(Au)tant que la mer est triste
NAISSANCE, VIBRANCE, RÉGENCE
Ode du réel, Plainte d'existence
Juste la femme dans sa forme la plus pure, et la couleur de sa larme sur l'Océan-Vie.
{ Prologue, Prosélytisme Neptunien }
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Mémoires d'un Affranchi.
Sonder l'âme d'une loupe qui dézoome.
Il suffira de trouver une faille.
Le sel brûle les plaies ouvertes.
Ode du réel, Plainte d'existence
Juste la femme dans sa forme la plus pure, et la couleur de sa larme sur l'Océan-Vie.
I. (Au)tant que la mer est triste{ Prologue, Prosélytisme Neptunien }
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Mémoires d'un Affranchi.
Sonder l'âme d'une loupe qui dézoome.
Il suffira de trouver une faille.
Le sel brûle les plaies ouvertes.
La mer du Nord a quelque chose d'éternel. Il se cache dans son abîme grise. Celle qui se tord comme un estomac, celle qui danse en tourbillon, imitant la mouvance d'un cobra. La mer n'a jamais été calme. Lorsqu'elle est silencieuse, c'est seulement qu'elle a arrêté de crier à l'extérieur. Les bulles marines reçoivent l'écho de son chant étouffé. Ce qui ne se voit pas n'est pas inexistant pour autant. Il y a quelque chose de beau dans ce qui est dissimulé sous la démarcation de l'horizon.
Je n'irai jamais dans les confins de l'entre-monde. Les narvals ne le font déjà que trop bien à ma place. Il fait bon sur la plage et je ne veux pas déranger la tranquillité superflue de l'océan. Elle est déjà perturbée par le sillage des marins ; Ceux qui découpent son voile de dentelle bleu-blanc le pied plongé dans leur trois-mâts. Je préfère ancrer ma baguette dans le sable et y tracer une séparation. Je me sens corsaire de terre. Jamais pirate des mers.
L'eau est un linge blanc qui se froisse trop vite. Il suffit d'y passer un doigt, l'y laisser glisser un instant - sa parfaite lisseur mue en une masse irrégulière. Elle forme des irrégularités orange qui se dressent à l'horizon. Les montagnes en envient la taille des vagues.
Ce n'est rien qu'une bataille d'égo.
Une engueulade à même le sol. Elle s'achève avec quelques cheveux sur le parquet.
J'envie le diamant blanc cygne qui scintille au bout de chacune d'elle. Il s'en détache presque. Poséidon semble vouloir souder les deux ensemble, pourtant. Je veux être chasseuse de diamants. Décrocher ceux qu'on a brodé dans le ciel. Piller la sérénissime couleur aux mille brillances qui surfe sur les vagues de l'eau qui danse.
Elle s'agite avant de mourir. Tout est tranquille à l'horizon, l'océan se tait ; il chante au dessous. J'irai revoir la couleur de sa parole un jour. Loin de l'homme, sereine, intouchable. Loin d'un regard. Loin d'une embrassade. Loin du cœur et loin de tout.
Je suis assise sur le sable. Quand je me lèverai, l'empreinte de mon vêtement tatouera le sol. Mais l'océan ne veut pas de moi. Il effacera l'unique preuve authentique de mon existence en cinq minutes quarante. Je respecte le cycle monotone de la marée. Il travaille davantage que n'importe qui sur cette terre. Ma Lune en son ciel accrochée sait honorer son devoir. Je ressens l'attirance d'autrui comme une lune. Je suis un aimant à sentiments. Ceux qui me ressemblent s'éloignent. Ceux qui me sont si différents fusionnent avec mes larmes.
Je suis l'humain sur cette plage. Je me sens piètre et j'attends. Ma magie n'est que sottise. Elle se penche vers moi et me susurre qu'elle ne vaut rien face à la mer. Je la crois. Je me tais. Quand l'eau se rapproche, elle frétille. Je ne le prends pas personnellement. Elle déteste tout le monde autant. Le bleu limpide galope comme un pur-sang arabe vers moi. J'entends presque son sabot cogner le sol au rythme du clapotis des vagues. Elles roulent à une vitesse qui m'échappe. Plus elles me voient et plus elles s'agitent.
