PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow

Gordon Esiason
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Ce RP engage le PNJ Gordon Esiason en interaction avec @Alyona Farrow (PJ). Tout au long du RP, il est donc question de lui et seulement lui. On trouve ici sa fiche de PNJ.


Septembre 2051
le vendredi 15 ?
en fin d'après-midi ??


Il n’en avait pas envie. Non à cause d’Alyona mais être une fois encore aux ordres de sa mère, surtout ces derniers mois… Sa famille, un poids. Revoir sa camarade de promotion Botanique en revanche… Du bien pourrait sortir d’une visite en Irlande. Il appréciait la douceur, la gentillesse d’Alyona Farrow. Et s’il se doutait qu’un lien plus fort existait désormais entre Ivanovna et elle, il n’en était pas jaloux. Au contraire.

Plus d’un an s’était écoulé depuis qu’elle avait quitté Newhaven pour Draíocht. Lui n’avait pas vu le temps passer. L'idée de retrouver une personne avec qui il avait appris tant de choses lui procurait un sentiment étrange. Aurait-elle changé du fait de son passage dans ce monde des adultes ? Lui qui entamait une quatrième année d’études supérieures, non pas fainéantise mais bien par amour... Par moments il se disait qu’il était vraiment un imbécile mais il valait mieux ne pas se le répéter. Sa mère le lui serinait déjà bien trop souvent. Ainsi avait-il la charge de commander des plantes rares que Madame Esiason avaient découvertes il ne savait comment. Et… comme par hasard il fallait les chercher dans un coin reculé des îles que seul un valeureux sorcier, servile et silencieux serait à même de rapporter. Il y voyait une nouvelle excuse pour croiser la route d’une sorcière bien sous tous rapports, de sang pur sans quoi elle ne vaudrait rien, bon parti… le reste, les parents s’en moquaient. Il aimait bien Alyona mais n’aurait jamais eu l’idée de quoique ce fut la concernant. Ils s’étaient sérieusement rapprochés dès leur première année à l’Institut mais très vite elle avait vu en lui très exactement ce qu’il était alors ; un bellâtre juste bon à tomber les filles et démontrer que sa tête était pleine d’eau. Rétrospectivement il ne pouvait pas lui en vouloir. En début d’études supérieures, ce fut la fête en permanence. Les premiers mois n’étant pas très ardus en termes d’études, il avait ses quartiers nocturnes au Pitiponk, au fond de la classe à cuver le reste du temps. Une caricature. Avec le temps il s’était assagi et ses relations avec Alyona, devenues possibles, se multiplièrent. Son côté grande sœur sérieuse, à réprouver son comportement tout en l’acceptant avec une fatalité amicale, lui n’en abusait pas. D’une certaine manière, elle était dans sa vie la première fille qu’il respectait vraiment.
Tout cela, il le comprenait désormais. Tout cela et bien d’autres choses. Le destin n’avait pas épargné son coeur depuis un an. Le prix d’une insouciance n’ayant que trop duré. Une vieille endurance à l’humiliation l’avait rendu tolérant à ce genre d’état. S’il en souffrait réellement, il ne montrait rien. Le jeune sorcier avançait, esquivant sans peine ces écueils. L’avoir ainsi tanné avait des avantages et si sa mère le poursuivait, lui n’y prêtait finalement pas grande attention. La vie n’était plus un jeu, cela Gordon le comprenait désormais. L’idée de revoir Alyona prenait ainsi une signification nouvelle. Il n’était pas question d’une simple visite, d’un bavardage entre anciens coreligionnaires. Lui acheter des plants, des graines, il ne savait pas encore de quoi il serait question, c’était surtout retrouver quelqu’un qu’il aimait bien, qu’il avait sans doute délaissé par mégarde. Ce n’était assurément pas conscient. Gordon était un garçon, il ne réfléchissait pas, on ne lui avait pas appris à faire attention aux autres. Il avançait dans la vie tel un chien fou. En arrivant devant la boutique, il ne savait même pas comment il allait parler des besoins de sa mère en plantes et autres produits du jardin. Il était venu, en quelque sorte, les mains vides.

- Bonjour.

Quel client salue ainsi en entrant ? N’est-ce pas plutôt au commerçant qu’il incombe de le faire ? A moins qu’il ne se croie chez lui, ce qui n’est pas très élégant. Heureusement pour le jeune homme, la boutique semblait vide. Enfin...il ne voyait personne. Dans sa tenue rouge et blanche, redingote sur pantalon, il donnait l’impression d’un bouton disgracieux sur une joue présentable. Tout dépendrait de qui poserait les yeux sur lui.

PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow
15 SEPTEMBRE 2051, APRÈS-MIDI
JARDIN DE DRAÍOCHT, PASSAGE DE DRAÍOCHT,

Alyona, 21 ans,


Molly s'est éclipsée un peu plus tôt. Je ne sais plus exactement pourquoi, était-ce une histoire d'enfants ? ou un autre impératif ? je serais incapable de donner une réponse assurée, alors que c'est peut-être important, qu'il peut être bon de justifier son absence si on me le demande. Mais mon esprit, ces temps-ci, s'égare. Je me découvre songeuse, rêveuse, plus tête en l'air encore que d'habitude, comme éloignée, déconnectée de l'univers qui se meut autour de moi et dans lequel j'entre difficilement. À contre-courant non pas dans l'audace mais dans le quotidien. Comme si quelque chose me manquait. Un sens, une direction, une voie dans laquelle m'engouffrer. Dites-moi où user mon esprit qui s'enlise, où abîmer mes mains qui s'ennuient, où fatiguer mon corps qui s'enraye.

Alors je passe du temps au Jardin. C'est pour cette raison que prendre la place de Molly derrière la caisse ne m'a pas posé problème, pour cette raison que je reste jusque tard dans les serres, plus tard que je ne le devrais, jusqu'à une heure où dans une ou deux semaines, il fera nuit, jusqu'à ce que Mr. McClure me mette dehors, presque inquiet. Je travaille trop. Ou pas assez. Ou pas comme il le faut. Parfois après une journée dans les serres, je repasse chez moi une dizaine de minutes pour me changer, et je repars errer dans la nuit, me glisser dans un bar quand l'audace s'invite, me mêler aux jeunes de mon âge quand mon silence m'écrase. Je me remplis les mains et la bouche et le ventre et les yeux de toute la vie possible qui pulse autour de moi comme pour oublier qu'il y a une virgule, une erreur, un dysfonctionnement quelque part dans ma vie que je n'arrive pas à soigner. Je me rue vers l'avant. Et parfois j'expulse tout ce que j'ai avalé dans les Loges d'Hécate, face aux mannequins d'entraînement, comme on laisserait tomber avec fracas un poids trop lourd. Avant de le reprendre sur son dos en partant.

