Inktober PNJ Le Cœur en Braille

Image postée par le membre

21. héros
22. balise
23. chic
24. cuire
25. fracture
26. zip
27. veracrasse
28. trophée
29. DCFM
30. patacitrouille
31. flexion

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
dimanche 1 octobre

"POMME"

Image postée par le membre

{ chez Sisyphe, Allée des Embrumes }

>> PORTOLIEN <<

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
lundi 2 octobre

"RELIQUE"

Image postée par le membre

{ appartement de Miya ; Pré-au-Lard }

Clic. Clac. J'ouvre et je ferme le capot du vieux briquet moldu que je garde, bêtement, depuis des années dans mon sac. Clic. Clac. Il est vieux. Y'a même plus d'essence dedans, je devrais le changer, le jeter ou au moins le reremplir. Je sais pas si je peux. Clic. Clac. J'ai jamais essayé. C'est un vieux truc. Devenu inutile. Une bête relique, le vestige d'un passé que je ne retrouverais probablement jamais. A cause de moi. Par ma faute. Alors je regarde cette bête vieillerie. Clic. Clac. Et je me demande si je devrais pas m'en débarrasser. Je me dis que je pourrais le réduire en poussière, que je pourrais décharger toute ma colère et mon incompréhension dessus, le transformer en un tas de poussière moche, qui se disperseront quand je soufflerais dessus. Je les regarderais s'envoler par la fenêtre, ces poussières, je les regarderais se volatiliser dans la nuit encode humide d'octobre, une nuit d'automne comme on en voit de plus en plus depuis une petite semaine. Je les regarderais fondre sous l'eau de la bruine fine, légère, presque gracieuse qui s'abat sur le monde. Et je n'y repenserais plus. Je crois. Je pourrais enfin la jeter, cette relique, la regarder disparaitre.

Clic. Clac. Clic. Clac. Clic..... Clac.

Machinalement, j'appuie mon pouce sur la molette, je frotte la pierre d'allumage et je m'attends presque à voir une flamme jaillir. Ce serait chouette. Ce serait beau. Une petite flamme un peu vacillante mais bien présente, une petite flamme aussi brulante qu'un véritable brasier malgré la petitesse de son apparence, malgré la faiblesse de sa lumière. Une flamme jaillir de cette vieille relique devenue inutile, sentimentale, bêtement conservée depuis tellement de temps. Tellement.

Tu te rappelles des nuits embrumées, mon amour ? Tu te rappelles de la fumée de nos clopes et de nos rires qui s'élevaient dans la nuit en même temps que le brouillard nocif ? Tu te rappelles des baiser au goût de liberté, de whisky, de bière, d'amour et de sincérité ? Dis moi mon amour, est-ce que t'as oublié ça ? Tu te rappelles, dis ? Tu te rappelles de mes mains se glissant dans tes poches, cherchant ton briquet pour allumer le stick de nicotine glissé entre mes lèvres que tu venais embrasser pour en savourer un peu les saveurs. Tu te rappelles de ton regard de braise, chaud comme la flamme que ce vieux truc est désormais incapable de produire ? Tu te rappelles de nos corps allongés sur le toit, nos mains jointes, la petite lumière jaillissant tant bien que mal à l'extrémité de ce pauvre briquet ? Tu te rappelles de nos souffles se mêlant, de nos respirations se synchronisant, de nos corps se retrouvant, de nos doigts se liant les uns aux autres ?

S'il te plait, dis-moi que tu te souviens.

C'était réel, je sais que c'était réel. Cette stupide relique, cette vieillerie, cette mocheté ridicule en est la preuve. Je la serre entre mes doigts puis j'appuie mon front contre la vitre. Je regarde la pluie tomber, suis une goutte des yeux puis l'abandonne, remonte mon regard sur le carreau.

Clic. Clac.

Je le manipule dans tous les sens, je le regarde sous toutes les coutures pendant que les souvenirs naissent dans ma tête, tous plus violents les uns que les autres, tous douloureux, tous tellement forts, tous tellement méchants, tous tellement... Tellement nous. Nous, deux idiots fous amoureux l'un de l'autre, nous, deux abrutis complètement raides dingues de l'autre, nous, deux imbéciles tombés dans le piège de l'amour. Nous deux, toi plus moi, toi et moi. Nous. Ce nous, j'ai pas su le conserver aussi bien que ce briquet, pas vrai ? Je ferme les yeux et je cherche la sensation de tes doigts sur le plastique du petit objet, je cherche le fantôme de ton rire, je cherche le vestige de ta présence à mes côtés, de tes mains qui se referment autour de ma taille et m'attirent à toi pour me faire rire ou me faire taire en m'embrassant. Mon nez me pique, mes yeux aussi. Je vais encore pleurer. Pleurer pour un bête objet que j'ai décidé de triturer pour m'occuper, pour te retrouver un peu. Dis moi mon amour, est-ce que tu te demandes où il est passé ce briquet, ou est-ce que tu t'en moques ? Est-ce que t'as jeté toutes mes affaires, est-ce que t'as brulé les vêtements que je portais, est-ce que t'as détruit toutes les choses que je t'ai offertes ?

Clic. Clac. Clic. Clac.

