L'ombre trop sage
27 juillet 2051
Derek
Clinton
Clinton me fait signe d'avancer. Il pose le doigt sur ses lèvres. Je l'imite, un doigt sur les miennes et mes yeux écarquillés ancrés dans les siens. Ce n'est qu'ensuite que j'ose franchir le pas de la porte de ma chambre. C'est Clinton qui se charge de la refermer car moi je n'arrive jamais à le faire sans bruit. Une fois toute trace de notre fuite camouflée, mon frère me prend la main et me traîne derrière lui à travers les ombres de la bibliothèque qui est également le palier du premier étage. Sans lui, je n'ose jamais sortir de ma chambre la nuit, même pour aller me soulager. Cette grande pièce sombre illuminée par l'éclat de la Lune est effrayante. Les immenses bibliothèques jettent sur le sol des ombres qui m'effraient et qui dans mon esprit prennent la forme de monstres. Parfois, ça me terrorise même quand je suis dans mon lit, j'ai juste à les imaginer pour trembler. Avec Clinton, ce n'est pas pareil. Ce sont ses pieds nus que je regarde. Un pas après l'autre, il avale la distance qui nous sépare des escaliers sans faire le moindre bruit, me traînant dans son sillage comme une ombre trop sage.
Mon cœur bat fort dans ma poitrine. Ce n'est pas bien de sortir la nuit. Ce n'est pas bien de se lever la nuit. Ce n'est pas bien de rejoindre Clinton la nuit. Ce n'est pas bien, ce n'est pas bien, ce n'est pas bien. Et pourtant, Clint et moi recommençons chaque vacances, dès que nous le pouvons. Parfois juste pour se rejoindre dans nos lits, d'autres fois pour faire la même expédition que cette nuit. Celle qui est dangereuse, celle qui nous vaudrait une terrible punition si on nous surprenait. Je n'avais pas envie, moi. Je n'ai jamais envie. C'est Clinton qui me rend courageux. Il est venu dans ma chambre et il m'a dit : « Tu dors ? ». Bien sûr, je ne dormais pas. Alors il a dit : « J'ai entendu Père et Mère parler alors que j'allais aux cabinets. Ils sont dans le salon, les portes sont ouvertes... On se fait une expédition, Tad ? » Quand il me parle comme ça, mon frère, je ne peux pas dire non. Il a la voix hésitante, il a la voix brave. Alors je suis sorti de mon lit.
Rod s'arrête au sommet de la première volée d'escaliers et se penche jusqu'à coller ses lèvres contre mon oreille.
« On va descendre petit à petit, murmure-t-il très doucement. N'oublie pas d'éviter la dernière marche. »
Je me contente de hocher la tête en essayant de me donner l'air courageux, comme Tad dans les livres. Alors mon frère se met à descendre une marche à la fois. À chaque fois qu'il en atteint une, il m'attend pour que je le rejoigne. Une par une. On évite la dernière. Nous voilà sur le palier central. La dernière large volée d'escaliers nous attend, plongée dans une pénombre attendrie par une lumière jaune qui provient du salon. J'entends déjà les voix de nos parents. Elles sont beaucoup trop basses pour que je les comprenne. J'attends que Clinton me donne le signal avant de continuer ma descente petit à petit. Nous allons jusqu'à la quatrième marche en partant du bas. Là, nous sommes suffisamment cachés dans l'ombre pour avoir le temps de fuir sans être vus si l'un de nos parents quitte subitement le salon.
Je m'assieds contre la rambarde. Clint se colle contre moi, plus exposé à la lumière que je ne le suis. Une fois que mon cœur cesse de battre comme un tambour dans mes oreilles, la voix des adultes résonne beaucoup plus clairement en provenance du salon dont les doubles portes sont ouvertes, plus bas sur la gauche.
« ...ances sont moins égales, ce mois-ci. Nous avons de la chance, est en train de dire Mère, le dossier passera plus facilement. »
Je lance un coup d’œil aussi excité qu'effrayé à Clinton. Il me sourit en posant son index sur ses lèvres. Nous nous penchons tous les deux pour mieux entendre la suite.
« Et quelles sont les marges ? questionne Père, dont la voix nous parait moins claire, peut-être parce qu'elle est plus grave.
— Tu sais bien que ça change en fonction du client. Et il faudra... »
Je perds très rapidement le fil de cette conversation que je ne comprends pas. Captant mon regard, Clinton articule sans prononcer le moindre son : travail. Oui, ils parlent du travail ou de quelque chose comme ça, rien d'intéressant en tout cas. Alors pour m'occuper, pendant que la voix de nos parents résonne autour de nous, j'attrape la main de mon frère. Je plie ses doigts un à un et je reprends dans le sens inverse en les dépliant. J'aime bien sentir sa peau. Et j'aime comme il se laisse faire, sans présenter la moindre résistance. Lui, il est encore concentré sur la conversation. Je lui fais confiance pour tout me raconter de ce qu'il aura compris s'il s'agit de quelque chose intéressant à savoir.
Le temps passe. Tellement que je me demande si nous ne devrions pas repartir dans nos chambres. Cela fait trois fois que j'étouffe un bâillement qui, si j'avais été caché sous mes draps, m'aurait décroché la mâchoire. La fatigue commence à alourdir mes paupières. Je m'affaisse un peu contre Clinton, la tête sur son épaule. J'ai arrêté de jouer avec ses doigts. Je pourrais m'endormir ici.
Peut-être l'aurais-je fais si mon prénom n'était pas apparu tout à coup dans la conversation. Je me redresse comme si on m'avait piqué, le cœur battant. Ai-je rêvé ? Clinton me regarde avec les mêmes yeux arrondis. Et puis...
« ...mois qu'on doit trouver une solution pour Derek, » soupire Père.
Je n'ai pas rêvé : il est bien question de moi. Les doigts de Clinton se resserrent autour des miens. Malgré l'appréhension qui fait bouillir mes veines, nous nous figeons complètement pour ne rien manquer de la conversation.
PNJ actifs : Clinton, Donovan et Victoria Hangoover.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
L'ombre trop sage
La voix de notre mère nous parvint légèrement plus étouffée, comme si elle s'était éloignée, mais tout à fait audible.
« Quand il est avec son frère on peut tirer quelque chose de lui, mais sans ça...
— Rien à faire, ricane Père. Tu te souviens du dîner avec les Fitzroy ?
— Merlin, ne m'en parle pas. On aurait dit un idiot.
— Un petit idiot incapable de bafouiller un mot, confirme mon père. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'il fréquente cette famille. »
Une masse me tombe sur l'estomac. Un idiot ? Les doigts de Clinton se resserrent encore plus fort autour de ma main. J'ose un regard vers lui. J'aperçois avec surprise qu'il a les mâchoires crispées. Son regard sombre ne quitte pas les portes qui se dessinent en contre bas. Ma gorge se noue.
« Si même avec les gens qu'il a l'habitude de fréquenter il ne sait pas se tenir comme un Hangoover, qu'en sera-t-il avec des inconnus ? »
Il y a un bruit dans sa voix, comme si elle expulsait un rire. Je n'ose plus regarder mon frère. C'est toujours la même chose. Après ce dîner dont ils parlent, ils m'ont grondé parce que je n'avais pas assez parlé. Pourtant, j'avais fait des efforts ! J'avais appris des questions basiques par cœur et je les ai récitées à Madame Fitzroy au moment de l'entrée ! La gêne dans ma gorge se transforme en une boule douloureuse. Ce n'est plus du tout drôle d'écouter les conversations, tout à coup. Si j'avais dit non à Clinton, j'aurais pas entendu ces vilaines choses. Mais je ne dois pas pleurer. Non, tu pleures pas, tu pleures pas, tu pleures pas ! Ce sont les bébés qui pleurent. Je suis un Hangoover. Les Hangoover ne pleurent pas.
« Il n'a déjà pas brillé avec les Blackwood, rappelle-toi, reprit Père d'une voix traînante.
— Tout à fait. Nous n'avions pas ce problème avec Clinton, lorsqu'il avait cet âge.
— C'est propre à Derek, oui. Parfois, je me demande s'il n'est pas un peu benêt.
— Il pourrait être benêt mais respecter les règles de bienséance. Ce n'est pourtant pas compliqué de participer à une conversation et de poser des questions. Je le pardonnerai d'être idiot s'il était capable d'obéir.
— Je ne sais pas si c'est une question d'obéissance. Rien que ce matin, il est parti au trot chercher mon journal lorsque je lui ai demandé de me le ramener.
— Tu es un fainéant, Donovan. »
Le mécontentement transparaît dans la voix de Mère. Moi, je n'ose pas lever les yeux pour regarder l'expression sur le visage de Clinton. Alors que ce matin obéir à Père me semblait la meilleure chose à faire, tout à coup j'en ai honte.
« Je suis fainéant parce que j'ai l'opportunité de l'être, corrige Père. Je te resserre ?
— S'il te plait, oui. »
Pendant un instant, plus aucune parole nous parvient. Nous entendons des bruits de vêtement et le son d'une bouteille que l'on débouche. Le silence se referme sur moi. J'ai l'impression que les ombres sont plus proches. Je me recroqueville sur ma marche d'escalier, les yeux à moitié fermés, si bien que je sursaute lorsque le bras de Clinton entourer mon corps. Ses lèvres murmurent près de mes cheveux :
« Ils disent n'importe quoi. N'accorde pas trop d'importance à...
— Ce vin est excellent. Où l'avons-nous acheté ? »
Clinton s'interrompt dès que Mère reprend la parole. Il tend l'oreille. J'aurais aimé qu'il continue de parler pour couvrir le son de sa voix. Parce que malgré moi, je me concentre également pour écouter des mots qui ne me font pas du bien.
« C'était un don. Je le trouve trop âpre. »
Père continue sans la moindre transition, si bien qu'il me faut un moment pour comprendre qu'il ne parle plus d'alcool mais bel et bien de moi.
« Je pensais que lui mettre une année de plus d'apprentissage des règles de société au programme l'aiderait mais j'ai l'impression qu'il n'a pas fait le moindre progrès depuis l'année dernière.
— Oh, détrompe-toi, s'amuse Mère. La dernière fois il a dit bonjour en entrant dans une boutique alors qu'avant il était incapable d'articuler un mot.
— Quel progrès ! raille Père. Par tous les mages, s'il progresse à ce rythme, il passera ses ASPICS quand il sera capable d'avoir l'air intelligent en public.
— C'est un réel problème, » confirme Mère d'une voix grave.
C'est moi, le problème. Je suis un problème. C'est vrai, que je le suis. Je le sais. Je n'arrive pas à avoir la même aisance que Clinton face aux gens. Je l'ai bien vu, cet été. Durant les dîners mondains, il est avenant et gentil, il est intéressant, il prend la parole au bon moment, il discute sans monopoliser les conversations et sait même se montrer intéressant ? Moi ? Je ne sais pas quand c'est à mon tour de parler. Quand je m'exprime, je parle trop bas et les gens sont forcés de me faire répéter. Et quand je parle assez fort, c'est pour dire quelque chose qui fait tomber un silence malaisant. Ça, c'est quand je parviens à parler. La plupart du temps, c'est comme si j'avais une barrière dans la tête. Je sais que je dois parler mais je n'y arrive pas. J'ai un monstre dans la tête qui avale mes mots. Comment expliquer ça à Père et Mère ? Ils riraient de moi si je le leur disais et ils auraient bien raison.
Le monde devient tout gris autour de moi. L'escalier se met à fondre, la lumière provenant du salon s'obscurcit, le tapis qui court jusqu'aux marches se désintègre en une masse compacte. Il me faut quelques secondes pour comprendre que mes yeux se sont remplis de larmes.
« Chhh... »
Clinton me ramène contre lui. Je lutte un peu pour ne pas que mon visage s'écrase sur son épaule. Il ne me regarde même pas. Je lui en suis reconnaissant. Je ne dois pas pleurer, pas pleurer, pas pleurer ! Mais parfois, c'est plus fort que moi, je n'arrive pas à m'en empêcher. Là, je n'y arrive pas.
« Quand il est avec son frère on peut tirer quelque chose de lui, mais sans ça...
— Rien à faire, ricane Père. Tu te souviens du dîner avec les Fitzroy ?
— Merlin, ne m'en parle pas. On aurait dit un idiot.
— Un petit idiot incapable de bafouiller un mot, confirme mon père. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'il fréquente cette famille. »
Une masse me tombe sur l'estomac. Un idiot ? Les doigts de Clinton se resserrent encore plus fort autour de ma main. J'ose un regard vers lui. J'aperçois avec surprise qu'il a les mâchoires crispées. Son regard sombre ne quitte pas les portes qui se dessinent en contre bas. Ma gorge se noue.
« Si même avec les gens qu'il a l'habitude de fréquenter il ne sait pas se tenir comme un Hangoover, qu'en sera-t-il avec des inconnus ? »
Il y a un bruit dans sa voix, comme si elle expulsait un rire. Je n'ose plus regarder mon frère. C'est toujours la même chose. Après ce dîner dont ils parlent, ils m'ont grondé parce que je n'avais pas assez parlé. Pourtant, j'avais fait des efforts ! J'avais appris des questions basiques par cœur et je les ai récitées à Madame Fitzroy au moment de l'entrée ! La gêne dans ma gorge se transforme en une boule douloureuse. Ce n'est plus du tout drôle d'écouter les conversations, tout à coup. Si j'avais dit non à Clinton, j'aurais pas entendu ces vilaines choses. Mais je ne dois pas pleurer. Non, tu pleures pas, tu pleures pas, tu pleures pas ! Ce sont les bébés qui pleurent. Je suis un Hangoover. Les Hangoover ne pleurent pas.
« Il n'a déjà pas brillé avec les Blackwood, rappelle-toi, reprit Père d'une voix traînante.
— Tout à fait. Nous n'avions pas ce problème avec Clinton, lorsqu'il avait cet âge.
— C'est propre à Derek, oui. Parfois, je me demande s'il n'est pas un peu benêt.
— Il pourrait être benêt mais respecter les règles de bienséance. Ce n'est pourtant pas compliqué de participer à une conversation et de poser des questions. Je le pardonnerai d'être idiot s'il était capable d'obéir.
— Je ne sais pas si c'est une question d'obéissance. Rien que ce matin, il est parti au trot chercher mon journal lorsque je lui ai demandé de me le ramener.
— Tu es un fainéant, Donovan. »
Le mécontentement transparaît dans la voix de Mère. Moi, je n'ose pas lever les yeux pour regarder l'expression sur le visage de Clinton. Alors que ce matin obéir à Père me semblait la meilleure chose à faire, tout à coup j'en ai honte.
« Je suis fainéant parce que j'ai l'opportunité de l'être, corrige Père. Je te resserre ?
— S'il te plait, oui. »
Pendant un instant, plus aucune parole nous parvient. Nous entendons des bruits de vêtement et le son d'une bouteille que l'on débouche. Le silence se referme sur moi. J'ai l'impression que les ombres sont plus proches. Je me recroqueville sur ma marche d'escalier, les yeux à moitié fermés, si bien que je sursaute lorsque le bras de Clinton entourer mon corps. Ses lèvres murmurent près de mes cheveux :
« Ils disent n'importe quoi. N'accorde pas trop d'importance à...
— Ce vin est excellent. Où l'avons-nous acheté ? »
Clinton s'interrompt dès que Mère reprend la parole. Il tend l'oreille. J'aurais aimé qu'il continue de parler pour couvrir le son de sa voix. Parce que malgré moi, je me concentre également pour écouter des mots qui ne me font pas du bien.
« C'était un don. Je le trouve trop âpre. »
Père continue sans la moindre transition, si bien qu'il me faut un moment pour comprendre qu'il ne parle plus d'alcool mais bel et bien de moi.
« Je pensais que lui mettre une année de plus d'apprentissage des règles de société au programme l'aiderait mais j'ai l'impression qu'il n'a pas fait le moindre progrès depuis l'année dernière.
— Oh, détrompe-toi, s'amuse Mère. La dernière fois il a dit bonjour en entrant dans une boutique alors qu'avant il était incapable d'articuler un mot.
— Quel progrès ! raille Père. Par tous les mages, s'il progresse à ce rythme, il passera ses ASPICS quand il sera capable d'avoir l'air intelligent en public.
— C'est un réel problème, » confirme Mère d'une voix grave.
C'est moi, le problème. Je suis un problème. C'est vrai, que je le suis. Je le sais. Je n'arrive pas à avoir la même aisance que Clinton face aux gens. Je l'ai bien vu, cet été. Durant les dîners mondains, il est avenant et gentil, il est intéressant, il prend la parole au bon moment, il discute sans monopoliser les conversations et sait même se montrer intéressant ? Moi ? Je ne sais pas quand c'est à mon tour de parler. Quand je m'exprime, je parle trop bas et les gens sont forcés de me faire répéter. Et quand je parle assez fort, c'est pour dire quelque chose qui fait tomber un silence malaisant. Ça, c'est quand je parviens à parler. La plupart du temps, c'est comme si j'avais une barrière dans la tête. Je sais que je dois parler mais je n'y arrive pas. J'ai un monstre dans la tête qui avale mes mots. Comment expliquer ça à Père et Mère ? Ils riraient de moi si je le leur disais et ils auraient bien raison.
Le monde devient tout gris autour de moi. L'escalier se met à fondre, la lumière provenant du salon s'obscurcit, le tapis qui court jusqu'aux marches se désintègre en une masse compacte. Il me faut quelques secondes pour comprendre que mes yeux se sont remplis de larmes.
« Chhh... »
Clinton me ramène contre lui. Je lutte un peu pour ne pas que mon visage s'écrase sur son épaule. Il ne me regarde même pas. Je lui en suis reconnaissant. Je ne dois pas pleurer, pas pleurer, pas pleurer ! Mais parfois, c'est plus fort que moi, je n'arrive pas à m'en empêcher. Là, je n'y arrive pas.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
L'ombre trop sage
« On va remonter, » murmure Clinton très doucement.
Je lève la tête. Ses yeux luisent dans la nuit. Rod, si fier, si fort, si brave ! Rod, qui voulait vivre une belle aventure et moi qui la lui gâche. Je secoue la tête de droite à gauche, si fort que mes cheveux volent autour de ma tête.
« Pas besoin, » j'articule maladroitement.
J'arrive pas à chuchoter. Ou alors j'ai oublié, je ne sais pas. Ma voix résonne dans la cage d'escalier et le monde entier retient son souffle. Je m'immobilise, la main plaquée sur ma joue pour essuyer mes larmes, les yeux arrondis par l'effroi. Mon frère a fait tout pareil. Le cœur battant, nous attendons de voir si nos parents m'ont entendu. Mais le silence qui était tombé dans le salon perdure. Nos épaules se relâchent lentement.
Je déglutis péniblement en terminant d'essuyer mes joues humides. Je garde mes yeux loin de Clint parce que j'ai honte d'avoir pleuré, même si c'est celui devant lequel je pleure le plus, parfois je pleure même dans ses bras. Mais juste après avoir entendu mes parents parler de moi comme d'un benêt, d'un idiot, d'un problème, je ne peux pas ne pas rougir de mes larmes qui prouvent que je suis un benêt, un idiot, un problème.
Je suis presque soulagé quand mes parents reprennent la parole, parce que mon frère se concentre sur autre chose que moi. Pourtant, à aucun moment son bras quitte mes épaules. C'est comme sentir le poids d'une cape chaude. J'aime bien.
« Je pensais à quelque chose mais... Je voulais éviter d'en arriver là, râle Père avec un grognement de colère.
— L'envoyer dans une autre famille pour le forcer à entrer en contact avec d'autres personnes ? Helena a fait ça avec son cadet. Six mois chez ses cousins de l'est ont complètement changé Daniel. Tu l'as vu la dernière fois, il n'a pas frappé une seule fois sur sa tête comme un idiot. »
Je tourne un regard effrayé vers Clinton. Les larmes guettent de nouveau à cause de l'horreur qui me tombe brutalement dessus.
« J'ai pas envie, gémis-je en articulant à peine. J'ai pas envie. »
Je veux pas être envoyé chez des cousins de l'est, en plus j'ai pas de cousins à l'est. J'ai des cousins à Manchester et je n'ai pas envie d'aller chez mes cousins Wang. La dernière fois, cousin Alfred m'a poussé dans le couloir et je me suis fait mal à l'épaule. Je n'ai pas envie. Je n'ai pas envie ! Et s'ils m'envoyaient encore plus loin ? Qui y a-t-il encore plus loin ? Nous n'avons pas de la famille du côté de Falmouth ? Je ne veux pas aller vivre dans les Cornouailles, là-bas les gens sont étranges. En plus, je ne suis pas comme Daniel, moi, pourquoi je devrais partir ? Daniel, il est bizarre comme les gens des Cornouailles. Il parle tout seul, il se tortille les mains et parfois il rigole même sans raison.
« Tu ne partiras pas, affirme Clinton qui n'en sait pas grand chose et qui, si j'en crois ses yeux plissés, a également peur que je sois envoyé très loin d'ici. Non, ils ne peuvent pas, et puis...
— Je ne ferai subir la présence de notre fils à personne ! l'interrompt la voix de notre Père qui résonne jusque dans les escaliers. Même si c'est vrai que Daniel s'est arrangé...
— Ça remet parfois les idées en place de quitter son foyer, commente la voix de Mère.
— C'est parfois nécessaire, oui. Mais je pensais à quelque chose de moins drastique. »
Je n'arrive pas à en être soulagé. À moitié effondré entre les bras de mon frère, je me retiens à grande peine de renifler. Mon corps est secoué par des tremblements incontrôlables.
« Regarde, quels sont ses problèmes ? reprend tout à coup la voix de Père, bien plus affirmée que tout à l'heure. Il n'a aucune conversation, il ne s'exprime pas assez, il est toujours constamment plongé dans ses pensées et il a cet air rêveur qui me donne envie de lui décrocher la tête dès que je l'aperçois. Mais à côté de ça, il obéit comme il faut et n'est même pas trop mauvais scolairement. Excepté le piano, bien entendu, mais je suspecte la gamine de Christopher d'être une très mauvaise professeure. »
Clinton et moi nous tournons vers l'autre au même moment, avec la même expression offusquée sur le visage. Mademoiselle Alice n'est pas une mauvaise professeure ! Au contraire, elle est douce, tendre, patiente et elle nous apprend toujours beaucoup de choses, et puis elle...
« Et moi notre fils de ne pas être habille de ses dix doigts, corrige Mère. Il n'y a rien qu'à voir ses talents à la course de balais. Bien, va droit au but. Qu'as-tu en tête ?
— Une inscription à Maeve Queen. »
Cet aveu souffle mon mécontentement. Une masse me tombe sur la tête. Mes poumons se dégonflent, mes épaules s'affaissent. J'ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Je regarde Clinton bêtement. Et lui, me regarde de la même façon, avec les yeux écarquillés comme s'il avait compris quelque chose.
Je lève la tête. Ses yeux luisent dans la nuit. Rod, si fier, si fort, si brave ! Rod, qui voulait vivre une belle aventure et moi qui la lui gâche. Je secoue la tête de droite à gauche, si fort que mes cheveux volent autour de ma tête.
« Pas besoin, » j'articule maladroitement.
J'arrive pas à chuchoter. Ou alors j'ai oublié, je ne sais pas. Ma voix résonne dans la cage d'escalier et le monde entier retient son souffle. Je m'immobilise, la main plaquée sur ma joue pour essuyer mes larmes, les yeux arrondis par l'effroi. Mon frère a fait tout pareil. Le cœur battant, nous attendons de voir si nos parents m'ont entendu. Mais le silence qui était tombé dans le salon perdure. Nos épaules se relâchent lentement.
Je déglutis péniblement en terminant d'essuyer mes joues humides. Je garde mes yeux loin de Clint parce que j'ai honte d'avoir pleuré, même si c'est celui devant lequel je pleure le plus, parfois je pleure même dans ses bras. Mais juste après avoir entendu mes parents parler de moi comme d'un benêt, d'un idiot, d'un problème, je ne peux pas ne pas rougir de mes larmes qui prouvent que je suis un benêt, un idiot, un problème.
Je suis presque soulagé quand mes parents reprennent la parole, parce que mon frère se concentre sur autre chose que moi. Pourtant, à aucun moment son bras quitte mes épaules. C'est comme sentir le poids d'une cape chaude. J'aime bien.
« Je pensais à quelque chose mais... Je voulais éviter d'en arriver là, râle Père avec un grognement de colère.
— L'envoyer dans une autre famille pour le forcer à entrer en contact avec d'autres personnes ? Helena a fait ça avec son cadet. Six mois chez ses cousins de l'est ont complètement changé Daniel. Tu l'as vu la dernière fois, il n'a pas frappé une seule fois sur sa tête comme un idiot. »
Je tourne un regard effrayé vers Clinton. Les larmes guettent de nouveau à cause de l'horreur qui me tombe brutalement dessus.
« J'ai pas envie, gémis-je en articulant à peine. J'ai pas envie. »
Je veux pas être envoyé chez des cousins de l'est, en plus j'ai pas de cousins à l'est. J'ai des cousins à Manchester et je n'ai pas envie d'aller chez mes cousins Wang. La dernière fois, cousin Alfred m'a poussé dans le couloir et je me suis fait mal à l'épaule. Je n'ai pas envie. Je n'ai pas envie ! Et s'ils m'envoyaient encore plus loin ? Qui y a-t-il encore plus loin ? Nous n'avons pas de la famille du côté de Falmouth ? Je ne veux pas aller vivre dans les Cornouailles, là-bas les gens sont étranges. En plus, je ne suis pas comme Daniel, moi, pourquoi je devrais partir ? Daniel, il est bizarre comme les gens des Cornouailles. Il parle tout seul, il se tortille les mains et parfois il rigole même sans raison.
« Tu ne partiras pas, affirme Clinton qui n'en sait pas grand chose et qui, si j'en crois ses yeux plissés, a également peur que je sois envoyé très loin d'ici. Non, ils ne peuvent pas, et puis...
— Je ne ferai subir la présence de notre fils à personne ! l'interrompt la voix de notre Père qui résonne jusque dans les escaliers. Même si c'est vrai que Daniel s'est arrangé...
— Ça remet parfois les idées en place de quitter son foyer, commente la voix de Mère.
— C'est parfois nécessaire, oui. Mais je pensais à quelque chose de moins drastique. »
Je n'arrive pas à en être soulagé. À moitié effondré entre les bras de mon frère, je me retiens à grande peine de renifler. Mon corps est secoué par des tremblements incontrôlables.
« Regarde, quels sont ses problèmes ? reprend tout à coup la voix de Père, bien plus affirmée que tout à l'heure. Il n'a aucune conversation, il ne s'exprime pas assez, il est toujours constamment plongé dans ses pensées et il a cet air rêveur qui me donne envie de lui décrocher la tête dès que je l'aperçois. Mais à côté de ça, il obéit comme il faut et n'est même pas trop mauvais scolairement. Excepté le piano, bien entendu, mais je suspecte la gamine de Christopher d'être une très mauvaise professeure. »
Clinton et moi nous tournons vers l'autre au même moment, avec la même expression offusquée sur le visage. Mademoiselle Alice n'est pas une mauvaise professeure ! Au contraire, elle est douce, tendre, patiente et elle nous apprend toujours beaucoup de choses, et puis elle...
« Et moi notre fils de ne pas être habille de ses dix doigts, corrige Mère. Il n'y a rien qu'à voir ses talents à la course de balais. Bien, va droit au but. Qu'as-tu en tête ?
— Une inscription à Maeve Queen. »
Cet aveu souffle mon mécontentement. Une masse me tombe sur la tête. Mes poumons se dégonflent, mes épaules s'affaissent. J'ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Je regarde Clinton bêtement. Et lui, me regarde de la même façon, avec les yeux écarquillés comme s'il avait compris quelque chose.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
L'ombre trop sage
En bas, la conversation se poursuit sans faire attention à moi.
« Juste une année pour commencer, voire un semestre. Il fréquenterait des enfants à longueur de journée, serait bien forcé de se décoincer un peu. Non, attends, laisse-moi terminer, poursuit Père et je l'imagine lever la main pour arrêter notre mère. Je te vois mécontente et je comprends pourquoi. Mais il pourrait continuer d'être suivi par son précepteur et nous surveilleront ses fréquentations comme nous le faisons avec Clinton. Maeve Queen le forcerait à se mélanger aux autres et peut-être perdrait-il cette mauvaise habitude qu'il a de s'enfermer dans ses pensées comme un benêt.
— Tu sais bien que la directrice... »
La directrice quoi ? Nous n'entendons rien d'autre que des murmures. Mon cœur bat méchamment contre ma cage thoracique. Maeve Queen, je sais ce que c'est. C'est une école. Clinton aurait aimé y aller, je le sais, mais jamais il n'a demandé à nos parents car les enfants ne quémandent pas. Mon cœur se serre. Je n'ai pas envie d'y aller. Monsieur Montgomery n'est pas toujours très drôle et il est sévère, il déteste que je pleure et me punie sévèrement quand je rêve durant ses leçons mais je le connais depuis que j'ai cinq ans. Et puis les enfants de mon âge sont méchants. Ils se moquent, ils sont meilleurs que moi. Je ne veux pas les fréquenter.
Le poids du bras de Clinton sur mon épaule est un rappel constant de l'endroit où nous sommes, pourtant je ne me dérobe pas. J'ai froid, tout à coup. L'excitation de tout à l'heure a totalement disparu pour laisser place à quelque chose de bien plus désagréable et noir. La conversation est de nouveau audible mais c'est à peine si je parviens à y accorder de l'attention.
« ...pour le Conseil.
— Ça reste des professionnels, lui répond Père. Je n'aime pas ça non plus mais c'est la seule école de la ville. Pour l'instant. Tu sais que des bruits courent sur l'envie de créer une institution seulement pour les enfants de bonne famille ? Avec bien sûr une inscription payante.
— Il serait temps qu'un établissement comme celui-là voit le jour, soupire Mère. Au moins, nous pourrions...
— Viens. »
La murmure de Clinton m'arrache à mes pensées. Il est à moitié levé à côté de moi, je n'ai même pas senti qu'il ôtait son bras. Il me tend la main.
« On remonte, » chuchote-t-il pour m'encourager à le suivre.
Je ne me demande pas si j'en ai envie. Je jette un dernier regard vers le salon aux portes ouvertes et me lève après avoir glissé mes doigts dans sa main. Les voix nous parviennent encore.
« Il est toujours possible de prendre contact et de voir comment cela se déroulera, est en train de dire mère. Je préfère...
— Fais attention aux marches, souffle Clinton.
— ...à la maison que de le savoir loin de nous. »
Je peine à voir les marches dans l'obscurité, ma démarche est hésitante. Seule la main de mon frère m'empêche de tomber.
« ...reste mon fils, je préfère également l'avoir à la maison mais... »
Les voix s'éloignent petit à petit.
« ...éliore pas son caractère, nous n'aurons d'autr... »
Arrivés sur le palier, elles ne sont plus que rumeur.
« ...qu'en arriver à des solutions extr... »
Et bientôt, elles ne sont plus rien du tout. J'ai l'impression de laisser derrière moi quelque chose de très lourd. Je me laisse tirer par Clinton, les membres mous et le cœur triste. Nous grimpons rapidement la dernière volée d'escalier et traversons la bibliothèque et ses ombres effrayantes.
Clint m'amène à ma chambre. Il ouvre doucement la porte et me fait signe de rentrer. Je m'immobilise sur le palier et écarquille les yeux dans l'obscurité pour mieux voir son visage. Reste avec moi, ai-je envie de supplier. L'idée de me retrouver seul m'effraie. Je viens avec toi, articule-t-il sans son comme s'il avait lu dans mes pensées. Ça me soulage tellement que mes doigts se resserrent très fort sur les siens. J'entre dans la chambre en le tirant derrière moi, de peur qu'il ne disparaisse. Il referme silencieusement la porte.
Aucune lumière n'illumine la pièce, si ce n'est celle de la lune par la fenêtre. Les lampes ne se rallumeront que demain matin. Nous nous observons dans la semi-pénombre, sans prononcer le moindre mot.
« Juste une année pour commencer, voire un semestre. Il fréquenterait des enfants à longueur de journée, serait bien forcé de se décoincer un peu. Non, attends, laisse-moi terminer, poursuit Père et je l'imagine lever la main pour arrêter notre mère. Je te vois mécontente et je comprends pourquoi. Mais il pourrait continuer d'être suivi par son précepteur et nous surveilleront ses fréquentations comme nous le faisons avec Clinton. Maeve Queen le forcerait à se mélanger aux autres et peut-être perdrait-il cette mauvaise habitude qu'il a de s'enfermer dans ses pensées comme un benêt.
— Tu sais bien que la directrice... »
La directrice quoi ? Nous n'entendons rien d'autre que des murmures. Mon cœur bat méchamment contre ma cage thoracique. Maeve Queen, je sais ce que c'est. C'est une école. Clinton aurait aimé y aller, je le sais, mais jamais il n'a demandé à nos parents car les enfants ne quémandent pas. Mon cœur se serre. Je n'ai pas envie d'y aller. Monsieur Montgomery n'est pas toujours très drôle et il est sévère, il déteste que je pleure et me punie sévèrement quand je rêve durant ses leçons mais je le connais depuis que j'ai cinq ans. Et puis les enfants de mon âge sont méchants. Ils se moquent, ils sont meilleurs que moi. Je ne veux pas les fréquenter.
Le poids du bras de Clinton sur mon épaule est un rappel constant de l'endroit où nous sommes, pourtant je ne me dérobe pas. J'ai froid, tout à coup. L'excitation de tout à l'heure a totalement disparu pour laisser place à quelque chose de bien plus désagréable et noir. La conversation est de nouveau audible mais c'est à peine si je parviens à y accorder de l'attention.
« ...pour le Conseil.
— Ça reste des professionnels, lui répond Père. Je n'aime pas ça non plus mais c'est la seule école de la ville. Pour l'instant. Tu sais que des bruits courent sur l'envie de créer une institution seulement pour les enfants de bonne famille ? Avec bien sûr une inscription payante.
— Il serait temps qu'un établissement comme celui-là voit le jour, soupire Mère. Au moins, nous pourrions...
— Viens. »
La murmure de Clinton m'arrache à mes pensées. Il est à moitié levé à côté de moi, je n'ai même pas senti qu'il ôtait son bras. Il me tend la main.
« On remonte, » chuchote-t-il pour m'encourager à le suivre.
Je ne me demande pas si j'en ai envie. Je jette un dernier regard vers le salon aux portes ouvertes et me lève après avoir glissé mes doigts dans sa main. Les voix nous parviennent encore.
« Il est toujours possible de prendre contact et de voir comment cela se déroulera, est en train de dire mère. Je préfère...
— Fais attention aux marches, souffle Clinton.
— ...à la maison que de le savoir loin de nous. »
Je peine à voir les marches dans l'obscurité, ma démarche est hésitante. Seule la main de mon frère m'empêche de tomber.
« ...reste mon fils, je préfère également l'avoir à la maison mais... »
Les voix s'éloignent petit à petit.
« ...éliore pas son caractère, nous n'aurons d'autr... »
Arrivés sur le palier, elles ne sont plus que rumeur.
« ...qu'en arriver à des solutions extr... »
Et bientôt, elles ne sont plus rien du tout. J'ai l'impression de laisser derrière moi quelque chose de très lourd. Je me laisse tirer par Clinton, les membres mous et le cœur triste. Nous grimpons rapidement la dernière volée d'escalier et traversons la bibliothèque et ses ombres effrayantes.
Clint m'amène à ma chambre. Il ouvre doucement la porte et me fait signe de rentrer. Je m'immobilise sur le palier et écarquille les yeux dans l'obscurité pour mieux voir son visage. Reste avec moi, ai-je envie de supplier. L'idée de me retrouver seul m'effraie. Je viens avec toi, articule-t-il sans son comme s'il avait lu dans mes pensées. Ça me soulage tellement que mes doigts se resserrent très fort sur les siens. J'entre dans la chambre en le tirant derrière moi, de peur qu'il ne disparaisse. Il referme silencieusement la porte.
Aucune lumière n'illumine la pièce, si ce n'est celle de la lune par la fenêtre. Les lampes ne se rallumeront que demain matin. Nous nous observons dans la semi-pénombre, sans prononcer le moindre mot.
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
L'ombre trop sage
Après un silence dans lequel résonne la conversation que nous venons de surprendre, un sourire comme une fissure apparaît sur les lèvres de Clinton. Je le connais, ce sourire. C'est un sourire qui remplace des mots qui n'existent pas. Je baisse les yeux sur mes pieds nus, soudainement accablé par une tristesse sans nom.
« Je ne veux pas aller à Maeve Queen, » croassé-je dans un souffle.
Ma voix est à peine discernable.
« Je sais... Viens. »
Clinton va s'installer sur mon lit. Il se glisse sous la couette comme il le fait quand je vais le chercher après avoir fait un cauchemar. Ça nous a déjà valu de grosses punitions, car nous n'avons pas le droit de dormir ensemble. Mais ce soir je n'ai pas la force d'avoir peur. Je le rejoins sous la couette et me blottie en chien de faïence. Clinton n'est qu'une forme obscure sur le second coussin mais le blanc de ses yeux attrape les rayons de la lune et brille dans le noir.
« Ce n'est pas si mal, Maeve Queen, chuchote-t-il. J'ai des camarades chez Gryffondor qui y sont allés et ils ont beaucoup aimé.
— Mais je ne connais pas...
— Tu découvriras, m'encourage Clint avec un sourire dans la voix. Tu te feras peut-être des amis. »
Je n'en ai jamais eu.
« Je n'en ai pas besoin, affirmé-je dans un souffle. Je t'ai toi.
— Mais je suis absent une grande partie de l'année, maintenant...
— Les autres enfants ne sont pas gentils, ajouté-je, à défaut d'un argument plus intelligent pour contrer la triste vérité de l'absence de mon frère.
— Je le pensais aussi avant mais à Poudlard j'ai découvert que ça ne les concernait pas tous. »
Je reste silencieux un moment et Clinton ne dit rien de plus. Je joue avec le coin de l'oreiller, le regard perdu sur le visage de mon frère. Je sais qu'il s'est fait des amis mais je doute être capable de faire la même chose lui. Et puis...
« J'aurai... J'aurai un Nathan, moi aussi ? demandé-je d'une toute petite voix.
— Un Nathan ? »
Il se redresse sur un coude pour mieux me regarder.
« Oui, tu sais... Un copain que... »
Je ne sais pas comment le dire. Nathan, je le connais car il vient parfois à la maison. Il passe toujours une semaine ici l'été et Clinton va une semaine chez lui aussi. Pour le Nouvel An organisé par Grand-Mère Lillian, Clint a le droit de ramener un ami et c'est toujours Nathan qui vient. Nathan, c'est...
« Un ami imposé..., lâche Clinton d'une voix maussade.
— Un ami validé par Père et Mère, je corrige.
— C'est pareil. »
Il se laisse retomber en arrière sur le coussin. J'approche ma main de lui sans oser le toucher.
« Tu en auras un aussi, oui, dit-il finalement. Peut-être pas tout de suite mais bientôt. Il ne faudra rien dire devant lui, d'accord ? D'accord, Derek ? insiste-t-il en se tournant vers moi.
— Oui mais... Mais rien du tout ?
— Rien de tes pensées secrètes, d'accord ? Rien sur moi non plus ou sur la famille. Rien dont tu aurais honte devant nos parents.
— D'accord... »
L'idée d'avoir un ami validé, ou imposé, me semblait assez agréable : ce garçon devra être mon ami, il sera obligé. Cela semble plutôt facile. Mais au regard de ces instructions que me donne mon frère, je réalise que ce sera peut-être un peu plus compliqué que ça : comment je saurais ce que je peux dire devant lui et ce que je dois garder pour moi ?
Clinton se tourne subitement sur le côté et pose sa main sur la mienne.
« N'y pense plus, d'accord ? On ne sait même pas si tu iras là-bas. Mais si tu y vas, je t'assure que tu t'y plairas. L'école, c'est différent de la maison et c'est bien aussi. Il faut dormir, maintenant. Demain matin, nous avons une leçon d'histoire avec Monsieur Montgomery. »
Je hoche silencieusement la tête. J'ai déjà les paupières lourdes malgré l'angoisse qui sourde au fond de mon estomac et les questions qui s'entremêlent dans mon cerveau.
« Tu restes ? demandé-je d'une petite voix en fermant les yeux.
— Jusqu'à ce que tu t'endormes, » confirme-t-il dans un murmure.
Je ferme les yeux en remontant la couette jusqu'à mon menton. La chaleur de sa main sur la sienne me rassure. Je le sens qui bouge dans le lit, je n'ai pas la force de regarder. Mais un instant plus tard, il me fourre entre les bras ma grosse peluche Billywig. Un sourire apparaît sur mon visage endormi. Il l'a récupérée de la cachette sous mon lit. Je marmonne un vague remerciement.
Je ne l'entends pas quitter la pièce. Je rejoins des mondes oniriques qui me protègent de ce que je ne peux pas voir : du sommeil difficile de Clinton qui s'inquiète pour moi et de la discussion feutrée de mes parents qui craignent que leur second né leur fasse honte.
« Je ne veux pas aller à Maeve Queen, » croassé-je dans un souffle.
Ma voix est à peine discernable.
« Je sais... Viens. »
Clinton va s'installer sur mon lit. Il se glisse sous la couette comme il le fait quand je vais le chercher après avoir fait un cauchemar. Ça nous a déjà valu de grosses punitions, car nous n'avons pas le droit de dormir ensemble. Mais ce soir je n'ai pas la force d'avoir peur. Je le rejoins sous la couette et me blottie en chien de faïence. Clinton n'est qu'une forme obscure sur le second coussin mais le blanc de ses yeux attrape les rayons de la lune et brille dans le noir.
« Ce n'est pas si mal, Maeve Queen, chuchote-t-il. J'ai des camarades chez Gryffondor qui y sont allés et ils ont beaucoup aimé.
— Mais je ne connais pas...
— Tu découvriras, m'encourage Clint avec un sourire dans la voix. Tu te feras peut-être des amis. »
Je n'en ai jamais eu.
« Je n'en ai pas besoin, affirmé-je dans un souffle. Je t'ai toi.
— Mais je suis absent une grande partie de l'année, maintenant...
— Les autres enfants ne sont pas gentils, ajouté-je, à défaut d'un argument plus intelligent pour contrer la triste vérité de l'absence de mon frère.
— Je le pensais aussi avant mais à Poudlard j'ai découvert que ça ne les concernait pas tous. »
Je reste silencieux un moment et Clinton ne dit rien de plus. Je joue avec le coin de l'oreiller, le regard perdu sur le visage de mon frère. Je sais qu'il s'est fait des amis mais je doute être capable de faire la même chose lui. Et puis...
« J'aurai... J'aurai un Nathan, moi aussi ? demandé-je d'une toute petite voix.
— Un Nathan ? »
Il se redresse sur un coude pour mieux me regarder.
« Oui, tu sais... Un copain que... »
Je ne sais pas comment le dire. Nathan, je le connais car il vient parfois à la maison. Il passe toujours une semaine ici l'été et Clinton va une semaine chez lui aussi. Pour le Nouvel An organisé par Grand-Mère Lillian, Clint a le droit de ramener un ami et c'est toujours Nathan qui vient. Nathan, c'est...
« Un ami imposé..., lâche Clinton d'une voix maussade.
— Un ami validé par Père et Mère, je corrige.
— C'est pareil. »
Il se laisse retomber en arrière sur le coussin. J'approche ma main de lui sans oser le toucher.
« Tu en auras un aussi, oui, dit-il finalement. Peut-être pas tout de suite mais bientôt. Il ne faudra rien dire devant lui, d'accord ? D'accord, Derek ? insiste-t-il en se tournant vers moi.
— Oui mais... Mais rien du tout ?
— Rien de tes pensées secrètes, d'accord ? Rien sur moi non plus ou sur la famille. Rien dont tu aurais honte devant nos parents.
— D'accord... »
L'idée d'avoir un ami validé, ou imposé, me semblait assez agréable : ce garçon devra être mon ami, il sera obligé. Cela semble plutôt facile. Mais au regard de ces instructions que me donne mon frère, je réalise que ce sera peut-être un peu plus compliqué que ça : comment je saurais ce que je peux dire devant lui et ce que je dois garder pour moi ?
Clinton se tourne subitement sur le côté et pose sa main sur la mienne.
« N'y pense plus, d'accord ? On ne sait même pas si tu iras là-bas. Mais si tu y vas, je t'assure que tu t'y plairas. L'école, c'est différent de la maison et c'est bien aussi. Il faut dormir, maintenant. Demain matin, nous avons une leçon d'histoire avec Monsieur Montgomery. »
Je hoche silencieusement la tête. J'ai déjà les paupières lourdes malgré l'angoisse qui sourde au fond de mon estomac et les questions qui s'entremêlent dans mon cerveau.
« Tu restes ? demandé-je d'une petite voix en fermant les yeux.
— Jusqu'à ce que tu t'endormes, » confirme-t-il dans un murmure.
Je ferme les yeux en remontant la couette jusqu'à mon menton. La chaleur de sa main sur la sienne me rassure. Je le sens qui bouge dans le lit, je n'ai pas la force de regarder. Mais un instant plus tard, il me fourre entre les bras ma grosse peluche Billywig. Un sourire apparaît sur mon visage endormi. Il l'a récupérée de la cachette sous mon lit. Je marmonne un vague remerciement.
Je ne l'entends pas quitter la pièce. Je rejoins des mondes oniriques qui me protègent de ce que je ne peux pas voir : du sommeil difficile de Clinton qui s'inquiète pour moi et de la discussion feutrée de mes parents qui craignent que leur second né leur fasse honte.
FIN
Neveu préféré d'Oncle Christie
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard
9 ans - pas encore scolarisé à Poudlard