Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre

INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 20 : Salon
Mots placés : cocooning, travail, évolution,
automne, feuille, pluie, gallions, réussite, carrière


novembre 2010
petit salon de Serpentard


Victoria, en cette dernière année à Poudlard, sait qu'en partant certains lieux lui manqueront plus que d'autres. Elle qui s'attache aux gens avant tout a pourtant réussi à trouver dans les étages, les couloirs et les vastes espaces de l'école de magie des endroits auxquels se lier. Elle a cousu sur les murs des souvenirs un peu étranges, parfois pas forcément marquants mais importants pour elle, et l'ambiance d'un lieu, ce qu'elle y a vécu et ce qu'elle y associe l'a rendu, avec les années, spécial. La salle commune de Serpentard fait assurément partie de ceux-là.

Dans ce petit salon de sous-sol, dont les vitres donnent sur le Lac et ses profondeurs et non sur le ciel, près des fauteuils verts et de la cheminée, de la pierre tantôt froide, tantôt chaude, et des serpents dessinés sur les tapis et les coussins, Victoria s'est rapidement sentie bien. C'est son endroit cocooning, là où elle peut se reposer, discuter, ou parfois se pencher sur son travail.

Elle aime regarder à travers les vitres qui donnent sur l'eau, observer comme les évolutions liées aux saisons sont ici peu visibles, si ce n'est en automne par l'accumulation de quelques feuilles mortes tombées dans le lac. C'est très différent de la mer qui a bercé son enfance et pourtant ça lui rappelle cette grande étendue d'eau qui semble l'accompagner même ici. Et le vert de sa maison qui évoque les vallées des Hébrides sans cesse arrosées par la pluie.

Victoria associe à ce salon les rencontres, les soirées au coin du feu, la convivialité et l'audace qu'elle a trouvé chez les serpentard. Choixpeaufloue, elle s'est pourtant vite sentie chez elle dans les sous-sols. Quand le chapeau magique hésitait, elle, elle savait déjà. Très tôt, elle a pris l'habitude de s'asseoir dans un fauteuil le soir et de s'amuser avec les autres jeunes de son âge, en observant les plus âgés revenir, en écoutant les conversations, même celles qu'elle ne devait pas écoutait. Victoria est un peu curieuse, un peu trop, il lui arrive de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Ça changera en vieillissant, elle deviendra plus sage, mais à Poudlard ses oreilles traînent beaucoup. Petite couleuvre ondulante, rusée et opportuniste.

C'est aussi dans ce salon qu'elle s'est réfugiée lorsqu'elle en ressentait le besoin, dans ce salon qu'elle a subi ses premières remontrances et ses fous rires les plus terribles. Elle y a parié quelques gallions sur des matches de Quidditch, y a travaillé ses devoirs pour espérer une réussite aux examens, et y a fait des plans lors de ses premières années sur une carrière de grande magicienne.

Ce n'est pas le lieu le plus apprécié de Poudlard, ce n'est pas le salon le plus aéré de Grande-Bretagne, ni le plus calme, mais c'est là que Victoria McBee a grandi, alors évidemment qu'il lui manquera quand elle partira. Elle essaye d'en profiter le plus possible. Après, à elle le grand monde et ses nouveaux salons !

496

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 21 : Héros
Mots placés : réussite, évolution


mai 2038
Londres


Harry Potter, le héros de la deuxième guerre des sorciers, est mort pendant les commémorations. Victoria n'en revient pas. On lui en a tellement parlé, de ce sorcier qui a su vaincre Voldemort ! Elle était très jeune quand tout cela est arrivé, sa famille vivant loin de tout n'a pas été très impactée, mais les récits qui ont été faits, ce qu'elle a appris à Poudlard, les traces autour d'elle et la force de cette histoire l'ont toujours marquée. Et voilà que cette époque se termine avec la mort de son héros ! Quelle triste période.