Je repense à toutes les fringues que je te volais, à ce t-shirt gris que j'ai oublié, morceau de moi que t'as conservé. Je crois ? Je pense. Je souhaite. Je souhaite que tu l'aies gardé, je souhaite que t'y repense, je souhaite que tu continues de penser à moi quand tu le vois ? C'est égoïste, tu crois ? De pas vouloir que tu m'oublies ? Au moins aussi égoïste que te voler un briquet et ne jamais te le rendre ? Le transformer en mémorial, en souvenir, en relique.

C'est ridicule, pas vrai, de garder ça ? On me dit que ça m'encombre, on me dit que ça me pèse, on me dit que je devrais le jeter, on me dit que je devrais le réduire en morceaux. On me dit plein de choses tu sais. Mais aucune d'elle ne me satisfait. Parce qu'aucune d'elle n'est ce que je souhaiterais entendre. Je voudrais entendre qu'on me propose de garder ce briquet, d'en faire une œuvre d'art, de l'exposer dans un musée, dans mon musée, dans notre musée. Le musée de toi et moi, le musée de nos souvenirs, le musée de notre amour, le musée de notre nous. Et à quoi il ressemblerait ce musée tu penses ? Est-ce qu'il serait grand, est-ce qu'il serait beau, est-ce qu'il serait petit, est-ce qu'il serait doré, est-ce qu'il serait discret ? J'aime à croire qu'il ne ressemblerait à aucun autre musée, j'aime à croire qu'il ressemblerait à mon appartement de Londres.

Il y aurait les t-shirt que je te volais, les CD qu'on s'est offerts mutuellement, les rares bijoux que tu m'as ramenés de Merlin-seul-sait-où, les paquets de cigarette qu'on s'échangeait, les couvertures sous lesquelles on se blottissait tous les deux, les cacahuète grillées qu'on aimait tant,...

Et ce briquet. Ce briquet qui m'est ridiculement précieux.
Cette vieille relique que tes doigts ont effleuré.

Ce briquet que je t'ai volé et qui demeure mon seul et dernier souvenir matériel de toi.


________
1087 mots
@Lloyd River tu m'as inspirée, j'avoue
défi EEC : automne, bruine, pluie

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
mardi 3 octobre

"MINIATURE"

Image postée par le membre

{ chez Sisyphe ; Allée des Embrumes }

>> PORTOLIEN <<

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
mercredi 4 octobre

"MANDRAGORE"

Image postée par le membre

{ chez Sisyphe ; Allée des Embrumes }

>> PORTOLIEN <<

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
jeudi 5 octobre

"GIFLE"

_____Image postée par le membre

demeure Ryuū ; Godric's Hollow

>> PORTOLIEN <<

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
vendredi 6 octobre

"OGRE"

Image postée par le membre

{ appartement de Miya ; Pré-au-Lard }

tw : crise d'angoisse, consommation excessive de philtre calmant, sang

C'est le matin. Quelle heure ? Je sais pas. Il doit être environ trois heures. Et j'attends, j'attends le jour, j'attends la lumière, j'attends qu'on vienne me sauver. J'ai encore fait un cauchemar. J'aime pas faire des cauchemars parce qu'ils sont réalistes, de plus en plus, et parfois je me réveille avec le sentiment d'être encore dans mon cauchemar, avec la sensation que je pourrais jamais en sortir avec l'impression d'être coincée dedans pour toujours. Je me réveille mais l'horreur me poursuit. C'est un éternel recommencement, mais à chaque fois les cauchemars sont pires. Evolution macabre des pensées qui m'assaillent et me laissent presque pour morte, les cauchemars sont pires de jour en jour, ils font de moi leur prisonnière tandis qu'ils me torturent avec délectation.

Je me réveille en hurlant, trempée de larmes et de sueurs, mouillée comme si j'avais passé la nuit sous la pluie ou l'orage, désorientée, terrorisée, certaine que ma fin est proche. Et y'a personne pour me serrer dans ses bras, personne pour m'aimer fort, personne pour me sauver de ce tunnel infernal, personne pour m'aider à m'échapper, personne pour me tirer hors des abysses.

Alors je sombre. Lentement. Mais sûrement.

Je suis allongée en étoile sur le matelas, haletante, le corps aussi douloureux que si je venais de faire plusieurs heures de sport d'affilée. Mes muscles sont tétanisés, mon sang court à toute vitesse dans mes veines, mon coeur s'agite comme si j'étais à deux pas du gouffre. Je suffoque. Je ne respire plus, je ne respire plus Merlin. Je meurs. Je m'étouffe. Je disparais. Je perds pieds. Je perds contact avec la réalité. Mes mains montent à ma gorge que je griffe dans un effort désespéré de me sauver des chaines qui m'étranglent. Rien à faire, je continue de perdre mon souffle, je continue de me noyer, de m'étouffer, de mourir. Je vais mourir. Là, dans mon lit, et personne ne le saura jamais. Comme l'ogre qui a égorgé ses propres enfants dans le conte du Petit Poucet, je suis entrain de me saboter toute seule. Je suis l'ogre et les enfants. Je tiens l'arme autant que j'en suis la victime. Je me regarde avec satisfaction et terreur. Je pense avoir fait le bien alors que je me meurs. Je m'étouffe, je tousse, la gorge douloureuse, et je meurs, je me tue lentement en n'arrivant pas à retrouver mon souffle. La tête dans le brouillard, j'entends un vague sifflement.

Il faut que je sorte de là. Il faut que je me sorte de cet enfer, je n'ai pas le choix, il le faut.

Alors je me lève en vacillant, en titubant. Dans la nuit noire et glaciale d'Automne, je me lève de mon lit et le monde se met à tourner, à tourner encore et encore. Je vacille, perds pieds puis je m'effondre sur moi-même, vaincue par le vertige. Inspire. Expire. Je le fais péniblement, tout à la douleur dans ma gorge et mon abdomen, lequel a manifestement prit un coup dans ma chute à même le sol. Je tombe et un flash passe devant mes yeux, comme un équinoxe, comme si le Soleil lui même avait décidé de se pencher sur ma tête. Puis le noir, rien que le noir. Je vois rien la nuit, je suis aveugle. Les monstres me sont invisibles, je suis incapable de les sentir, de les voir.

Alors je rampe maladroitement sur le sol, je rampe et je tâtonne dans le vide pour retrouver la direction de la salle de bain, la direction qui me sauvera.

Ce matin, j'ai une faim d'ogre. Une faim immense, une faim sans fin, une faim indescriptible. Et je dois satisfaire cette faim, ce besoin d'éteindre mon cerveau, cette nécessité de me couper de toutes pensées logiques, de tout raisonnement. J'ai l'appétit d'un ogre. Un ogre géant, celui-là même d'ogre qui a tué ses propres filles en pensant éliminer le Petit Poucet et ses frères. Oui, je suis attirée par ce que je sais se cacher dans les placards de la salle de bain. Alors je rampe, je rampe misérablement, je rampe maladroitement. Je rampe parce que c'est tout ce qui me reste. Il me faut ces fioles, il m'en faut, j'en ai besoin. C'est l'ogre en moi qui hurle, cette bête immonde et répugnante qui le réclame, et comment puis-je lui refuser quoi que ce soit ? En lui sacrifiant ma bourse et tous mes gallions ? Mais il est des choses que l'argent ne peut pas acheter, et la paix intérieure fait partie de ces choses inachetables. Non, l'ogre en moi a un appétit insatiable et il ne se calmera que lorsqu'il aura eu ce qu'il voulait, que lorsqu'il se sera délecté de cette potion magnifique aux effluves de mélisse, que lorsqu'il en aura avalé des quantités, des litres.

Une surface solide entre en contact avec mes doigts. Phare dans ma nuit, arbre dans ma forêt, soleil de mon cauchemar. Je l'utilise pour me hisser sur mes jambes encore tremblantes. Et une fois que je suis debout, plus ou moins droite sur mes appuis, je reprends mon chemin laborieux vers la salle de bain, nauséeuse, suffocante, désespérée. Je dois y arriver, il faut que j'y arrive.

Je me cogne contre quelque chose, un gémissement pathétique m'échappe tandis que je me recroqueville sur moi-même, blessée. Demain, j'aurais un bleu sur le bras. Mais c'est tout ce que je peux me permettre comme pause, parce que la créature, la bête en moi n'a toujours pas eu ce qu'elle cherche, ce qu'elle demande désespérément, et c'est à moi de la lui apporter, à moi de la lui livrer. Oui, c'est ça, il s'agit d'une livraison. Une bête livraison. Cette pensée remet de l'ordre dans ma tête, dans mon objectif, dans mes idées. Il s'agit d'une livraison. Je pense aux feuilles de tabac qui attendent sagement dans l'arrière-boutique du Sisyphe, je pense aux champignons hallucinogènes cultivés dans la boite de terre qui poussent en silence près de fournitures exotiques, je pense aux bijoux incrustés de pierres précieuses que Rick a ramenés y'a pas longtemps, je pense à ce commerce de brigand et, au travers de la bruine qui pleut dans mon esprit, j'arrive à émettre un son ressemblant vaguement à un rire. Un rire sec, un rire crasseux, un rire qui se confond avec un jappement. Et le son m'agresse les oreilles, me fait mal à la gorge. L'ogre se révolte, il ne veut pas de tout ça, il veut sa potion, il veut ce qui le fera dormir, il veut ce qui va l'aider, il veut ce qui lui fera du bien. Alors je l'écoute, je plie le genoux, je ploie l'échine.

Inspire. Expire. La suffocation finit par disparaitre lorsque ma main plonge dans un tiroir que je me suis mise à reconnaitre par coeur. Au son qu'il fait. Au temps qu'il faut pour l'ouvrir. A la façon dont il s'emboite dans les rails. Ma main plonge dedans et effleure les fioles, elle les caresse, elle les cajole. En moi, l'ogre se calme, l'ogre se détend, l'ogre ronronne. Trouvé. J'ai trouvé.

