Ce que nous fûmes.

Mercredi 4 Octobre 2051,
Cours sur l’Art des poisons, UE 17
Cours sur l’Art des poisons, UE 17
Le produit a muté en un instant, débordant du chaudron en clapotis très intenses, projetant dans tous les sens des copeaux de la croûte en formation à la surface du liquide. En dizaines de petites échardes il crible le laboratoire de ces émanations attaquant les surfaces rencontrées. Certains sorts génériques protègent les paillasses. Et sur les côtés, les étagères emplies de substances et autres plantes dans l’attente d’un usage voient elles aussi leurs protections absorber les épines. Tous ont pris les mesures qui s’imposent en pareil cas et le professeur Ross le premier, qui a dans l’instant isolé le chaudron en question. Mais les dégâts ne sont pas négligeables et si certains ont réussi à esquiver, un Protego suffisant semble-t-il, deux élèves sont touchés. Siwan peut dire adieu à ses lunettes en ébène, elles l’auront au moins préservé de la cécité. Mais Gordon est à terre, la main droite sur un avant bras gauche dégageant une odeur de peau brulée. La brindille a frappé juste au dessus du gant en peau de dragon. On est presque à la base du coude, le tablier laisse entrevoir un trou, la substance a dû être projetée à une vitesse inquiétante pour parvenir à percer l’habit sensé faire barrage. Il faut vite le déshabiller pour accéder à la peau. Aucune maladresse, ils sont tous entraînés. Mais la magie ne peut pas arrêter le temps, ce serait trop pratique. Le mal est fait. Désormais les soins doivent prendre le relais.
- Gordon…
Ivanovna parle d’une voix calme, lui ne voit rien mais les yeux noirs de l’étudiante sont concentrés sur l’analyse de la situation. Évanoui, le sorcier ne bouge pas.
- Il faut immédiatement le passer sous la douche !
Le professeur intervient pour appliquer les protocoles habituels en pareil cas. Chaque laboratoire est équipé d’un espace dédié en cas de nécessité. Il n’est pas question d’une simple douche, ce qui est prévu est un liquide composé de multiples produits dosés à proportion des possibilités magiques présentes dans les poisons travaillés. Mais déplacer un individu inconscient est toujours délicat. Et dans le cas précis, on risque d’amplifier la contamination. Elle décide de tenter de le réveiller. Sortant une fiole, elle la met sous le nez de son binôme. Un gaz grisâtre en sort et en quelques instants, l’étudiant ouvre les yeux.
- Gordon, on va te mettre sous la douche, aide-nous à te déshabiller.
Ce qui revient à dire « laisse-toi faire ». Il n’est pas agité, c’est au moins ça. Si tel avait été le cas, les effets néfastes seraient déjà en train de se diffuser à tout le corps. Pour le moment, il est calme.
Ivanovna a pris les choses en mains , aidée de deux étudiantes tandis que Siwan a déjà mis ses lunettes à la poubelle. Son propre binôme inspecte le visage miraculé de la galloise qui elle laisse voir son inquiétude quant à Gordon.
Il est désormais nu comme un ver derrière une glace trahissant au plus les formes de son corps. Dans ces moments de la vie, la nudité passe à l’arrière plan, tous sont inquiets du trou qu’il a au bras, ouverture par laquelle sang et liquide foncé sortent en abondance. Il se met à hurler tout d’un coup, ce que le professeur semble presque espérer. Doit-on y voir le signe du rejet du poison ?
L’homme est entré de même sous la douche, les étudiants le voient frotter énergiquement la plaie, ce qui perturbe Ivanovna. Ne risque-t-il pas d’activer plus encore les effets ? Remettre en question l’autorité ne se fait pas dans ce genre de circonstances, elle décide de faire confiance sans se rendre compte qu’elle craint plus pour lui qu’autre chose. Il gémit tandis que la baguette du maître complète le soin. Tenu fermement debout, il fait au mieux pour aider mais son corps ne le soutient pas vraiment. Les vapeurs mélangées à l’eau entourent les deux sorciers, l’un toujours aussi nu, l’autre tout habillé en peau de dragon, totalement insensible aux effets du « nettoyage ».
La scène dure plus de cinq minutes à l’issue desquelles Gordon sort, couvert par une grande serviette vers le bas. Son bras n’est pas en très bon état mais plus rien n’en suinte. Dans le même temps qu’on le lavait, les autres étudiants ont tous remis la salle en ordre dans un ballet impressionnant de sorts de récurage. Le chaudron incriminé, récipient dont on saura plus tard qu’il a été mal lavé par le sorcier responsable de la préparation des salles, est déjà vide, presque sec. Dans la salle règne désormais une étrange ambiance, tous les regards sont tournés vers Ivanovna, restée à distance raisonnable. Ses yeux ne montrent rien, ce qui n'étonne personne. Elle paraît soucieuse mais il est difficile de déceler l’émotion qu’ils s’attendent à constater. Une fois le sorcier habillé, sans surprise elle prend sur elle de le ramener chez lui. Le professeur Ross donne alors conseils et soins potentiels à respecter, concluant par ces mots.
- Pas de magie de sa part d’ici demain. Surveillez le cataplasme et changez-le s’il vire au violet.
Pansement sur préparation de sa composition, uniformité. L’effet permet au duo de rentrer dans la chambre d’étudiant de Gordon sans grande difficulté. Cette après-midi est celle de la semaine délestée de cours, toujours ça de gagné. Une fois chez lui, elle l’allonge sur le lit avec les précautions d’usage et beaucoup d’appréhension. Ivanovna fait face à une situation qu’elle connaît mal. Administrer une potion quelconque est une chose. Facile, le patient boit et hop. Mais là, il faut surveiller, être attentive aux moindres gestes, éviter de laisser les effets secondaires perdurer et ainsi permettre au feu de reprendre vigueur. Les effets zombies, ils les étudient. Cette fois, elle est en situation de combat et applique la théorie apprise avec sérieux. Il s’est allongé, autant par sa volonté que du fait des injonctions ivanovniennes… Très vite le sorcier plonge dans un sommeil que les calmants donnés par le professeur ont rendu accessible. La douleur perdure mais la fatigue est plus forte. Un interminable moment commence pour elle.
La chambre d’étudiant de Gordon est depuis quelques mois devenue un lieu ascétique. Lit, bureau, petit coin toilettes et c’est tout. Ajoutez une armoire de fortune et on aura tout dit. Aucune décoration, livres et parchemins voilà tout ! Devant le bureau, au mur, les traces de quelque chose qui fut épinglé, que l’on a retiré. Il fait un peu froid, humide surtout. Rien à voir avec l’appartement d’Ivanovna. C’est la première fois qu’elle s’y trouve et au regard de l’indigence des lieux elle se dit qu’il a tout fait pour ne pas les montrer. La première heure, Ivanovna s'en tient à regarder le cataplasme, ses moindres modifications. Mais il ne se passe vraiment rien. Le soin apporté semble faire effet et Gordon dort tranquillement, sans jamais émettre un son inquiétant. Elle est à ce moment-là bien trop inquiète pour penser à autre chose. Puis l’heure tourne. Il ne se réveille pas. Un hibou frappe au carreau alors qu’il fait déjà nuit, que la sorcière poursuit une veillée jusque-là sans histoire. Aurélia. Elle lui répond sans attendre, en ne parlant surtout pas de ce qui vient d’advenir. De toutes façons Gordon n’est plus dans la vie d'Aurélia, écrire à son propos ne ferait que du mal. Il se passe deux bonnes heures on est proche de Minuit quand elle sort enfin de ce travail épistolaire. Il n’a toujours pas quitté Morphée et aucune trace de violet à l’horizon.
Alors elle s’arrête, ayant préparé le hibou scellé comme à son habitude. Plus tard elle s’assied sur le coté du lit. Le jeune homme semble sorti de sa première phase de sommeil. Désormais, il s’agite un peu.
- Maman…
Il n’a pas dit autre chose, Ivanovna a bien entendu. Et c’est la première fois qu’elle l’entend ainsi appeler sa mère. C’est un petit qui parle, Gordon n’a pas dix ans, peut-être pas même cinq. A quoi rêve-t-il alors ? Est-ce un écho du jour dans un passé lointain ? Une blessure jamais vraiment refermée, un appel privé de réponse ? Les traits du visage, elle les interprète comme une souffrance qui n’est pas entendue. C’est dur pour elle. Il bouge. Alors elle finit par poser une main sur sa joue, le genre de geste qu’elle s’interdirait s’il était éveillé. Ce n’est pas un abus, elle veut seulement aider. Gordon est un peu chaud. Mais il entend le langage de sa peau, la sorcière le sait, il répond du mieux possible en cet instant. A quoi pense-t-il ? Peut-être bien à qui ? Personne ne sait ce que nous fûmes.
- Gordon…
Ivanovna parle d’une voix calme, lui ne voit rien mais les yeux noirs de l’étudiante sont concentrés sur l’analyse de la situation. Évanoui, le sorcier ne bouge pas.
- Il faut immédiatement le passer sous la douche !
Le professeur intervient pour appliquer les protocoles habituels en pareil cas. Chaque laboratoire est équipé d’un espace dédié en cas de nécessité. Il n’est pas question d’une simple douche, ce qui est prévu est un liquide composé de multiples produits dosés à proportion des possibilités magiques présentes dans les poisons travaillés. Mais déplacer un individu inconscient est toujours délicat. Et dans le cas précis, on risque d’amplifier la contamination. Elle décide de tenter de le réveiller. Sortant une fiole, elle la met sous le nez de son binôme. Un gaz grisâtre en sort et en quelques instants, l’étudiant ouvre les yeux.
- Gordon, on va te mettre sous la douche, aide-nous à te déshabiller.
Ce qui revient à dire « laisse-toi faire ». Il n’est pas agité, c’est au moins ça. Si tel avait été le cas, les effets néfastes seraient déjà en train de se diffuser à tout le corps. Pour le moment, il est calme.
Ivanovna a pris les choses en mains , aidée de deux étudiantes tandis que Siwan a déjà mis ses lunettes à la poubelle. Son propre binôme inspecte le visage miraculé de la galloise qui elle laisse voir son inquiétude quant à Gordon.
Il est désormais nu comme un ver derrière une glace trahissant au plus les formes de son corps. Dans ces moments de la vie, la nudité passe à l’arrière plan, tous sont inquiets du trou qu’il a au bras, ouverture par laquelle sang et liquide foncé sortent en abondance. Il se met à hurler tout d’un coup, ce que le professeur semble presque espérer. Doit-on y voir le signe du rejet du poison ?
L’homme est entré de même sous la douche, les étudiants le voient frotter énergiquement la plaie, ce qui perturbe Ivanovna. Ne risque-t-il pas d’activer plus encore les effets ? Remettre en question l’autorité ne se fait pas dans ce genre de circonstances, elle décide de faire confiance sans se rendre compte qu’elle craint plus pour lui qu’autre chose. Il gémit tandis que la baguette du maître complète le soin. Tenu fermement debout, il fait au mieux pour aider mais son corps ne le soutient pas vraiment. Les vapeurs mélangées à l’eau entourent les deux sorciers, l’un toujours aussi nu, l’autre tout habillé en peau de dragon, totalement insensible aux effets du « nettoyage ».