Victoria ne se rêve pas héroïne, surtout à quarante-cinq ans, mais elle a toujours eu du respect pour ceux qui ont marqué l'histoire par leurs actes de bravoure. C'est la Gryffondor en elle qui s'émerveille et admire. Surtout qu'elle en a connu des petits sorciers qui se pensaient malins, au-dessus des autres, qui voulaient que leurs idées règnent même si elles en écrasaient certains. Elle a entendu des propos anti-moldus et anti-nés-moldus, même pas quinze ans après la deuxième guerre des sorciers, ignorants les leçons de l'histoire et de ce qu'ils apprenaient en cours. Sa mère, si elle les avait entendues, en aurait frémis. Les grandes familles néo-Mangemort se sont peut-être tues en surface mais elles n'ont pas changé ni disparu. Elles n'ont pas dit leur dernier mot. La preuve en est avec cet événement tragique !

Victoria a aussi connu, coincés dans les murmures, la moquerie. À Poudlard, bien que Serpentard, non seulement elle s'en sortait bien en études des moldus, mais en plus elle aimait cette matière, une de ses rares réussites scolaires, et elle vivait entourée de moldus, sans s'en cacher. Forcément, ça fait jaser. Les époques changent mais les gens transmettent parfois leur haine à leurs enfants.

Pourtant Victoria ne peut pas se dire révolutionnaire. Pas tout à fait. Elle en aime l'idée mais ce qu'elle fait, ce n'est pas beaucoup. Tenir tête dans des conversations, s'affirmer, revendiquer un monde plus juste et plus heureux, elle ne pense pas que ce soit très marquant, pour elle tout le monde en est capable et tout le monde devrait le faire. Elle ne s'imagine pas héroïne d'une histoire, si ce n'est de la sienne. Mais peut-être que ça viendra, peut-être qu'un jour elle pourra poser une vraie pierre dans cet édifice d'évolutions qui se construisent.

Dès qu'elle a appris pour la mort de Harry Potter et qu'elle a pu trouver le temps de se déplacer, la commerçante a transplané. Elle est passée acheter une fleur, et elle l'a posée sur les lieux de commémoration, comme d'autres. Ça l'a émue. Un héros de perdu... Pourvu que d'autres viennent après lui pour réparer le monde !

453

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 22 : Balise
Mots placés : travail, carrière, diplôme,
arbre, brouillard, reconversion, évolution,


janvier 2020
quelque part en Angleterre


Victoria, en 2020, a toujours vécu en Écosse. Dans ses Hébrides natales ou à Poudlard, elle n'a jamais quitté cette nation de légendes qu'elle aime plus que tout, et dans laquelle, si on le lui avait demandé, elle se voyait passer toute sa vie. Certes, elle aime voyager, voir du pays, et même dépasser les frontières du Royaume-Uni. Ponctuellement. Pour des vacances, des événements. Elle finit toujours pas revenir à l'Écosse, c'est chez elle, son point de repère, la terre où elle se sent bien.

Mais il y a Suzan.

Suzan change tout ça. Suzan quitte la maison familiale et les Hébrides pour ses études en Angleterre, au grand dam de Victoria, et Suzan choisit de travailler en Angleterre par la suite, quittant définitivement l'Écosse pour de nouveaux horizons. Enfin, peut-être que ce n'est pas un choix, le travail ne se trouve pas partout et nécessite parfois de changer de paysages. La carrière impose des chemins sinueux qu'il faut savoir emprunter. Victoria sait tout ça, et elle reste fière pour sa sœur, mais dépitée en son for intérieur.

Suzan part des Hébrides, alors Victoria ne s'y sent plus chez elle. Avant les études de sa sœur, elle imaginait naïvement que celle-ci, après l'obtention de son diplôme, reviendrait en Écosse. Mais Suzan n'a pas l'attachement de Victoria pour ce coin du monde, Suzan prend son envol, et ça, la sorcière ne l'avait pas vu venir.

À quoi tient le sentiment d'appartenance à un endroit ? La sensation d'y être chez soi ? Ceux qu'on y trouve ? Les arbres, les pierres, les paysages, les objets ? Quels sont les repères, les attaches ? Que se passe-t-il si cette balise s'en va, si elle voyage ? Faut-il la suivre ?

Victoria, pour se convaincre qu'elle pouvait quitter les Hébrides, s'est mis en tête que Suzan avait besoin d'elle. C'est une jeune adulte encore hésitante, qui a toujours eu besoin de protection, de soutien, de conseils ; elle ne peut pas partir loin de tout toute seule, elle a besoin de son repère, de quelqu'un pour l'aider. Or, Victoria connaît bien la vie et le fonctionnement des gens, elle a quelques années de travail derrière elle, elle en a vu des problèmes et toute une nuée de personnes différentes. Elle a de l'expérience dans la vie. Bon, peut-être qu'elle n'a pas beaucoup d'expérience dans le voyage, mais pour le reste, on peut compter sur elle ! C'est ce qu'elle répète tout le temps. Alors, si Suzan s'en va, il peut être bon que Victoria l'accompagne. Ça ne peut pas lui faire du mal.

De toute façon, Suzan est d'accord, et même rassurée. Sa sœur est une figure forte, une figure de confiance qui dissipe les brouillards. Avec elle il n'y a rien à craindre. Être à ses cotés, c'est savoir qu'on peut avancer sereinement. Parce que Victoria sera toujours là dans les moments les plus durs, Victoria n'a peur de rien et peut tout affronter, Victoria sait gérer les situations les plus complexes alors que Suzan, elle, se sent trop vite dépassée.

Qui des deux est la balise de l'autre, dans ce cas ? Qui a vraiment besoin de l'autre ?

Le temps le révèlera ! Mais il fallait bien la volonté de Suzan pour que Victoria fasse ses valises et déménage, il n'y avait que Suzan pour la faire changer de vie. Elle ne songe alors pas encore à une reconversion, cette femme capable de tout assurer qu'est Victoria, mais elle marche déjà sur de nouveaux sentiers. C'est une évolution de sa situation insoupçonnée et bienvenue qui ne peut que lui faire du bien.

602

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 23 : Chic
Mots placés : diplôme, carrière, travail, évolution


été 2029
en Angleterre


La Victoria qui approche de la soixantaine est une femme élégante, toujours bien vêtue, de ces habits que personne d'autre ne porte et qui la singularisent, soulignent son charme et mettent en valeur ses traits. On se retourne après l'avoir vue, on la complimente, on la considère d'un œil respectueux et admiratif.

Pourtant, elle n'a pas toujours été vêtue de cette manière, bien qu'elle ait l'élégance pour parfum et la grâce comme maintien.

À sa sortie de Poudlard, son diplôme obtenu mais sans école, sans plan de carrière et ayant à peine un travail, Victoria paraissait simple, jolie mais pas raffinée, élégante mais sans utiliser cette force comme distinction. Elle avait toujours les cheveux bien coiffés, pas une mèche qui dépasse, pas un pli sur sa robe, et des robes modernes, innovantes, étonnantes, mais sans que cela ne la fasse sortir du lot, c'est-à-dire pas plus que les autres. Elle prenait soin d'elle mais elle appartenait toujours à ce milieu simple qui sait aimer la beauté sans en jouer à chaque occasion. Là d'où elle vient, on pense surtout pratique, et on ne s'encombre pas à l'excès. Victoria pensait pratique.

Puis, Victoria a déménagé avec sa sœur en ville. C'était la première fois que la sorcière entrait dans l'urbain, ce monde qui va à toute allure, et elle a été saisie par la comparaison. À Poudlard, tout le monde devait porter l'uniforme de l'école. Quand on ne le portait pas, les habits restaient simples. En Angleterre, après son déménagement au début des années 2020, Victoria a véritablement découvert les grands magasins moldus comme sorciers, et le luxe de certaines tenues.

Au départ, elle s'en amusait, ensuite elle s'y est faite. Elle a pris là-dedans ce qui l'intéressait et elle a changé progressivement sa garde-robe.

Victoria est devenue plus qu'élégante, plus que chic, un peu par conformisme, beaucoup pour avoir une nouvelle allure, se faire accepter, se faire respecter, et énormément pour son plaisir personnel et la joie d'être celle qu'elle voulait. La petite fille qui aimait se déguiser est devenue la femme chic qui s'amuse toujours autant avec ses vêtements, les portant comme symboles, comme messages pour s'exprimer.

Lors de l'été 2029, alors qu'elle retrouve les Hébrides qui ont bercé sa jeunesse et ceux qui habitent ces terres de toute leur âme, les visages qu'elle croise et reconnaît, qu'aucune évolution si ce n'est celle de l'âge n'a abîmé, eux sont frappés par la nouvelle sorcière qui leur arrive. Ils ne savent dire si elle a changé où si elle est plus elle-même que jamais, tant les atours dont elle se pare la révèlent tout en la transformant. C'est Victoria McBee dans ce qu'elle a de plus vrai, et en même temps elle ne ressemble en rien à la jeune sorcière qui est partie. Pourtant elle mange à leur table avec un rire encore plus agréable et communicatif qu'avant.

478

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 24 : Cuire
Mots placés : champignons, arbre, réussite,
travail, commerce, automne, feuille, pluie


été 2037
chez Victoria et Aisha, en Écosse


Victoria est en charge du barbecue. Elle y fait cuire les champignons, tomates, poivrons, oignons et la viande destinés au repas. Elle apprécie cette place en recul, un peu solitaire mais sans être tout à fait détachée du groupe. Elle peut ainsi rester occupée, profiter du soleil, et observer ceux qu'elle aime le plus au monde, qui sont dans sa famille proche et qui discutent à quelques pas d'elle.

La table est placée sous un grand arbre et a une vue directe sur la mer. Remi discute gaiement avec Aisha de sa future rentrée à Poudlard, de ce qui l'y attend, tout en pariant sur sa future maison tandis que Suzan les écoute avec un sourire en dessinant sur un petit carnet.

La scène est parfaite, merveilleuse. C'est de cette réussite que Victoria a toujours rêvé : sa famille, une maison, une vue mer, et ceux qu'elle aime heureux. Certes, elle n'a pas encore de travail valorisant pour remplir ses journées, mais elle a confiance là-dessus, elle sait que ça viendra. Le commerce est un milieu vivant, elle a de l'expérience, des connaissances, elle trouvera ce qui lui plaît. L'essentiel à cet instant lui paraît de profiter de ce temps avec les siens, de cette vie parfaite qu'elle mène à ne se soucier que de la cuisson des légumes sans avoir rien d'autre à redouter qu'une sur-cuisson.

Le soleil leur dore la peau. Qu'elle est belle, la vie écossaise ! Victoria ne la changerait pour rien au monde.

Remi murmure à Aisha :

« Je ne sais pas si je me vois être à Serpentard, comme toi et Vic...
— Oh, c'est pas bien grave, ça nous correspondait mais c'est vrai que ce n'est pas forcément pour toi. Les autres maisons sont très bien aussi, regarde tes parents n'étaient pas à Serpentard.
— Tu seras bien à Poufsouffle, je pense que tu iras là-bas.
— Hmm, je ne sais pas, je crois que je préfère Gryffondor. »

Victoria rigole en silence. Gryffondor ! Ça l'étonnerait que Remi y soit ; pour elle le Choixpeau avait hésité, mais pour Remi elle n'est pas sûre qu'il y pense. C'est un enfant sage, calme, qui balance des jambes sous la table parce qu'il est toujours un peu inquiet, il croit à tout ce qu'on lui dit alors il se fait des idées... des montagnes de pas grand chose... Il est aussi sensible que sa mère, mais c'est une force, une fierté. Il sera toujours guidé par son cœur, Victoria n'a pas de doute là-dessus.

Elle interrompt la conversation sur les maisons avec une question pratique, sans donner son avis sur les interrogations de son neveu.

« Vous préférez bien grillé ou encore tendre ? »

Aisha répond pour tout ce joli monde, appuyée par une affirmation franche de Remi et un hochement de la tête de Suzan : « Bien grillé, ça sera parfait ! »

Ils reprennent leur discussion, et Victoria finalise la cuisson.

Remi sera à Poudlard avant l'automne... Victoria y croit à peine. Les derniers mois ont été mouvementés, entre le divorce de Suzan qui s'est heureusement très bien passé, et les déménagements consécutifs, le repos ne s'est pas présenté et la sorcière n'a pas vu Remi grandir. Il lui semble qu'hier encore, il apprenait à tracer des lettres sur les feuilles qu'elle lui présentait. Le temps passe trop vite. Poudlard... Son petit Remi entre à Poudlard !

Évidemment qu'entre ça et son divorce, Suzan est fragilisée, bouleversée en son cœur. Victoria le sent, Victoria le sait. Elle a toujours partagé un lien fort avec sa sœur, un lien qui l'a poussé à la suivre à travers tout le Royaume-Uni pour être présente pour elle. Elle ne le regrette pas, elle ne regrette rien. Ensemble elles peuvent aller au-devant de tout.

Sans compter que désormais, il y a Aisha. Sa famille en entier : Aisha, Suzan, et Remi. Plus la mer et une belle maison. La vie parfaite, c'est sûr.

La sorcière retire les éléments de la grille du barbecue, s'occupe des dernières tâches puis rejoint ceux qu'elle aime, en espérant silencieusement qu'aucune pluie, qu'aucun orage, que rien ne vienne rompre ce moment précieux qui rend les rêves plus accessibles et le monde plus tendre.

705

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 25 : Fracture
Mots placés : carrière, diplôme, travail, gallions

mai 2010
parc de Poudlard


Victoria et son frère, Angus, sont assis l'un à coté de l'autre dans le parc de Poudlard. Ils observent les autres élèves réviser au soleil, sans avoir pour leur part sorti la moindre fiche ou même un manuel. Les McBee ne font pas semblants, quand ils discutent, ils discutent et ne s'embêtent pas à le cacher derrière un peu de sérieux. Les examens s'annoncent et eux semblent profiter du beau temps.

La vérité, c'est qu'ils s'inquiètent pour leur avenir. Angus s'apprête à passer ses ASPIC avant de quitter Poudlard, et Victoria est déjà en sixième année. Ce sont les deux premiers-nés des McBee, et les deux premiers à devoir faire ces choix d'études.

Mais ce n'est pas si évident.

« Tu pourrais devenir joueuse de Quidditch.
— C'est vrai. Mais j'crois pas avoir le niveau, il faut avoir quoi, Optimal à ses ASPIC ? Jamais j'aurai ça moi !
— Non, non, c'est que Optimal aux ASPIC de Vol.
— Ouais, mais même... Je ne sais pas si c'est pour moi, je ne sais pas si j'y arriverai. Refaire des études... »

La perspective d'une carrière dans le sport est réjouissante, et même l'obtention d'un deuxième diplôme. Quelle classe ce serait ! Qu'est-ce que ça impressionnerait les parents McBee ! Ça pourrait même inspirer le reste de leur fratrie, c'est sûr.

Pourtant, Victoria n'arrive pas à l'imaginer. Sa scolarité à Poudlard l'a rompue avec cet exercice.

« Depuis quand le travail ça t'fait peur ? »

La sorcière grogne, mécontente de ce que son frère insinue. Quand il faut travailler, elle le fait, et sans s'en plaindre. Se relever les manches, ça ne lui fait pas peur. Qu'il répète encore une fois ça et il verra ! Ce n'est pas une fainéante, Victoria, elle ne reste pas les mains dans les poches. Même si elle n'étudie pas, elle ne passera pas ses journées à ne rien faire. Au contraire ! Elle fera bien plus qu'entre les quatre murs d'une école de magie.

« Ça m'fait pas peur, dis pas n'importe quoi ! C'est juste que les études, je suis pas sûre que ça soit ce que je veux. »

Elle n'est pas sûre, et même peut-être qu'elle le sait, que ce n'est pas ce qu'elle veut. Mais comment fracturer aussi définitivement cet avenir ? Et que faire après avoir cassé les ponts vers les lettres de recommandation ?

Angus lui-même semble se poser la question.

« Alors quoi ? »

Victoria soupire, lève les yeux au ciel.

« Je sais pas, un peu de liberté, de tranquillité, autre chose que les devoirs... Des trucs concrets, pas de la théorie ! Apprendre l'histoire du Quidditch, non mais tu crois que ça m'intéresse ça ? »

Elle rit, sur le ton d'un humour que son frère ne partage pas tout à fait. Lui sourit, mais il n'est clairement pas convaincu. Évidemment que des cours théoriques d'histoire, c'est un peu... ennuyeux. Mais ce n'est pas pour ça qu'on renonce aux études !

« Ça m'dit pas ce que t'envisages. Tu vas pas attendre que tout te tombe dans le bec ? »

Elle hausse les épaules négligemment.

« Je travaillerai avec les parents. Ils ont toujours besoin d'un coup d'main. »

C'est vrai, dans les Hébrides, le travail ne manque pas. Les gallions ne tombent pas par centaines dans les poches, mais on ne s'ennuie pas, et c'est déjà ça. Pourtant, Angus ne voit pas forcément Victoria passer sa vie dans la ferme. Peut-être parce que lui, par contre, il s'y voit bien, et se dire qu'il pourrait être en concurrence avec Victoria... bah, il n'y avait pas pensé. Ça l'embête.

Alors, il préfère clarifier la question qui le taraude.

« Mais tu ne reprendras pas leur affaire ?
— Non. »

Il n'y a même pas d'hésitation dans sa voix, de cela, Victoria est sûre.

« Alors ça rime à quoi ? »

Elle ne dit rien, regardant droit devant elle. Elle songe à casser la ligne de son parcours scolaire après Poudlard, et ça ne lui fait pas peur. Quand on veut créer une fracture, il faut l'assumer pleinement. C'est ce que Victoria fait.

Sans réponse, Angus est mal à l'aise. Il conclut avec son propre avenir, plus sûr, moins brisé par la folie d'un refus net.

« Moi je la reprendrai après ma formation. »

725

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 26 : Zip
Mots placés : travail


novembre 2033
au Pays de Galles, à la mer


Qui a dit que le froid était un frein pour ceux qui aiment nager en eau libre ? Cela n'a jamais arrêté Victoria, et cela ne l'arrêtera pas aujourd'hui. Quand elle a besoin de partir nager à la mer, elle y va, peu lui importe que l'eau soit glacée et que le vent renforce cette horrible impression une fois les pieds sur la plage. Ce n'est pas une sorcière à reculer pour si peu.

Pour affronter la morsure hivernale de la mer, Victoria a revêtu une combinaison de nage, avec un zip dans le dos. C'est une tenue moldue, renforcée par quelques runes à l'intérieur pour la rendre plus agréable. Mais la fermeture éclair... La fermeture éclair ne plaît pas beaucoup à la femme, autant pour une question esthétique que pour le confort. Pourtant, elle n'a pas vraiment le choix, alors elle s'y fait. Même si le fait que le zip soit placé dans le dos rend la combinaison compliquée à retirer quand on est seule, c'est la solution la plus pratique.

Isolée dans sa tenue de nage, Victoria se laisse immerger. Il ne faut pas attendre longtemps avant qu'elle ne se lance dans un crawl rapide qui l'éloigne de la plage ; pour vaincre le froid le mouvement est une méthode efficace et sûre.

Ce n'est pas tout d'avoir sur soi une combinaison à fermeture éclair, il faut aimer se lancer à l'eau, avoir ses raisons, savoir pourquoi on y va. Ceux qui n'ont aucun objectif n'y arrivent pas. Il ne suffit pas de faire ça avec habitude, ou conviction.

Victoria, elle, aime y aller pour réfléchir. C'est un travail sur elle-même qu'elle n'effectue que dans l'eau. Ses journées, elle les passe à s'occuper tout le temps, sans repos, sans respiration ; nager, c'est sa respiration. Son moment. Soudain tout se suspend et elle peut penser à elle, à sa vie, à ses choix. Certains méditent, d'autres partent nager. La réflexion dans le mouvement. Que pouvait-il en être d'autres pour une sorcière comme Victoria, qui ne sait pas tenir en place ?

Alors elle nage pour avancer et résoudre ses problèmes.

En ce moment, c'est sa relation avec Aisha qui la préoccupe. Non pas que ça se passe mal, au contraire. Elle songe justement à lui proposer de vivre avec elle, dans la même maison. Cela fait des années que leur relation est stable, des années que tout va bien, qu'elles ne se sont jamais posées la question de partager une maison, et voilà que Victoria y songe, en cette après-midi de novembre. Comme quoi, une fois la tête sous l'eau, les perceptions du monde changent du tout au tout.

Elle lui en parlera dans la semaine. Ou peut-être qu'elle lui enverra une lettre. C'est bien ça, une lettre, ça peut être comme une étoile qui tombe du ciel pour se poser dans la paume.

476

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051

Recueil d'OS PNJ Slalomante couleuvre
INK'TOBER DE L'EEC - JOUR 27 : Veracrasse
Mots placés : réussite, travail, évolution


février 2007
volière de Poudlard


Victoria est seule dans la volière de Poudlard, avec tous les hiboux et les chouettes qui habitent ce lieu. L'air frais entre par une ouverture, les rares élèves qui passent ici en ce mois de février ne traînent pas beaucoup, entre le froid et l'odeur des oiseaux on a tendance à faire ce pour quoi on est venu, et à repartir aussitôt sans s'attarder. Mais Victoria, elle, n'a même pas apporté de lettre. Elle est venue avec son sac de cours qu'elle a posé à ses pieds, uniquement pour parler à une petite chouette hulotte. C'est un peu fou d'affronter l'hostilité du lieu pour ça, surtout que l'oiseau ne répondra très probablement pas à la Serpentard. Mais elle a ses raisons et ses motivations.

« Tu aimes les veracrasses ? Je t'en ai ramené un. »

Victoria se penche sur son sac, l'ouvre, et en sort un ver immense et plus épais qu'un pouce. Elle l'approche de la chouette en le tenant bien entre deux doigts.

L'oiseau paraît curieux, mais c'est une interprétation peu sûre. C'est à peine s'il bouge des yeux, tout à fait immobile.

« Tu manges des vers, non ? Un veracrasse c'est juste un gros ver. Tellement énorme qu'il vaut bien dix petits vers. Et encore, celui-ci ça va. Certains peuvent être vraiment grands. J'ai vu ça en cours. Mais peut-être que tu le sais déjà, peut-être que tu en as déjà mangé. C'est bon ? T'aimes bien ? Ou pas ? »

Le veracrasse remue comme s'il tentait de s'extraire à cette poigne qui le maîtrise, sentant venir à l'horizon un funeste destin qui lève en lui un instinct de survie puissant, mais c'est bien inutile.

« Tu peux y aller, je vais pas t'empoisonner ! Je l'ai trouvé dans le parc, je l'ai pris en pensant à toi. Aprèèès, c'est vrai qu'il a pas l'air très appétissant... Et puis il est un peu petit... Peut-être que tout le monde a raison et que tu préfères le miamhibou. Enfin ça n'a pas l'air meilleur... Tous les deux sont... beurk ! Mais lui je l'ai pris pour toi... »

Victoria est un peu dépitée face à l'absence de réaction de la chouette. Est-ce qu'elle a mis ce gros truc visqueux dans son sac pour rien ? Elle va devoir acheter du miamhibou à la place ? Ou est-ce que son amie l'oiseau n'aime juste pas les veracrasses ? Elle a certainement déjà dû y goûter.

La jeune élève soupire. Elle s'est attachée au fil des mois à la chouette hulotte, lui donnant même le joli surnom de « Chouchou » pour s'adresser à elle. Ce n'est pas la première fois qu'elle lui parle. Victoria demande toujours au même oiseau de porter son courrier à sa famille, elle s'y est attachée, elle en vient même à attendre qu'il soit dans la volière pour lui remettre ses lettres, ne les remettant à aucun autre volatile. Elle a son chouchou, l'expression est bonne. Mais aujourd'hui, sa tentative de faire plaisir à la chouette n'est de toute évidence pas une réussite.

Avant Poudlard, Victoria n'était pas passionnée par les oiseaux. Son intérêt s'est révélé avec les cours de Soins aux Créatures Magiques et sa soudaine proximité avec la volière de l'école et ses hiboux. C'est un émerveillement curieux pour beaucoup de ses camarades, qui malgré leur amitié avec Victoria, ne parviennent pas à comprendre comment elle peut parler avec des oiseaux.

La volière, c'est l'intermédiaire entre Victoria et sa famille, et entre Victoria et Suzan. La plus jeunes des deux sœurs ne sait pas encore très bien écrire ou lire, alors la mère McBee fait la traductrice et la rédactrice entre ses filles, à leur plus grand plaisir. Victoria aime raconter ses journées à Poudlard à Suzan, et Suzan aime découvrir ces histoires qui paraissent tirées d'un conte de fée, ou nées d'un roman de fiction qu'elle découvre grâce à sa sœur. Elles communiquent par hibou, alors Victoria passe du temps dans la volière. Elle s'est attachée à ceux qui la portent, à ceux dont le travail aérien fait le bonheur des sorciers aux pieds ancrés dans le sol. Ça lui rappelle aussi le Quidditch, le vol sur balai. Elle s'identifie. Les hiboux et cette jolie chouette hulotte la fascinent.

« Ah tu bouges enfin ! »

L'oiseau se rapproche du veracrasse, qui remue de plus bel, sentant sa fin venir. La chouette hulotte le saisie vivement dans son bec, le tire à lui avec envie, Victoria lâche ainsi le gros ver, et...

... et la chouette laisse le veracrasse retomber au sol.

« Hey ! T'es sérieuse ?! »

Victoria est outrée par ce geste.

« Je l'ai pris pour toi ! T'en veux pas c'est ça ? T'aimes pas ? Pfff.... »

Tout en parlant, Victoria se penche pour rattraper le veracrasse entre ses doigts. Elle le monte au niveau de ses yeux avec une grimace.

« Mais vas-y t'étais pas obligée de le faire tomber... T'as fait exprès, je sais. Bon tant pis, j'ai compris, t'y toucheras pas plus... Je vais le relâcher dans le parc. Il a déjà été dans mon sac donc bon, ça changera pas grand chose de l'y remettre, j'imagine... »

Elle soupire, déçue.

« J'ai compris, la prochaine fois je te prends du miamhibou. J'espère que tu en mangeras là ! Parce que ça se trouve pas gratuitement dans le parc ça. Mais si c'est pour toi. »

La jeune fille s'amuse du regard de la chouette qui n'a pourtant connu aucune évolution, puis elle met le veracrasse dans son sac.

Victoria reste encore un peu pour parler à la chouette avant de partir en saluant l'oiseau de la main, gaieté retrouvée par cette rencontre, malgré l'étrange histoire du veracrasse qui aura bien craint pour sa vie, et qui n'est pas passé loin de connaître la chouette hulotte de plus près. Heureusement, c'est vers le parc qu'on le dirige finalement ! Il aura eu chaud, ce veracrasse, dans les mains d'une Victoria un peu trop généreuse.

1004

Directrice de la Poste Magique depuis août 2051