J'ai laissé une perle sur le rivage. Elles l'emporteront avec elles. Avant cela, elles glissent sur le sable comme lame de fer sur la glace. Elles ne touchent pas : elles frôlent. Il y a aussi quelque chose d'impur dans le contact avec le terrestre, qui se veut presque hérétique lorsqu'il se révèle. Certaines s'abandonnent pourtant sur le sol : il les avale, il se gonfle de leur sel, de leur humidité, de leur secrets. Celles qui y échappent se retirent en silence. Elles s'arrachent à la terre dans un ballet tragique qui effleure à peine l'essence humaine. Aucune ballerine n'a jamais réussi à reproduire la lenteur déchirante de l'eau qui fuit à nouveau. C'est une caresse bien trop douce dont on ne maitrise pas le geste. Nous avons des mains trop lourdes pour ceci, des mains lourdes d'un noirceur qu'aucun autre animal ne possède. Des mains gorgées du sang qu'on a fait couler ; le sang de notre maison détruite.
On la laissera se consumer petit à petit, une fois que la dernière larme rouge sera absorbée dans nos paumes. Tout deviendra alors lourd, lourd d'une culpabilité qu'on trainera en ras de marée avec nous pour toujours. Elle laissera une trace cerise dans notre sillon.
Quelque chose à l'arrière saveur de citron.
Je veux continuer à caresser. Je veux voir le lin de mon jupon frémir comme un cœur, et battre des ailes au rythme du vent.
Comme un papillon aux couleurs d'or, face à la mer.
Elle se pavane. C'est une parade. C'est un paon qui joue de ses charmes pour séduire sa femelle. Il sait que personne ne l'égale. Ma plume ne sera jamais aussi belle qu'une roue dans un mirage acide.
831
(Au)tant que la mer est triste
L'ÉPAVE DE NÉRÉIDE
Le sanglot d'un sommeil trop court et d'un rêve trop long.
{ Anastylose }
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Le sanglot d'un sommeil trop court et d'un rêve trop long.
II. (Au)tant que la mer sera{ Anastylose }
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J'aime la solitude vagabonde de l'eau qui s'endort. Autant qu'elle soit triste ou non, son silence ramène à elle le plus limpide des éclats. J'ai aimé plus de mers que je n'ai aimé d'hommes. Mais face au Nord, je réalise combien je les ai trop fréquentés. Je crois en l'amour qui débute par la crainte. Pour apprécier quelque chose, il faut d'abord apprendre à accepter ce qu'elle a de plus immonde.
J'aime mon sourire.
J'aime les mers autant que le ciel, de la même façon que je m'apprécie autant que je n'embrasse mon miroir. Ce qui reflète est aussi beau que le reflet. C'est sur son tissu transparent que se forme l'image de ce qui est beau. Ce n'est pas le reflet qui l'est. C'est la simplicité de celui qui le construit. De celui qui lui permet d'exister.
J'ai connu plus d'hommes que je n'ai connu de mers. C'est une vérité qui m'attriste. On dit que l'eau a de la mémoire. De quoi se souvient-elle ? Qu'a-t-elle retenu de moi et de mes innombrables passages ? Que reste-t-il de moi, au bord de cette plage trempée, que reste-t-il de moi, sur la fine ligne qui rencontre le sable et l'océan ? Là où mousse l'écume et s'échouent les débris marins. Les trésors du destin. Un coquillage corail dont la pointe pique mon doigt, et y laisse une goutte de sang. Elle fait tache dans ce tableau de bleu et de blanc. La paix tranquille.
J'ai des souvenirs de vie dans la paume et des joues gonflées de mensonges. Deux yeux qui ne me permettent que de voir, qu'un nez, courbé jusqu'à l'archer, qui ne peut de lui-même que sentir, et juste des lèvres, des lèvres rouges de s'être trop mordues en songeant à toutes ces choses qu'elles n'ont jamais goûtées, à toutes ces peaux qu'elles n'ont jamais embrassées, et à tous ces mots qu'elles n'ont jamais osé esquisser. Et le visage, ô douce douleur ! Quand tout s'effrite et se déchire. La peau tordue, défigurée, comme une main embrasée qui laisse une marque rouge sur le front, dans le creux des paupières, dégoulinante jusqu'au menton. Rouge d'un soleil du désert.
J'ai déserté une patrie pour la Mer. Pour sa course fugace sur l'eau claire, pour sa douceur maternelle et sa protection infernale. Pour toutes les Néréides au loin, mais j'appelle les Océanides, plus fort, je crie à m'en griffer la voix : Halte, voyageuses de l'éternel, ayez pitié, ayez décence et raison de la détresse du mortel, lui, tout seul sur un trou de sable, creusé de son poids mangé par le sol !
Et le vent, murmure de l'immortel, se glisse dans mes jupons comme un chiot qui se frotte à la jambe de son maître. Gorgé du parfum d'un linge propre, il oscille de fil en fil, de pli en pli, dans ce blanc plus si blanc d'une femme qui a traîné trop longtemps dans la terre rurale des chemins boisés qui mènent à la Mer. Marqué et sali de l'impur. Une balafre sur le vêtement et contre l'orgueil : face à l'intemporel, plus rien ne compte, ni la parfaite tenue de soi, ni l'excellence d'un ourlet bien tiré, de cheveux sophistiquement attachés. Ni le blanc vierge d'un lin qui s'agite comme un nuage.
Ma Mer a en son foyer des irrégularités : la danse de quelques rochers. Je glisse et j'y grimpe : un petit rocher dressé entre deux vagues, elles éclatent sur sa poitrine bombée de suffisance, mais, là, là, debout sur ce trône de fortune, je me sens plus grande encore, plus grande que lui, que moi, que tout. L'eau jaillit et rugit contre la pierre grise, elle vole en éclats jusqu'à mon nez gonflé du parfum du sel. Et l'Auster, violet, enlace le Noroît qui frise mon immobilité ; je suis Éole, Maîtresse des Vents, blanche, blanche comme le vide et blanche comme ma peau qui pâlit sans vie, de retour sur la berge. Loin, loin dans l'impalpable la danse intarissable du matelot à l'ancrage est, bruyante, bruyante comme un murmure, bruyante comme un cœur ! Chaque geste en coup de pinceau, et, laissant derrière lui une trace d'invisible sur la toile diaphane, mon corps retournera se reposer dans un sommeil habité d'humains et de vie. Et comme Ulysse qu'attend Pénélope, je ne serai plus qu'un souvenir brodé et débrodé sur un métier à tisser, car il n'en vaut tout simplement plus la peine.
Alors je couche sur la plage vide mon dos déjà mouillé, et j'attends en silence. Un chant entonné du bout de la voix, celle qu'on emploie à murmurer aux enfants, celle qui caressent les mélodies du bout de la langue, avant de tomber comme une goutte qui glisse, sur le parquet. Sur le parquet qui craque et qui alimente mes cauchemars d'enfant, et mes poursuites d'adulte. En Épiméthée, je me plais à aimer ces choses curieuses. Celles qui attendent patiemment puis qui se résolvent à trouver d'elles-mêmes les signes de ce qui ne vit que dans le mystère.
Et en Pandore, j'ouvrirai toutes les portes de l'univers pour trouver des réponses. Même s'il faut jeter mon âme aux mangeurs d'étoiles.
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(Au)tant que la mer est triste
UN PORTRAIT D'ENFANT
À Poséidon, la contemplation maladive, et à la Tempête qui scinde en deux l'existance.
{ Aurore contemporaine, Rétrospective }
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À Poséidon, la contemplation maladive, et à la Tempête qui scinde en deux l'existance.
III. (Au)tant que la mer fracture{ Aurore contemporaine, Rétrospective }
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Alors, alors ! Les premiers instants de vie ne sont que de vastes mouvements de bras sur la scène ; un geste d'échappatoire, de liberté, d'expression. C'est une sorcière, une Florence à la voix plus tremblante que le fil du vivant, ou qu'un roseau agité par les courants de la Mer. Une précipitation (cours, cours ! enfant sur la dune, dévale les pentes comme une montagne de neige, laisse ta peau brûler de froid et ton cœur faire des pirouettes en sautillant jusqu'en bas, tout en bas de la dune !).