Je me cherche, me déroute et m'embrume.

Mais en cette fin d'après-midi, je suis avant tout occupée à mettre de l'eau aux quelques plantes installées sur les étagères du commerce, à faire des allers-retours pour en remplacer certaines, pour en ajouter de nouvelles, ou pour noter celles qui commencent à manquer et qu'il faudrait mettre en pot le lendemain. Je me donne à penser en m'agitant, essuyant de temps à autres mes mains humides sur mon tablier de botaniste qui s'est bien usé en un an, et restant attentive à l'entrée du commerce au cas où un client viendrait et aurait besoin de moi.

C'est dans la réserve que je me trouve, affairée autour de plusieurs plantes mal en point, lorsqu'un « bonjour » un peu lointain mais pas inaudible vient sonner à mon oreille et me presser dans la boutique, délaissant mon occupation pour l'intérêt d'un client. Les priorités demeurent bien installées malgré le désordre qui règne sur mon quotidien.

« Bonjour ! » m'exclamé-je en arrivant, la surprise d'un regard prise de court par l'automatisme d'une politesse bien apprise.

Cela me sauve d'une bouche bée déconcertée.

Devant moi se tient Gordon Esiason, celui-là même qui hante tant les pensées de Vana, celui avec qui j'ai étudié deux ans durant à l'IMSM, ce camarade et ami que je ne côtoie plus vraiment malgré les similitudes qui pourraient rapprocher nos familles, et celui que j'étais loin d'imaginer croiser en ces lieux, un vendredi de fin d'après-midi. Dans un univers embrumé, le hasard fait trébucher.

« Oh ! Gordon ! » Ma bouche s'ouvre et se ferme. Hébétée, prise au dépourvu, le naturel se coince un instant dans ma gorge. « Cela fait longtemps ! Oh pardon, je ne m'attendais pas à te voir ici, mais cela me fait plaisir de te voir ! »

Le sourire revient au galop, chaleureux, non feint, éveillé par les souvenirs de ma scolarité à l'Institut, par la vapeur diffuse mais toujours aussi belle des moments partagés derrière la grille de fer forgé de l'école supérieure. Réminiscences délicates et joyeuses, aux teintes vertes, qui dissipent mon brouillard dans des éclats d'hier.

Je frotte mes mains contre mon tablier et m'avance jusqu'à me retrouver au niveau du comptoir.

« Qu'est-ce qui t'amène ? Tu cherches quelque chose ? »

Questions purement formelles, qui dissimulent celles qui se lèvent dans mes pensées. Le mariage de Gordon s'est vu annulé il n'y a pas encore un mois. Des cernes sous les yeux du sorcier trahissent-elles sa tristesse ? Sa venue a-t-elle un rapport avec l'Institut ? Savait-il que je travaille là ? Et Ivanovna ? Est-il là pour parler d'Ivanovna ? Est-elle non loin ? J'attends la réponse à son hibou, et la venue de ce binôme dont j'ai tant entendu parler cette année me laisse presque troublée. Ma sœur sait-elle qu'il est ici ? Ou est-ce un hasard parfait et heureux ?

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht

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Gordon Esiason
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Une ambiance détendue, parce que familière. Alyona est pour lui un repos. Après un chaleureux baiser amical, il reprend le cours d’un passage de vie contrariant même s’il a de bons côtés.

- Ma mère m’envoie chercher des plantes qu’elle prétend rares.

Il tend à Alyona un parchemin contenant des noms familiers à tout botaniste mais aussi au moins deux plantes méconnues, qu’Alyona peut identifier comme supposément originaires du Japon. Des plantes magiques, du moins en ayant certaines propriétés. Des plantes ornementales uniquement destinées, comme les autres, à trôner dans un jardin que l’on peut vouloir strictement ordonné. Il se peut aussi que l’on construise un massif artificiellement « décoiffé ». Toujours est-il que le jeune sorcier semble mal supporter le poids de cette fonction de coursier que sa mère lui attribue…

- Et au verso, tu trouveras une liste de graines. Si j’ai bien compris, elle souhaite par ailleurs des plantes surprises. Sans doute un moyen de te tester… Tu sais combien elle peut avoir des côtés détestables.

Si le jeu de mots n’avait pas une dimension familialement pathétique, il pourrait être drôle. Mais Gordon ne rit pas vraiment. Du moins pas sur le sujet. Il esquive.

- C’est joli ton magasin...

Les mots ne sont pas les bons. Cela ne lui ressemble pas d’ailleurs mais l’enveloppe d’élégance et d’insouciance perdure malgré tout. Il est grand, toujours bien habillé et les derniers mois l’ont changé. C’est un adulte, il n’a plus cette maladresse bousculante qui pouvait agacer. C’est bien cela qui a fait fuir Ivanovna au-delà de ses propres précautions de femme. Elle est encore jeune et son rapport aux garçons est pour le moins vrillé par ce qu’elle a vécu. Il ne peut pas savoir, comme le pourrait-il ? De toute manière il n’est pas là pour cela. Et veut passer un bon moment avec une amie.

- Tu en rêvais… ce doit être merveilleux de le voir se réaliser.

La surface ne montre aucune amertume, le jeune sorcier est de marbre, comme si l’habitude de laisser de côté le poids de certaines choses permettait de vraiment les étouffer. Réminiscence de son insouciance. Et puis, il voit son amie, les mains dans le réel, rayonnante de paix et de sérénité. Peut-être la croit-il plus heureuse qu’elle ne l’est. Il ne sait pas tout, ne sait même rien. Mais nul ne peut lui en vouloir. Telle une comète dans le ciel, il trace sa route.

Gordon a toujours eu en lui cette forme de légèreté, le désir de voir la vie positivement. Souvent cela lui a joué des tours, surtout dans ses études. A Poudlard, il était célèbre pour ses essais dans l’équipe de quidditch de sa maison. Toujours excellents jusqu’au moment où il faisait une erreur grossière faisant perdre le match. Jamais il n’intégra l’équipe première. Et s’il prit sa revanche dans un jeu moldu de gagne terrain, lors d’un été dans le Montana, il ne put poursuivre cette pratique naissante à son retour en Angleterre. Isadora n’eut même pas à l’en empêcher d’ailleurs. Déjà l’adolescent avait compris que ce genre d’activité ne l’intéressait pas. Trop occupé à découvrir le monde et les filles, il gaspillait son temps en soirées savamment préparées par les familles de sang pur, soirées durant lesquelles lui cherchait surtout à garnir sa liste de trophées. C’est un miracle de la vie que de l’avoir vu se défaire d’une réputation infâme. Il fallait être Alyona pour s'affranchir d'aussi nauséabondes apparences. Durant trois ans, il avait réellement été un cupidon de pacotille. Sans jamais se rendre compte que les gens intéressants s’éloignaient de lui. D’une certaine manière, c’est Ivanovna qui l’avait révélé à lui-même. Mais pour quel résultat…

Il met le nez dans une fleur qu’il aime, l’armérie maritime, plante dénuée d’intérêt, à ses yeux si jolie le long des côtés de Cornouailles.

