Règle n°1 : je ne l'aimerai pas
Samedi 21 janvier 2051
Bibliothèque — matin
21 ans
Les faibles rayons du soleil se reflètent sur le large dôme au-dessus du hall d'entrée de l'Académie. Depuis le début de la journée, l'astre se bat avec les nuages pour laisser passer ses rayons qui réchauffent à peine les quelques étudiants qui osent braver le froid extérieur. La neige qui est tombée sans discontinuer la veille a laissé sur le sol une couverture blanche qui s'est durcie avec les températures négatives de la nuit. Ce matin, toute âme qui tente d'accéder au portail du domaine, que ce soit pour rentrer ou pour sortir, se voit confrontée aux plaques de glaces vicieuses qui s'étalent sur le chemin. La lumière qui se réverbère sur la neige et qui fait de fausses promesses d'un temps plus clément est mensongère, car les températures, en cette belle journée du 21 janvier, rougissent les extrémités et glacent tout ce qu'elles touchent.
Insensible à toutes ces considérations, c'est à peine si je jette un regard à l'extérieur. J'ai pourtant une vue de choix sur le parc qui borde l'avant de l'Académie et également, si je me tords suffisamment le cou, sur le portail qui étincelle sous le soleil, là-bas vers l'horizon. Mais ce matin comme tous les autres matins, la beauté de la nature ne m'intéresse pas et ne peut pas faire le poids face à mes ouvrages et tout le savoir qu'ils contiennent. Je suis en train d'avancer sur mon mémoire de recherche et je n'ai pas l'intention de me laisser distraire. La magie et ses milles nuances m'ont en entier pour elles seules et je ne me donnerai à rien d'autre tant que je n'aurais pas avancé sur mon programme de la journée. Le monde autour de moi peut bien vivre à son rythme, je ne lui accorde aucun regard.
Et le monde vit. La bibliothèque fourmille d'étudiants qui vont et qui viennent, bien moins nombreux qu'en semaine. Le hall voit passer certains d'entre eux en courant ou en riant, d'autres plus sérieux ou plus pressés, parfois des sortilèges fusent ou les portes d'entrée s'ouvrent et laissent rentrer un courant d'air glacial qui charrie la neige jusque sur le marbre qui recouvre le sol. À l'extérieur, au milieu des haies blanchies, des parterres vidés de leurs fleurs et des allers qui mènent au portail ou à l'arrière du domaine, trônent des bonhommes de neige fièrement battis par des étudiants retournés en enfance. Certains sont aussi immobiles que le tronc des arbres. D'autres sont enchantés et font rire ceux qui les aperçoivent : il y a ce bonhomme de neige qui attrape sa tête de ses bras de branche, qui la fait tournoyer au-dessus de lui avant de la remettre en place ; ou celui-là, tout près du portail, dont les trois grosses boules qui le composent rebondissent les une sur les autres sans s'arrêter, la tête du bonhomme volant haut dans les airs, très haut, avant de retomber doucement en montrant à l'extérieur du domaine son maladroit sourire fabriqué avec des branches tombées.
Devant le portail, peu de gens sont là pour regarder l’œuvre neigeuse. Les gardiens, évidemment, tiennent leur rôle. Il y a bien cette femme au visage marqué par l'âge, un grand sac dans les mains, qui attend que sa fille vienne chercher son paquet. Transie par le froid, elle frappe des pieds sur la neige, l'impatience s'écrivant sur ses traits. Et il y a cette grappe d'étudiants qui discutent sous les arbres, des cigarettes à la main, comme si le froid n'était rien pour eux, comme s'ils ne le ressentaient pas.
De ma petite table à la bibliothèque, je ne vois rien de tout cela. J'écris patiemment sur mon parchemin. La température est parfaite, je n'ai pas froid au bout des mains ni aux pieds.. Je suis bien, je travaille sur le projet qui me vaudra une note très satisfaisante en fin d'année même si je ne le sais pas encore. Je suis loin de toutes les pensées qui ont pu m'agiter ces dernières semaines. Engluée dans ma concentration, je n'imagine pas que ces pensées bientôt reviendront toquer à la porte de ma conscience, quand se rappellera à moi une vieille connaissance qui a décidé qu'elle bouleverserait ma vie.
Bibliothèque — matin
21 ans
Les faibles rayons du soleil se reflètent sur le large dôme au-dessus du hall d'entrée de l'Académie. Depuis le début de la journée, l'astre se bat avec les nuages pour laisser passer ses rayons qui réchauffent à peine les quelques étudiants qui osent braver le froid extérieur. La neige qui est tombée sans discontinuer la veille a laissé sur le sol une couverture blanche qui s'est durcie avec les températures négatives de la nuit. Ce matin, toute âme qui tente d'accéder au portail du domaine, que ce soit pour rentrer ou pour sortir, se voit confrontée aux plaques de glaces vicieuses qui s'étalent sur le chemin. La lumière qui se réverbère sur la neige et qui fait de fausses promesses d'un temps plus clément est mensongère, car les températures, en cette belle journée du 21 janvier, rougissent les extrémités et glacent tout ce qu'elles touchent.
Insensible à toutes ces considérations, c'est à peine si je jette un regard à l'extérieur. J'ai pourtant une vue de choix sur le parc qui borde l'avant de l'Académie et également, si je me tords suffisamment le cou, sur le portail qui étincelle sous le soleil, là-bas vers l'horizon. Mais ce matin comme tous les autres matins, la beauté de la nature ne m'intéresse pas et ne peut pas faire le poids face à mes ouvrages et tout le savoir qu'ils contiennent. Je suis en train d'avancer sur mon mémoire de recherche et je n'ai pas l'intention de me laisser distraire. La magie et ses milles nuances m'ont en entier pour elles seules et je ne me donnerai à rien d'autre tant que je n'aurais pas avancé sur mon programme de la journée. Le monde autour de moi peut bien vivre à son rythme, je ne lui accorde aucun regard.
Et le monde vit. La bibliothèque fourmille d'étudiants qui vont et qui viennent, bien moins nombreux qu'en semaine. Le hall voit passer certains d'entre eux en courant ou en riant, d'autres plus sérieux ou plus pressés, parfois des sortilèges fusent ou les portes d'entrée s'ouvrent et laissent rentrer un courant d'air glacial qui charrie la neige jusque sur le marbre qui recouvre le sol. À l'extérieur, au milieu des haies blanchies, des parterres vidés de leurs fleurs et des allers qui mènent au portail ou à l'arrière du domaine, trônent des bonhommes de neige fièrement battis par des étudiants retournés en enfance. Certains sont aussi immobiles que le tronc des arbres. D'autres sont enchantés et font rire ceux qui les aperçoivent : il y a ce bonhomme de neige qui attrape sa tête de ses bras de branche, qui la fait tournoyer au-dessus de lui avant de la remettre en place ; ou celui-là, tout près du portail, dont les trois grosses boules qui le composent rebondissent les une sur les autres sans s'arrêter, la tête du bonhomme volant haut dans les airs, très haut, avant de retomber doucement en montrant à l'extérieur du domaine son maladroit sourire fabriqué avec des branches tombées.
Devant le portail, peu de gens sont là pour regarder l’œuvre neigeuse. Les gardiens, évidemment, tiennent leur rôle. Il y a bien cette femme au visage marqué par l'âge, un grand sac dans les mains, qui attend que sa fille vienne chercher son paquet. Transie par le froid, elle frappe des pieds sur la neige, l'impatience s'écrivant sur ses traits. Et il y a cette grappe d'étudiants qui discutent sous les arbres, des cigarettes à la main, comme si le froid n'était rien pour eux, comme s'ils ne le ressentaient pas.
De ma petite table à la bibliothèque, je ne vois rien de tout cela. J'écris patiemment sur mon parchemin. La température est parfaite, je n'ai pas froid au bout des mains ni aux pieds.. Je suis bien, je travaille sur le projet qui me vaudra une note très satisfaisante en fin d'année même si je ne le sais pas encore. Je suis loin de toutes les pensées qui ont pu m'agiter ces dernières semaines. Engluée dans ma concentration, je n'imagine pas que ces pensées bientôt reviendront toquer à la porte de ma conscience, quand se rappellera à moi une vieille connaissance qui a décidé qu'elle bouleverserait ma vie.