La scène dure plus de cinq minutes à l’issue desquelles Gordon sort, couvert par une grande serviette vers le bas. Son bras n’est pas en très bon état mais plus rien n’en suinte. Dans le même temps qu’on le lavait, les autres étudiants ont tous remis la salle en ordre dans un ballet impressionnant de sorts de récurage. Le chaudron incriminé, récipient dont on saura plus tard qu’il a été mal lavé par le sorcier responsable de la préparation des salles, est déjà vide, presque sec. Dans la salle règne désormais une étrange ambiance, tous les regards sont tournés vers Ivanovna, restée à distance raisonnable. Ses yeux ne montrent rien, ce qui n'étonne personne. Elle paraît soucieuse mais il est difficile de déceler l’émotion qu’ils s’attendent à constater. Une fois le sorcier habillé, sans surprise elle prend sur elle de le ramener chez lui. Le professeur Ross donne alors conseils et soins potentiels à respecter, concluant par ces mots.
- Pas de magie de sa part d’ici demain. Surveillez le cataplasme et changez-le s’il vire au violet.
Pansement sur préparation de sa composition, uniformité. L’effet permet au duo de rentrer dans la chambre d’étudiant de Gordon sans grande difficulté. Cette après-midi est celle de la semaine délestée de cours, toujours ça de gagné. Une fois chez lui, elle l’allonge sur le lit avec les précautions d’usage et beaucoup d’appréhension. Ivanovna fait face à une situation qu’elle connaît mal. Administrer une potion quelconque est une chose. Facile, le patient boit et hop. Mais là, il faut surveiller, être attentive aux moindres gestes, éviter de laisser les effets secondaires perdurer et ainsi permettre au feu de reprendre vigueur. Les effets zombies, ils les étudient. Cette fois, elle est en situation de combat et applique la théorie apprise avec sérieux. Il s’est allongé, autant par sa volonté que du fait des injonctions ivanovniennes… Très vite le sorcier plonge dans un sommeil que les calmants donnés par le professeur ont rendu accessible. La douleur perdure mais la fatigue est plus forte. Un interminable moment commence pour elle.
La chambre d’étudiant de Gordon est depuis quelques mois devenue un lieu ascétique. Lit, bureau, petit coin toilettes et c’est tout. Ajoutez une armoire de fortune et on aura tout dit. Aucune décoration, livres et parchemins voilà tout ! Devant le bureau, au mur, les traces de quelque chose qui fut épinglé, que l’on a retiré. Il fait un peu froid, humide surtout. Rien à voir avec l’appartement d’Ivanovna. C’est la première fois qu’elle s’y trouve et au regard de l’indigence des lieux elle se dit qu’il a tout fait pour ne pas les montrer. La première heure, Ivanovna s'en tient à regarder le cataplasme, ses moindres modifications. Mais il ne se passe vraiment rien. Le soin apporté semble faire effet et Gordon dort tranquillement, sans jamais émettre un son inquiétant. Elle est à ce moment-là bien trop inquiète pour penser à autre chose. Puis l’heure tourne. Il ne se réveille pas. Un hibou frappe au carreau alors qu’il fait déjà nuit, que la sorcière poursuit une veillée jusque-là sans histoire. Aurélia. Elle lui répond sans attendre, en ne parlant surtout pas de ce qui vient d’advenir. De toutes façons Gordon n’est plus dans la vie d'Aurélia, écrire à son propos ne ferait que du mal. Il se passe deux bonnes heures on est proche de Minuit quand elle sort enfin de ce travail épistolaire. Il n’a toujours pas quitté Morphée et aucune trace de violet à l’horizon.
Alors elle s’arrête, ayant préparé le hibou scellé comme à son habitude. Plus tard elle s’assied sur le coté du lit. Le jeune homme semble sorti de sa première phase de sommeil. Désormais, il s’agite un peu.
- Maman…
Il n’a pas dit autre chose, Ivanovna a bien entendu. Et c’est la première fois qu’elle l’entend ainsi appeler sa mère. C’est un petit qui parle, Gordon n’a pas dix ans, peut-être pas même cinq. A quoi rêve-t-il alors ? Est-ce un écho du jour dans un passé lointain ? Une blessure jamais vraiment refermée, un appel privé de réponse ? Les traits du visage, elle les interprète comme une souffrance qui n’est pas entendue. C’est dur pour elle. Il bouge. Alors elle finit par poser une main sur sa joue, le genre de geste qu’elle s’interdirait s’il était éveillé. Ce n’est pas un abus, elle veut seulement aider. Gordon est un peu chaud. Mais il entend le langage de sa peau, la sorcière le sait, il répond du mieux possible en cet instant. A quoi pense-t-il ? Peut-être bien à qui ? Personne ne sait ce que nous fûmes.
Ce que nous fûmes.

Jeudi 4 Octobre 2051,
Au petit matin
Au petit matin
- Je suis resté longtemps dans les pommes ?
- Non. J’ai utilisé de l’essence de Bézoard, cela produit toujours un effet vivifiant.
- Tu m’as fourré ça…?
- Sous le nez. C’est le même effet que l’ammoniac moldu, si tu lisais mieux « La botanique dans l’Histoire sorcière » tu saurais de quoi il est question… Mais peu importe. Tu as l’air complètement guéri et c’est tout ce qui compte.
- Et donc ensuite vous m’avez passé à la douche ?
- Oui, avec le Professeur Ross, qui frotte énergiquement les enfants sales. On t’a bien entendu grogner !…
Gordon s’interrompt, contrarié par ce qu’il croît comprendre.
- Donc j’étais ?….
- Tout nu oui. Mais rassure-toi, à ce moment-là, personne n’en avait après ton corps d’athlète. Nous pension surtout à ta santé… et à nous protéger du grabuge en action. Les projections avaient maculé toute la salle de leurs grumeaux. Une belle cochonnerie. Pour un poison déviant, c’en était un beau. Pas dangereux finalement mais très incommodant. Tu connais les consignes ; sécuriser, estimer, soigner. S.E.D.S…. mais dans ces coups de temps-là, les décisions sont prises sans qu’on y réfléchisse vraiment.
- Donc vous n’avez pas…
- Non, nous n’avons rien vu. Si tu as un tatouage placé à un endroit gênant de ton individu, sache que personne n’a eu le loisir de l’admirer. Ce que tu es pudique…
Mot qu’elle regrette immédiatement car elle comprend qu’elle l’a blessé et ce n’était pas son intention. Il est vrai que le rapport au corps est une chose pour le moins chaotique dans la tête d’Ivanovna. Autant elle déteste le sien, ce qui est souvent le cas des gens les mieux lotis, autant elle trouve la question insignifiante quand il s’agit d’autrui. En fait, il faudrait même désapprouver sa manière de voir. Elle a les comportements d’une mère face à un petit dans la peine, l’enfant voudrait un câlin quand la mère s’en révèle incapable. La même complainte que celle qu’elle l’entendit prononcer durant la nuit, cet appel à un secours qui ne viendra jamais.
- Oh, pardon, Gordon, je ne voulais pas te blesser.
Et dans le même élan, elle le prend dans ses bras dans un geste d’une grande douceur.
- Nous avions peur pour toi tu comprends ? Je suis sûre que même celles qui auraient eu sans cela des idées farfelues pensaient à ta santé et à rien d’autre. Cela n’a pas duré très longtemps mais nous attendions avec fébrilité. Les entrainements aux accidents, c’est une bonne chose mais là, ça n’avait rien à voir. Le professeur nous a tous félicités mais on n’en menait pas large crois-moi…
Plusieurs larmes finissent par sortir du noir de ses yeux. La jeune femme est émue mais elle ne maquille pas sa maladresse par ce subterfuge. L’émotion est réelle même si elle ne sanglote pas.
- Je n’aurais pas voulu perdre mon binôme aussi bêtement…
Il faudrait des mots complémentaires, ils ne viennent pas. Ami ? Il n’est pas question de cela. Mais alors… Alors… Alors il ne faut pas nommer quelque chose quand on en ignore l’exacte nature. Et puis, il a beau savoir une grande partie de l’histoire de la famille Gunnray-Alekhin, il ne mesure pas l’étendue du désastre. Qui voit-elle en lui sinon son petite frère ? Et peut-être bien plus encore mais cela nul n’en mesure la possibilité.