- J’aime beaucoup cette fleur.

Sur son visage se lit alors les traits apaisés de quelqu’un qui oublie de paraître, le temps d’une gorgée de thé, le temps de se retrouver.

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Gordon est un de ces fils de belles familles auxquels on ne peut rien reprocher ; il est calme, exemplaire, travailleur, discret mais sachant se distinguer dans ses études, promis à un bel avenir, tout tracé et sans remous. Ce mariage annulé fait peut-être tache dans ce parcours, il pousse à hausser les sourcils, à s'interroger. Pourquoi la future mariée a-t-elle changé d'avis quelques jours avant ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Pourtant ce sont des choses qui arrivent, des affaires privées qui ne regardent pas les vautours qui peuplent certaines hautes sphères. C'est par respect que je n'interroge pas mon ami là-dessus, et parce qu'il n'est pas venu pour cela.

C'est la botaniste que je suis qui se saisie du parchemin pour le déchiffrer, un air concentré sur le visage, triant les informations, devinant comment répondre à la demande, prévoyant les lieux où il faudrait aller. Des plantes rares. Nous en avons quelques-unes ici, mais très peu qui viennent de climats différents de ceux des Îles Britanniques ; nous privilégions les plantes locales, mais nous conservons quelques exceptions, principalement pour la recherche mais aussi pour la vente. Certains des végétaux mentionnés dans la liste de Mrs. Esiason en font partie, il me faudra aller les chercher directement dans la terre.

Je tourne la feuille, prends note, hoche la tête, professionnelle dans mon attitude, devinant l'utilité que la sorcière souhaite donner à ses futures acquisitions. Mais des plantes surprises... Je lève un regard intrigué et amusé, interrogateur aussi. J'ai rarement eu l'occasion de choisir des plantes pour des clients ; conseiller, oui, mais choisir ! c'est autre chose. Un test, effectivement... Dans quel but ? C'en est presque déconcertant.

« Je vois, révélé-je, je devrais pouvoir trouver tout ça ! Tu veux m'accompagner pour aller chercher les plantes ? Cela me ferait plaisir ! Il faut que tu vois les serres, elles sont encore plus impressionnantes et jolies ! Certaines parties sont même des jardins ouverts, aménagés plus librement. C'est très différents des espaces de l'Institut. »

Comme j'en rêvais... Un endroit refuge, où je peux m'épanouir, me sentir à l'aise et m'exprimer sans crainte, travailler parmi les plantes et exercer ma passion. Tout est parfait ici. Et puis, c'est loin de Godric's Hollow. C'est peut-être pour cette raison que le commerce est tel que j'en rêvais : il me tient éloignée de la main de ma mère, il m'offre une liberté incomparable, il me permet de me créer ma propre voie ailleurs, d'exister ailleurs. Quel bonheur plus merveilleux que celui-là ? Travailler avec des sorciers aussi accueillants et agréables ? Avec Molly ! Kieran ! et même Mr. McClure. Pourtant il y a parfois, je ne peux pas l'ignorer, une solitude. C'est le revers de la médaille. Il me manque mes amis. Alors s'il te plait, Gordon, vient voir les serres avec moi ! Quand je dis que cela me ferait plaisir, je ne mens pas.

Je glisse le parchemin dans la poche de ma blouse, souriante, revigorée par ce visage d'ailleurs et le travail.

Gordon est le fils parfait, et pourtant je chasse toute comparaison, je fuis tous les parallèles. Ce qu'il est, ce que je suis, les familles au sang pur, les déceptions, les devoirs, les douleurs, les arrachements. Je ne suis plus là-dedans, je me le répète avec une conviction désastreuse et folle, je ne veux pas y songer, je ne veux pas y revenir comme au bal des Blackbirds. Je m'accroche désespérément à l'Institut, aux réjouissances qui naissent ici, et Godric's Hollow... Godric's Hollow se dissout de ma pensée.
Voit-il comme je suis loin de « la fille de » lorsque je suis ici ?

« Oui, c'est merveilleux. Quand la fin des études approche, c'est toujours inquiétant de ne pas savoir ce que l'on va devenir... Avec le Jardin, j'ai trouvé ce qu'il me fallait. Je ne pouvais pas trouver mieux. Et l'Irlande est une nation incroyable ! »

Un rebond sur mes réflexions.

« Mais toi aussi, tu trouveras quelque chose qui te correspond. Le stage de cette année apportera sûrement de nouvelles perspectives. D'ailleurs, comment cela se passe pour toi ? »

Est-il bon de mentionner Mrs. Tokélau ? Vana ? Je m'en garde ; c'est Gordon qui est venu au Jardin, non ma sœur.

Après avoir attrapé un panier et y avoir glissé les éléments recherchés présents dans la boutique, je m'approche du sorcier, penché sur sa fleur, touchée par cette image, cet apaisement. Auparavant engagé dans la filière botanique comme Ivanovna, il s'en est détourné pour les potions, mais cela lui fait toujours de l'effet. Comment en douter ? Le calme qu'on peut trouver dans un jardin ne se perd pas lorsqu'on change de chemin.

« Cela me ferait plaisir de te l'offrir », articulé-je calmement en parlant de la fleur.

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Gordon Esiason
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- Oh Alyona… elle est plus heureuse ici. Tu sais, le jardin de ma mère est trop artificiel pour les plantes sauvages.

Il ne croit pas si bien dire. A moins que cela soit parfaitement intentionnel et qu'il incombe à la botaniste d’en comprendre le sens réel… Ses yeux ne savent pas où regarder tant ce qu’ils découvrent leur plaît. S’il n’avait pas été mordu par la passion de la recherche, il pourrait regretter le temps de ces années passées à étudier autant dans les jardins que dans les salles de cours. La Botanique se passe en extérieur, cela lui rappelle les Cornouailles. Si seulement elles n’avaient pas besoin de sa mère pour exister dans la vie du jeune homme.
Les mots d’Alyona l’embarrassent un peu. Il ne voudrait pas passer son temps à parler de l’avenir. A l’évidence, s’il allait dans cette direction, il faudrait évoquer un sujet sensible. Il faut bien admettre que vivre dans l’immédiat environnement d’Ivanovna a quelque chose d’enivrant. La reprise des études s’est passée au mieux, le feudeymon ayant tout ravagé durant le mois d’Août l’a quitté. C’était même une promesse qu’il s’était faite ; ne plus y revenir, tout enfouir. Il est très improbable qu’Alyona soit au courant. Mais il ne porte pas d’alliance… la connaissant, elle ne dira rien. Comme Vana d’ailleurs qui n’a pas posé la moindre question. Comment expliquer à Alyona qu’il aimerait beaucoup faire son stage avec Ivanovna ? Il ne peut pas mentir non plus, sachant très bien que ces deux-là sont aussi unies que les doigts d’une main.
Tandis qu’il tient dans entre ses doigts la longue tige d’un joli dahlia mauve, il hésite.

- Le stage ? Je ferai comme ma mère le souhaite. Enfin… disons qu’elle aimerait bien me voir l’effectuer dans le même endroit qu’Ivanovna. C’est bien la seule chose que nous ayons en commun dans l’existence.

Mais il en a déjà trop dit. Trahi par sa volonté récurrente de lâcher un bon mot, du moins tenter de faire de l’esprit, le garçon a donné ce qu’il considère comme l’information capitale. Alors au point où il en est…

- Tu sais, elle est extraordinaire cette sorcière. Quand je suis avec elle, je n’ai jamais l’impression de travailler.

De complexes pensées, à préférablement ne jamais formuler, le traversent. C’est plus fort que lui, et tant pis s’il donne l’impression d’avoir enterré Aurélia. S’il est une chose que son malheur a rendue possible, c’est bien un stage en duo. Jeune marié, cela aurait été totalement inenvisageable mais maintenant…

- Depuis le temps nous nous connaissons bien, je crois même qu’en ce moment elle a des angoisses liées à la magie noire. Enfin disons que pas plus tard que cet après-midi, je l’ai vue arrêter d’écrire en plein cours sur le sujet. C'est bien la première fois… Bon… je ne voudrais pas être intrusif mais… des clients comme ma mère, qui balancent une liste improbable… vous en avez beaucoup ?

Double esquive de la part du sorcier. Mais s’il pouvait s’assurer des insidieuses manigances de sa mère, ce serait bien. Et si Alyona confirme qu’ils sont grands pourvoyeurs de commandes extravagantes, alors il en sera pour ses frais. Ce ne sera qu’un soupçon infondé de plus à l’encontre d’une mère aimante. Garnement qui n’a pas confiance… Les souvenirs de ses deux premières années à l’Institut lui reviennent un par un. Cet amour des fleurs, un point commun avec sa mère, le seul qui compte dans les faits mais n’est-ce pas aussi cela qui l’en a éloigné ? Elle avait tendance à vouloir s’immiscer dans ses études et à l’époque Gordon n’avait personne à qui en parler. C’est pourtant une réalité, son goût pour les jolis bouquets, patiemment composés. Harmonie des couleurs, des senteurs. Mais Isadora aime les plantes nobles quand lui a choisi les sauvageonnes. Il doit aussi concéder, si un jour il faut l’avouer, préférer les voir dans leur milieu naturel. Un bouquet, à ses yeux, est fait d’une douzaine de mortes. ils n'ont pas la même conception des choses.

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« Je peux te la mettre dans un pot pour que tu la gardes pour toi. Tu n'auras même pas besoin de la mettre dans le jardin de ta mère... »

Ni de lui en parler, ni de... Pourquoi demeurons-nous toujours derrière nos mères, Gordon ? Pourquoi nous inquiétons-nous de leur réaction, pourquoi nous lions-nous à leurs désirs, pourquoi nous façonnons-nous selon leur regard ? Quelque chose craque sous ma peau dans une douleur terrible, comme un étouffement qui reviendrait. Mon souffle devient lourd. Ma mère, ta mère, nos mères, nos familles qui nous régissent... Qui sommes-nous sans notre nom ? Existons-nous vraiment ? Je m'arrache à eux, je tire sur ma peau pour la séparer des leurs, et avec ces lambeaux j'essaye de me retrouver, de me reconstruire, d'exister seule. Merlin comme c'est dur ! Comme tout me ramène à Anastasia ! L'image que me renvoie mon reflet, le nom par lequel on m'appelle, les idées qui me traversent. Pour me construire je dois tout déconstruire, je dois me déconstruire. Changer de tenue, changer d'habitudes, changer de pensée, changer de maison. Comme on est seul et déboussolé lorsqu'on coupe les ponts qui nous reliaient à notre famille. Mais je me raccroche ailleurs : au Jardin, à Vana. J'essaye... Pourquoi me rappelles-tu à mes dépendances, Gordon ? Pourquoi ta posture m'évoque encore la mienne ?

Des phrases désolées mijotent dans la boue de mes pensées tandis que j'écoute d'une oreille mon ami parler. Des douleurs qui tirent sur ma peau et laissent mon visage s'assombrir.
« Je ferai comme ma mère le souhaite »
J'ai envie de frapper la table du poing. C'est une colère sourde et désespérée. Une colère qui me donne envie de hurler.
... « comme ma mère le souhaite »
Non, non, non ! Je ne suis pas un pantin, je ne lui appartiens pas, je ne suis pas comme elle ! Je peux y arriver, je peux me détacher, je peux exister autrement qu'à travers son regard, je peux...
« comme ma mère »
Un frisson comme si une bourrasque de vent était entrée dans la boutique. Je hoquète, hoche la tête, ne dis rien, n'écoute pas vraiment, continue à sourire.
Anastasia Farrow ne m'arrachera pas mon calme. Elle ne me prendra pas tout, je me le promets.

Ne me parle plus de ta mère comme si tu n'existais qu'à travers sa voix, je t'en supplie Gordon.

Au moins il y a Vana.
Son seul prénom suffit à me faire sourire, la seule évocation de sa présence me guérit. Ivanovna, extraordinaire.

« Je sais », murmuré-je du bout des lèvres, le visage illuminé.

Pourtant il me plaît de l'entendre, d'en être de nouveau assurée. J'ai presque envie de dire au sorcier que le plaisir qu'il prend à travailler avec Ivanovna, elle le prend aussi, mais ce serait peut-être la trahir. J'aime à penser que j'en sais davantage que ce que j'en dis, qu'il y a entre Vana et moi des courants inconnus à Gordon. Est-ce égoïste de ma part ? Je n'en suis pas sûre ; peut-être qu'il y a quelque chose d'égoïste dans un lien comme celui-ci, mais d'un égoïsme que l'on est deux à assumer.