Pour l'instant présent et pour toujours. Sur le plateau du commencement, la musique enivre, morceau par morceau. Je revois son fantôme, Florence, c'est un oiseau pressé, un papillon abîmé, qui frémit au contact du vent, de l'eau, et du sentiment. Tout son corps est emporté dans des vagues de peur, d'amour, et de joie. La tempête finira par sévir. Mais rien ne touche jamais le juvénile, le frais, ce qui n'est encore que rien pour pouvoir dire qu'il existe. Mais sa peau est douce, douce comme le bleu écume d'un diamant.
Aux milliers de mots qui s'entortillent dans ma poitrine et dans ma tête, au songe de mes anciens temps, j'ai toujours en moi la parole effacée d'une chanson qui me rend folle, qui me rend vraie. Elle berce ma torpeur, elle ventile la chaleur couchée sur mon corps, la chaleur d'une solitude qui énerve et qui s'est manifestée dès l'Aube. Il m'est trop compliqué de dresser un autoportrait. Je connais les autres mieux que je ne me connais moi. Ainsi, je ferai à la place, le portrait de la nature.
Voyez, voyez sur la colline, le pas de l'enfant insouciant ! Comme il se sent grand, grand comme un géant ! C'est un sourire collé à la peau qu'il entame sa descente : mais que trouvera-t-il en bas ? Qui, d'eux deux, sera de nouveau le plus imposant, lorsqu'il sera englouti dans l'ombre de la montagne, et vaporisé entre deux vagues d'eau salée ?
La Mer est doyenne de la tristesse et poétise sur les âmes d'enfants abandonnés. Ô Poséidon, le courroux dans chaque collision, chaque érosion, mais autant de désespoir ; un fils violenté, un habitat souillé et une entité si vaste, si lente, si triste ! Silente sur la berge et violente aux falaises, c'est lorsqu'elle s'accouple à l'horizon que tout devient calme, vrai, douloureux. Je suis fascinée par la fusion des réels, et par les convois d'ombres enfantines qui dorment sur l'eau comme des fantômes inanimés, abandonnés.
Je suis fascinée par ce qu'il y a de vrai. J'aime la mer et les histoires tristes. J'aime l'air salé et les contes pour enfants. J'aime le passé inconnu. Les exploits chevaleresques et les mythes olympiens dans mes oreilles avant de livrer mes paupières de 6 ans au sommeil allemand. Les témoignages d'une vie trop douce puis trop rude. Assise en tailleur sur la plage, sur le sable aussi blanc que mon âme, aussi blanc que le mouton aux portes de l'abattoir, j'ai laissé mon fantôme de 4 ans galoper sur le sable et ramasser des coquillages. Un sourire aux lèvres, le mien ou le sien ? Je la surveille du coin de l'œil mouillé. En attendant, je rêve du marin échoué après son périple, accroché à une porte de bois qui, alors, n'a jamais été aussi bon radeau qu'outil de clôture. Je rêve des cabanons tout en haut des dunes, de ces vieilles maisonnettes couleur brun d'hiver, d'où souffle le blizzard de tous les côtés, filant de faille, en faille. C'est un refuge que seuls les naufragés de l'âme peuvent s'offrir ; un confort invisible qui vaut mieux que tous les cris de Polyphème. Une maison de poupée pour un enfant de 8 ans.
J'envie les guerres de l'océan. Les courants qui s'entrechoquent, la vie sous-marine soudain mutée, étouffée. Ne reste plus que le chant des sirènes et les pleurs de mômes.
Dans mon rêve, juste à côté de la falaise d'où ma maisonnette résiste au vent et à l'effondrement, il y a une tempête. Un cycle de terre et de quelques plantes arrachées qui tournoie et qui avale tout sur son passage. Les éclats de rire, l'insouciance, le rêve et l'espoir. Et les petites danses de joie qu'on fait quand on a 5 ans.
Elle tourne, elle tourne, lentement, grandement, avec une élégance et une légèreté de danseuse : un ballet face au Nord. Je suis, et j'observe.
Sur mes yeux un voile brun qui teint l'horizon d'une saveur nébraskienne ; elle pique sur ma langue, elle laisse dans mon dos des griffures de plantes brûlées, et sur ma main qui tranche l'horizon, la cicatrice d'un clou ou d'une vieille planche, griffée dans ma peau juvénile et gonflée d'espoir. Les poumons ont mangé la poussière et s'affairent à la tempête qui tourne, tourne, tourne. La Tornade, elle file dans mes yeux, elle consume mon cœur et consomme petit à petit la dernière lueur de sommeil dans mes mots secs, jaunis, flétris par le temps, la chaleur et l'attente du sursaut éclatant.
La tempête pique mes yeux ; j'indique à mon petit fantôme de rentrer. Il a ramassé dix coquillages qui dégoulinent sur ses bras pendant qu'on remonte les étroits escaliers de pierre. En montant Rotermond, j'ai pour dernier souvenir la Tornade qui emporte dans son sillage ma maisonnette de bois. Je regarde sans un mot le dernier refuge de mon petit cœur se consumer avant de mourir sur mon cheval. La poitrine, inerte, délivre un dernier chant de Néréide. Je retrouverai la vie loin de ce qui m'a déjà tuée plusieurs fois. La Tornade solitaire, et mon cri d'enfant.
Le silence a perdu de sa saveur. Gris et étroit, longeant les quatre murs d'une pièce. Il referme toutes les portes, sauf la fenêtre qui domine la Tempête. On pourra dire qu'il était là, qu'il était présent, le silence. Impatient, conscient, lorsqu'il attend la tornade qu'il n'a pas escomptée pour dépérir. Lorsqu'il s'installe sur un fauteuil, et qu'il ne repart plus jamais.
Lorsque l'épave du matelot de 37 ans a rampé difficilement après la marée.
1018
(Au)tant que la mer est triste
L'HOMME À LA MARÉE ÉTEINTE
À Willoughby.
Non ho più la forza di scrivere, ma ho la dolcezza del sonno a farmi sognare.*
{ Lyrisme imaginaire, Médiocrité ; Asphyxie }
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À Willoughby.
Non ho più la forza di scrivere, ma ho la dolcezza del sonno a farmi sognare.*
IV. (Au)tant que la mer conserve{ Lyrisme imaginaire, Médiocrité ; Asphyxie }
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* Je n'ai plus la force d'écrire mais ai la douceur du sommeil pour me faire rêver.
Intermède à la Nation du cœur : La Tornade ravage le cabanon (Vole sur le gris nuage l'ombre d'une planche qui se détache !), et je laisse derrière moi le souvenir d'un homme qui a préféré la Mer au reste : ne lui demandez plus rien, il vogue en sirène sur l'eau immortelle. Sur le reflet du Ciel éternel.
Peux-tu voir le mouvement du linge qui se tord, qui s'effrite au contact du doigt ? Celui qui trace simplement un sillon dans la dentelle, un fossé dans le lin, et, peut-être, une montagne de coton. Ramasse la fleur qui s'est échappée de ta poche. Ou bien, laisse-la courir. Laisse-la s'évader de sa prison blanche, laisse-la dévaler les dunes, rouler sur la plage, et couler jusque dans la mer. Tu es en retard, très en retard sur les pavés qui tambourinent au passage du sabot de cheval, tu galopes, galopes comme un dieu sur la mer, un coquillage perdu dans l'écume, ou une main dans mes cheveux. Je me ferais mal si je ne portais plus rien ; plus rien de l'armure en acier, de l'épée de fer, main gauche, pointe enfoncée dans la botte pour ne pas blesser le cheval, et, bras droit, le mât boisé d'une faux qui voudrait retourner à sa robe Noire.
Je ne me retourne pas, pour quoi faire, à quoi bon ? Ayez pitié de la sorcière qui s'évade, de la sorcière qui court, de la sorcière qui vole. Je suis jeune et je veux voir du monde, de ces montagnes que je ne trace que dans le volume de ma jupe, je suis jeune mais pas naïve, je veux qu'on me fasse miroiter un océan maternel puis qu'on m'y lâche, comme on balance un sarcophage par-dessus le bord, pour rencontrer la mer déchaînée. Je veux me battre seule avec elle, ou bien ne rien faire. Se laisser emporter par celle qui me met au lit, celle qui crée mes rêves, mais qui ne peut me faire dormir. Ce soir, je rêverai de tempêtes, les yeux en tornades, déjà bien loin de mes paupières.
Mon corps est un tombeau composé d'éléments qui ne se touchent plus, qui ne se sont jamais touchés. Je ne ressens pas la douleur de ma peine jusque dans mes yeux secs, ni la douceur d'une caresse de plume jusque dans mon cœur apaisé. Je me sens partir, et tomber, à trop courir après ce qui me manque, ce qui m'échappe : je cours après ma tristesse, ma joie, mon bonheur, ma tendresse.
Je rêve encore de violence comme on en voit dans les livres : la violence de l'amour, des larmes et du vivant. Celle qui découpe les paysages côtiers, scinde en deux larmes de feu la forêt, tranche jusque dans l'infini le bleu du ciel d'une rage Jupitérienne.
Je pense comme la vie est : irrégulière et inégale. J'alterne et je bondis de cœur en cœur, de cage en cage. Comme un chevalier recouvert d'or et de bronze, mais qui ne se bat qu'avec la cotte de mailles qui laisse filtrer son âme sur le champ de bataille, et rejoindre un dernier rayon de soleil. Il s'allonge sur l'herbe rouge et ferme les yeux. Vide de vie, mais vivant.
Assez vivant pour contenter son cœur et ses yeux d'une dernière marée, suffisamment mort pour ne plus distinguer la colère de Neptune d'un chant de sirène. Ne lui demandez pas pourquoi il se déteste, lorsque la nuit s'éteint et le jour s'effrite ; il y a plus de poussière sur sa langue que dans ma tempête, et tous les déserts.
Il n'y a rien de plus beau que ce qui est mort, en vie. Il touche le fond, le fond du bassin, mais remonter est long, bien trop long, et peut-être qu'il serait mieux de rester ici, finalement, et ne plus rien toucher, ne plus rien voir, pour ne plus jamais dérégler la continuité du bonheur et du réel. Il reste au fond du bassin comme un poisson sans armure, sans maille sur les poumons ni amiante dans le crâne.
Il attendra seul, tout seul, par lui-même jusqu'à la renaissance du jour, le passage d'un bateau ou d'une lumière divine, celle d'un phare seul sur la côte. Qui échouera avec lui, qui l'aidera à construire sa nouvelle maison, au fond, tout au fond du bassin ? Assis en boule flottante sur la terminaison du réel, il regardera la fin du jour s'éteindre inlassablement au-dessus de sa tête, un dernier éclat singulier sur l'eau pure. Il pense, il pense le nageur, l'homme de l'eau, il se contente de sa propre médiocrité au milieu des nymphes. Mais elles ne l'intéressent pas.
Il finit par manger sa propre conscience ; il se nourrit de lui, que de lui. Il mange sa raison, sa droiture, sa pensée, ses rêves, ses cauchemars, sa forme et sa vitalité. Il se détruit pour se consommer puis redevient lui-même, une version mâchée et déformée de sa propre personne. Il se maintient en vie en ne dépendant de lui, que de lui. En silence. En silence dans l'eau qui chantonne.
Il n'est venu que pour se tordre ; est-ce tout ce à quoi il pense lorsqu'il se fait tard, la nuit ? Il ne pense qu'à se mouvoir, un cygne, une raie dans l'antre bleu (dans l'entre-bleu) du monde, en bas, tout en bas de tout, loin du soleil, de l'air et du vivant qui lui ressemble. Il veut danser dans l'océan, bondir dans les mers et tourner à l'infini dans les criques, un danseur. (Une Etoile ! Une étoile décrochée du ciel, le reste s'effondre comme un arbre scié, il perd ses fruits.)
Alors, en galopant sur le ciel et sur la terre noire, je ne me retourne pas, parce que je ne veux pas risquer de voir la forme de son corps émerger de l'océan, ni un grain de beauté au milieu du vide, ni la courbe de son dos, ni même sa main ou son visage. Pour qu'il soit à jamais, il ne doit plus être là. Il doit être parti, loin, bas, loin des vivants, loin de nos yeux de mortels. Pour qu'il soit à jamais, je dois le laisser là-bas, seul, affronter ses peurs et lui-même.
1042
(Au)tant que la mer est triste
LE MURMURE INFINI DE L'ÉTERNEL
Le rêve et la dispersion de l'existence.
Tout en haut sur la colline, pour tomber plus bas et nager plus loin.
{ La couleur d'un oranger, Rêve, Oscillation }
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Le rêve et la dispersion de l'existence.
Tout en haut sur la colline, pour tomber plus bas et nager plus loin.
V. (Au)tant que la mer arrache{ La couleur d'un oranger, Rêve, Oscillation }
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L'oiseau. L'oiseau qui tourne dans la tête et dans les nuages. L'enfance c'est l'oiseau et l'adulte qui arrache une par une ses propres plumes.
C'est le retour de la course, elle court, elle court ! Elle n'a jamais été rien d'autre que le cheval qui galope sur les steppes, et l'enfant qui trébuche sur les pierres. Roulent, roulent les pierres et les vagues, et l'infini, et tout le reste : La vie, c'est une pirouette de danseuse gracieuse qui te tend la main, et tu l'attrapes. La pirouette, c'est le courage immortalisé du réel, c'est le tournis de celui qui va trop vite, qui fait rouler la page d'un livre avant de l'avoir fini. Il a soif de vivre, si soif, qu'il court sur la dune, il court vers la mer !
La pirouette, c'est pour ceux qui perdent l'équilibre, et qui avancent quand même.
La musique c'est la substentissime couleur du soleil, c'est la danse de la lumière, c'est un pas sur la terre brune, un pas innocent, le tout premier de l'univers. La musique, c'est l'innocence de l'enfant qui court dans le jardin fleuri, et qui s'arrête sous l'arbre fruitier avec un sourire. C'est la joie et la douceur de la jouvence. C'est un livre qu'on ouvre et qui raconte une histoire. Une histoire jaune et bleue, qui a quelque chose d'un été français.
C'est elle qui guide mes pas. Elle a une tendresse de cristal, une note pour chaque flocon qui tombe sur le velux, une note pour chaque rayon de soleil qui se dépose sur les vitraux. Et, parfois, la musique, c'est aussi un convoi de corbeaux, une pluie d'oiseaux qui noircit le ciel, puis qui tombe juste dans mon jardin. Lorsque chacun d'entre eux s'y dépose, c'est un doigt qui caresse la touche d'un piano.
Quand je m'éteins, donnez mon cœur à un pianiste : celui à l'âme d'enfant et aux doigts fuyeurs, aux doigts qui courent sur les notes, et finalement, ne sommes-nous pas nés pour courir, désirer, poursuivre ? À folle allure, pressés comme des hommes, comme des cœurs à avoir, aimer, Être. Alors, la musique, c'est une envolée de flamants roses qui laissent un spectacle d'ondes dans l'étang.
La musique est le foyer de mon âme.
Mon âme qui s'étale sur les meubles et les murs. Je veux un jardin intérieur où cultiver ma peur et ma douceur. Chaque matin, arroser ma pensée d'une vision extérieure, de quelque chose de vivant et de vrai. Je veux, dans ce jardin intérieur, déposer petit à petit des objets qui sont moi. Les œuvres d'argent et de bronze, l'Angélique et le murmure infini de l'Éternel. Je veux qu'il siège dans mes fauteuils. Je veux en sentir la saveur dans mes tisanes et dans les biscuits, jusqu'à exhaler son odeur sur les rideaux et les draps. Jusqu'à entendre sa respiration au creux de mes oreilles.
Si je reviens vers la Mer, c'est pour les tourbillons d'eau salée et pour la partition des sirènes. Parce qu'il y a de la beauté dans la faiblesse, et parce qu'il y a en mon cœur un coquillage qui émet le chuchotement de l'océan. Je suis le produit du vivant, celui qui s'échoue comme Ulysse chez Calypso, la mer, la mer, la mer.
Alors, oui, il faut encore courir. Ma vie, c'est ça : courir, danser, flotter. C'est oublier ce qu'il y a de vrai et construire une maisonnette sur la dune. Y faire pousser des fleurs et un pommier. C'est déposer mes objets et moi à l'intérieur. Lentement, pendant des années, pour que la tâche ne s'achève jamais. La retarder si nécessaire. Construire, construire, construire. Faire de mon cœur un cabanon sur la dune. Garder des étagères vides juste pour pouvoir se dire : je peux poser des affaires là, mais ne jamais rien y poser, parce que ce n'est pas si mal d'avoir des recoins de vide, parce que pour faire une maison à l'effigie du cœur, il faut respecter les parcelles sans saveur ni odeur. Parce que ce qui est vide existe, il n'est juste pas matériel. Ces étagères vides, elles sont plus précieuses que toutes les bricoles du monde. Plus chères que de l'or et plus légères qu'une plume. Personne ne me l'arrache.
Ces étagères, c'est le souffle du vent, c'est la quintessence du silence. C'est la liberté et le Noroît qui file entre la nuit qui dort, et la fenêtre entrouverte du bureau. Je veux la place sur ces coins de bibliothèque, au cas où j'y laisserais un morceau de mon âme.
L'âme, c'est le parfum de l'être aimé qui colle aux vêtements jusqu'à son retour. Elle s'étale partout où elle peut, et quand elle quitte la pièce, elle est toujours là. Entre les pages des livres, sur la poussière du cendrier, collée au fond de la casserole vide. Dans les plis des rideaux, et dans la façon qu'elle a de laisser les bougies allumées toute la nuit.
Les maisons ne sont pas hantées, elles attendent simplement le retour de leur parfum. De la camomille dans les napperons, ou du parquet qui grince lorsqu'il franchit le pas de la porte avec trois jambes : deux pieds, et une canne plus lourde que l'existence, qui rythme le tempo du retour à la vie.
Alors il faudra parler aux fantômes. J'ai déjà invoqué des âmes perdues, des reflets qui, après l'écran noir, n'ont jamais retournés à leur maison. Car il n'y avait plus personne. Ni plus l'odeur de la tarte aux framboises que de la terre mouillée d'un jardin bien entretenu, ou de la pluie qui n'a pas arrêté de déposer ses gouttes comme des notes sur la toiture. Sur la fenêtre, dans la gouttière. Partout, tout le temps. Une course. Encore et encore. Je pense que ces âmes perdues vivent dans la mer. Qu'elles sont l'écume et les coquillages : qui s'accrochent désespérément à la plage, puis qui, contraintes de se retirer, s'arrachent à la terre dans un dernier cri d'agonie. Ou dans un poème.
Le Père des morts, ce n'est pas Hadès, c'est Poséidon. C'est une danse maritime comme un cratère infini, qui emporte les échappés du vivant dans les profondeurs du Nord.
Et dans ma maison jaune et bleu qui borde la mer mieux que la dune, qui est la dune, je m'endors comme un enfant dans des draps aux paroles douces et à l'odeur d'abricotier. Dans un havre chaud, brûlant contre la peau. Comme un enfant.
Car l'enfant, c'est un oiseau qui veut voler mais qui n'a pas d'ailes : alors il dévale la dune à folle allure, les bras chargés de coquillages et de rêves.
J'ai rêvé d'un cabanon sur la colline, face à la mer, et plus fort que les tempêtes. De ce rêve, je n'ai récupéré que les cendres et les ruines d'une tornade grise. Je n'ai récupéré qu'un dernier fragment arraché : celui qui galope sur la digue, le cœur qui explose. Je ne pensais pas qu'on pouvait courir autrement que pour être heureux.
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