibliothécaire aurait été un étudiant, c’est pourquoi l’expérience de pensée visant à déterminer s’il aurait été du genre à se présenter à ce genre de soirée ne menait pas loin. Dans ses conditions actuelles, il ne voyait pas quel intérêt il aurait à s’intégrer à des gamins tout juste sortis de Poudlard. Surtout, il ne se sent pas capable de faire semblant de s’intéresser à leurs projets, leurs choix de filière ou spécialisation ou ce qui peut bien animer des jeunes dans leur premier mois de découverte. En plus, ils se connaissaient a priori tous déjà, considérant que tout le monde britannique était formé dans un unique collège. L’astérisque avait toutefois retenu son attention. Un appât pour les aînés… N’ayant jamais visité cet endroit, il n’avait pas une idée précise des prix pratiqués, mais il pouvait s’imaginer que les sorciers aisés ne courraient pas après les quelques mornilles d’un verre. Lui-même… les mocktails n’étaient pas donnés, paraissait-il. D’un autre côté, il ne fréquentait tellement pas les espaces de beuverie que ses économies devaient être plutôt intactes par rapport à des réguliers. Combien de mages cette carotte attirerait-elle ? Assez pour que ce ne soit en somme plus un vivier d’adolescents fraîchement débarqués des aspics et qui n’ont même pas besoin de faire connaissance après avoir vécu ensemble durant cinq, six, sept ans ? Tendant l’affiche à Phœbe, il demande : « Tu es déjà allée ? D’ailleurs, c’est où exactement, pas loin du Chemin ? »
Reconnaissant au visuel la créature du Pitiponk, Phœbe hausse un sourcil. Naturellement, durant ses deux années passées à l’IMSM, son frère-de-Cœur vivait en Irlande et loin de tout vivier estudiantin. Elle et Alyona devait être les seules étudiantes qu’il ait connu à cette époque. Se tenant à l’écart des quartiers sorciers, il ne risquait pas de tomber sur ce genre de publicité, et ce n’était pas elle qui lui aurait fourni des comptes-rendus détaillés de ce qu’il se passait dans ce bar, qu’elle n’avait pas tant fréquenté. Dans les premières semaines, suivant le mouvement et n’osant pas refuser les activités qui se présentaient, elle y avait assisté, mais n’en était pas ressortie avec la sensation que ce genre d’ambiance était favorable à la création de liens. Certains breuvages servent à s’enfumer l’esprit dans la solitude, pas à faciliter le partage. Elle préférait les conversations enflammées sur les potions l’esprit clair, plus volontiers autour d’un chaudron et de ses somptueuses volutes que d’un verre et ses vulgaires vapeurs d’alcool. « Une fois. » À une soirée d’intégration, s’entend. Les visites en général du lieu s’élevaient plutôt à quelques doigts de la main. A-t-elle besoin de préciser que ce n’était pas un espace qu’elle prisait alors ? parmi toutes les ressources dont le statut étudiant débloque l’accès, elle ne mettrait pas ce bar en tête de liste. « Ce n’est pas installé sur le Chemin, mais c’est plus ou moins dans le coin, vers Soho. En revanche, il y a un protocole à connaître pour s’y rendre, tu ne peux pas y aller comme ça. » Elle avait été initiée et pourrait lui détailler comment s’y prendre, mais elle n’était pas encore sûre d’avoir compris ses intentions. « Pourquoi, tu voudrais y passer ? »
Et ? serait tenté d’ajouter Hjúki, qui ne tire pas grand-chose de concret de ce lacunaire ‘une fois’. Il suppose que cette soirée n’a pas eu ses faveurs pour sa seconde année. Ou alors, elle s’est précisément décidée à tenter l’expérience en deuxième année, trop studieuse à ses débuts. Elle ne paraît pas prête à s’épancher. Parce qu’oubliable et ne méritant même pas quelques phrases de plus, ou au contraire parce qu’elle voulait lui épargner l’impression d’avoir raté quelque chose de grandiose… ses raisons la poussant à la retenue n’étaient pas toujours les mêmes. Il relit la petite ligne. « Je ne sais pas si ça a toujours été le cas, les non-étudiants sont invités. S’il s’en trouve assez, ça pourrait être plus intéressant qu’une réunion plus exclusive ? La soirée d’intégration des petits en elle-même ne m’intéresse pas, mais il pourrait y avoir des mages à la périphérie… »
« C’est vrai qu’il n’y a pas uniquement des jeunes issus des instituts magiques. Pour autant… » elle soupire lourdement. « J’pense pas vouloir t’accompagner. Je préfère m’accorder du repos le soir. » Ça n’aurait pas d’intérêt de rester entre eux, vivant sous le même toit, ils passent assez de soirées ensemble ici. Phœbe ne se garantit pas non plus de savoir demeurer raisonnable et sobre au milieu d’une myriade de visages inconnus. Elle ne compte pas devenir un boulet éméché que Hjúki devrait rapporter chez eux à bout de bras. L’ancienne étudiante ne s’y projette pas ; mais comprend encore moins l’attraction étrange, voire suspecte de son aîné. Elle peine à s’imaginer celui qui sirote rarement plus excitant que de l’eau, celui qui préfère l’isolement capitonné à la foule, au Pitiponk. À moins que l’idée ne l’amuse, d’être cette tâche au milieu d’une belle toile homogène. Elle ne peut prévoir combien de tâches s’y poseront, si elles seront en nombre au point de former un petit amas ou une constellation. Même si elle ne souhaite pas être de la partie, quelque part, elle est curieuse de d’apprendre comment son frère pourrait bien vivre un tel évènement. Elle concède. « On trouvera un moment d’ici samedi pour voler vers Londres, quand nos horaires le voudront bien, que j’te montre la porte et t’apprenne le rythme à toquer. »