PNJs Les saisons de nos coeurs. Solo ++

Saison 10 : Le complot
Mardi 8 Août 2051



Que vois-tu dans le miroir, petit lynx solitaire ? Nue, les vêtements t’attendent mais ils sont ton linceul. Aucune forme disgracieuse, tu n’as pas ces marques de l’âge ou du poids. Oui tes seins, tu les détestes, lourds, concentrant à eux seuls les désirs des garçons et des hommes. Comme s’il n’y avait qu’eux pour te définir. Tu ne connais pas ton corps. Pas à l’extérieur. Le dedans, ravagé par la vie ne compte pas à tes yeux, il n’existe pas, disons qu’il n’est qu’un amas de cellules dénuées de sens. Peut-être y aurait-il du beau si le coeur était empli de quelque chose. Ce n’est pas le cas. Encore moins aujourd’hui. Il faut t’habiller, pour aller t’habiller. Choisir une première robe. En choisir une autre. Que tout cela te paraît inutile. Mais tu es de celles qui remplissent leur devoir, toujours, tu iras. Entre temps, tu contemples ce toi qui n’aurait besoin que d’une chose, un regard d’amour sur ton corps à défaut de ton âme.
Bien sûr tu préférerais être laide et aimée. Mais la vie est ainsi faite, on a rarement ce que l’on souhaite. Tu devrais peut-être te faire une raison. Ou juste briser ce miroir pour ne plus te désirer hideuse. La haine de soi ne changerait rien. Et puis, il faut s’aimer un peu si l’on veut donner de soi la plus belle image. Tu veux honorer la vie, la sienne, le leur, la tienne un peu aussi. Tes mains parcourent cette peau à la recherche de zones vierges de séquelles. La vie les a subtilement oblitérées mais tu les trouves sans peine car tu te connais bien, les douleurs infligées, tu savais très exactement où elles étaient. C’est mieux ainsi, personne ne les verra, pas aujourd’hui et sans doute pas demain non plus. Vase en porcelaine raccommodé à la colle. Même bien faite, la reprise se voit pour qui regarde comme il faut. Tu te décides pour ton éternelle tenue bleue, à ceci près que tu mettras des chaussures à talons, ceux réglables, plus chers mais si confortables. Il faudra une tenue vraiment belle pour que tu te sentes plus à ton aise que dans celle-là. Si tu n’as encore rien décidé, l’idée d’aller chez Guipure ne te déplaît pas. Tu y as au moins un bon souvenir, étrange mais agréable alors pourquoi pas un autre ?
Le bout de tes seins a manifesté son désaccord au regard de la température ambiante, il faut cesser de se faire mal. Tu t’habilles donc, Fleur dans les pattes qui te câline, sentant que tu as besoin d’un soutien, même s’il vient d’un animal finalement concurrent du seul lynx de Newhaven. A peine un quart d’heure plus tard tu voles en direction du nord, Londres, le chemin de traverse. Se déplacer ainsi est ta manière d’être, cela te définit. Cheveux au vent, un moyen comme un autre de les lisser…


*****


Mardi… un jour parfait pour espérer voir la boutique autrement que pleine à craquer. Une fois entrée ses espoirs sont confirmés, elle est seule, va pouvoir prendre le temps.

- Madame Gunnray, comment allez-vous ?

Ivanovna est doublement surprise. La dernière fois qu’elle est venue, elle portait encore le nom de son père. Comment la vendeuse peut-elle être à ce point au courant ? Doit-elle y voir un professionnalisme exacerbé ou une indiscrétion qu’il faudrait craindre ? Et puis…elle se souvient d’elle… C’est rare, appréciable même si les circonstances ne se prêtent pas à la joie. Aussi répond-elle avec un large sourire, un rictus de façade qui aidera peut-être à faire passer la potion.

- Bonjour madame… Vous n’avez pas retrouvé une autre robe appartenant à ma famille j’espère ?

Entrée un peu brutale dans la conversation mais elle est tellement surprise d’avoir été ainsi approchée qu’elle a répondu dans le même mouvement. La vendeuse a réussi son coup, Ivanovna est un peu plus à l’aise qu’à son habitude. Au moins pourra-t-elle le moment venu exprimer ses pensées de manière à choisir au mieux ce qu’elle veut.

- Non, je vous rassure. Je me souviens bien. Une robe d’une facture magnifique. Je sais, on le dit de chaque tenue ici mais votre sœur avait très bon goût, même pour une robe de travail. Bon...vous, que venez-vous chercher de si bon matin ?

- C’est… c’est pour un mariage. Je voudrais une robe...je ne sais pas...quelque chose de sobre. Mais qui montre un peu ma poitrine, enfin juste un peu… Et puis de la dentelle, et un chapeau, oui je voudrais un chapeau assorti, avec une animation florale.

Ivanovna se rend compte que les mots lui viennent tous seuls, comme si l’idée était en elle sans qu’elle en ait pris conscience auparavant.

-… Nous pouvons faire cela. C’est une question de coupe, voulez-vous des genoux apparents ? Les bras seront-ils recouverts ? Jusqu’où ? Nous avons plusieurs modèles, les couleurs se modifient aisément, ne vous faites aucune idée préconçue à partir de ce que nous avons ici…

La vendeuse, d’un coup de baguette magique, modifie les teintes de deux robes.

- Attention, le processus est un peu plus complexe, ici, vous avez des modèles de démonstration…. Mais les couleurs sont très fidèles. Le pêche vous irait très bien, vos yeux sont…

- Noirs !

- Oui, merci…

Le vendeuse esquisse un sourire. Elle est âgée, expérimentée. Et sait très bien que pour ce genre d’occasions, les jeunes femmes sont à la fois anxieuses de bien faire et tendues car c’est souvent leur premier achat d’importance.

-… je veux dire… ils seront mis en valeur par une couleur pastel. Enfin… disons que dans votre cas, tout leur conviendrait. Ce qu’il serait bon d’établir, c’est l’usage que vous voulez en faire. Si c’est pour une seule journée, vous pouvez juste en louer une. Si vous devez danser, entre autres des valses ou des choses un peu… exigeantes pour un tissu, il est bon, de nous le dire. On peut renforcer certaines zones par des sortilèges anti-déchirement. Ou prendre un tissu plus solide. Où le mariage a-t-il lieu ?

- Dans le Devon.

- Oh, vous êtes invitée au mariage de Gordon Esiason ? Quelle chance vous avez. La soirée promet d’être magnifique !

- Je ne suis invitée qu’à la cérémonie… Une robe pour un après-midi conviendra.

Le regard de la vendeuse se perd dans des réflexions qu’une sorcière intelligente comme Ivanovna ne peut que comprendre. Elle se demande pourquoi vouloir une telle robe si c’est juste pour une présence fugace à la partie la moins intéressante de la fête. Ils seront des centaines, surtout des locaux. Les plus chanceux viendront de loin mais resteront le soir. Pas elle alors pourquoi une tenue aussi affûtée, dès la première description ? Oui, la vendeuse comprend. Il faut être digne de son rang, peu importe les circonstances. Ensuite… ce n’est pas à elle de déterminer les raisons poussant sa cliente à vouloir faire impression. Après tout… elle est là pour qu’une femme se sente bien, belle, habillée comme il se doit.