Alors j'en sors une, que j'avale goulûment, avec envie, avec délectation. Je la vide, je l'avale puis je la jette sur le côté sans me soucier du bruit de verre explosé qui résonne dans mon appartement. Je ne pense pas au fait que demain je me couperais sûrement sur les débris, je ne pense pas à la saleté que j'accumule dans mon chez moi, je ne pense pas aux jurons qui vont m'échapper lorsque je me blesserais sur les morceaux de verre abandonnés au sol. Non, je ne pense pas à tout ça. Je pense uniquement à la sensation du liquide qui s'écoule dans ma gorge, à l'impression de bien-être total que je vais ressentir, au plaisir de me décrocher de la réalité. Et l'ogre sourit.

Je bois, je bois, et je bois sans m'arrêter. Le liquide épais, comme un sirop, coule dans ma gorge et fait de moi une fontaine faite pour le recueillir.

Et plus je bois, plus je sens mon esprit m'échapper, la drogue prendre possession de mes moyens et balayer les résidus de ma conscience. Je ne sens plus le froid m'agresser, je ne sens plus l'odeur de café et de renfermé de mon appartement, je sens plus mes membres douloureux, je sens plus rien. Mes sens sont anesthésiés, réduits à néant, comme l'ogre qui sommeillait en moi et qui s'est réveillé en même temps que je me suis extirpée de mon cauchemar, quand j'ai retrouvé la réalité.

Et la réalité... La réalité m'échappe.

Lentement.

Je
__coule.
____Je
______me
________noie.

Je sombre dans un monde qui n'a aucun sens, dans un monde qui n'existe pas, dans un monde où ma conscience n'est rien. Dans un monde où je ne souffre pas, dans un monde où je n'ai plus mal, dans un monde où je n'ai plus de cauchemars.

Ce n'est pas confortable ou cocooning, ce n'est pas une cachette, ce n'est pas un repaire.

C'est mon enfer.
Mon enfer à moi.

Un enfer où je ne suis plus.

Un enfer où je ne me sens pas exister.


_________
1519 mots
défi mots EEC : évolution, pluie, brouillard, automne, équinoxe, bourse, gallion, arbre, forêt, feuilles, champignons, commerce, bruine, cocooning

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
samedi 7 octobre

"PANIQUE"

Image postée par le membre

{ appartement de Miya ; Pré-au-Lard }

tw : crise d'angoisse, fausse couche, sang

Un cri m'échappe. Je me redresse violemment en poussant une inspiration saccadée, persuadée que je vais mourir. Trempée de sueur, je repousse mes draps d'un geste sec, mon coeur pétrit de peur et le corps tendu comme un art. Je m'essouffle, suffocante, haletante et essaye tant bien que mal de me redresser pour reprendre mes esprits. C'est pas vrai. C'était pas réel, c'était rien qu'un cauchemar, un stupide cauchemar, encore un cauchemar. J'expire bruyamment et abandonne, me laissant retomber en arrière dans un bruit mat, dans un bruit sec. Un bruit qui me rappelle que trop bien le cauchemar atroce dont je viens d'émerger. Je me tends, me crispe. Je respire plus.

Tout était réel. Tout était si réel. Tout était trop réel. Et ce cauchemar me poursuit, il ne veut pas me laisser tranquille, il s'accroche à moi. A ma peau, à mes pores, à mon être. Je suis incapable de m'en défaire, de m'en éloigner, de m'en protéger. Chaque nuit, à chaque fois que je ferme les yeux, je sais d'ores et déjà ce qui m'attend entre les bras de Morphée. Et c'est rien de très joyeux.

Il y'a toujours Lloyd. Toujours. Et elle. Elle, mon trésor, ma chérie, ma petite princesse, mon ange. Parfois Kieran. Parfois Jude. Parfois Rahima. Tous les gens que j'ai blessés, tous les gens que à qui je continue de faire du mal. Kallias. Il y'a Kallias partout, dans le meilleur comme dans le pire. Je sais pas quoi faire pour arrêter ça, pour empêcher ces images de venir me hanter. Je frissonne, encore terrorisée par le film qui continue de défiler devant mes yeux grands ouverts. Non. Non non non, pourquoi ? Pourquoi ? Je déglutis difficilement et me roule en boule sur le côté, mes bras serrés autour de mes jambes remontées vers ma poitrine. Dans ces cauchemars, il y a toujours ceux à qui je tiens. Il y a toujours ceux que je voudrais n'avoir jamais blessé. Pourquoi y'a toujours ceux que j'ai blessés ? Pourquoi y a toujours tous mes échecs, pourquoi ma conscience continue de m'infliger ça ? Pourquoi pourquoi pourquoi ? Je retiens un sanglot qui explose à l'intérieur de moi, qui se transforme en spasme puissant, en tremblement trop long et incessant.

Je dois sortir de là. Je dois sortir de cette forêt dans laquelle je me perds, dans laquelle je suis en plein rêve éveillé. Oui, c'est ça, je fais un rêve éveillé. Je suis pas vraiment là. Rien n'est vraiment là. Je tourne la tête vers ma commode, j'attends que la lampe me paraisse étrange, j'attends qu'elle devienne bizarre. Mais rien ne vient, rien de vient Merlin et moi je suis toujours coincée dans mon cauchemar éveillé. C'est pas réel. Rien n'est réel rien n'est réel, j'invente tout. Tout.

Sauf que j'invente rien. Rien du tout.

C'est moi qui ait tué ma fille.
C'est moi qui ait fuit Lloyd.
C'est moi qui ait ruiné Jude.
C'est moi qui ait détruit Kal.
C'est moi qui ait brisé Rahima.

Stop. Stop stop stop. Je veux pas que ça continue, je veux que ça s'arrête. Pitié. Pitié, je veux que ça s'arrête, que ça ne recommence plus jamais, que ça.... Que ça s'arrête pour toujours.

Les larmes me prennent par surprise. J'allais bien et tout d'un coup je me retrouve sous la pluie de mes propres pleurs, sous l'averse de ma tristesse. Je souffle, j'inspire et j'expire mais ça suffit pas, ça suffit jamais et je sens la panique revenir, la panique m'étreindre tout en douceur, tout en douleur. Elle revient et je respire avec tant de difficultés que j'ai l'impression de me noyer, de disparaitre, de mourir. Mes mains remontent vers ma gorge que je tiens avec désespoir, essayant en vain de me sortir de ce piège qui se referme lentement sur moi. Non non, stop, pitié ! Arrêtez !

Mais pourquoi devraient-ils s'arrêter ? Pourquoi devraient-ils faire quoi que ce soit qui puisse me faire du bien à moi, le monstre que je suis. Le monstre apathique, silencieux et désespéré, je veux quelque chose que je mérite pas, je pense mériter quelque chose que je dois pas avoir. Jamais.

Je dois jamais avoir la paix, jamais avoir la tranquillité, jamais de douceur, jamais d'amour. Tout ce que j'ai retiré à ceux qui me sont chers, tout ce que j'ai volé, tout ce que je leur ait pris et que je ne pourrais jamais rendre, tout... Tout. Les sanglots luttent, se font plus nombreux et plus forts, jusqu'à ce que je puisse plus les retenir et qu'ils éclatent dans ma bouche et dans mes yeux. Alors les larmes se mettent à couler à flot, elles se mettent à couler fort, à couler avec force. Elles me drainent de l'intérieur, elles me drainent, elles me vident, elles font de moi un être plus abject encore que ce que je suis devenue. Un monstre Miya. T'es devenue un sale monstre, un monstre hideux, un monstre immonde. Non. C'est faux. C'est faux. Pitié dites moi que c'est faux.

Que quelqu'un vienne, que quelqu'un me sauve. Pitié. Pitié.

Je meurs, je me noie, je me consume, je pleure, je brûle, je disparais sous la panique. Elle est là et elle est tout, elle prend tout, elle engloutit tout. Mais j'en veux pas. J'en veux plus, pitié j'en veux plus. Faites la cesser, faites la cesser je vous en supplie. N'importe qui, venez me sauver. Ne me punissez pas plus, je ne peux pas en prendre plus. Je ne veux plus entendre l'écho du cri de désespoir de Lloyd, je ne veux plus entendre les pleurs de cet enfant que je n'aurais jamais, je ne veux plus entendre les suppliques de Kallias, je ne veux plus entendre les sanglots de Rahima.

Je tremble, je tressaute, je suis parcourue de spasmes.
Mon corps ne m'appartient plus, il cesse de fonctionner.

Et j'attends. J'attends dans le silence de ma propre peur, un silence épais et lourd, un silence qui me fait si mal que je me sens hurler de l'intérieur, je me déchire les cordes vocales.

Je pleure et je tremble, je tremble et je pleure, j'alterne les deux, je fais les deux, je pleure puis je disparais sous les tremblements, je tremble puis je me noie dans mes pleurs. Et la panique est là, meurtrière, elle fait des dégâts terribles, des dégâts que je n'arrive pas à endiguer. C'est une plaie, une plaie ouverte, béante, qui saigne. Je saigne, je me déverse de moi sur le matelas. Les draps s'imbibent, prennent une teinte rouge carmin, jusqu'à ce que le liquide épais et métallique se soit déversé sur tout le lit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus une once de sang dans mon corps, jusqu'à ce que la puanteur du corps qui meurt prenne toute la place dans mon nez, dans ma chambre, dans mon appartement. Et le sang continue de couler, il se répand par terre et inonde le parquet. Il s'infiltre dans les lattes du plancher, il fait de mon chez moi une piscine d'un rouge intense.

Stop, stop, stop !
Arrêtez, arrêtez ça !

J'expire comme si j'expirais pour la dernière fois, comme si je prenais mon dernier souffle.

Tout ce sang. Tout ce sang, tellement de sang, trop de sang.
Oh mon petit coeur je suis désolée, je suis tellement désolée.

Douloureusement, j'arrive à rouler sur le côté, j'arrive à me mettre sur le dos.

Pardonne moi ma princesse, pardonne moi.

J'étends mes bras et mes jambes, je m'allonge en étoile, je prends toute la place disponible.

Je suis désolée mon coeur, maman s'excuse.
Maman ne voulait que ton bonheur mon trésor.

Un cri étranglé m'échappe, un cri à mi-chemin entre le râle et le hurlement, un cri bien trop douloureux à écouter pour être réel. Le cri de la mort, le cri de l'âme, le cri d'une banshee.

