Hey Jude, don't let me down solo PNJ

Hey Jude, ne me laisse pas tomber
Hey Jude - The Beatles


Image postée par le membre

Vendredi 1 septembre, matin
Appartement de Jude et Lloyd



_____


« Lloyd ? On peut parler ? »

Allongé sur mon lit, les mains occupées à soulever Dolly au-dessus de moi, je tourne la tête vers Jude. Elle est appuyée contre le chambranle de ma porte, ses cheveux enroulés dans une serviette de bain, la peau sans doute encore échaudée par la douche qu’elle vient de prendre. Je la regarde longuement, parce ma grande sœur à cette tête là. Celle qu’elle a quand il faut parler de sujets pénibles, graves ou que je cherche à ne pas aborder avec elle.
Jude, c’est quelqu’un qui préfère cacher les cadavres sous le tapis plutôt que de les enterrer. Pas tous. Seulement ceux qui pourraient se relever, t’as capté ? Surtout quand ça la concerne elle.
Alors, par instinct, ma gorge déglutit, mes muscles se tétanisent et mon coeur se serre. Je crois qu’elle voit tout ça, parce qu’elle me donne un sourire un peu désolée en appuyant sa tête et sa serviette contre le bois de la porte.

« Ça va », qu’elle ronronne de sa voix grave. « Je suis pas là pour la vaisselle que t’as oublié de faire.
Oh Jude ! J’suis trop désolé ! J’avais complètement zappé !
Je sais. C’est pas grave. »

Mon stress monte d’un coup.
Si, c’est grave. Quand j’oublie un truc que Jude m’avait ordonné de faire, tout part en vrille. Elle supporte pas que j’obéisse pas. Ça la fout en rogne. Déjà quand on était môme. Si je descendais pas la cuvette des toilettes, elle me chopait par les petits cheveux derrière ma nuque pour me mettre la tête dedans. Quand je ramasse pas mes chaussettes, elle me les jette avec des Waddivasi. Alors si je fais pas la vaisselle ? C’est bien le truc que j’essaye de pas oublier, parce qu’une assiette, c’est pas une paire de chaussette, et l’impact est pas tout à fait le même.

Jude s’approche enfin, sur la pointe de ses pieds nus. Je repose ma Dolly qui s’éloigne aussitôt en quelques bonds. Elle grimpe sur la table de chevet et saute sur son arbre à chat pour aller rejoindre son petit hamac. Les dents serrées, le regard qui ne quitte pas ma Judy, je me redresse pour m’asseoir sur le lit. Elle ne me regarde pas vraiment, elle. Ma sœur s’assoit sur le bord du lit. Sa main lisse un peu mon drap bleu. Elle n’a pas tout à fait perdu son petit sourire désolé.
Et j’aime pas.

« Qu’est-ce qui a ? » je demande timidement. Je me déplace pour la rejoindre sur le bord du lit, les pieds à côté des siens, mes coudes appuyés sur mes genoux. « T’sais, si t’as prit toute l’eau chaude, c’est pas grave… j’peux me laver ce soir. » Je tente, je sais pas trop pourquoi. J’aime vraiment pas son petit sourire désolé, là. Jude, elle est jamais désolée.

Son sourire disparaît un peu. Elle remue la tête de gauche à droite. Je regarde son profil, je cherche à comprendre pourquoi on doit parler… et pourquoi elle a l’air soudain si triste.

« Je t’aime, Lloyd… tu le sais, hein ? »

Je me fige. Et, bien sûr, je hoche la tête, lentement. « Ben, ouais, j’le sais », je réponds. « Moi aussi, je t’aime. »
On se dit rarement qu’on s’aime, ma sœur et moi. On a pas besoin, on le sait. C’est un truc qui s’inscrit dans tout ce qu’on fait l’un pour l’autre.

Elle sourit un peu. Elle souffle. Elle ferme les yeux.

« Tu t’es rendu compte que… tu abusais, en ce moment ? »

Je baisse les yeux.
Ouais, Jude. Je m’en suis rendu compte. J’abuse. J’abuse de tout. De tout ce dont je peux abuser. J’ai vu la descente, mais pas encore le fond du trou. Je le connais pourtant. C’est peut-être pour ça qu’elle a cet air triste.

« Je m’inquiète pour toi. C’est… tu sais, je m’inquiète toujours pour toi. Et je m’inquiéterai toujours, parce que c’est comme ça, j’imagine. T’es mon petit frère, et… bref. Mais… » Elle s’affaisse un peu, appuie ses bras sur ses genoux. Jude me paraît tellement petite, soudain. Plus je la regarde, et plus je vois qu’il y a quelque chose qui la pèse. Ça me prend aux tripes. Ça monte dans ma gorge. Je déglutis. Je me déplace un peu sur le lit pour que je puisse toucher son genou du mien. Je la vois un peu sourire. Je sens son genou pousser un peu le mien, pas pour le repousser, plutôt comme un coup de museau de chien à un autre chien.
Le sourire disparaît aussi vite qu’il est arrivé.

« Il faut que ça s’arrête, Lloyd. »

Sa voix grave se brise un peu. Une violente envie de chialer grimpe direct. Alors mon bras, naturellement, il vient chercher le corps de Jude pour la serrer contre moi, pour qu’on se fasse un gros câlin, comme on a toujours fait quand ça allait pas.

Mais Jude se relève. Elle chasse mon bras. Et je me retrouve comme un abruti à regarder ma grande soeur qui s’est échappée de moi. Ma grande soeur qui s’inquiète… et qui me refuse un câlin.

« Jude… », je tends une main vers elle. J’ai besoin qu’elle l’attrape. Qu’elle la serre. Qu’elle retienne pas ce qu’elle a sur le cœur. Jude retient toujours tout, et elle le fait encore. Ça me flingue. J’ai besoin de lui faire un câlin. Je veux qu’elle comprenne que je suis désolé sans avoir besoin de lui dire.
Elle prend pas ma main.
Elle veut pas de mes pardons.

« Je… je peux plus te voir te faire du mal comme ça. J’y arrive plus. C’est… j’arriverai pas à recommencer tout ça. J’ai plus l’énergie pour. J’ai plus les épaules. C’est… c’est trop pour que je supporte ça toute seule. Et Chris… Chris il doit s’occuper de lui avant de s’occuper de toi. Mais il le fait quand même… et j’en peux plus de le voir inquiet, lui aussi. Tu comprends ? »

Son regard brillant attrape le mien, idiot, complètement benêt et honteux. Honteux d’avoir entendu ça, d’être celui qui fait pleurer sa grande sœur.

1036 mots
PNJ actif : Jude River

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Hey Jude, don't let me down solo PNJ
Quelques secondes s’écoulent entre nous. Elles me paraissent longues, aussi longues peut-être que les semaines, les mois, les années que Jude a passé à s’occuper de moi sans jamais se plaindre.
Je me sens vide devant son regard. Je me sens con. Si con. Mon cœur pulse salement. Je sens mon sang affluer dans tout mon visage, comme quand Maman me surprenait à faire un truc pas bien.
J’ai fait quelque chose de mal, Jude, hein ? Mais… quoi ? Je sais que tu me reproches quelque chose, je crois sentir ce que c’est, mais mon cerveau accroche pas, mon cerveau refuse de choper une des idées qui me tourne en tête, une seule, juste une. Il agite ses synapses dans une marmelade toute poisseuse, et il arrive à rien. Je panique, les yeux grands ouverts.
Je dois parler. J’ai rien qui vient. Je peux pas serrer Jude dans mes bras. Je peux pas lui dire que je suis désolé. Jude m’a toujours dit de ne jamais dire pardon si je sais pas ce qu’on me reproche. Qu’est-ce que tu me reproches, Jude ? Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai trop déconné, oui, je sais, je sais, je sais. Je fais pas exprès. J’arrive pas à aligner des idées cohérentes, des pensées constructives parce que mon cerveau pédale. Mais je veux pas que tu pleures. Pleures pas, s’il te plaît. Je sais que t’es à deux doigts. Je le sais. Je le sens. Tu roules des lèvres, tu bats des cils, tu joues avec l’élastique de ton short de pyjama. Je vois tout. Je te connais par cœur. Je te jure que je préférerai ne rien voir, aujourd’hui. Je préférerai ignorer que ce que je suis devient trop pour toi.

Oh.

C’est ça, hein ? C’est ça. Je deviens de trop. Je sais pas faire dans la demi mesure, jamais. Mais c’est pire en ce moment, hein, Jude ? C’est pire. Je te le confirme.

Mes mains viennent trouver mon visage pour le frotter. Je respire mes expirations brûlantes.

« Je… je suis désolé, Jude… C’est que… c’est pas trop la forme, en ce moment. »

Je l’entends se déplacer devant moi. Avant que je puisse comprendre, elle a attrapé mes mains pour les tenir, là, accroupie devant moi.

« Oui, je sais. Je sais. »

Elle repose son front contre mes mains en les serrant, souffle, et relève la tête.

« Tu mérites tellement mieux que tout ça… si tu savais comme tu mérites mieux, Lloyd. Je… j’aimerai que toi aussi tu en aies conscience. Tu mérites de trouver une femme qui t’aime vraiment, et qui t’aime bien. T’es un bon garçon, t’es gentil, et t’es beau macha'Allah* ! » Un sourire tremblant, presque un rire éclate sur son visage alors qu’elle vient chercher le mien pour me caresser les pommettes. C’était ce que nous disait le voisin quand on était gosse. Qu’on était de bons gosses, toujours en ajoutant un petit macha’Allah énergique. On se le répétait entre nous. L’entendre à nouveau, prononcés par des lèvres qui se roulent pour pas chialer, ça me retourne. Ça me retourne complet.

Je ferme les yeux, fort, fort. Jude, je suis désolé. Tu peux pas savoir comme je suis désolé. Je te jure que je fais pas exprès. Aimer Miya, c’est naturel pour moi. Ça me demande aucune réflexion. C’est ancré en moi, ça a supplanter tout ce qui me faisait ressentir des choses. Je ressens plus qu’elle. Je te jure que je fais pas exprès. Je te jure, Jude.
Je fais pas exprès de ne plus être le bon garçon de monsieur Azoulay.

« Je veux retrouver mon Lloyd d’avant Miya », lâche Jude en caressant mes pommettes de ses pouces griffus. « Toi aussi, tu mérites de le retrouver. »


____
* peut se traduire comme une gratitude sincère, de l'admiration et bien d'autres choses plus précises encore mais dans ce cas précis, il s'agit bien de gratitude et d'admiration.

631 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Hey Jude, don't let me down solo PNJ
Jude.
C’est quoi, le Lloyd d’avant Miya ?
Tu parles de ce gamin qui bouffait la vie pour éviter qu’elle le dévore lui ? Tu parles de lui ? Du Lloyd qui vivait pour lui et pour personne d’autre ?
Tu parles du Lloyd entier, hein. Celui que j’étais avant de donner tout ce que j’avais à Miya. Tout ce que j’aimais, tout ce que j’étais, toutes les parties de moi que je déteste le plus. Je lui ai donné chaque morceau de moi, et tu sais quoi ? J’ai jamais eu de remords. Miya méritait tout ça. Elle méritait que je lui montre que moi, je l’aimerai pour elle. Miya se déteste, je crois que j’ai toujours voulu la rassurer, lui montrer que moi, j’ai assez d’amour pour deux, dix, cent, un milliers d’abrutis qui savent pas ce qu’elle est vraiment. Une meuf bien. Une meuf merveilleuse à qui on a répété qu’elle était rien et qui a finit par se le dire, elle aussi. Le Lloyd d’avant Miya, on lui a dit ça aussi, tu sais. Qu’il était qu’un moins que rien, qu’il irait nul-part. Moi, je voulais lui montrer que ce sont que des mots.
Mais le soucis, c’est que je lui ai donné tout ce que j’avais jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de moi. Je sais pas aimer quelqu’un et garder assez de moi.

Il existe plus, ce Lloyd. Il ne reste plus que moi, Jude. Et si c’est pas assez pour toi… je suis désolé, sincèrement désolé. Mais tu sais ? Ce Lloyd qui te manque, il a vécu un peu en Miya. Un peu. Et ton Lloyd, tu aurais pu le retrouver dans cette petite fille.
Tu l’aurais aimée ? Moi, je l’aurai aimée comme c’est pas permis. Je me serai reconstruis autour d’elle. Elle m’aurait soignée, parce qu’on peut pas élever un bébé quand on est qu’une enveloppe charnelle sans esprit. Je me serai battu pour elle, et pour te rendre ce Lloyd qui te manque tant.

Je suis désolé, Jude.
Je crois que la dernière partie du Lloyd d’avant Miya est mort le mois dernier pour aller retrouver la petite fille qu’il n’a jamais eu.

Mais ça, je ne peux pas te le dire, Jude. Je peux en parler à personne. Toi, Chris, Alma, Maman, Papa, qui peut entendre ça ? J’en ai marre d’être triste, Jude. Je suis fatigué. Mais je préfère porter ça plutôt que de vous voir triste ou inquiet pour moi. Je me sens de trop dans vos vies. Ça recommence. C’est qu’une pensée qui se détache des autres, toute noire, toute poisseuse de souvenirs qui entachent mon présent. Je suis fatigué. Je suis fatigué, Jude. Je me noie.

Toi et Chris, vous vous faites mon radeau dans le naufrage de ma vie. Depuis toujours. Je suis parfois tenté de me laisser engloutir. Partir, partir loin de vous. Je veux plus vous savoir inquiet. Mais vous le serez toujours, hein, Jude ? Parce que vous m’aimez, et vous avez peur pour moi.

Je suis qu’un abruti. Je sais tout ça, et pourtant… je fonce droit dans le mur.

522 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin

Hey Jude, don't let me down solo PNJ
« Lloyd. Lloyd. Regarde moi. »

J’ouvre les yeux comme si je me réveillais. Mes cils papillonnent, accrochent des larmes que je ne me suis pas senti verser. Je regarde Jude, essoufflé, je sais pas comment, je sais pas pourquoi, comme toujours quand je déphase.
Jude ne m’a pas lâché, oh, ça non. Elle me tient fermement le visage.

« Tu vas te reprendre en main. Je sais que t’en es capable. Tu t’es toujours relevé. Même quand j’étais pas là, t’es jamais resté à genoux. T’es un battant. Tu laisses personne t’écraser. Tu te souviens de ce que t’étais ? Ce que tu me répétais quand je te récupérai après tes foutus combats ? Dis le.
Jude…
Dis le.
Un… gladiateur ?
Ouais. Un gladiateur, Lloyd. Un gladiateur enragé qui bondit comme un clebard parce qu’il sait pas tenir en place. T’es plus que ce que Miya pourra jamais faire de toi. »

J’ahane, les yeux qui papillonnent. Jude tire mon visage vers le sien pour que son front heurte violemment le mien. Elle serre les dents, mais elle me lâche pas. Elle m’a jamais lâché. Elle me lâchera jamais.

« Tu n’es pas que l’ex de Miya », elle me dit d’une voix douloureuse. « T’es Lloyd River. T’es un fils, un ami, un frère. T’es un bon garçon, t’es un gentil garçon, et …
… j’suis beau, macha'Allah. »

Jude sourit. Il est beau, ce sourire. Il tremble encore un peu, mais j’y fais plus gaffe quand elle écarte son front du mien pour y déposer un baiser.

« T’es plein d’autres choses, mais t’as oublié. Je veux que tu retrouves ce que t’es, Lloyd. Et ce que tu peux devenir. »

Je la regarde.
Je comprends pas.
Je comprends pas ce sourire que je sais encore tremblant sous la façade. Je me sens encore sale de mes pensées, de ma honte, de tout, tout ce que j’ai envie de lui dire mais que j’arrive pas. Elle rajoute à ça une espèce de moralité philosophique qui écrase tout ce que j’ai dans la tête. Jude a toujours su me débrancher pour me rebrancher direct après.

J'essaye de m'écarter d'elle. J'ai besoin de respirer. J'ai besoin de reprendre conscience. Dans ma tête dansent et dansent encore ces mots. Pourquoi ça a l'air aussi simple dans sa bouche ? Pourquoi est-ce qu'elle me donne l'impression que j'en suis capable ? Je suis capable de quoi, moi, hein ? Dis moi. J'ai pas su retenir la femme que j'aime. J'ai pas su apprendre à la haïr. J'ai pas réussi à lui en vouloir d'avoir bousillé ma vie. J'ai jamais rien su faire de mon cœur, de mes sentiments, de mes émotions, et tu crois que je suis capable de changer ? Je suis fait pour la ruine. Ça a toujours été le cas, tu le sais. Je suis bon qu'à tout casser, mais surtout les gens que j'aime, et moi.

Je crois que Jude capte sans peine tout ce qui tourne dans ma tête. Elle me relâche. Je respire à nouveau. Jude s'écarte. Jude se relève. Jude me regarde en faire autant.

« C'est... c'est ultra facile de dire ça », je murmure. « Tu sais pas, toi. Tu sais pas ce que c'est. Je lui ai tout donné. J'ai... j'ai tout donné. Tu veux m'envoyer faire une retraite spirituelle ? C'est ça ? Ou tu vas m'envoyer voir un... un coach de vie ? J'ai rien à défendre, j'ai rien à protéger, j'ai rien à créer, Jude. Rien. J'ai pas d'avenir. J'ai qu'un... passé, qui m'explose à la tronche dés que je ferme les yeux ! »

Jude n'a toujours rien dit. Et moi ? Moi...
Je me suis mis à marcher dans ma chambre, à tourner en rond, sans même m'en rendre compte. Mes mains s'agitent, mes doigts volent tantôt dans mes poches, tantôt dans mes cheveux.

« J'arrive pas... j'arrive pas à me l'enlever dans la tête. T'as capté ? C'est.. elle tourne en boucle, j'arrive pas à m'arrêter de réfléchir à elle, à imaginer ce que ça ferait si tout c'était bien passé ! Et ça tourne et ça tourne et ça s'arrête pas et ça me rend dingue ! Alors ouais ! Ouais... j'abuse, comme tu dis. Parce que ça m'anesthésie le cerveau pendant quelque heures. Ça m'évite de penser à elle, d'accord ? Et à tout ce qui tourne autour.
Tu te rends compte qu'on parlait de toi, mais que t'as enchainé sur elle ? Comme si ce que t'étais été forcément lié à elle. »

Je m'arrête, je me tourne vers elle. Elle sourit pas. Elle exprime rien.
Oh, si.
Si, Jude.
Je vois tes yeux brillants. Tu montres rien, mais moi je vois tout.

« Il y a dix ans, on s'est fait une promesse », elle dit, la voix cassée. Elle déglutit. Elle dresse le menton. « Tu devais lui dire au revoir, et ne plus jamais en parler. Plus de Miya. »

Je baisse les yeux.

« Tu veux savoir ce que j'ai fait pour que tu tiennes cette promesse, Lloyd ? J'ai tout donné, moi aussi. A toi. Je t'ai toujours fait passer avant tout ce que je pouvais avoir ou créer. Alors me dit pas que je sais pas ce que c'est, parce que je vais m'énerver. »

Sa carrière. Oui. Je sais. Le rêve de sa vie. Elle l'a abandonné après Saona, parce qu'elle avait peur que je rechute. Après ça, elle m'a plus jamais lâché. Je lui en suis reconnaissant... mais pas assez, visiblement.
Je serre les dents. J'ose plus la regarder. Je recule jusqu'au lit sur lequel je me laisse retomber sur les fesses. Mes mains viennent chercher ma tête pour la tenir. Je suis désolé, Jude, d'accord ? Je suis désolé. Ça prend trop de place. Tu m'as lancée sur le sujet. Comment tu veux que je l'aborde pas à corps perdu, hein ? Je suis désolé.

« — Je suis désolé... J'ai jamais voulu ça, j'te jure...
Alors fais preuve de reconnaissance et envoie pas bouler tout ce que j'ai sacrifié pour que tu t'en sortes. Reprends toi en main, parce que là, t'es en train de saboter dix ans de ma vie. »

Les termes me poignardent. J'ouvre grand les yeux sur mes genoux. Ils remontent jusqu'à Jude. Oh, non, elle déconne pas. Elle déconne pas du tout.
Et ça lui fait mal de me balancer ça. Si Jude continue à me regarder mal, avec ses yeux brillants, je vois ses lèvres qui trésaillent.
Je vois qu'elle crève de me dire tout ça.
Je vois que c'est la seule solution pour que son débile de petit frère comprenne que sa grande sœur est fatiguée de lui tenir la main.

Elle bouge enfin. Elle s'approche de moi. Ses doigts griffus viennent se perdre dans mes cheveux bruns pour les tirer un peu en arrière, gentiment. Juste pour que je la regarde.

« Il est temps de grandir, Lloyd. Le monde britannique que tu rêvais de bouffer à pleine dents s'attend aux crocs d'un loup, pas ceux d'un chiot. »

Fin.

1185 mots

Code couleur = #515f80
Employé à la Fausse Danse depuis septembre 2050.
Miyaromantique | Captain Ouin Ouin