- J’ai au moins quelqu’un pour qui je compte… Mes parents sont prévenus ?
- Je ne crois pas. En tout cas si tel est le cas, je n’en suis pas l’initiatrice. Mais je crois qu'il en faut plus pour que l'Institut aille jusque-là.
Elle a raison. Les accidents sont rares mais il ne se passe pas de mois sans que l’un d’entre eux, toutes filières confondues, soit blessé durant des travaux pratiques. On n’apprend rien si l'on ne met pas les mains dans la sauce. Une chose est sûre, jamais elle n'a vu des parents venir dans ce genre de circonstances...
- Tu veux que je le fasse ?
- Non. Et de toutes manières, Mère ne viendrait pas ici.
C’est vrai qu’elle déteste le voir dans ce qu’elle considère être un cagibi. Il ne sait pas comment elle a toléré qu’il y reste deux ans supplémentaires. A ces yeux c’est un mystère mais il ne s’en est jamais soucié. Pour une fois qu’elle le laisse agir sans vouloir régenter sa vie…
- … je peux retourner en cours. J’ai été… bien soigné…
Ce n’est pas lui qui séché l’eau sur les joues de Vana. Elle s’en est chargée toute seule, sans pouvoir le faire discrètement, la pièce est bien trop petite pour cela.
- On a qu’à passer à la cafétéria !? Ensuite, un bon vieux sort de fille en retard le matin et on aura l’air neufs !?!
- Allons-y sinon…
Sinon tout l’Institut jasera dans leur dos, et cette fois avec des arguments. Celle-là, il l’a gardé pour lui, le genre de blagues qu’il est préférable de ne pas faire en ce moment. D’ailleurs, Gordon n’a pas eu besoin de faire un effort, l’idée l’a effleuré mais il n’a pas la tête à l’humour. Le cerveau embrumé par une nuit de sommeil profond, il a encore un léger mal de tête. A son âge, venir en cours les cheveux ébouriffés est toujours signe de bonne santé, et il l’a fait tant de fois que personne n’y verra autre chose que la norme. Elle… Ivanovna n’a pas eu vraiment peur mais sa nuit est à ranger parmi les moments à bien analyser le temps venu.
- Non. J’ai utilisé de l’essence de Bézoard, cela produit toujours un effet vivifiant.
- Tu m’as fourré ça…?
- Sous le nez. C’est le même effet que l’ammoniac moldu, si tu lisais mieux « La botanique dans l’Histoire sorcière » tu saurais de quoi il est question… Mais peu importe. Tu as l’air complètement guéri et c’est tout ce qui compte.
- Et donc ensuite vous m’avez passé à la douche ?
- Oui, avec le Professeur Ross, qui frotte énergiquement les enfants sales. On t’a bien entendu grogner !…
Gordon s’interrompt, contrarié par ce qu’il croît comprendre.
- Donc j’étais ?….
- Tout nu oui. Mais rassure-toi, à ce moment-là, personne n’en avait après ton corps d’athlète. Nous pension surtout à ta santé… et à nous protéger du grabuge en action. Les projections avaient maculé toute la salle de leurs grumeaux. Une belle cochonnerie. Pour un poison déviant, c’en était un beau. Pas dangereux finalement mais très incommodant. Tu connais les consignes ; sécuriser, estimer, soigner. S.E.D.S…. mais dans ces coups de temps-là, les décisions sont prises sans qu’on y réfléchisse vraiment.
- Donc vous n’avez pas…
- Non, nous n’avons rien vu. Si tu as un tatouage placé à un endroit gênant de ton individu, sache que personne n’a eu le loisir de l’admirer. Ce que tu es pudique…
Mot qu’elle regrette immédiatement car elle comprend qu’elle l’a blessé et ce n’était pas son intention. Il est vrai que le rapport au corps est une chose pour le moins chaotique dans la tête d’Ivanovna. Autant elle déteste le sien, ce qui est souvent le cas des gens les mieux lotis, autant elle trouve la question insignifiante quand il s’agit d’autrui. En fait, il faudrait même désapprouver sa manière de voir. Elle a les comportements d’une mère face à un petit dans la peine, l’enfant voudrait un câlin quand la mère s’en révèle incapable. La même complainte que celle qu’elle l’entendit prononcer durant la nuit, cet appel à un secours qui ne viendra jamais.
- Oh, pardon, Gordon, je ne voulais pas te blesser.
Et dans le même élan, elle le prend dans ses bras dans un geste d’une grande douceur.
- Nous avions peur pour toi tu comprends ? Je suis sûre que même celles qui auraient eu sans cela des idées farfelues pensaient à ta santé et à rien d’autre. Cela n’a pas duré très longtemps mais nous attendions avec fébrilité. Les entrainements aux accidents, c’est une bonne chose mais là, ça n’avait rien à voir. Le professeur nous a tous félicités mais on n’en menait pas large crois-moi…
Plusieurs larmes finissent par sortir du noir de ses yeux. La jeune femme est émue mais elle ne maquille pas sa maladresse par ce subterfuge. L’émotion est réelle même si elle ne sanglote pas.
- Je n’aurais pas voulu perdre mon binôme aussi bêtement…
Il faudrait des mots complémentaires, ils ne viennent pas. Ami ? Il n’est pas question de cela. Mais alors… Alors… Alors il ne faut pas nommer quelque chose quand on en ignore l’exacte nature. Et puis, il a beau savoir une grande partie de l’histoire de la famille Gunnray-Alekhin, il ne mesure pas l’étendue du désastre. Qui voit-elle en lui sinon son petite frère ? Et peut-être bien plus encore mais cela nul n’en mesure la possibilité.
- J’ai au moins quelqu’un pour qui je compte… Mes parents sont prévenus ?
- Je ne crois pas. En tout cas si tel est le cas, je n’en suis pas l’initiatrice. Mais je crois qu'il en faut plus pour que l'Institut aille jusque-là.
Elle a raison. Les accidents sont rares mais il ne se passe pas de mois sans que l’un d’entre eux, toutes filières confondues, soit blessé durant des travaux pratiques. On n’apprend rien si l'on ne met pas les mains dans la sauce. Une chose est sûre, jamais elle n'a vu des parents venir dans ce genre de circonstances...
- Tu veux que je le fasse ?
- Non. Et de toutes manières, Mère ne viendrait pas ici.
C’est vrai qu’elle déteste le voir dans ce qu’elle considère être un cagibi. Il ne sait pas comment elle a toléré qu’il y reste deux ans supplémentaires. A ces yeux c’est un mystère mais il ne s’en est jamais soucié. Pour une fois qu’elle le laisse agir sans vouloir régenter sa vie…
- … je peux retourner en cours. J’ai été… bien soigné…
Ce n’est pas lui qui séché l’eau sur les joues de Vana. Elle s’en est chargée toute seule, sans pouvoir le faire discrètement, la pièce est bien trop petite pour cela.
- On a qu’à passer à la cafétéria !? Ensuite, un bon vieux sort de fille en retard le matin et on aura l’air neufs !?!
- Allons-y sinon…
Sinon tout l’Institut jasera dans leur dos, et cette fois avec des arguments. Celle-là, il l’a gardé pour lui, le genre de blagues qu’il est préférable de ne pas faire en ce moment. D’ailleurs, Gordon n’a pas eu besoin de faire un effort, l’idée l’a effleuré mais il n’a pas la tête à l’humour. Le cerveau embrumé par une nuit de sommeil profond, il a encore un léger mal de tête. A son âge, venir en cours les cheveux ébouriffés est toujours signe de bonne santé, et il l’a fait tant de fois que personne n’y verra autre chose que la norme. Elle… Ivanovna n’a pas eu vraiment peur mais sa nuit est à ranger parmi les moments à bien analyser le temps venu.
Blés d'automne.