Et ça continue. Ça continue encore, et encore, et encore. Jusqu'à ce que mon corps, brisé par les tremblements, abîmé par les pleurs, détruit par la souffrance, finisse par craquer. Par se laisser aller, par partir à l'abandon dans le matelas, ce matelas imbibé de mes larmes. Mon corps cède et se ramolli dans les draps, sous l'édredon, entre les oreillers. Il se ramollit, perd toute sa vigueur, toute sa force. Je ne suis plus qu'une poupée de chiffon, rien qu'une âme enfermée dans un corps dysfonctionnant, avec un esprit dysfonctionnant. Je ne suis rien de plus qu'une marionnette.

Un corps brisé.
Une âme brisée.

Un monstre.


_________
1417 mots
défi EEC : forêt, pluie

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
dimanche 8 octobre

"PUANT"

Image postée par le membre

{ appartement de Miya ; Pré-au-Lard }

Y'a un truc qui sent pas bon chez moi. Je sais pas c'est quoi mais ça pue. Allongée sur le carrelage de la cuisine en étoile, les yeux clos, j'apprécie le contact de la fraicheur du sol sur mon corps qui boue. Pourquoi je suis bouillante comme ça, j'en sais rien. Enfin, si, je sais. C'est la pluie que je me suis mangée quand je suis restée comme une idiote devant le Pitiponk l'autre jour. Je savais que c'était une idée de merde, une idée nulle, une idée à chier. Mais je me suis pas écoutée et j'y suis allée. Et je me suis fait mal, vraiment mal. Mal au coeur, mal à l'âme, mal partout. Le genre de mal qui te fait dégueuler dans tes toilettes quand tu rentres chez moi, le genre de mal comme un coup de poing dans la mâchoire, le genre de mal qui fait comme la lame d'une arme blanche contre ta peau. Le genre de mal qui peut te donner envie de crever. Et maintenant j'ai la crève en plus, tu parles d'une réussite. Je me suis fait mal, tout ça pour finir malade. Bien joué Miya.

Et y'a un truc qui pue chez moi. Je sais pas ce que c'est, je sais pas ce que ça fou chez moi mais je vais pas le supporter bien longtemps. Et là, à l'instant, j'ai pas la force de me lever pour voir.

Mais l'odeur s'infiltre dans tous les pores de ma peau, semblable à un brouillard insidieux qui se glisse partout dans mon appartement et s'accroche à tout. Aux meubles, aux murs, aux draps, à mes fringues, à tout. A tout et c'est fou, ça veut pas partir. Ça reste ici, ça reste chez moi.

Pas que je fasse grand chose pour la faire partir cela dit.

Je vis dans ma crasse depuis longtemps, trop longtemps. Le peu de vaisselle que j'utilise pour manger un peu s'accumule dans l'évier et je préfère ne pas y toucher. Mes vêtements gisent par terre, éparpillés un peu partout dans mon appartement et j'ai aucune envie de les prendre entre mes doigts. Les quelques affaires que je bouge parfois pour une raison quelconque ne retrouvent jamais leur place d'origine parce que j'ai simplement pas la force de le faire. Moi même je me suis pas parfumée et correctement douchée depuis un certain temps, depuis trop longtemps.

Ça se trouve c'est moi qui pue. Ce sont mes cheveux crasseux, emmêlés et qui pendent tristement le long de mon visage, sans bouffer, sans faire de jolies courbes, sans voleter autour de mon visage. C'est ma peau, cireuse, pâle, collée à mes os, maladive. C'est elle qui pue. C'est elle qui a cette odeur de cadavre en décomposition. Un rire imitant un ricanement rauque m'échappe. Je ne suis plus humaine. Je suis un monstre, un sale monstre, un monstre dégueulasse. Ce sont mes ongles. Devenus trop longs, avec la saleté qui s'accumule derrière, le vieux vernis noir dont je les ai ornés la dernière fois que j'en ai pris soin. Je suis plus moi-même, je suis un corps qui se décompose, je suis une chair putride, je suis un être immonde, abject. Un arbre malade dans une forêt magnifique. Je suis l'odeur putride, je suis la puanteur, je suis la maladie, je suis le poison qui se répand, qui lentement coule et se glisse dans les interstices de la vie des autres. C'est vrai, c'est moi le monstre. Peyton avait tort, je suis bel et bien un monstre. Un monstre répugnant qui me donne la gerbe. Je me donne envie de vomir. Dégueulasse. Ouais, c'est moi qui pue enfaite.

Je suis le problème.

C'est pas la nourriture qui moisit dans mes placards, c'est pas les tasses de café vides qui trainent un peu partout chez moi, c'est pas le vomi à moitié nettoyé dans mes chiottes, c'est pas la saleté sur mon paillasson d'entrée, c'est pas mes draps humides de sueur, c'est rien de tout ça.

Depuis combien de temps je me suis pas parfumée ? Depuis combien de temps j'ai pas laissé une eau chaude, tiède, pure, propre couler sur mon corps et mes cheveux, retirer les nœuds, retirer la puanteur qui s'y accroche comme une chauve-souris s'accroche à son perchoir. Je devrais la vouloir, cette douche, je devrais en avoir envie. Mais la vérité c'est que j'ai à peine la force de me lever pour me rendre au travail. J'arrive à peine à me trainer au lit, à peine à m'alimenter, à peine à m'habiller. Tout me demande des efforts, tellement d'efforts. Alors ouais, je suis crade.

C'est moi qui pue. C'est moi qui suis dégueulasse. C'est moi qui suis répugnante.

Et cette pensée devrait m'affecter, elle devrait me faire ressentir quelque chose. Sauf que ça fait ni chaud ni froid. Je m'en moque, je m'en contrefous. Je gis sur le carrelage de ma cuisine, entre les cendres froides de mes cigarette, dans ma propre crasse, dans mon odeur dégoutante. Et je voudrais me dégoûter moi-même. Je voudrais me répugner, je voudrais avoir envie de me lever pour me doucher, pour me mettre à ranger mon appartement. Mais j'ai pas l'énergie. J'arrive pas à faire quoi que ce soit et du coup je pue, et mes vêtements puent, et mon coeur pue, et tout pue.

Je pue.
C'est moi qui suis cette pestilence.

Alors pourquoi ça me dérange pas ? Pourquoi je continue de vivre dedans ? Peut-être parce que j'en ai plus rien à faire de tout ça, peut-être parce qu'à mes yeux ça n'a plus aucune importance.

Y'a un truc qui pue dans mon appart. Et c'est moi. C'est moi qui pue.

Je suis un tas amorphe qui repousse tout le monde, qui blesse tout le monde et qui ne laisse pas la place à ceux qui essayent de simplement m'aider. Et je voudrais croire que c'est l'odeur qui les dérange, l'odeur qui les repousse, l'odeur qui leur donne pas envie d'aider. Mais au fond je sais que le problème, c'est moi. C'est moi et rien que moi, y'a rien ni personne d'autre qui peut m'aider, qui peut faire quoi que ce soit pour me sauver, pour me tirer de ce trou. C'est trop tard, je suis déjà trop profondément enfoncée dans le trou. Et je suis là, et je pue, et j'ai pas bu d'alcool depuis presque deux mois. Et ça me manque, je sais pas quoi faire, je suis toute désemparée. Je ne suis pas la femme forte que tu voulais que je sois Lloyd, je suis désolée. Je suis pas la personne combattante que tu pensais que je pouvais devenir, je suis rien de tout ça.

Je suis une loque.
En décomposition.


_________
1118 mots
défi EEC : pluie, réussite, brouillard, arbre, forêt, café, travail

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage

Inktober PNJ Le Cœur en Braille
lundi 9 octobre

"BELIER"

Image postée par le membre

{ campagne ; Angleterre }

Je vais transplaner. Je vais le faire. Je veux le faire. Mais je bouge pas. Je reste immobile. Pourquoi je reste immobile comme ça ? C'est facile, pourtant, de transplaner. Je le fais hyper bien et ce depuis que j'ai eu mon permis. Alors pourquoi j'attends ? C'est quoi ce mauvais feeling que j'ai et qui me donne pas envie de le faire ? J'hésite, inspire, expire. Je fais ça souvent maintenant, de respirer profondément. J'inspire. J'expire. J'essaye de me vider de toute la crasse qu'il y a en moi. Parfois ça marche, parfois ça foire. Parfois j'arrive à reprendre le contrôle, parfois ça empire et je sais pas quoi faire. Tout d'un coup je sens que je me vide, la panique monte et j'arrive plus à vivre correctement. Et j'aime pas quand ça fait ça. J'aime pas. C'est comme perdre le contrôle mais en dix fois pire. J'arrive plus à respirer, mes muscles se tendent, je me mets à trembler. Les docteurs ont dit que c'était des crises d'angoisse. Est-ce que c'est pour ça que j'hésite à transplaner ? Parce que j'ai peur de faire une de ces crises d'angoisse ? Non, je veux pas y croire. Je suis pas devenue faible au point de plus pouvoir transplaner, c'est pas possible. Je peux pas être aussi faible.

Alors j'inspire. Profondément. Je retiens mon souffle, quelques secondes seulement, puis j'expire tranquillement. Longtemps. Comme si c'était le dernier souffle de ma vie et qu'il fallait que j'ai plus aucun air dans mes poumons au moment où je reprendrais ma respiration. C'est ce que je fais. Je respire. Je me vide de moi, de ma noirceur, de cette tristesse, de toute la douleur.

Je me vide de tout.

Ma main se serre mécaniquement sur ma baguette. Allez, je m'encourage. Fais le. Fais le Miya, ne soit pas la personne faible que t'es entrain de devenir. Je contracte la mâchoire. Transplane. Je peux le faire, y'a aucun risque. Alors pourquoi j'ai peur ? Parce que c'est ça, c'est ce sentiment qui me fait mal à l'intérieur. C'est la peur. La peur d'échouer, la peur de me planter. La peur de ne plus savoir comment faire, la peur de soudain échouer. La peur de finir désartibulée.

Je vais plus loin que d'habitude. Là où j'vais, j'y suis pas allée depuis longtemps. Très longtemps.

Mais, parce que je suis forte, parce que je suis courageuse, je m'interromps pas. Je continue mes exercices de respiration, le visage levé vers l'air qui souffle doucement sur la colline où je me tiens. Inspire. Expire. J'aime transplaner. Même si c'est loin. Même si je les ai pas vus depuis une éternité. Depuis bien plusieurs éternités même. Et pourquoi je suis pas allée les voir plus souvent ? Pourquoi j'ai perdu tout ce temps ? Je comprends pas. Ils sont comme mes parents. Y a pas de raison pour que j'ai peur de les affronter. Mais l'étreinte de Peyton au Pitiponk la semaine précédente m'a ouvert les yeux. De la douceur. C'est tout ce dont j'ai besoin. De douceur. J'ai besoin qu'on me serre dans des bras forts, des bras solides, des bras aimants. C'est tout ce que je veux.

Alors je le fais, je transplane.
Dans un craquement assourdissant, je disparais.

Et quand je réapparais, rien ne se passe comme prévu.

Un claquement sec, et me voici dans la campagne. Je connais cette campagne, je l'ai parcourue il y a des années de fond en comble. Je la connais par coeur. Alors pourquoi...pourquoi tout semble si...différent ? Pourquoi je comprends pas ce qui se passe ? Pourquoi je reconnais pas cet enclos ? Pourquoi j'ai l'impression de n'être jamais venue ici auparavant ? Pourquoi ? Et pourquoi je-

Attends.
Attends une seconde.
Attends une seconde de plus steuplait.

Un glapissement m'échappe.

Merde.

C'est quoi ce délire.

Mes jambes s'activent d'elles même tandis que je m'élance dans la pente de la colline douce sur laquelle j'ai transplané. Je cours. Je cours sans réfléchir, je cours pour m'éloigner, je cours pour fuir parce que y'a un foutu bélier qui me charge. J'arrive pas à process l'information. A l'aide. La situation est improbable, impossible, incompréhensible. Comment ça se fait que je me fasse charger par un bélier au beau milieu d'une étendue d'herbe verte ? Qu'est-ce qu'il fou là ce bélier ?

Tant pis. Les questions pour plus tard.

Je cours. Je cours comme si ma vie en dépendait, parce qu'elle en dépend vraiment. Je vais pas non plus crever à cause d'un fucking bélier qui me charge. La situation est lunaire. Je comprends pas ce qui m'arrive. Le plan était simple pourtant. Transplaner à la ferme des Wells pour passer le reste de la journée à me faire dorloter par les parents d'Alden, peut-être filer un coup de main à la ferme, prétendre que je suis utile et que je suis pas totalement inefficace. Et j'aurais ri fort, comme une folle. J'aurais mangé quelque chose de bon, un vrai repas. Robert m'aurait serrée contre lui et il aurait trouvé que je suis mince, toute mince, pour ne pas dire maigre. Augela ne m'aurait pas laissé m'en sortir sans lui claquer un bisou sur chacune de ses joues, et elle m'aurait tenu contre son coeur comme elle tient Alden et Alicia contre le sien. Comme elle tient Kieran.

Comme elle m'a tenu tout au long de mon enfance, pour m'aider, pour me sauver. Aidez-moi, je vous en prie. J'ai besoin d'aide. J'ai besoin que vous me sauviez comme vous aviez promis.

Mais à la place, je me fais charger par un bélier.

Alors je cours, je cours à toute vitesse. Je cours, baguette en main, toute débraillée, en sueur, les muscles tendus à l'extrême, le corps poussé à bout par ce soudain exercice de sport auquel je ne suis plus aussi entrainée, auquel je n'ai plus l'habitude de participer.

Je cours jusqu'à ce que mes jambes cèdent, jusqu'à ce que mes pieds refusent de m'obéir, jusqu'à ce que je me sente tomber, jusqu'à ce que le sol se rapproche à une vitesse dangereuse. Et je me sens basculer en avant mais j'ai pas le temps de réfléchir. Je tombe et je sens que je vais bien tomber, que je vais bien me casser la figure. Alors je range ma tête entre mes bras, je fais de mon mieux pour me cacher, pour essayer d'amortir le choc, au moins un peu. Vraiment, j'essaye.

Et le bélier arrive. Le fucking bélier arrive.

Hébétée, je fais la seule chose logique à faire, parce qu'il n'y a pas d'autre solution à ça. Je lève ma baguette et, dans un bruit semblable à un claquement, je disparais.

Je suis recrachée à une vingtaine de mètres devant la ferme des Wells.

Bon, pour l'arrivée en douceur on repassera, mais au moins j'ai semé ce stupide bélier. En tout cas c'est ce que je me dis en essayant de reprendre mon souffle, pliée en deux sur moi-même. Et tout d'un coup, sans prévenir, bizarrement, les larmes me montent aux yeux. Je sais pas ce que je suis, je sais pas ce que je fais. Je suis là, en morceaux après avoir dévalé une colline à toute allure pour essayer d'échapper à un bélier enragé, je transplane in extremis avant de me casser la figure, et je me retrouve enfin là où je voulais....tout ça pour m'effondrer en pleurs.

Et la douleur m'écrase, fait de moi un être insignifiant.

Merlin.

Foutu bélier.
Foutu bélier de mes deux.


_________
1247 mots

#193b02 — Sainte Miya du Ouin Ouin aka le Miyotaure aka Dame Chaos aka Génie du Mal — i put the "hot" in psychotic
« Si c'est là votre façon d'aimer, je vous prie de me haïr. » — i wrote that at midnight in a shakespearean rage