Et en même temps je ne peux pas m'empêcher de songer à la détresse qui a été celle de mon amie cette année, détresse à laquelle Gordon n'a pas été étranger. Mais comment lui en vouloir ? Comment le lui reprocher ?

Malgré mes assurances, l'étonnement m'effleure à sa révélation.

« La magie noire ? Oh... »

Il est vrai qu'elle l'a mentionnée dans ses lettres, à propos de son père, que la crainte évoquée ne m'est pas inconnue. Mais je ne croyais pas qu'elle était aussi présente, qu'elle l'altérait à ce point. Arrêter d'écrire en cours sur ce sujet... Un cours sur ce sujet... Est-ce que cela a un rapport avec les difficultés qu'elle m'a mentionnée à propos de certains enseignements ? Est-ce que cela l'angoisse ? Inquiétude soulevée mais dissimulée aux yeux de Gordon, je souligne l'information pour ne pas l'oublier et glisser quelque chose à ce propos dans ma prochaine lettre.
La magie noire... Mais Vana, pourquoi craindrais-tu d'être l'héritière des ténèbres de ton père ?
Le cœur se serre. L'héritière de ton père... L'héritière de ma mère... Comme tu me manques, Ivanovna.

J'emmène Gordon de l'autre côté du commerce, passant derrière le comptoir pour entrer dans la réserve.

« Des listes, il y en a quelques fois, mais elles ne sont pas extravagantes, juste des repères. Certains clients viennent aussi sans savoir ce qu'ils cherchent mais en ne souhaitant considérer que l'excellence... Mais enfin, nous restons un petit commerce à une échelle locale, donc ce genre de liste ne passe pas inaperçu ! »

Je lui adresse un sourire amusé, légère et pourtant songeuse. Je ne peux pas m'empêcher de revenir vers Vana, non sans une certaine hésitation. N'est-ce pas ce qui nous réunit le plus désormais, Gordon et moi ?

« Comment va Vana ? Elle m'a dit que tu avais visité avec elle la maison près de Rye. De quoi ça a l'air ? »

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht

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Gordon Esiason
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Laisser une plante sauvage dans un pot ? Voilà une idée qui le froisse. La proposition d’Alyona est pleine de gentillesse. Il y médite le temps d’entendre d’autres mots. Mais il ne voudrait pas qu’elle dépérisse, encore moins qu’elle soit condamnée à rester à la fenêtre de sa chambre d’étudiant. Étrange métaphore... Pourtant… l’idée le tente, il suffirait qu’elle puisse s’adapter au climat moins humide de Newhaven. Elle est robuste, la chose serait envisageable. Mais déjà Alyona avance dans la conversation et l’incontournable sujet arrive sur la table. Ivanovna…

Il n’a pas envie de mentir, ne se voit pas balancer des inventions sur elle et leurs relations en pleine évolution. Vana le sollicite souvent pour un hug, cela arrive presque quotidiennement désormais. Il faut dire que jamais elle n’en aurait eu l’initiative. La première fois c’est le garçon qui l’a prise dans ses bras. En toute innocence. Depuis, les autres étudiants les observent, lui le sent même si la jeune sorcière ne semble pas l’avoir perçu.
Ils sont l’objet de bien des discussions sous le manteau, quand bien même personne n’ose s’exprimer au regard du mariage annulé, que tous semblent considérer comme un malheur interdisant le moindre cancan. Ivanovna… Elle garde une place à part dans son coeur et le plus souvent y penser suffit à tout faire pour ne plus y penser. C’est un va et vient permanent en lui, un sujet de réflexion qui revient comme le soleil au matin. Les sentiments sont une entité explosive, sa mère a longtemps été l’énergie paraissant les contrôler, ce n’est plus vrai. Sauf à dire qu’il les maîtrise quand il s’agit de Vana. Pour le reste… Alyona jette dans son chaudron intime une substance qui ne demande qu’à générer un cataclysme. Opportunément, et il y voit une bouée de sauvetage des plus présentables, elle parle de la maison située à Mallydams Woods. Gordon peut aisément contourner la montagne noire et bavarder de son amie sans incidence majeure.

- Ahhh, la maison… Je ne sais pas où elle en est, nous avons été très occupés ces derniers jours mais crois-moi, c’est un projet très avancé dans son esprit…

il se trouve qu’à peu près à la même heure, à peine un peu plus tard au soir, Ivanovna investigue et découvre que son projet tient sur du sable. Mais personne, à l’heure où Alyona et Gordon en parlent, n’est encore en connaissance de la réalité. Le jeune sorcier poursuit donc avec les informations en sa possession.

- Elle a tenu à me la faire visiter. Un très bel endroit ça on ne peut pas dire le contraire. Mais une femme seule au milieu d’un bois, avec en plus des souterrains à n’en plus finir… Je sais bien que rien ne lui fait peur mais quand même…

Il masque mal son scepticisme, le genre de sentiments qu’il n’a jamais en présence de Vana. Elle agit sur lui comme un accélérateur de concoction. Ensemble ils iraient n’importe où mais dès qu’il est seul, un soupçon de raison le rattrape, un côté… protecteur. Ceci dit, lui aussi y voit de belles possibilités.

- Tu me diras… Wick est sans doute le genre de refuge encore plus dangereux, je n’y ai jamais été mais le peu que j’en sais ne fait pas envie.

Gordon a peur pour elle. En le verbalisant, il redoute de laisser penser des choses dont il ne sait pas ce qu’elles signifient. Alors, à l’ancienne, il se met à faire l’andouille.

- ...bon, je sais, les écossaises sont en granit quand nous autres anglais avons du bois en guise de squelette mais quand même… et puis, une maison demande de l’entretien. Surtout une maison construite selon les normes moldues.

Gordon sait pertinemment qu’il passera une fois encore pour un imbécile. Cela vaut mieux que de s’engager sur un terrain hors de son contrôle. Ivanovna demeure une fleur à laquelle il tient mais ce territoire est un bout de son jardin secret qu’il préfère laisser en jachère.

-...quand même…

L'expression qui lui colle à la peau, marquant sa sidération face à la vie.

- Je crois qu’elle aime la forêt qui protège cet endroit. C’est vrai qu’elle est belle. Pas très étendue, le Kent est très densément peuplé… Mais j’ai bien vu dans ses yeux. Tu sais comment ils sont quand ça brûle en elle.

Il n’aurait pas dû dire ça. Il faut bien la connaître pour savoir de quoi il est question. Le garçon maîtrise désormais correctement certains éléments du langage Ivanovnien. Il serait surprenant qu’Alyona ne s’en rende pas compte d’une manière ou d’une autre… Et puis, s’il faut parler de feu intérieur, celui du sorcier est à cet instant-là un brasier tout à fait respectable. Il ne sait pas bien mentir aux amis lui non plus….

PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow
Je m'attendais à ce que Gordon émette des doutes, puisque même Ivanovna en a et qu'un premier achat est une affaire délicate, qui nécessite de soupeser précisément le pour et le contre. Mais des doutes sur Vana ? La crainte que cette maison l'expose à des dangers auxquels elle ne pourrait pas faire face ? Je n'aurais jamais pu prédire de tels propos dans la bouche de mon ami, et les y entendre me désoriente. Après tout le temps passé auprès de ma sœur, lui qui l'accompagne, qui connaît son travail, sa détermination, la volonté avec laquelle elle peut influer son destin et la force qu'elle dégage, lui à qui elle fait confiance, lui qui est si souvent auprès d'elle, comment peut-il en venir à douter de ses capacités ? Comment peut-il l'estimer inapte à s'en sortir ? Comment peut-il dénigrer Wick ? Comment peut-il juger Ivanovna sans défense ? Cela me laisse bouche bée, troublée, bredouillante. Même mes mains sont perturbées dans leur travail.

Je ne comprends pas ses arguments, c'est comme si nous connaissions deux Vana. Une part égoïste de moi s'agace de Gordon, le prenant presque de haut, assurée. Je sais ce que l'étudiante a vécu, ce par quoi elle est passée ; j'ai vu Wick, j'ai senti maintes fois la force de mon amie alors que tout autour de nous semblait craquer ; j'ai assisté à son évolution, à sa reprise en main permise par une volonté farouche qui l'a menée jusqu'aux portes de l'Institut. Et elle serait incapable de se défendre seule de ce qui erre dans des bois ? Elle serait incapable d'entretenir seule une maison ? Mais Gordon, quelles drôles d'idées ! On dirait que tu ne la connais pas, Vana. Elle traverse un bras de mer à la nage pour arracher sa liberté, elle reconstruit une maison sur des ruines, elle franchit l'horreur sans perdre ses espoirs et ses rêves, elle se bat pour ce qu'elle veut. Et des bois et la solitude lui feraient peur ? Cela me fait sourire avec amusement. Pour ceux qui ont marché dans le désespoir, même les arbres les plus sombres sont des guides et des frères.

« Gordon, tu la sous-estimes. »

J'ai enjambé le trouble dans lequel il m'avait jeté. La tête haute pour deux, je souris avec assurance, comme détentrice d'un secret inaccessible au sorcier.

« Vana est forte et intelligente, elle a plus de ressources que tu ne le penses. Ne l'imagine pas incapable de se défendre, tu te tromperais. »

Penser ainsi à celle que je considère comme ma sœur, après toutes ces semaines sans la voir, attise l'attachement que je lui porte, resserre le lien qui nous unit. Une bouffée d'amour et de fierté me monte jusqu'au cœur lorsque je songe à elle. Vana ! Oui c'est vrai, je sais, je n'ai aucune peine à imaginer ses yeux lorsque cela brûle en elle. Son regard qui n'abandonne pas. Sa force, sa dignité. Sais-tu, Gordon, les sentiments qu'elle te porte ? Elle aime à répéter mes qualités pour qui voudrait se lier à moi, mais connais-tu les siennes ? Sais-tu la chance que tu as de pouvoir travailler avec elle ? D'être aimé d'elle ?

Je m'attendris. Il y a, dans l'inquiétude de Gordon, une affection qui ne se dit pas. Il veut le meilleur pour Vana, et c'est tout à son honneur. C'est peut-être davantage une question d'inquiétude et d'attachement que de confiance.

« Mais c'est louable et adorable de ta part de t'en soucier. » ajouté-je avec un léger amusement attendri.

Je glisse un peu hors de ces pensées pour regarder de nouveau la liste donnée par Gordon de la part de sa mère. Réflexions et connaissances me permettent de me saisir de quelques plantes et graines présentes dans la réserve et demandées pour les glisser dans mon panier. Je n'oublie pas l'aspect professionnel de la présence de l'étudiant, même si j'aime discuter d'Ivanovna.

Les songes sur cette maison qui fait tant parler d'elle s'intercalent entre deux actions de botaniste.

« Donc toi, tu ne l'achèterais pas, c'est ça ? Tu ne penses pas que ce soit l'idéal, malgré les souterrains pour les potions ? »

Il y a une autre question sous cette dernière à propos des souterrains, comme un deuxième sous-sol. Est-ce que tu continueras à accompagner Vana dans son travail lorsque vous serez tous les deux diplômés ? Est-ce que vous étudierez ensemble, dans ces souterrains ou ailleurs ?

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht

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Gordon Esiason
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Les mots d’Alyona. Des mots de femme, il les connaît, ceux de sa mère... ceux de Mère. Et parfois, souvent, ceux d’Ivanovna aussi. Il ne l’appelle Vana que rarement. C’est une pudeur entre eux, enfin surtout entre lui et lui.
Les soubresauts de son coeur attestent de son émoi. Son amie a réveillé une partie de lui qui ne demandait que ça. Le soleil par la fenêtre, une odeur de tourbe… Le jardin de Draíocht devient alors un lieu où l’on sasse les âmes. « Tu vaux mieux que tu ne le crois mais tu dois d’abord t’accepter ». On croirait entendre une leçon de vie comme certains professeurs se plaisent à en donner. Il voudrait tant entendre ça…
Gordon est très loin de la sous-estimer. Ivanovna est un exemple pour lui. Bien sûr, à l’époque de Poudlard il se moquait de ce genre de filles. Paradoxalement car dans les toutes premières années, avant qu’elle ne disparaisse, il l’avait vue collectionner les amourettes d’enfants. Bisous bisous, les...premiers pas d’une danse prénuptiale qu’il n’avait que trop pratiquée par la suite. Entre temps, elle avait disparu, puis reparu. Devenue transparente, il l’avait ignorée totalement durant ses BUSEs. Au terme desquelles il avait décroché moins de succès qu’elle. Gordon ne le sut pas, ignorant tout de ses dons, entre autres en Défense Contre les Forces du Mal.

Disparue de nouveau ensuite, quand lui montait sans trop y réfléchir vers des ASPICs convenables, brillants en Botanique mais sans plus en Potions… puis l’Institut, la vraie Botanique… et les conquêtes de début d’études supérieures, des histoires d’un soir, abstinentes et dénuées de lendemains. Sans jamais la tendresse qui aurait pu l’accompagner dans une maturité encore embryonnaire.
Il ne la sous-estime pas. Et d’ailleurs Alyona le sait pertinemment, elle qui affirme la chose pour mieux le faire réagir. C’est tout l’inverse, il l’admire et c’est presque même un danger, du gâchis. Tout ce qu’il n’est pas elle l’incarne, le sérieux, une pertinence dans les détails, le goût de l’aventure intellectuelle. Le sérieux. Avec elle il a appris la rigueur, l’amour du travail bien fait. C’en est presque caricatural tant ils sont, du moins furent, opposés comme des contraires aux premiers mois de leur rencontre consciente à l’Institut de Médicomagie et des Sciences Magiques. Ces émotions inconscientes ne remontent pas toutes alors qu’il entend Alyona la défendre. En fait, il est occupé ailleurs. Le coeur se serre en comprenant qu’elle est encore beaucoup pour lui. Comme une figure passée que l’on a délaissée et qui nous revient sur le tard, aimante et pardonnante. Elle ne sait pas tout cela. Et lui… pas beaucoup plus.
La première de sa vie d’adulte, celle qui aurait pu devenir le pilier. Et puis… il s’est passé des choses qu’il ne maîtrise pas, et puis Aurélia. Chaque qualité évoquée par Aly., un surnom né de l’esprit de Vana que jamais il n’aura l’audace de prononcer, chaque beauté d’elle… il la connaît. Tous deux se pratiquent à haute dose alors comment faire pour ne pas témoigner de son trouble ? Gordon est dans un conflit de loyauté. Entre son amie et ...Vana. Entre lui et le monde… ordinairement ces cas de conscience ne le paralysent pas. Ce jour est différent. Et ce n’est pas Aly.. Pas Alyona, Aly c’est Vana qui le dit. Un poison est en lui sans qu’il n’en comprenne les reflets. Le remords, les regrets, cet irrécupérable, tous ces sentiments pourtant simples il ne sait pas les décrypter.
Dans le monde des sorciers, imaginer une inégalité entre les sexes relève de l’idiotie magique. Sorcières et sorciers ont les mêmes potentialités et les enfants, dès leur plus jeune âge sont délestés de cette pesanteur. C’est aussi pourquoi les élèves de Poudlard ont bien du mal à concevoir cette vision propre aux moldus, encore en 2051. Il n’est pas plus fort qu’elle, ne se perçoit pas en chevalier attendant un mouchoir qu’il garderait dans un recoin d’armure. Explorer les consciences pour trouver une différence entre hommes et femmes est une chimère si l’on espère trouver quelque supériorité au final. Ce qui revient à dire qu’il n’est pas plus solide qu’elle ni plus habile. Clairement lorsqu’il est question de sentiments, Gordon n’est pas plus avancé qu’Ivanovna. Et si la vie les réunit sur le terrain de l’intérieur secret, ils se trouvent l’un comme l’autre démunis. Peut-être parce qu’ils sont directement impliqués. Et qu’il est impossible pour eux d’avoir le recul nécessaire permettant d’y comprendre quelque chose. Le brouillard intime est des plus épais, renforcé par la noblesse des sentiments qu’ils partagent sans en prendre la mesure. Alyona pourrait être le révélateur mais elle ne le doit pas. Du moins serait-il dangereux de brusquer des choses devant se dérouler naturellement. La plus infime modification de la course des étoiles provoquerait un désastre. Il faut laisser le temps au temps. Les centaures pourraient aider mais ils savent qu’intervenir c’est modifier le cours de la vie. Au regard des dégâts envisageables, mieux vaut ne rien faire. En somme, chacun en est réduit à attendre.

Gordon n’espère rien, sa vie aussi comporte des mystères, ténèbres dont il a tôt appris à masquer l’existence. Point question de sorcellerie en l’occurrence mais cela ne change rien au cataclysme. Franchement, tout ce qui touche à sa famille est noirceur. Ils sont peu nombreux les êtres ne lui attirant pas d’ennuis interminables. C’est peut-être cela qui a dessiné ce visage d’une beauté infernale parce que fragile. Gordon est un jeune homme attirant, devenu énigmatique depuis ses fiançailles. Elles ont verni ses traits d’un voile de candeur irrésistible. Cette transformation, lui n’en a pas conscience. Si Ondine le revoyait, elle pourrait légitimement se demander s’il ne s’agit pas d’un sorcier oublietté ou pire, sous Imperium… Ivanovna verrait qu’il est en pleine crise d’imbécilité feinte. Ils se connaissent si bien… Comment reprendre le cours de sa vie quand l’être aimé vous a quitté ? Le monde peut-il être le même ensuite ? Rien ne demeure identique d’un jour à l’autre. Même Alyona est changée par son travail. Quel épanouissement. Gordon l’envie, une fois encore il rêve en l’écoutant. Avec gentillesse, elle lui offre une nouvelle porte de sortie honorable. Mais il prend son temps pour répondre, chassant de lui toutes ces pensées confuses. Il fait mine de réfléchir avec quelques mimiques excessives.

-...C’est quand même une décision engageante. Je ne la savais pas impulsive.

C’est faux et il le sait ! Ivanovna a parfois des élans incontrôlés de puissance, une sorte de pulsion de vie qui ne demande qu’à s’exprimer en toute liberté. « Pas moi ». Première de ces éruptions spontanées aux griffures profondes pour qui ne s’y attend pas. Il sait combien il est en train de dire une bêtise et se corrige de suite.

-...enfin, pas au point de se lancer dans un projet insensé… Je crois qu’elle rêve à quelque chose d’idéal. Mais la vie n’est pas ça.

Il repense alors aux visages qui les définissaient au temps de Poudlard. Comment se fait-il qu’il se souvienne si bien de celui de Vana quand il oublierait presque celui d’Alyona ? Cela n’a aucun sens à ses yeux et c’est pourtant la vérité. Ivanovna avait le visage fin, de très longs cheveux d’un blond si pâle… Comme elle semblait inaccessible à cette époque, ses yeux noirs vous brisaient aisément.
Il ne lui a jamais demandé ce qu’elle avait fait de sa vie quand elle n’était plus au château. Les jeunes sont si souvent partis, pour un an, pour longtemps… Certains à Beaux-Bâtons, d’autres à Ilvermorny ou Durmstrang. C’est peut-être ces mutations-là qui ancrent en nous le visage des gens que l’on a perdus de vue pour un temps. Leur métamorphose scelle ce qu’ils furent avant de revenir. Alyona...elle aussi est partie s’il se souvient bien. Mais c’était différent. Elle a quelque chose d’immuable. Comme un roc. Il n’est pas jaloux, sachant qu’Ivanovna la considère comme sa sœur. Il sait, en partie, pour Circéia. Et comprend certaines implications. En lui réside aussi le regret d’avoir été l'unique dans leur immense bâtisse de Cornouailles, la « famille » Esiason. Lui aussi aurait aimé un frère... ou une sœur. Trois orphelins en somme.

