Dans l'enfer de ses yeux mon esprit attaché
Dans l'enfer de [ses yeux] mon esprit attaché
(Et cet enfer, Madame, a été mon absence)
(Et cet enfer, Madame, a été mon absence)
– Dans l'enfer de son corps mon esprit attaché, J. Du Bellay
17 janvier 2051
Toilettes des filles – Poudlard
4ème année
J'ai promis à Natanaël de le rejoindre dès que possible dans le parc. Il m'a parlé d'un paysage, de neige et du lac gelé, je crois, mais il est resté très vague et je ne sais pas à quoi m'attendre. Depuis Noël, il a une nouvelle passion, celle de la photographie, et je le soupçonne de vouloir prendre en photo les beaux panoramas qu'offre le parc. Et je sais que si je suis dessus, de dos ou de face, qu'importe tant qu'une partie de mon existence est dessus, il sera ravi. Je n'en ai pas vraiment envie ; je n'aime être prise en photo par personne et Ander doit arracher ses clichés de moi presque par la force. Mais je peux faire un effort pour mon frère, et si cela peut m'éloigner de mes tourments qui me hantent en boucle depuis la rentrée, c'est encore mieux.
Un mois tout pile.
Cette pensée résonne en moi au rythme de mes battements de cœur et je me force à ignorer ces mots qui tambourinent à mon esprit comme des coups de marteau. Des coups de marteau vachement forts. Mais je dois penser à autre chose, et être seule aux toilettes ne va pas arranger mon cas. Retrouver Natanaël, le temps d'un après-midi ; son souvenir peut bien patienter jusqu'à ce soir. Natanaël, le parc, la neige, je me répète en boucle tandis que je sors de ma cabine pour aller me laver les mains. Son parfum doit se tenir éloigné de ma mémoire et c'est avec cette volonté que je frotte violemment le savon contre mes doigts. Je me suis fait raison mille fois, et pourtant ses yeux, l'ombre de son visage me reviennent sans cesse. J'ai eu toutes les vacances pour réfléchir et Merlin sait que j'ai réfléchi. Que tout ça, au final, c'est impossible ; c'est trop compliqué, j'ai mille excuses pour ne plus l'approcher, je me suis trouvé mille façons de l'ignorer que j'ai mises en places ces deux dernières semaines pour l'éviter et ni la regarder, ni penser à elle – ou presque. Et pourtant, pourtant, malgré tous mes efforts, je sens encore son parfum dans les couloirs et j'entends sa voix dans mes rêves. Je n'en dors plus et lorsque je relève la tête pour me regarder dans le miroir des toilettes, les cernes sous mes yeux me rappellent avec douleur que je ne pourrai jamais totalement l'oublier et que son existence est devenue le fardeau de la mienne.
Un mois tout pile.
Mes mains se refroidissent sous l'eau et je les frotte un peu plus fort comme pour en effacer toute sensation. Natanaël m'attend et c'est sur ça que je dois me concentrer. Natanaël, le parc, la neige. Mais lorsque je redresse la tête, le miroir me renvoie l'image de mes rêves et je me fige d'un coup. C'est impossible. Je cligne des yeux et lorsque je les rouvre elle est là, debout, toujours là, elle n'a pas disparu et je sens mon visage se décomposer. Je palis, je sursaute légèrement et je n'ose pas me retourner. Je la regarde à travers ce miroir qui la réfléchit et je sens toutes mes volontés s'effondrer d'un coup. Mes lèvres s'affaissent, l'eau coule inutilement le long de mes mains et je n'ose plus en retirer mes doigts frigorifiés. J'inspire douloureusement et par un effort éreintant, je trouve la force de couper le robinet. Je secoue mollement mes mains au-dessus du lavabo puis les laisse pendre le long de mon corps. Mon regard n'a pas quitté sa silhouette. Je ne sais pas non plus où je trouve le courage de me tourner vers elle, où je puise la volonté de faire pivoter mon corps pour lui faire face. Mais lorsque je la regarde, elle, debout, présente devant moi en chair et en os, à un endroit où je ne peux faire semblant de ne pas l'avoir remarquée, mon souffle se coupe et je retiens ma respiration.
Merinda Swart se tient devant moi et elle n'a jamais été aussi ravissante.
Cinquième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur
Dans l'enfer de ses yeux mon esprit attaché
Merinda étouffait. Quinze jours ! Cela faisait quinze jours qu'elle vivait paralysée.
Elle avait passé toutes les vacances à attendre. Attendre la rentrée, attendre Poudlard : attendre Ashley. Dès que ses pieds avaient foulé le quai neuf trois quart, elle avait du se battre contre elle-même pour ne pas courir à la recherche de la Jaune. Elle avait rejoint ses amis comme à chaque fois, comme d'habitude. Elle avait attendu le lendemain avec espoir. Pour confirmer que ce qu'elle avait vécu n'était pas un rêve.
Mais elle l'ignorait ! Ashley ne l'avait pas regardée une seule fois ! Elle détournait les yeux dès que Merinda la fixait dans l'espoir de croiser ses pupilles noires. Comment pouvait-elle faire ? Ne s'était-il rien passé pour elle ?
Etait-ce un simple rêve ?
Merinda se réveillait tous les matins en espérant que c'était le jour où Ashley ne l'ignorerait plus, et elle angoissait tous les soirs en se disant qu'elle ne viendrait jamais.
Peut-être avait-elle oublié ? Peut-être avait-elle changé d'avis ? Peut-être regrettait-elle ?
Tout ce qu'elle avait ressenti un mois auparavant, cet apaisement, ce sentiment d'être acceptée... tout avait disparu pour laisser place à la peur, l'angoisse, la culpabilité. Ashley avait réalisé après coup qu'elle avait embrassé un problème, et elle n'en voulait plus.
Alors c'était tout ? Elle l'avait fait espérer, puis la jetait ? Elle lui avait fait croire qu'elle pouvait guérir son coeur blessé mais finalement elle ne le poignardait que plus encore ! Les poings de Merinda se serraient chaque fois qu'elle pensait à cela. Elle n'avait été qu'un jeu ?
Les pensées de la Serpentard ne faisaient que de se battre entre elles, lui rappelant Ashley aussi perdue qu'elle, tout en réveillant la rage contre l'autre dans son estomac.
Elle avait besoin de réponses. Et elle allait aller les chercher. Elle avait déjà attendu trop longtemps.
Alors elle l'avait suivie. Et la voilà. Devant elle, de dos, ignorant sa présence. Jusqu'à ce qu'elle relève les yeux vers son reflet, que Merinda fixa ardemment.
Regarde moi. Tu ne m'éviteras pas aujourd'hui.
La réaction de la Poufsouffle lui montra qu'elle ne s'y attendait pas : sursaut, visage pale, corps stopé dans son action. Merinda sourit intérieurement de l'effet qu'elle avait sur elle. Enfin.
Lorsqu'Ashley se retourna finalement vers elle, Merinda croisa les bras sur sa poitrine pour ne pas perdre contenance. Elle ne savait que faire de ses traits, aussi les garda-t-elle fermés, pour cacher le bouillonnement intérieur qui l'agitait, à revoir ces yeux noirs si proches.
"Salut."
Salut Ashley, salut Houston ? Comment l'autre voulait-elle qu'elle la voit ?
"J'existe toujours tu sais."
S'il te plaît, dis moi que tu penses à moi.
"Pourquoi tu m'évites tout le temps ?"
__________________________________________
Coupe de cheveux : elle les laisse pousser, ça commence à ressembler à un mulet
Tenue : t-shirt noir large à manches jusqu'aux coudes, jean baggy gris troué, Doc Martens
Accessoires : boucles d'oreilles habituelles (voir fiche)
Elle avait passé toutes les vacances à attendre. Attendre la rentrée, attendre Poudlard : attendre Ashley. Dès que ses pieds avaient foulé le quai neuf trois quart, elle avait du se battre contre elle-même pour ne pas courir à la recherche de la Jaune. Elle avait rejoint ses amis comme à chaque fois, comme d'habitude. Elle avait attendu le lendemain avec espoir. Pour confirmer que ce qu'elle avait vécu n'était pas un rêve.
Mais elle l'ignorait ! Ashley ne l'avait pas regardée une seule fois ! Elle détournait les yeux dès que Merinda la fixait dans l'espoir de croiser ses pupilles noires. Comment pouvait-elle faire ? Ne s'était-il rien passé pour elle ?
Etait-ce un simple rêve ?
Merinda se réveillait tous les matins en espérant que c'était le jour où Ashley ne l'ignorerait plus, et elle angoissait tous les soirs en se disant qu'elle ne viendrait jamais.
Peut-être avait-elle oublié ? Peut-être avait-elle changé d'avis ? Peut-être regrettait-elle ?
Tout ce qu'elle avait ressenti un mois auparavant, cet apaisement, ce sentiment d'être acceptée... tout avait disparu pour laisser place à la peur, l'angoisse, la culpabilité. Ashley avait réalisé après coup qu'elle avait embrassé un problème, et elle n'en voulait plus.
Alors c'était tout ? Elle l'avait fait espérer, puis la jetait ? Elle lui avait fait croire qu'elle pouvait guérir son coeur blessé mais finalement elle ne le poignardait que plus encore ! Les poings de Merinda se serraient chaque fois qu'elle pensait à cela. Elle n'avait été qu'un jeu ?
Les pensées de la Serpentard ne faisaient que de se battre entre elles, lui rappelant Ashley aussi perdue qu'elle, tout en réveillant la rage contre l'autre dans son estomac.
Elle avait besoin de réponses. Et elle allait aller les chercher. Elle avait déjà attendu trop longtemps.
Alors elle l'avait suivie. Et la voilà. Devant elle, de dos, ignorant sa présence. Jusqu'à ce qu'elle relève les yeux vers son reflet, que Merinda fixa ardemment.
Regarde moi. Tu ne m'éviteras pas aujourd'hui.
La réaction de la Poufsouffle lui montra qu'elle ne s'y attendait pas : sursaut, visage pale, corps stopé dans son action. Merinda sourit intérieurement de l'effet qu'elle avait sur elle. Enfin.
Lorsqu'Ashley se retourna finalement vers elle, Merinda croisa les bras sur sa poitrine pour ne pas perdre contenance. Elle ne savait que faire de ses traits, aussi les garda-t-elle fermés, pour cacher le bouillonnement intérieur qui l'agitait, à revoir ces yeux noirs si proches.
"Salut."
Salut Ashley, salut Houston ? Comment l'autre voulait-elle qu'elle la voit ?
"J'existe toujours tu sais."
S'il te plaît, dis moi que tu penses à moi.
"Pourquoi tu m'évites tout le temps ?"
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Coupe de cheveux : elle les laisse pousser, ça commence à ressembler à un mulet
Tenue : t-shirt noir large à manches jusqu'aux coudes, jean baggy gris troué, Doc Martens
Accessoires : boucles d'oreilles habituelles (voir fiche)
Dans l'enfer de ses yeux mon esprit attaché
Elle est là, sublime, droite comme une reine, imposante dans toute sa splendeur avec ses bras croisés, et moi je la regarde et je suis incapable de dire un seul mot. Mes yeux cherchent immédiatement, instinctivement, les siens. Son vert me rassure autant qu'il m'effraie et si je pouvais me reculer, je le ferais, malgré mon envie de m'approcher d'elle. J'ai envie de faire un pas vers elle. De tendre le bras et de lui toucher la joue du bout des doigts, de frôler ses mains, plonger dans son regard, retrouver ces sensations que je m'oblige à oublier mais que jamais, au grand jamais, je ne pourrai vraiment effacer de ma mémoire. J'en crève. Son souvenir me colle à la peau et tous mes efforts du dernier mois partent en fumée lorsque je déglutis après avoir entendu sa voix, sa si belle voix, un peu grave mais si douce, s'élever dans l'air entre nous.
Le mot tombe comme une pierre et résonne dans ma poitrine. « Salut. » C'est simple, sec, un peu froid, trop dur pour les moments passés ensemble. Ces moments passés ensemble. Mais je la mérite sûrement, cette âpreté dans son ton, car c'est moi qui l'ai évitée depuis la rentrée, c'est moi qui me suis dérobée à son regard, qui l'ai contournée, tandis qu'elle – peut-être – cherchait à me parler. Une part de moi espère qu'elle m'a suivie dans les toilettes, qu'elle m'a vue y entrer et a saisi l'occasion pour me parler. Je m'accroche à cet espoir et y reste suspendue tandis que sa deuxième phrase tombe plus durement encore que son « Salut ». Coupable, je ne baisse pas la tête, mais affronte sans broncher ses reproches. Je me force à rester impassible et à ne pas lui montrer mon tiraillement entre mes remords et peur, et mes regrets et colère.
J'ai eu au total deux mois pour réfléchir, et sur ces deux mois, j'ai beaucoup réfléchi. J'ai passé mon temps à réfléchir, à vrai dire. À penser à elle, à réfléchir à nous, à ce que signifie ce qu'il s'est passé lors du bal AMICO, à me demander à quel point c'est en contradiction avec mai dernier. Et la vérité est que malgré m'être creusé et retourné la tête pendant ces longues semaines, je ne suis pas plus avancée qu'avant. J'ai peur de ce que je veux et de ce que je pense ressentir mais par-dessus tout, j'ai peur de ce qu'elle pense de moi. Le venin qu'elle m'a craché dessus lors de ce bel et horrible après-midi de printemps imprègne toujours ma peau et me blesse encore le cœur, si bien que le doux souvenir du bal se retrouve teinté d'amertume. Car je ne peux pas oublier ce qu'elle a dit, ce jour-là. Je ne peux pas passer outre ce qu'elle m'a littéralement imprimé sur la face. Alors j'ignore sa question et impose la mienne.
« Est-ce que je te dégoûte ? »
C'est bien ce qu'elle m'a dit en mai. C'est ce qu'elle m'a dit en criant et ça n'aurait pas pu être plus clair. « T'approche plus jamais de moi ! » s'est-elle ensuite exclamé, et c'est ce que j'ai essayé de faire, que j'ai plutôt réussi à faire jusqu'en décembre, et que je réussissais jusqu'à aujourd'hui. J'ai obéi à sa volonté et elle ose maintenant m'en vouloir de l'éviter ! Je ne comprends pas ce qu'elle veut, car pourquoi m'embrasser en décembre quand le même acte, exactement le même acte, a été initié par moi quelques mois plus tôt ? Je me mords la joue et croise les bras, attendant sa réponse, le cœur partagé entre deux sentiments contraires qui me déchirent et me tiennent éveillée depuis bien trop longtemps. Il ne tient plus qu'à elle de s'expliquer ou de me rejeter définitivement car je ne peux pas trouver moi-même la réponse ; c'est trop douloureux.
Le mot tombe comme une pierre et résonne dans ma poitrine. « Salut. » C'est simple, sec, un peu froid, trop dur pour les moments passés ensemble. Ces moments passés ensemble. Mais je la mérite sûrement, cette âpreté dans son ton, car c'est moi qui l'ai évitée depuis la rentrée, c'est moi qui me suis dérobée à son regard, qui l'ai contournée, tandis qu'elle – peut-être – cherchait à me parler. Une part de moi espère qu'elle m'a suivie dans les toilettes, qu'elle m'a vue y entrer et a saisi l'occasion pour me parler. Je m'accroche à cet espoir et y reste suspendue tandis que sa deuxième phrase tombe plus durement encore que son « Salut ». Coupable, je ne baisse pas la tête, mais affronte sans broncher ses reproches. Je me force à rester impassible et à ne pas lui montrer mon tiraillement entre mes remords et peur, et mes regrets et colère.
J'ai eu au total deux mois pour réfléchir, et sur ces deux mois, j'ai beaucoup réfléchi. J'ai passé mon temps à réfléchir, à vrai dire. À penser à elle, à réfléchir à nous, à ce que signifie ce qu'il s'est passé lors du bal AMICO, à me demander à quel point c'est en contradiction avec mai dernier. Et la vérité est que malgré m'être creusé et retourné la tête pendant ces longues semaines, je ne suis pas plus avancée qu'avant. J'ai peur de ce que je veux et de ce que je pense ressentir mais par-dessus tout, j'ai peur de ce qu'elle pense de moi. Le venin qu'elle m'a craché dessus lors de ce bel et horrible après-midi de printemps imprègne toujours ma peau et me blesse encore le cœur, si bien que le doux souvenir du bal se retrouve teinté d'amertume. Car je ne peux pas oublier ce qu'elle a dit, ce jour-là. Je ne peux pas passer outre ce qu'elle m'a littéralement imprimé sur la face. Alors j'ignore sa question et impose la mienne.
« Est-ce que je te dégoûte ? »
C'est bien ce qu'elle m'a dit en mai. C'est ce qu'elle m'a dit en criant et ça n'aurait pas pu être plus clair. « T'approche plus jamais de moi ! » s'est-elle ensuite exclamé, et c'est ce que j'ai essayé de faire, que j'ai plutôt réussi à faire jusqu'en décembre, et que je réussissais jusqu'à aujourd'hui. J'ai obéi à sa volonté et elle ose maintenant m'en vouloir de l'éviter ! Je ne comprends pas ce qu'elle veut, car pourquoi m'embrasser en décembre quand le même acte, exactement le même acte, a été initié par moi quelques mois plus tôt ? Je me mords la joue et croise les bras, attendant sa réponse, le cœur partagé entre deux sentiments contraires qui me déchirent et me tiennent éveillée depuis bien trop longtemps. Il ne tient plus qu'à elle de s'expliquer ou de me rejeter définitivement car je ne peux pas trouver moi-même la réponse ; c'est trop douloureux.
Cinquième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur