Entre la Vie et la Mort
Naanee lui disait toujours : « fais attention sur la route », Maan répondait à chaque fois avec un large sourire « promis ! ». « Je ne doute pas de toi, mais bien des autres, je ne leur fais pas confiance, ma fille ». « Je sais » finissait-elle par lui répondre comme lassée par ce genre de remarques discriminatoires.
Cette promesse, Maan l'avait toujours respectée. Mais Naanee avait raison. Il était difficile de faire confiance aux « autres ». Les « autres » ont eu raison d'elle, et de nous par la même occasion.
Maan était allongée sur le bitume, de nombreux corps de métier étaient là, s'activaient dans tous les sens. Ils avaient réussi à la sortir de la voiture, et avaient entamé ce qu'on appelle « une réanimation », un mot que j'ai découvert à cette occasion, et je m'en serais bien passé.
Un homme avait grillé le feu, il était rouge pourtant, même moi je sais qu'il faut s'arrêter. Pourquoi lui, ne s'était pas arrêté ? Voilà une question restée en suspens et j'imagine que je n'aurais jamais la réponse.
« Un banal accident » a dit le policier chargé de la circulation présent lors du choc. «Un refus de priorité » précisa-t-il en haussant les épaules comme si ce genre de comportement sur la route est fréquent. Une voiture a foncé alors que le feu était rouge et a percuté de plein fouet notre citadine vert foncé. J'étais à l'arrière, parce que je n'avais pas dix ans. Ma ceinture de sécurité bien en place. C'est grâce à elle que je suis encore là aujourd'hui. Maan avait mis sa ceinture aussi. Elle aurait pu passer à travers le pare-brise m'a dit mon frère un peu plus tard. J'avais imaginé la tête de Maan se retrouver contre la vitre très épaisse. Des éclats de verre, du sang… Je crois que je préfère le fait qu'elle se soit fait mal contre le volant. C'est moins déroutant.
Maan est dans le coma depuis le vingt-huit juin deux mille quarante, à dix-sept heures et treize minutes. Elle n'avait pas quitté son lit d'hôpital, la chambre 412 précisément. On a vu sur le parc et sur les lapins qui s'y donnent à coeur joie aux premiers rayons de soleil. J'étais alors âgée de huit ans, Leevay, mon frère en avait, quant à lui, douze. Si mon regard fut émerveillé par la frimousse à l'extérieur, la réalité m'avait rattrapée lorsque je tournais enfin la tête vers le corps indéniablement inerte de Maan, parfaitement aligné sur les draps immaculés et sans le moindre pli de la clinique.
Elle était immobile et avait l'air si paisible, je ne comprenais pas comment elle pouvait l'être alors qu'elle n'était pas avec nous. Son visage, légèrement tuméfié, restait si pâle. Une machine lui envoyait de l'air dans ses poumons m'a-ton expliqué un jour. Pourquoi ne pouvait-elle plus le faire toute seule ? Cela m'échappait encore, mais les personnes en blouse blanche qui s'occupent d'elle sont des adultes et j'imagine qu'ils savent ce qu'ils font. Ce jour-là, j'ai juste retenu une chose : elle faisait un gros dodo, comme la Belle au bois dormant. Son corps était trop fatigué pour qu'elle puisse revenir parmi nous. Je m'étais faite à cette idée. Tout le monde, même les « grands », même les docteurs, ignoraient quand elle se réveillera, ni même si elle y parviendra un jour.
Cette promesse, Maan l'avait toujours respectée. Mais Naanee avait raison. Il était difficile de faire confiance aux « autres ». Les « autres » ont eu raison d'elle, et de nous par la même occasion.
Maan était allongée sur le bitume, de nombreux corps de métier étaient là, s'activaient dans tous les sens. Ils avaient réussi à la sortir de la voiture, et avaient entamé ce qu'on appelle « une réanimation », un mot que j'ai découvert à cette occasion, et je m'en serais bien passé.
Un homme avait grillé le feu, il était rouge pourtant, même moi je sais qu'il faut s'arrêter. Pourquoi lui, ne s'était pas arrêté ? Voilà une question restée en suspens et j'imagine que je n'aurais jamais la réponse.
« Un banal accident » a dit le policier chargé de la circulation présent lors du choc. «Un refus de priorité » précisa-t-il en haussant les épaules comme si ce genre de comportement sur la route est fréquent. Une voiture a foncé alors que le feu était rouge et a percuté de plein fouet notre citadine vert foncé. J'étais à l'arrière, parce que je n'avais pas dix ans. Ma ceinture de sécurité bien en place. C'est grâce à elle que je suis encore là aujourd'hui. Maan avait mis sa ceinture aussi. Elle aurait pu passer à travers le pare-brise m'a dit mon frère un peu plus tard. J'avais imaginé la tête de Maan se retrouver contre la vitre très épaisse. Des éclats de verre, du sang… Je crois que je préfère le fait qu'elle se soit fait mal contre le volant. C'est moins déroutant.
Maan est dans le coma depuis le vingt-huit juin deux mille quarante, à dix-sept heures et treize minutes. Elle n'avait pas quitté son lit d'hôpital, la chambre 412 précisément. On a vu sur le parc et sur les lapins qui s'y donnent à coeur joie aux premiers rayons de soleil. J'étais alors âgée de huit ans, Leevay, mon frère en avait, quant à lui, douze. Si mon regard fut émerveillé par la frimousse à l'extérieur, la réalité m'avait rattrapée lorsque je tournais enfin la tête vers le corps indéniablement inerte de Maan, parfaitement aligné sur les draps immaculés et sans le moindre pli de la clinique.
Elle était immobile et avait l'air si paisible, je ne comprenais pas comment elle pouvait l'être alors qu'elle n'était pas avec nous. Son visage, légèrement tuméfié, restait si pâle. Une machine lui envoyait de l'air dans ses poumons m'a-ton expliqué un jour. Pourquoi ne pouvait-elle plus le faire toute seule ? Cela m'échappait encore, mais les personnes en blouse blanche qui s'occupent d'elle sont des adultes et j'imagine qu'ils savent ce qu'ils font. Ce jour-là, j'ai juste retenu une chose : elle faisait un gros dodo, comme la Belle au bois dormant. Son corps était trop fatigué pour qu'elle puisse revenir parmi nous. Je m'étais faite à cette idée. Tout le monde, même les « grands », même les docteurs, ignoraient quand elle se réveillera, ni même si elle y parviendra un jour.
La science décrit la nature, la poésie la peint et l'embellit
Pika-lee Pika-lo, c'est rigolo
Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir