PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow

Gordon Esiason
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Une pensée d’une grande noirceur envahit le garçon. Ivanovna, Alyona, Gordon... tous de sang pur... et tous semblent avoir l’impossibilité de vivre leur vie comme ils l’entendent, corsetés qu’ils sont par une même hérédité pesant des tonnes. Et comme tous semblent au même stade, proches de la libération adulte après une enfance de souffrance, à devoir reproduire un modèle jugé insupportable. Qu’est-ce qui différencie les Serpentards des autres sorciers ? Comment parviennent-ils à vivre leur statut sans en souffrir ? Est-ce uniquement dû à une éducation réussie ? Ou y-a-t-il un mystère caché dans les tréfonds des arbres généalogiques ? Il se demande ce qui explique la bonté d’Alyona. Il faut bien admettre qu’elle a des rondeurs dans ses phrases qu’Ivanovna ne maîtrise pas. Ce n’est pas une question de dureté de la part de Vana. Peut-être est-il moins habitué à son amie Botaniste ? Tout ça est bien inutile, même s’il admet que ce sont les moments d’amitié qui comptent le plus dans sa vie.

- Au contraire, au contraire. J’aurai plein d’anecdotes jardinières à raconter à Mère... Si tu veux mon avis, elle s’imagine sans doute des choses... autant lui couper l’herbe sous...

Il n’en dit pas plus mais Alyona qui est loin d’être idiote a sans doute compris qu’ils sont tous les deux assujettis aux contraintes du sang. Aurélia n’est plus dans le jeu alors pourquoi pas une autre... Mais il refuse ce terrain-là. Merlin qu’il est dur de ne rien permettre, ne rien suggérer dans une conversation anodine.
Doué pour la gymnastique d’esprit, Gordon saute sur l’occasion pour une fois encore faire semblant d’être surpris. A ce jeu-là, il est à l'aise.

- Hein !?! Ne me dis pas que toi aussi tu as ce genre de poussée d’adrénaline !!! Bételgeuse ! Mais vous allez acheter toute l’Angleterre ou quoi ???

Habile sa façon d’ignorer l’Irlande. Il espère ainsi faire oublier les manigances maternelles.

- Naaaaahh, non non non non... Alyona.... Réfléchis... Tu es raisonnable toi au moins. Vana, je ne peux rien quand elle a décidé quelque chose. Rien ne lui résiste.

Attention petit sorcier, tu es encore proche de l’aveu...

- Enfin... je ne devrais pas dire cela. Toi au moins, tu t’assumes !

On croirait entendre Mère...

- Enfin je veux dire...Quand même, tu gagnes ta vie, c’est pas comme nous... Et comme tu le dis si bien, si tu veux exister, c’est peut-être la bonne façon de faire...

Il commence à comprendre le raisonnement féminin. La nidification. Encore un autre aspect du sujet qui pourrait bien l’enfermer dans une discussion qu’il fait tout pour ne pas engager. Vite, une idée...

- C’est une question de moyens je crois. Si on a les gallions nécessaires, tous les rêves sont permis.

Il a beau être devenu un hybride, sa vocation Botanique demeure et il ne met pas longtemps à tomber sous le charme de ce lieu. L’avantage des plantes, c’est qu’elles ne parlent pas. Aucune volonté de combler les vides du silence par des mots sans intérêt. Elles vous envoient leurs pensées d’une manière toute autre. C’est un langage qu’il connait et qu’il aime. C’est bien par cette force-là qu’il a abandonné ses premiers rêves. Il ne le regrette jamais mais jamais non plus il ne reniera ces deux années d’études supérieures avec Alyona, Ondine et les autres. Tout était facile, tout était beau.

- Alyona... c’est magnifique.

Il peut alors mesurer l’écart existant entre le travail que l’on apprend et celui que l’on fait une fois en situation. Ce jardin est extraordinaire. On y respire un parfum mélangé de fraîcheur et d’immuable, l’impression d’être dans un lieu nouveau, qui nous rappelle tout ce que l’on aime sans nous en lasser. Il est allé une fois, il y a de cela plusieurs années, à l’ouest de l’Écosse, dans un lieu nommé Inverewe Garden. Un immense jardin niché dans une crique au climat différent, presque tropical ! On y croise des plantes improbables à de telles latitudes. Et surtout une méthode de « rangement » des espèces à nulle autre pareille. Il y était venu avec son père après avoir fait une excursion à la réserve des Hébrides. C’est peut-être bien cette visite qui l’avait motivé pour la Botanique. Il s’en souvient bien, l’été d’après les BUSEs. Un optimal en Botanique, un autre en Potions mais avec des réserves à son avis… Soins aux Créatures Magiques et Vol complétaient le tableau… En ce temps-là, les dragons le fascinaient au point de vouloir apprendre à les soigner. Mais cette visite l’avait beaucoup impressionné. D’où ses efforts les années suivantes. Et le voilà, pris entre un souvenir heureux et un instant de vie merveilleux. Faut-il dire merci à Mère de lui avoir imposé cette visite ? Il n’ira pas jusque-là. Savourer.
Dès lors, pénétrer les serres n’est qu’un bonus pour qui vient d’ouvrir les yeux.

- Le jardinier est un peu le père de son domaine. Enfin la mère si tu préfères. Pour moi c’est pareil…

Non, ce n’est pas pareil du tout, autant son père s’avère souvent constructif, autant Mère est une gorgone croisée harpie. Il ne comprend toujours pas pourquoi la seule personne trouvant grâce à ses yeux est Ivanovna, qu’en outre Mère ne connaît qu’à peine. Mais en l’heure, il est encore quelque part entre Draíocht et le Loch Ewe. Et les serres ne font qu’amplifier sa nostalgie. Des gants sont posés là, à l’entrée. Instinctivement, il les enfile et dit.

- Tu as besoin d’aide ?

Il agite ses doigts comme s’il voulait montrer que ça le démange vigoureusement.