- Oh, bien… Nous allons faire la plus belle qui soit. Commençons par la question la plus compliquée…. Quel est votre budget Mademoiselle Gunnray ?

- Je n’ai aucune limite, je veux quelque chose d’unique, de simple, que personne d’autre ne portera ce jour-là. Si vous êtes en connaissance de ce mariage, vous devez déjà avoir eu des clients. Je ne veux rien qui ait déjà été réalisé. Et si par hasard la future mariée est venue, ne faites rien qui soit proche de ses choix. Je ne veux pas envoyer de mauvais signes. S’il vous plaît…

- Mademoiselle, je vous comprends. Retenons de tout ceci une couleur pastel, un petit chapeau avec des fleurs changeantes, un peu comme celui de votre sœur. Mais en plus gai. Je propose un voile de dentelle sur le haut du corps, comme un nuage vous enveloppant, cachant vos formes ou… plutôt, donnant envie de les regarder sans pouvoir vraiment y plonger. Un châle d’été en somme. Vous savez, les défenses des vieilles dames, leur… armure. Imaginez combien elles sont belles, entourées de laine dans le coeur de l’hiver…. Tout le monde sait de quoi je parle mais personne n’ose le transposer l’été. Vous devez … raconter une histoire, vous montrer jeune comme vous serez quand vous serez plus âgée. Aussi belle, encore plus. Un mariage, c’est une histoire qui réunit toutes les générations. Si vous voulez leur montrer qui vous êtes, vous devez parler à tous. Alors seulement les gens se souviendront de vous. Car… il est un peu question de cela n’est-ce pas ?

Ivanovna rougit un peu, elle a été en partie démasquée, à moins que cette dame ne soit une championne dans l’art de raconter des histoires. Oui, raconter une histoire, faire croire qu’un bout de tissu déplie une aventure extraordinaire rien que par son aspect. Toutes ces choses futiles à son avis deviennent en un clin d’oeil un peu plus importantes. Serait-ce stupide de dire qu’elle est en train de découvrir une part de sa féminité ? Et d’y prendre goût, ce qui dans les circonstances présentes serait tellement paradoxal.
Un premier modèle lui est proposé. Il lui fait de l’effet, c’est peu dire. Col en V, sur le modèle il est déjà plongeant mais elle se demande ce que cela donnera sur elle, le mannequin est...disons moins bien équipé qu’elle… Deux bretelles enlacent les épaules, pas une brindille mais bien quelque chose de solide. Ce qu’elle trouve vraiment réussi, ce sont ces renvois, comme si ces… bretelles tombaient sur le haut des bras, une sorte de rappel en forme de doublon. On pourrait presque vouloir les saisir pour les replacer sur les clavicules. Elle trouve cela élégant et...voluptueux. Bon...la taille est marquée par un drapé croisé partant des seins, entourant le corps, définissant la silhouette avec un autre V, inversé cette fois. Taille Empire dit la vendeuse. Encore des fadaises mais bon, le dictionnaire sert à donner des noms grotesques aux choses les plus simples. D’ailleurs, on doit dire « élaborés » puisque grotesque est un terme souvent mal compris…
La jupe est longue, est-ce en fait la continuité ou un élément extérieur, elle ne saurait dire à ce stade. Les plis lui plaisent, cela fait un relief sans avoir besoin d’effets supplémentaires. Une fente existe, à la terminaison bien trop élevée à ses yeux, il n’est pas question de montrer ses cuisses ! Mais sa conseillère du jour lui indique que toutes les fenêtres peuvent être fermées, ce qui est une habile manière la sécuriser. Un détail la chagrine, si les coutures sont ainsi conservées on ne verra ni ses chaussures ni ses chevilles.

- Oh, on peut toujours laisser une fente légère, dessous le genou… Comme ça, nous verrons vos petits pieds !

Cette femme est extraordinaire, anticipant les demandes et détectant toutes les pensées de Vana. Elle n’a pas encore vu le chapeau et le voile possible. Il faut d’abord essayer… Et là...surprise… elle ne doit pas garder de soutien gorge. Et sur elle, la robe devient, du moins à ses yeux, outrageusement osée.

- Mademoiselle…

Elle ne sait s’il faut poursuivre. Aux yeux d’une professionnelle comme elle, la robe est vraiment superbe. Ivanovna a des mensurations idéales car équilibrées. Ni jambes trop longues, ni bras trop courts...elle est une femme en pleine éclosion. Mais elle sent bien qu’il va falloir la rassurer car à ses yeux, le décolleté est trop provocant.

-...mettez le voile sur vos épaules, nous verrons…

Ivanovna s’exécute. D’un coup, le fruit devient protégé, défendu. Aux yeux de la vendeuse, cela renforce l’effet contre lequel la morale d’Ivanovna se bat mais, et cela démontre sa méconnaissance de certaines émotions féminines... la jeune sorcière trouve que c’est bien mieux. Elle en sourit et prend l’initiative.

- Le chapeau, vite, je veux voir…

- Je crois qu’il faudra travailler la coiffure. Vos cheveux sont magnifiques mais trop blonds pour l’ensemble. Je suggère que vous vous fassiez une coloration. Et… attendez…

Un petit sort capillaire inconnu d’Ivanovna noue l’ensemble de manière à l’intégrer à ce qui doit ponctuer l’ensemble, les cheveux, d’une certaine manière sont le chapeau. La jeune femme ne sait plus quoi dire. Ses yeux parlent à sa place, dans le miroir on dirait une vélane, sans le pouvoir néfaste qu’elles portent en elles.

- Vous savez… ce genre de tenue ne comporte qu’un danger...Vous risquez de vous marier bien vite vous aussi…

Pour la première fois de sa vie, Ivanovna trouve qu’ils la mettent en valeur. Elle porte sa main gauche à l’endroit du décolleté, méditant au sens de tout ça. Une larme coule sur sa joue, essuyée par la vendeuse dans un geste maternel qu’elle apprécie.

- Mademoiselle Gunnray, cette tenue est faite pour vous. Vous savez, j’en vois beaucoup passer, des gens qui viennent ici en quête de quelque chose. Je crois que vous avez trouvé votre trésor. Il est en vous.

Les derniers mots ont été prononcés tout bas. Elle ne peut pas tout comprendre de la situation mais l’essentiel est ailleurs. Ivanovna est venue car elle veut se montrer digne, même si Gordon ne sait rien, ni lui ni personne ne comprendra jamais ce qui traverse le coeur d’Ivanovna en cet été 2051.
Ainsi ira-t-elle au mariage d’Aurélia Colville et Gordon Esiason, enterrer son coeur et fêter leur bonheur. Comme sa sœur avant elle, ce vendredi 18 août, elle ne sera plus, ou juste une âme définitivement vidée d’elle-même.



SAISON 1 DE NOS COEURS
THE END
(Winter)

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SOLSTICE
La pluie sur ta joue
gomme le temps les froideurs
l'instant d'après n'est plus l'instant
tout a changé
Pourtant....





Saison 11 : Ensablée.

Mardi 15 Août 2051


Elle pleure. A chaudes larmes. En silence. Face à elle, sa chatte qui la regarde sans comprendre. Elle ne miaule pas, ne se fait pas les griffes sur le dessous du lit comme souvent elle agit dans ses moments d’hystérie animale. Fleur ne la quitte pas des yeux. Le regard d’un chat est à la fois vide et plein. Ivanovna est sa propriété, elle est un pilier de l'univers, de ce territoire qu’elle colonise invariablement, à Wick comme Newhaven.
La sorcière pourrait prendre son animal dans les bras. Mais aujourd’hui elle l’étoufferait tant elle serrerait fort. Vana est abattue. Le fait qu’elle n’ait pas été invitée après la cérémonie constituait en soi un premier affront. Par compassion, et sans doute parce que c'eut été une torture supplémentaire, elle n’en voulait à personne. Mais là… Elle vient d’apprendre que le mariage est annulé. En allant chercher sa robe chez Madame Guipure, elle a reçu la nouvelle comme on prend un coup de marteau sur la tempe. Endoloris proprement impeccable. Elle n’avait pas réellement envie de cette journée mais sans comprendre pourquoi, la robe prévue atténuait l’amertume. Sonnée, incapable de décider car trop occupée à rester debout, elle avait payé et même obtenu la livraison chez elle, à Newhaven, après un dernier essayage.

- J’ai rarement vu un ensemble à ce point réussi.

La vendeuse avait raison, ainsi habillée, Ivanovna était irrésistible, une Reine, du moins la débutante que tout jeune homme aurait rêvé de pouvoir inviter. Elle souriait comme une mère sourit en voyant sa fille en tenue de mariée. Si le jour de l’achat Ivanovna avait pris un plaisir relatif à choisir, découvrir… cette fois il n’en était plus rien. Au contraire, elle sentait la nausée s’emparer d’elle.

- J’apprécie beaucoup la manière dont vous m’avez guidée. Je suis très satisfaite, vraiment.

Un bel effort sur soi pour masquer son mal être… La femme lui avait montré comment plier la robe, la ranger ; comment conserver les volants prévus pour les épaules. Et surtout le petit chapeau, avec ses sortilèges à préserver du temps. Il lui fallait aussi apprendre la bonne manière de le caler sur sa coiffure. Ce fut le plus long. Il est étrange de constater combien nous sommes des machines, commandées par nos instincts, à tenir debout contre vents et marées.
Ivanovna se regarda, imaginant les circonstances qui lui permettraient un jour de donner vie à cette robe qui n’avait désormais plus aucune destination réelle. Un achat comme un autre, presque un luxe… Ce n’était pas tant le prix, ses moyens, sans être illimités, lui permettant un certain nombre de folies. Et ce n’était qu’un début. Mais… le luxe s’était terré dans l’ivresse qui avait été sienne ; se vêtir, s’imaginer, vouloir se montrer. Pouvoir le concevoir comme quelque chose de naturel, de préférable à tout le reste.


***


Personne avant ces moments ne lui avait tenu la main en lui disant qu’elle était jolie ainsi mise en valeur. Il n’est pas tout d’avoir un corps gracieux, elle a depuis longtemps compris que le plus important était de se sentir bien dans sa tête. Comme Aurélia, Siwan… et bien sûr Alyona, dont elle ignore sans doute les tourments intimes parce qu’elle ne pense qu’à elle. Où que portent ses yeux elle voit des filles heureuses, comme si tout était simple. Ce doit être cela avoir des lacunes, du retard. Toujours rattraper ce temps que les autres ont d’avance sur soi. Elle ne voit pas ses réussites et personne n’est là pour les lui faire voir comme le fruit de ce qu’elle est. Injustement, elle oublie les mots d’Aly, parce qu’elle n’a pas le coeur apaisé. Et que les gens qui la contemplent ne voient d’elle qu’une coquille, forcément creuse… Une phrase de sa sœur, qu’elle a entendue au cours de ses recherches résonne encore en elle….  « C’est en m’imaginant ainsi que je parviens à m’aimer ». Les sœurs ont en commun ce trait-là, l’incapacité à voir ce que l’on fait de bien, tout doit toujours être parfait, en toutes circonstances. Et même si les choses sont belles, ce n’est que la normale. Dans ces conditions, on ne peut être heureuse, sauf si… sauf si quelqu’un vous aide, en vous ouvrant les yeux. Ce devait être lui, elle sait maintenant. Et pour l’heure, alors qu’elle paye rubis sur l’ongle la note à cette vendeuse qui aura fait si bien, Ivanovna ne perçoit rien du sens réel de la situation qui se présente à elle. C’est de l’aveuglement. Tout ce qui touche à lui devient fatalement néfaste, pire encore, funeste.
Les instants se mélangent sous son crâne alors qu’elle marche sur le sable. Passé, lointain, ce matin...et demain, et jamais… Lui, Konstantin, Aly et Circéia… Pour se changer les idées, elle a décidé de voler en direction d’ailleurs, une petite plage à dix minutes de vol de Newhaven. Elle a pris l’habitude de s’y promener seule puisque leurs ballades à deux n’existent plus depuis ces derniers mois. Cela aura été un épisode, sans plus. Ici au moins, elle est en paix avec le monde. Bien sûr, le soleil brille alors les enfants jouent, la plage est moins déserte qu’à l’habitude. C’est mieux. On peut se divertir en les regardant vivre, insouciants. Combien en aurait-elle voulu ? Trois, quatre, peut-être plus, on ne choisit pas certaines choses. Commencer par un, c’est bien, commencer par trouver un père. Oui, quelqu’un de responsable, un homme droit. Un homme bon, un sorcier. La tentation de se construire une image de l’homme parfait est là mais elle sait bien qu’il ne faut surtout pas penser ainsi, allonger la liste des qualités requises c’est s’assurer de finir vierge, moniale, auror, sans personne à qui parler sauf une illusion de soi...Les roseaux qui bordent la plage sont un parfait lieu de refuge pour qui veut éviter le vent, et les bruits. Elle finit par s’y cacher, assise, les chaussures dans ses mains pour qu’elles ne soient pas elles aussi ensablées.
Ivanovna voudrait sa forêt, un lieu où l’on se sent en sécurité, elle est vulnérable comme jamais. Ce « sous-bois » constitue un ersatz de refuge, préférable en l’heure. Sortie de son corps, elle observe alentour, non plus dans le but de regarder, profiter. Juste se protéger, elle est une bête traquée. En fait, ce qu’elle aime par dessus tout, c’est être au grand air, se sentir libre. Oui plus encore que l’espace, la liberté. A-t-elle besoin de quelque chose que les études ne lui procurent pas ? Pourquoi fuir ainsi une nouvelle qui ne devrait pas la mettre dans un tel état ?
Les mots de la vendeuse lui reviennent en tête. « La future mariée a renoncé »...  Aurélia… Elle semblait tellement sûre d’elle, qu’a-t-il bien pu se passer ? Même pas un mois avant. C’est proprement incroyable. Elle ne parvient toujours pas à réaliser, attend un long moment, presque la tombée de la nuit avant de ressortir de son terrier. Les enfants ont pris la direction de leur maison, les mamans vont avoir à nettoyer leurs pieds, les sandales. Et tout l’attirail emmené ici pour la journée. Cela prend un temps fou aux mères moldues, un peu moins si parmi les gens d’ici il existe des sorcières. Elle n’est pas sûre qu’il y en ait, à sa connaissance il n‘y a pas de communauté sorcière très implantée à Rye. En tout cas, si pieds d’enfants sorciers il y a, ils seront vite débarbouillés. Ici ne restent que des adolescents, attendant la nuit noire pour allumer des feux et se rapprocher selon leurs élans balbutiants. Une ambiance qu’il faut fuir. Mais leur heure n’est pas venue, elle dispose d’un infime répit. Ses cheveux volent au vent, signe que les circulations d’air nocturne se mettent en place. Elle aime ces caresses alternées de bourrasques. On se sent vivre. C’est exactement ce qu’elle est venue chercher ici, la confirmation que tout n’est pas enterré. N’allez pas croire qu’elle se réjouisse de la situation, il souffre. Qui n’en serait pas là ?
Au loin, des navires moldus chargés d’elle ne sait quoi, unique différence avec la Sibérie à l’océan vide de trafic, du moins dans son souvenir. Ici, on vit. Et ce flot ininterrompu de fourmis humaines, sur le sable comme à la surface du Channel rappelle s’il en était besoin que rien ne cesse ici bas. « Ce n’est pas la mort » pourrait-on dire à Gordon. Comme on aurait pu le lui dire, si elle avait parlé des émois de son coeur. Tu n’as rien dit, pauvre idiote, ou si peu. Comment espérais-tu recevoir la moindre compassion ? Il te faut taire tout ça, te taire et t’en tenir à la seule attitude respectable.
Ainsi finit-elle par rentrer à Newhaven, la tête pleine de cet air qui lui assainit le cerveau. Il ne lui faut pas longtemps. Et tandis qu’elle regarde Fleur consommer son nanan, elle se dit qu’elle pourrait peut-être envisager d’habiter dans les environs à l’année. Ou déménager juste pour la fin de ses études. Il reste un an, ce n’est pas un calcul très habile, un an mais un long stage dont elle n’a pas encore vraiment décidé de la forme. A ce sujet, la nouvelle du jour ajoute un élément d’incertitude… Peut-être a-t-elle bien fait de ne pas décider trop vite, faire attendre Madame Tokélau se révèle finalement moins bête qu’on aurait pu le penser. Mais les postes intéressants dans les îles britanniques risquent d’être déjà pris, en tout cas convoités… Penser à Rye lui semble plus sympathique, elle pourrait au moins faire quelques visites, voir si certains biens sont accessibles…
Fleur avale sa pitance à la vitesse de l’éclair, on dirait qu’elle n’a pas mangé depuis des mois. En guise de remerciement, elle vient tournoyer dans les jambes de sa maîtresse, se frottant à elle tout en se léchant les babines. Une goutte d’eau tombe sur son oreille gauche, l’animale se nettoie d’elle en se secouant la tête. La goutte est tombée de la joue d’Ivanovna et plus haut de son œil. D’où lui vient ce sentiment d’infinie tristesse, l’impression que rien ne sera jamais heureux ? Il faut aller très loin, par delà les mers, le Channel, tout changer pour que plus rien ne soit ce qu’il est. Doit-elle vraiment partir à Raiatea s’il faut tout épurer ?

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Saison 12 : Les pensées informulables

Vendredi 25 Août 2051,
après la cérémonie de remise des diplômes
de l'IMSM (Hybride, année1),
les deux étudiants ont été reçus.



- Tu vas vraiment acheter une maison ?

- C’est un projet bien avancé oui. J’en ai assez de remonter en Écosse régulièrement. Enfin d’ailleurs, de moins en moins mais bon… et je ne sais pas vivre enfermée dans un appartement. Je suis comme Fleur, j’ai besoin du grand air.

- Et sans indiscrétion, tu penses t’installer dans quel endroit ?

- J’ai trouvé une petite maison au milieu d’un bras de forêt entre Hastings et Rye, suffisamment à l’intérieur des terres pour ne pas risquer demain de la voir engloutie par les flots, et très facile à interdire aux moldus. Je m’occuperai de la rendre incartable si l’affaire se fait... en tout cas… mon cher Gordon, vous serez, Aly, Siwan et toi mes premiers invités en cas de !

Elle sourit, heureuse d’avoir si vite trouvé un sujet de conversation avec lui. Assis sur les marches menant à la bibliothèque de l’Institut, ils sont comme d’habitude en avance sur le travail à venir et préparent un mois de Septembre qui s’annonce intensif. A ceci près que pour l’heure, ils en restent à échanger les nouvelles. Et les questions immobilières sont bienvenues, l’un comme l’autre esquivant opportunément le sujet qu’ils ont en tête. Pour Ivanovna en tout cas c’est un fait. Elle n’en est toujours pas revenue, de cette annulation. Dans le monde sorcier qui n’est quand même pas si peuplé, il lui semble que cela aurait dû faire davantage de bruit. En même temps, elle n’a pas beaucoup fréquenté ses congénères ces temps-ci, Août a été consacré à l’organisation de l’année qui s’annonce, entre poursuite d’une réflexion peu fructueuse quant à son stage de deuxième année et quête d’un futur nid.

- Elle est… grande ?

- Oh non ! C’est une maison construite par un français, dans le style de chez lui. Le vendeur… comment donc a-t-il nommé cela déjà ?...Un penty je crois… en fait c’est plutôt mini mais c’est vraiment ce que je cherche. Tout en pierre, toit en ardoise, une grande pièce en bas, une en haut avec salle de bains… Et une extension… magique… Bon, il faudra faire des travaux mais cela n’est rien en comparaison de ce que j’ai déjà fait pour rendre de nouveau Wick habitable à l’époque. Non, vraiment, une affaire… et puis…

Elle hésite. Mais un jour venu il faudra bien oser alors pourquoi pas aujourd’hui ?

- … Un sous-sol est existe déjà, immense espace sur trois niveaux. Je veux dire… on peut aisément y installer un laboratoire. Comme ça, si jamais je ne trouve pas mieux, je pourrai mener seule mes travaux.

Le garçon ne répond rien aussi décide-t-elle de prendre les devants.

- Enfin…. Au cas où l’envie te prendrait, j’aurai sans doute besoin d’un assistant !?

Elle lui donne un gentil coup de coude, une façon de montrer qu’il demeure dans ses plans à elle quoi qu’il arrive. Mais elle sait pertinemment qu’elle visera bien plus haut le temps venu. Elle veut, à la différence de sa mère, devenir une chercheuse reconnue, ici ou ailleurs mais qui sera payée pour ce qu’elle fera, qu’elle fera bien, consciencieusement, sans aucun effet de manche. Ivanovna ne le sait pas mais c’est là sa principale différence, Circéia avait au fond d’elle l’envie d’être en haut de l’affiche, ce qu’elle fut d’ailleurs, au moins le temps d’une année à l’ISDM. Ivanovna n’y prétendra qu’au travers d’une découverte majeure, potentiellement à son nom.

- Je te suivrai au bout du monde tu le sais…

Il le dit. Presque les mêmes mots qu’il y a un an. Mais le pense-t-il vraiment ? Ivanovna devrait s’enorgueillir en entendant cela. Au contraire, elle se sent emprisonnée. Disons que le sentiment ne lui est en rien étranger, elle considère souvent que c’est ainsi qu’elle doit envisager sa vie alors… mais habituellement, cela la taraude par le fait d’éléments extérieurs à elle. Or dans le cas présent, elle sent monter en elle un déchirement qui n’a pas fini de la séparer en deux. Elle pourrait jouer de la fragilité actuelle du garçon. Et l’attirer à elle comme une araignée face à sa proie prisonnière d’une toile atrocement posée dans la zone de vulnérabilité de Gordon. Les chances seraient grandes, le gibier malade est plus facile à attraper. Mais ce n’est pas elle. La jeune sorcière ne se voit pas agir ainsi, il ne saurait en être question. Pourtant... le simple fait que cette idée lui traverse l’esprit la choque. Honteuse alors qu’elle veut avant tout accompagner son… ami, elle est en lutte pour repousser cette possibilité et ne plus penser qu’à l’aider à franchir l’obstacle que constitue assurément une immense déception. Il fait bonne figure mais Ivanovna le côtoie depuis assez longtemps pour sentir la peine dessous la peau. Lui changer les idées est la meilleure des choses à faire. Elle est bien payée pour savoir combien ces moments sont insupportables. Les minutes qui leur sont arrachées, celles durant lesquelles on pense à autre chose sont tellement précieuses que, même si elles ne sont qu’un onguent passager, on n’en souvient toute notre vie. Et le soignant est dans ces jours-là celui que l’on oublie jamais. Elle doit absolument évacuer cette pensée indigne d’elle.

- … tu ne me réponds pas ?

Vite, dire n’importe quoi mais ne pas laisser une fois encore les silences mettre en lumière les errements qui nous traversent. Si nous donnons l’impression que nous réfléchissons, c’est qu’il y a matière. Et un esprit quelque peu enquêteur finira toujours pas émettre une hypothèse proche de celle qui nous ronge.

- Je t’ai déjà parlé de Raiatea non ?

Habile. Le projet Tokélau. Au point mort mais lui ne le sait pas. Et ils en ont un peu parlé, à une époque ou Gordon n’aurait jamais pu y être associé. Le stage de deuxième année, loin de la Grande Bretagne, possibilité insensée mais à l’époque où Madame Tokélau lui en a parlé, s’éloigner de lui était plus qu’une chance. Elle n’a pas de prime abord l’idée folle, si elle est réalisable à deux, d’y aller mais en tout cas, si le but est de remettre du charbon dans la discussion présente, c’est un très bon sujet. Il réfléchit aussi poursuit-elle en tentant de construire un début d’éventualité.

- Regarde ! On va en duo dans une île paradisiaque, étudier ce que nous aimons toi comme moi et qui nous permettrait ensuite de concrétiser le parfait projet de fin d’études ! Le tout avec des colliers à fleur en guise de blouses de travail !…

Elle parle avec une distance telle qu’il est manifeste qu’elle plaisante plus qu’autre chose. Gordon sourit, sans trop savoir quoi répondre. Premier objectif atteint, il a oublié le silence précédent, du moins peut-elle le croire.

-...enfin, tu sais… je n’ai rien décidé, en fait c’est plus une idée dépaysante qu’autre chose. J’aurais surtout peur de ne pas travailler. J’imagine que l’ambiance ne m’inciterait pas aux efforts que je pense devoir fournir…

Elle s’approche de lui, en gardant une distance raisonnable.

- Disons que c’est un fantasme peu onéreux !?!… en tout cas, on peut toujours chercher une opportunité qui nous implique toi et moi. Sur le papier, c’est peut-être quelque chose que certains centres de recherche attendent. Je ne sais pas… Qu’est-ce que tu en dis ?

Elle ne s’en rend pas compte mais elle est à deux doigts d’intriguer dans le but de faire leur stage en duo. Ivanovna pratique l’art de la négociation express avec talent. Mais il n’est pas sûr que son camarade soit dans cette ligne de futur-là…

- L’idée est séduisante mais à tout prendre, je crois encore préférer travailler dans ton sous-sol… Je pense que nous devons demeurer proches des meilleurs centres de recherche, s’éloigner, c’est aussi ne plus exister à leurs yeux. Nous devons rester visibles, plus que cela...lisibles.

Il a tellement raison. Ivanovna est soulagée d’avoir su masquer le trouble intérieur qui l’a traversée. Elle ne pensait pas sérieusement construire quoique ce soit sous une maison qui n’est pas encore sa propriété au demeurant. Alors qu’il l’envisage comme une possibilité crédible est inespéré. Sa décision est prise en tout cas, elle va laisser les choses se faire, naturellement. Car aucune autre issue n’est véritablement concevable.

- Tu as raison. Si nous voulons exister, il faut rester dans leur périmètre décisionnel. Je ne veux pas vivre comme ma mère, à courir après l’argent et une reconnaissance qui ne viendra jamais. Et puis...il faut que je te dise…

Les mots qui viennent vont sortir d’eux-mêmes, fondateurs de la suite mais elle ne le sait pas encore.

-… je suis vraiment heureuse quand je travaille avec toi. Ici, j’ai trouvé ma famille, Alyona, Siwan et toi…

Elle a opportunément associé les deux femmes, sans y avoir réfléchi mais cela permet aux mots de ne pas jeter le trouble. Elle parle bien de ses études, d’un corps social dont elle a été privée trop longtemps, qui donne un sens à tout cela, un équilibre. Elle sourit.

- C’est pour ça que tu veux t’installer dans le Sud ?

- Oui, je me sens bien ici. Ce n’est pas une question de climat. Et j’aime ma maison de Wick. Mais il faut savoir tourner la page. Je sens que c’est le moment. J’ai la chance de pouvoir le faire sans devoir compter les gallions. Je ne vais pas me plaindre. Je n’ai jamais été aussi heureuse…

Sers oreilles pourraient tomber à l’écoute de ses derniers mots. Le coeur est loin de ces analyses-là, il se trouve que ces pensées sortent de la partie raisonnable de la sorcière. Son cerveau a parlé. Elle est heureuse de sa vie, en la mettant en perspective, depuis son retour de Sibérie jamais elle n’a été à ce point épanouie. Alors elle dit vrai. Même si le garçon assis à côté d’elle n’est pas son amoureux, même si elle rêve qu’il le devienne enfin, elle a bien fait de dire ce qu’elle a dit. Cela réconforte Gordon, qui voit en elle un modèle de sérénité, alors qu’il ne sait absolument rien des horreurs qu’elle a traversées.

- Je suis content pour toi, tu le mérites tellement. Je me souviens la première fois que je t’ai vue, à Poudlard, après ton retour. Tu étais…

Le garçon n’ose pas dire ce dont il se souvient. A l’époque, les filles tombaient comme des mouches. Et il ambitionnait de partir en AMICO.

- Une loque, on peut le dire….

Tandis qu’il la regarde, dure et réaliste en parlant d’elle-même, il n’entend rien à la gymnastique intérieure qu’Ivanovna vient d’exercer. Dans ce jeu des apparences, peu importent leurs intentions, les femmes ont toujours un temps d’avance.

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Saison 13 : Le voile

Dimanche 1er Octobre 2051



Les soins apportés aux malades ne sont pas en premier lieu déterminés par votre appartenance ou pas au monde de la magie. Car toujours ils sont d’abord le fruit d’une relation humaine entre un soignant et un patient.
Ce n’est pas son premier jour ici, elle fait une prospection en vue d’une démarche statistique sur les jeunes sorciers et leur exposition aux poisons ; elle a obtenu l’autorisation du directeur de l’hospice de côtoyer les malades et l’équipe médicale. Stoppée net dans sa marche alors qu’elle entre dans la salle de jeux, Ivanovna l’observe, penchée sur la table, le doigt sur un dessin, l’autre main tenant baguette et petit bras du minot. Elle doit sans doute utiliser la magie avec lui afin de produire un effet quelconque qui le fera rire. Et passer un bon moment, dans ce lieu de souffrance et bien peu d’espérance. Il est des gens qui vivent sans se rendre compte de ce qui les entoure, Ils ne sont pas égoïstes, ils vivent, pleurent, rient dans un eux-mêmes qui jamais ne s’ouvre. Souvent les autres ne le comprennent pas, ils dénigrent ce qui n’est qu’une nature, peut-être une âme d’artiste qui explose en un soleil que les autres voient et dont ils profitent. Mais ces rayons-là vident leur source, l’épuisent. Ces êtres, sorciers mais aucune raison ne peut laisser croire que les moldus en seraient protégés, vivent une existence malheureuse, souffrant à chaque respiration de leurs émotions, les poumons brûlent, leur repos ne vient qu’au travers d’un rire ou d’un bravo. Ils sont nos bohémiens.

Dans cette bâtisse froide, elle ne pensait vraiment pas trouver cette autre, tellement plus habile, précautionneuse, attentionnée. Elle a honte tout d’un coup. Mais le lynx est pris au piège, de ce lieu aux portes extérieures closes, ici dont elle ne pourra s’échapper. Ivanovna devra croiser Aurélia et dans ce duo-là, l’étudiante est spectatrice. Sur la scène, Aurélia est l’animal maquillé, qui décide des répliques, des effets de manche. C’est elle qui tient les fils. Mais sans effet de manche ni tenue excentrique. Au contraire. Pour un peu elle serait nue. Du moins est-elle habillée de manière à se fondre dans un univers fade, dénué de relief, dénué d’une quelconque intention de prétendre. En cela, les deux jeunes femmes se ressemblent mais aujourd’hui, Ivanovna détone. Et la domine, sans qu’elle ne l’ait cherché le moins du monde. Cinq minutes plus tôt, elle ne savait pas qu’elles se rencontreraient. La baguette a laissé échapper de petites étincelles inoffensives, multicolores, silencieuses. Et l’enfant à la peau flétrie par un mal qui s’étend de jour en jour éclate d’un rire d’autant plus cruel qu’il lui fait mal. Mais il semble faire avec. Peut-il en être autrement ? Ils s’amusent et finissent par se serrer dans les bras l’un de l’autre, complices.
Lui vient de croiser le regard du lynx, animale débusquée alors qu’elle les observe. Aurélia n’a pas encore compris qu’il se passait quelque chose dans son dos. Et de poursuivre son jeu, reprenant sa baguette qu’elle utilise pour tergéer la table. Ils se parlent mais Ivanovna ne les entend pas, à d’autres tables la même scène étrange se passe, avec des gens de tous âges côté adulte. Mais toujours des petits, plus ou moins petits, jamais adolescents. On le lui a dit, ici, seuls les enfants avant l’âge d’aller à Poudlard sont admis, plus vieux on ne peut vraiment plus rien pour eux. Les soins prodigués, elle n’en connaît ni les modalités ni les buts. Tout est secret. On le lui a dit à l’Institut : « vous avez de la chance d’avoir été acceptée, ne posez aucune question ». pour une deuxième visite, alors qu’elle n’a pas encore compris que tous ou presque sont condamnés, elle s’en tient à voir la vie en eux. Et ne même pas chercher à comprendre la présence d’Aurélia. Après tout, les choses sont simples. Elle aide. Ce que ne fait pas l’étudiante et elle en éprouve d’un seul coup une immense honte intérieure. Il faut cependant faire ce pourquoi elle est venue. Ivanovna Gunnray s’avance donc vers le tableau des présences, précipitant leur rencontre. Et c’est presque pire. Lorsque Aurélia l’aperçoit, elle ne sursaute pas, poursuit comme si de rien n’était, lui sourit à peine en traçant de nouveaux cercles baguette et menotte en main. Le petit sent néanmoins qu’il s’est passé quelque chose, lui se retourne, découvrant une fée aux longs cheveux blonds magnifiques, deux yeux noirs remplis d’une stupeur que l’enfant ne décrypte pas.

- C’est une amie, Bo, n’aie pas peur.

Elle lui caresse la joue puis ajoute. Doucement.

- Je te laisse quelques minutes, nous devons parler. Termine le dessin de ton bouquet d’Hellébores veux-tu ?!

Ivanovna s’est posée devant le tableau de statistiques dont elle doit mettre à jour les données pour son travail. Une manière comme une autre de se mettre à l’écart pour la confrontation qui va intervenir dans ce lieu incongru. Ce genre de joutes se déroule toujours dans des situations inattendues, du moins pour ce qu’elle en sait…

- Bonjour Vana, c’est pour le moins une surprise de te voir ici, comment vas-tu ?

Elle le savait déjà, avoir confirmation que Gordon a éventé le « secret » de son surnom n’est qu’une entrée en matière faite pour donner le ton. Aurélia arbore un sourire mais d‘après l’étudiante, il n’est que de façade.

- Je vais bien merci. Bonjour Aurélia…

Comme elle aimerait voir les choses se vivre sans agressivité. Elle ne lui en a jamais voulu, si Gordon a oublié Ivanovna, c’est de la faute d’ivanovna, personne d’autre n’est à blâmer. Il faudrait un peu de sincérité dans tout cela mais elle sent bien que les minutes à venir s’annoncent électriques.

- Je viens souvent ici, c’est la première fois que je t’y vois. Tu es là pour nous aider ?

- Je ne sais pas. Je suis surtout là pour découvrir.

Elle pourrait dire que son intention est de rentrer dans un lieu où elle pourra étudier les maladies consécutives à des empoisonnements. Pourrait aussi témoigner de la résistance des autorités à permettre l’étude sérieuse de certaines pathologies. Il serait aussi possible de se plaindre de l‘impossibilité actuelle d’aller plus loin, quand bien même son investissement est important, lui tient particulièrement à coeur. Le mal auquel Circéia a succombé d’une façon ou d’une autre lui paraît si proche… Mais les consignes ont été claires, ni révélation, ni vague. Elle ne sait pas pourquoi d’ailleurs mais c’est ainsi, elle découvre à son encontre les joies du secret entourant toute recherche.

- Découvrir ?

Aurélia sourit artificiellement,

-...Il n’y a pas grand-chose à découvrir sauf des enfants mis de côté en attendant qu’ils meurent.

Elle parle sans forcer, le ton n’est pas violent. Mais les mots sont durs, donnant l’impression à Ivanovna qu’elle est responsable d’une situation qu’elle ne fait que découvrir. Il n’y a rien à répondre, les choses débutent très mal.

- Je sais pourquoi tu as bifurqué en Hybride, Gordon m’en a parlé jusqu’à me saouler. D’ailleurs, tu ne devrais pas dire ce genre de secrets à des gens aussi inconséquents que lui.

- Il t’a parlé de ma sœur ?

- Il m’en dit assez pour que je comprenne. C’est d’ailleurs tout à fait noble de ta part. Tu sais, quand on vit quelques jours avec ces enfants, on comprend qu’ils sont laissés pour compte. Les autorités, de toute éternité semble-t-il d’ailleurs, se moquent bien des sorciers jugés incurables. Incurable…

Elle se tourne vers eux, encourageant Ivanovna à la suivre dans son mouvement.

-...comme s’il était question de curer une fosse à purin. C’est lamentable. Même les mots n’ont pas la bonté d’être audibles.

Après une longue hésitation, Ivanovna ose une question qu’elle aurait sans doute mieux fait de garder pour elle.

- Sais-tu pourquoi ils ne veulent pas que j’étudie davantage que les statistiques des lieux ? Je ne comprends pas… je pourrais entamer des recherches…

- Tu ne saisis décidément rien à rien ma pauvre. Ici, on ne fait qu’entrer. Personne n’en sort vivant à part toi et moi. Les statistiques sont mortelles à 100 %. Enfin bref… je crois que nous sommes aussi bête l’une que l’autre. Ce qui dans ton cas est grave car personnellement je suis vraiment une cruche…

- Ne dis pas ça… la pr…

- Je dis ce que je veux ! La liberté, c’est tout ce qu’il me reste alors tu sais… ce n’est pas toi qui vas me faire taire. Quand je vois tous ces petits, j’ai envie de vomir, ça me révulse ! Penser que c’est la magie qui les met dans cet état, c’est un comble. Mais bon, je ne suis plus à ça près…

Elle regarde fixement Ivanovna et finit par se tourner vers Bo. Boender Campbell dont Vana ne peut savoir qu’il est affecté par un mal très proche de celui de Circéia. A ceci près que plus on est petit, moins la magie ne peut faire effet sur cette sorcellerie-là. C’est odieux, tout cela pour faire pression sur le clan Campbell dans une sordide affaire de terres. Cela, personne ne le sait sauf les victimes directes et les… coupables… Elles ne sont que les fées de la fin d’une vie. Des spectres encore trop jeunes pour apeurer quiconque.

- Si tu savais ce que je sais… enfin bref… c’est mieux ainsi. Tu as ta vie à l’Institut et moi je vais partir un jour étudier loin d’ici. Il est grand temps.

- Je croyais que tu voulais être mère au foyer ? Gordon ne m’a jamais parlé d’autre chose…

- Parce que Gordon ne m’a jamais prise au sérieux. Et qu’il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Je…

Ivanovna croit pouvoir espérer une révélation, qui la concerne. Ou bien lui. Ou bien elle ne sait quoi mais finalement, Aurélia n’en dit pas plus. L’heure serait aux confidences mais non, le nuage est passé, la possibilité d’une ombre avec lui.

- Je vous souhaite le meilleur aujourd’hui et dans vos recherches. Mais n’attends pas trop d’eux...

De qui parle-t-elle ? Ivanovna s’interroge. Ces minutes resteront très longtemps dans son coeur comme un pli qu’aucune magie ne peut effacer du tissu.

PNJs Les saisons de nos coeurs. Solo ++
Saison 14 : Cicatriser.

Dimanche 1er Octobre 2051
plus tard dans la journée



En sortant du dispensaire, de l’hospice, elle ne sait plus vraiment quel mot employer, Ivanovna est chamboulée. Comme une poupée dans une boîte à musique, elle semble tourner sans autre but que de tourner encore, se morfondre pour mieux éviter de penser. Elle est là, la solitude réelle, quand on ne sait plus se sortir de nos pensées obsédantes. Où est-il donc, ce prince charmant dont elle rêve tant, le père de ses enfants, charmeur de ses nuits d’ivresse, soutien dans les maladies et les peines ?
« Mais n’attends pas trop d’eux »… Qu’a-t-elle voulu dire, concurrente incendiaire redevenue inaccessible par le simple fait de sa présence ici ? Il ne suffisait pas qu’elle ait volé Gordon à un coeur immature. Voilà qu’elle empêche toute initiative visant à aider. C’est terrible. Ivanovna n’a rien pu contre les empoisonneurs. Et ne sera jamais rien d’autre que la seconde. Cadette de Circéia, arrivée après Aurélia… en somme, l’idiote.

Que devrait-elle attendre, de l’aide, un soutien ? De l’amitié et pourquoi pas l’amour ? Qui ? Tandis qu’elle remonte en direction de la rue où elle a l’habitude de prendre son envol, elle tourne la phrase dans sa tête. Et décide de poser son corps sur un banc, dans ce petit parc plus calme que le reste de la ville. Jamais elle n’aurait pensé Aurélia lancée dans ce genre d’aide aux personnes. Ce n’est vraiment pas le genre des Colville, à moins qu’elle ne soit bête au point de ranger les gens dans des cases définitives. Rien dans leurs attitudes laissait penser qu’ils aient le souci d’autrui. Est-elle investie auprès d’eux par… dépit ? Sa façon à elle de se punir de Gordon ? Ou même de le punir ? Un enfant passe devant elle, courant après un ballon. Peut-il seulement se rendre compte de la chance qui est la sienne de marcher ainsi sans peine. Il rit, se fait attraper car il a manqué de bousculer une vieille dame. La vie, comme elle devrait être à chaque instant, imprévisible mais plutôt agréable.
« Pas trop d’eux »... Qui sont-ils ? Les investisseurs ? Les décideurs ? Ceux qui ont les clés pour soigner ces horreurs et qui ne le font pas ? Ou bien… Gordon et les siens ? Ou alors… juste des mots pour instiller le doute, des mots destinés à elle-même, qu’elle a sortis sans y réfléchir, des mots de la détresse, des mots de souffrance pour exprimer avec un peu d’élégance ce que nous sommes lorsqu’on ne s’aime pas. Du fiel, c’est une possibilité, juste des mots qu’on dit sans intention réelle, signifiants mais dont personne ne comprend le sens dans l’immédiat. Ils ont toutefois la vertu de pousser la sorcière à se poser des questions. Qu’est-ce qu’attendre ? Laisse-t-elle supposer qu’il pourrait être possible… Gordon… Venir ici était une manière de s’en éloigner, de tenter d’oublier ce qu’il est dans son coeur. Et Aurélia la ramène à lui, le ramène à elle, comment savoir ? Est-ce une manœuvre pour garder Ivanovna hors du jeu ? Y penser est le début d’une autre réflexion. Est-il seulement envisageable de reconquérir son coeur, elle qui l’a patiemment repoussé, dissuadé, humilié même ?

- Ethan, je t’ai déjà dit d’arrêter d’embêter les gens avec ton ballon !?!

L’enfant a shooté en direction d’Ivanovna qui a reçu le ballon dans les jambes.

- Ce n’est rien Madame…

Elle hésite, si elle excuse l’enfant d’avoir trop d’énergie, elle dédira la mère, si elle prétend ne pas avoir eu mal, celle-ci pourra aussi reprocher au garçon la possibilité… Dans tous les cas, ne pas en dire plus… Elle sourit au petit, qui sera encore là dans les années qui viennent, l’enfant dont Aurélia s’occupait tout à l’heure ne peut pas en dire autant même s’il ne le sait pas… Des enfants, ne fut-ce qu’un seul...Une fois déjà Gordon a aimé Ivanovna, au prix de bien des efforts, des sacrifices qu’elle n’a pas sus voir. Un jeu devenu récurrence et bientôt insistance. Il l’étouffait par des élans impétueux. Comme si tout devait s’incliner devant lui, un enfant lui aussi, dont elle aurait été le ballon mais aussi la victime. Elle n’a pas su comprendre, n’a pas su le comprendre. Il a de la force pour accepter encore d’être son partenaire après ce qu’il a vécu. Il n’en parle jamais. Bientôt trois mois après il n’a toujours rien dit. Mieux encore, à moins que ce ne soit pire… il n’a rien montré, comme si tout ce drame n’avait jamais existé. Tout le monde à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques a respecté cet étudiant. Jamais elle n’a entendu le moindre cancan. Et même certains professeurs, si souvent prompts à commenter acidement la vie des étudiants, sont restés silencieux. Le monde entier plaint le jeune sorcier, compatit. Ce qui est sans doute le plus redoutable pour elle. Car les autres ont vu, admiré ou réprouvé la constance avec laquelle elle a repoussé le garçon. S’il fallait blâmer une personne, puisqu’on ne sait pas où est passée la future mariée, elle deviendrait immanquablement une cible. C’est aussi pour cela qu’elle admire le silence communautaire, il la protège contre quelque chose qu’elle n’a jamais voulu. Disons au moins qu’elle en apprécie les effets.

L’enfant a repris sa course folle, le ballon rose est toujours aussi capricieux, sa mère a pris place aux côtés d’Ivanovna. C’est une moldue. Et alors. Tous les enfants du monde sont d’abord des enfants, qu’ils soient sorcier ou qu’ils ne le soient pas. Bien des choses subissent des modifications en elle ces dernières années. Si des traces de son passé de sang pur existent encore, et si elle est fermement attachée au symbole, Ivanovna n’en fait pas une donnée primordiale à toute autre décision. Des expressions de langage perdurent et sortent de sa bouche. Des mots d’hier, dont elle se souvient avec tendresse sans qu’elle y voie la nature profonde qui la détermine. Elle est bien placée pour savoir que le mal existe aussi parmi les sorciers. Alors il faudrait en premier lieu classer les gens en fonction du bien qu’ils font sur Terre.

- Depuis que son père est parti, mon fils est devenu difficile à gérer.

Elle parle comme s’il s’agissait d’un budget. On ne gère pas, enfin elle ne le dirait jamais ainsi. Ivanovna comprend, il ne faut pas s’arrêter aux mots, pas toujours. Certaines situations nécessitent l’urgence. A moins qu’il ne s’agisse d’éviter des mots plus durs.

- Si vous voulez un conseil, ne vous précipitez pas sur le premier venu. Ou un vaurien…

Le mythe des beaux parleurs, ils encombrent les romans russes de leurs manigances et manières de vous entourlouper. Elle voit de qui il est question. Et tout le problème est là. Gordon s’est longtemps comporté ainsi. Et c’est l’irruption d’Aurélia dans la vie du jeune homme qui a provoqué sa mutation, instantanée ! Même leur relation de travail s’est encore améliorée à partir de là. Elle s’en rend compte désormais. Cela, jamais Ivanovna n’y serait parvenue. Alors… Pourrait-elle imaginer… Entre temps, il lui faut répondre, laisser cette dame sur le carreau serait impoli.

- Je ne sais pas Madame… Je crois que tous les garçons sont les mêmes,

Le croit-elle à ce point ? Des mots qu’on dit sans y croire, ils véhiculent des millénaires d’idées reçues, de conventions. Le pense-t-elle vraiment ou n’est-ce qu’une suite de sons voulant donner le change ? Dans tous les cas, le débat est clos, faisant peser à tous les fautes de quelques-uns.

- … mais je ne les connais pas beaucoup, c’est…

Elle n’a pas le temps d’adoucir son propos…

- On en connaît un on les connaît tous.

N’est-ce pas ce qu’elle disait juste avant, la hargne en moins ? Elle qui venait ici pour réfléchir au calme, la voilà mal embarquée. Elle n’a cependant pas le temps de regretter, l’enfant vient de se faire mal, il faut rentrer à la maison pour le soigner à la façon moldue. Lui pleure et même les câlins maternels ne sont pas un remède efficace en l’état.

- Au revoir jeune fille, prenez soin de vous !

Et la mère d’emmener l’enfant qu’elle porte dans ses bras. Lui n’a pas oublié le ballon qu’il serre fort dans le dos de sa maman. Il regarde Ivanovna mais le mal l’empêche de donner le moindre sourire. Au moins la regarde-t-il longuement, en cela la sorcière voit un lien qui existe déjà, de ceux que la vie aurait permis si le cours des choses avait été différent.

La revoilà donc seule, un ballon en forme de Gordon dans la tête, le coeur ensanglanté comme les genoux du petit. Si Aurélia a voulu semer le doute, elle y est parvenue à un point qu’elle n’imagine pas. Peut-elle raisonnablement laisser son coeur penser une minute que la chose est possible ? Comment devrait-elle s’y prendre ? La voilà confrontée à une situation dont elle ne connaît aucune des règles. Ivanovna n’a jamais dû séduire personne. Toujours ils sont venus à elle, les gentils comme les malotrus. Repousser est quelque chose qu’elle maîtrise mais attirer, dire sans le moindre mot. S’ouvrir, avec le risque qu’il en profite pour lui faire payer ces mois durant lesquels elle l’a mené en bourrique. Et si elle était responsable de sa déveine ? Et s’il décidait qu’une fois avait été suffisante ? Qu’il n’y reviendrait pas, à cause d’elle comme du fait d’Aurélia ? Le risque est grand. Il est grand mais en même temps elle souffre déjà alors un peu plus un peu moins… Rien n’est décidé, tandis qu’elle observe les gens presser le pas, il se met à pleuvoir, elle poursuit son évaluation de la situation. Ne rien décider, c’est trop tôt. Mais pourquoi ne pas s’ouvrir à la possibilité ? Le pardon est un élément de l’amour, sans doute même le plus puissant. Elle ne l’a jamais expérimenté pour elle-même mais les anciens le disent, elle l’a lu, entendu. Comment faire ? Comment demeurer soi tout en changeant nos paradigmes ? Elle sent une force en elle, dérangeante et pour tout dire insupportable. Quelque chose la pousse à sortir de son bois.