- Elle fera bien ce qu’elle voudra, je n’ai pas eu le coeur de lui dire ce que j’en pense. C’est tellement enthousiasmant de la voir heureuse...




Now that I know you
I can show you what is what
And now that I know you
I can show you how we're getting over
Now, letting go
I can show you how it works


Il aimerait. S’il savait faire.

PNJ : Gordon Les amis se le disent RP: Alyona Farrow
Je parviens, entre deux tâches dictées par mon travail, à jeter de brefs coups d'œil vers Gordon. Une incertitude se faufile alors jusque mon cœur, à la découverte de ses traits tendus. Était-ce une bonne idée de lui parler d'Ivanovna après son mariage annulé ? Par Merlin, il paraît si troublé ! Et son trouble glisse jusque moi comme une ombre, enroulant ses longs doigts autour de ma cheville. N'aurais-je pas dû me montrer plus délicate envers lui, prendre en compte la souffrance qui doit être la sienne, la douleur dans laquelle ces derniers mois l'ont jeté et les conséquences que cela a pu avoir sur sa relation avec Vana ? De toute évidence, on ne sort pas de ces ronces qui nous ont pris jusqu'à l'avenir presque construit d'un foyer sans une égratignure. Ne suis-je pas bien placée pour le savoir ? Mes mouvements s'abiment dans la déchirure de mes pensées. Comme une blessure en réveille une autre.

L'avenir, le futur, et même demain... Comme ces mots sont obscurs, pour nous à qui l'on a mis des voiles devant les yeux. Un pas après l'autre, un jour après l'autre ; on essaye de se satisfaire de ce que l'on a sans regarder plus loin, mais l'évidence s'impose : on a envie de regarder plus loin, comme tout le monde. Mais ce qu'on y découvre est décevant. Le regard d'aujourd'hui trouble la route de demain. Il faut attendre, espérer. Mais jusqu'où iront les jours gris desquels on ne tire que des ombres ?
Et puis, il y a Vana. S'il y a bien une personne capable de voir à travers les voiles de l'avenir, c'est elle. Pas en tant que pratiquante de divination ou que sais-je, mais en tant que sorcière courageuse, que femme qui ne se replie pas sur elle-même. Cette recherche de maison en est la preuve. Ivanovna se rue toujours vers l'avant. Comme une fuite. Et Gordon et moi... nous restons à notre place. Sagement, tristement.
Qu'on me greffe donc des griffes pour déchirer les nuages enfumants !

Mon sourire, après ces pensées, se fait plus mesuré. Je perçois avec une nouvelle acuité la fange de laquelle Gordon tente de s'extraire. Il tâtonne, cherche. Cela m'arrive aussi, je le comprends.

« Ça ne peut pas lui faire de mal de rêver à quelque chose. » avancé-je.

À quoi tu rêves, toi, Gordon ? Quel sens ont les rêves quand celui qu'on allait mener à son bout s'effondre ? En as-tu encore ? Je l'espère, ce sont eux qui nous font avancer.
Et moi, à quoi rêvé-je ? J'aimerais dire à de la tranquillité, une maison, de grands espaces, quelques recherches personnelles en botanique, et ceux que j'aime près de moi. Rien d'extraordinaire en soit. Mais ces temps-ci, je me surprends à vouloir autre chose. Une route sinueuse qui monte jusqu'au sommet d'une montagne dressée dans les nuages, une magie qui gonfle et se gorge jusqu'à me rendre ivre, et de nouvelles relations plus surprenantes, qui m'emmènent là où je n'aurais jamais pensé aller, qui font cogner mon cœur plus fort. Je rêve à franchir les lignes, à traverser les ponts entre les mondes, à être là où on ne m'attend pas. Je songe au risque, moi qui n'ai jamais été imprudente, moi qui suis toujours restée sage. Mais où ce comportement m'a-t-il menée ? Qu'ai-je fait dont je peux être fière en tant que bonne petite fille, que sorcière assise les mains croisées sur ses genoux ? Qu'ai-je trouvé de moi sur cette route monotone, calme mais déjà tracée ?
J'ai besoin de me glisser sous les arbres aux longues branches crochues et courbes, acérées et terribles.

« ... même si tu penses que c'est un idéal. »

Je vérifie que mon panier comporte tout ce que j'étais venue chercher dans la réserve. La liste de Mrs Esiason se réduit, il ne me reste que quelques plantes à aller chercher dans le jardin et les serres. Je porte mon panier dans mes bras, ma pensée suivant toujours mon échange avec Gordon.

« Ça ne veut pas dire que c'est insensé. »

Si tous les idéaux étaient insensés, si tous les rêves étaient inaccessibles, si toutes les ambitions étaient vaines, que ferions-nous ? Où irions-nous ? Que serions-nous ?

Il est bon qu'Ivanovna ne se repose pas sur ce qu'elle a, qu'elle cherche à aller plus loin, à se donner des projets. C'est peut-être ce qui motive son travail et l'encourage. Qu'est-ce qu'il y a de mal à cela ? Et quand bien même cette maison ne lui correspondrait pas, elle en trouvera une autre, non ? Un idéal insensé... Mais il faut savoir regarder loin ! Pourquoi faudrait-il toujours être raisonnable ? Cet engagement est tout à son honneur. C'est pour cela que je l'admire. C'est pour cela, peut-être, qu'on l'admire tous les deux.

Je pousse la porte qui mène aux serres.

« Ça ne te dérange pas de m'accompagner dans les serres ? Tu veras, on s'y sent bien. »

Je souris à Gordon avec bienveillance avant de reprendre le fil de notre discussion.

« Je suis contente qu'elle ait des projets comme celui-là. Les projets, ça fait vivre, c'est ça, vivre. Moi, la voir faire tout ça, ça m'encourage. J'ai presque envie de me chercher une maison en Irlande ! Tout plutôt que la chambre un peu étroite que j'occupe. Mais je préfère attendre encore un peu. » En y réfléchissant, je ris doucement, amusée par mon cas. « Il me faut toujours du temps ! Et finalement, regarde, ça ne me mène pas très loin. J'ai le Jardin, oui, mais à côté, je ne suis que la fille de mes parents, et n'existe que par ça. »

#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht