Nous ne serons pas des leur(re)s
L'important ne se cache peut-être pas dans l'héritage traversé de l'or du passé ou dans le sang rougeoyant de pureté, mais dans la goutte bleue qui se forme au bord de mon cœur, que tout ébranle sans jamais la faire glisser, dans cette vérité aussi simple qu'évidente : je les aime. Ma famille, mes parents, ce grand-oncle que je découvre encore : je les aime malgré toutes les courbatures qu'ils font naître dans mes réflexions, malgré les tiraillements qu'ils instaurent dans mon âme et les élancements qu'ils soufflent dans mon crâne ; je les aime.
Je traverse le couloir où tous les portraits se retournent à mon passage pour entrer dans le salon où Conor Farrow est installé face à un jeu de cartes. Il s'exerce, pensé-je, il travaille à lire l'avenir. Bienheureux celui qui trouvera son chemin dans ces ténèbres.
Je pose mes valises à l'entrée de la pièce avant de m'approcher.
« Grand-oncle, l'interpellé-je, je m'en vais. »
Il n'y a pas eu d'autres longues conversations depuis notre accroc de la veille. Je me suis excusée au déjeuner, et nous n'en avons plus reparlé, nous avons repris nos discussions simples sans revenir sur ce sujet, nous avons passé du temps ensemble sans que ce soit excessif, et nous avons simplement accepté nos différents. Les Farrow replacent le masque de leur silence, fatigués de s'être révélés et heurtés.
Conor lève le visage avec une surprise évidente dans le creux de ses yeux.
« Déjà ? J'avais oublié que tu partais aujourd'hui. »
Il se redresse, se met debout ; je lui souris. Il me fait penser à mon grand-père que j'ai si peu connu, comme s'il le remplaçait sans le savoir. J'aime à croire que Jack Farrow se réjouit de là où il se trouve de ne pas me savoir seule entre mes parents et mes grands-mères, je me plais à l'imaginer sourire, content de lui, comme si d'une certaine façon, c'était lui qui avait placé Conor sur mon chemin.
« Il le faut bien, malheureusement, reconnu-je en m'approchant de mon grand-oncle. Vous effectuiez un tirage ? »
– Oui. » Il passe une main rapide au-dessus des cartes, comme s'il pouvait et voulait les balayer. « Mais rien de très concluant. »
Je hoche simplement la tête, sans chercher à en savoir davantage. Son travail est privé, il fait affaire avec des particuliers, il serait indécent de le questionner là-dessus.
Mon regard se baisse, quelques secondes trébuchent, et je recule pour partir en direction de mes bagages, avec hésitation. À quelques pas de ma valise, je m'arrête et me retourne. Conor s'est avancé vers moi, sûrement dans l'objectif de m'accompagner.
« J'aimerais revenir, comme vous me l'avez proposé. »
Est-ce que l'offre tient toujours ? La possibilité, mais aussi la charge du jardin ? Ce n'est rien si vous avez changé d'avis pour l'espace vert, Conor, je le comprendrais. Mais j'aimerais... Mieux connaître cette maison qui est celle de ma famille. Mieux vous connaître, vous.
« Tu seras la bienvenue ! Toujours ! s'exclame-t-il sans me laisser le temps de douter. Et le jardin est à toi ! Tu as ta chambre, il y a bien des pièces, on peut partager, et ce sans même se croiser si tu le préfères. Si tu as besoin d'écrire, il y a de quoi, si tu veux lire ou travailler aussi, et s'il te faut quelque chose, n'hésite pas ! Tu es ici comme chez toi. »
Une chaleur étrange s'étale sur mon cœur.
« Merci. Je reviendrai vous voir bientôt dans ce cas, je vous le promets. »
Des promesses pour vous, pour ma mère, pour mon père, pour ma famille tout entière, et pour moi désormais.
Un dernier sourire, et les yeux qui se lèvent avec l'aube.
27 FÉVRIER 2051, MATIN,
Je traverse le couloir où tous les portraits se retournent à mon passage pour entrer dans le salon où Conor Farrow est installé face à un jeu de cartes. Il s'exerce, pensé-je, il travaille à lire l'avenir. Bienheureux celui qui trouvera son chemin dans ces ténèbres.
Je pose mes valises à l'entrée de la pièce avant de m'approcher.
« Grand-oncle, l'interpellé-je, je m'en vais. »
Il n'y a pas eu d'autres longues conversations depuis notre accroc de la veille. Je me suis excusée au déjeuner, et nous n'en avons plus reparlé, nous avons repris nos discussions simples sans revenir sur ce sujet, nous avons passé du temps ensemble sans que ce soit excessif, et nous avons simplement accepté nos différents. Les Farrow replacent le masque de leur silence, fatigués de s'être révélés et heurtés.
Conor lève le visage avec une surprise évidente dans le creux de ses yeux.
« Déjà ? J'avais oublié que tu partais aujourd'hui. »
Il se redresse, se met debout ; je lui souris. Il me fait penser à mon grand-père que j'ai si peu connu, comme s'il le remplaçait sans le savoir. J'aime à croire que Jack Farrow se réjouit de là où il se trouve de ne pas me savoir seule entre mes parents et mes grands-mères, je me plais à l'imaginer sourire, content de lui, comme si d'une certaine façon, c'était lui qui avait placé Conor sur mon chemin.
« Il le faut bien, malheureusement, reconnu-je en m'approchant de mon grand-oncle. Vous effectuiez un tirage ? »
– Oui. » Il passe une main rapide au-dessus des cartes, comme s'il pouvait et voulait les balayer. « Mais rien de très concluant. »
Je hoche simplement la tête, sans chercher à en savoir davantage. Son travail est privé, il fait affaire avec des particuliers, il serait indécent de le questionner là-dessus.
Mon regard se baisse, quelques secondes trébuchent, et je recule pour partir en direction de mes bagages, avec hésitation. À quelques pas de ma valise, je m'arrête et me retourne. Conor s'est avancé vers moi, sûrement dans l'objectif de m'accompagner.
« J'aimerais revenir, comme vous me l'avez proposé. »
Est-ce que l'offre tient toujours ? La possibilité, mais aussi la charge du jardin ? Ce n'est rien si vous avez changé d'avis pour l'espace vert, Conor, je le comprendrais. Mais j'aimerais... Mieux connaître cette maison qui est celle de ma famille. Mieux vous connaître, vous.
« Tu seras la bienvenue ! Toujours ! s'exclame-t-il sans me laisser le temps de douter. Et le jardin est à toi ! Tu as ta chambre, il y a bien des pièces, on peut partager, et ce sans même se croiser si tu le préfères. Si tu as besoin d'écrire, il y a de quoi, si tu veux lire ou travailler aussi, et s'il te faut quelque chose, n'hésite pas ! Tu es ici comme chez toi. »
Une chaleur étrange s'étale sur mon cœur.
« Merci. Je reviendrai vous voir bientôt dans ce cas, je vous le promets. »
Des promesses pour vous, pour ma mère, pour mon père, pour ma famille tout entière, et pour moi désormais.
Un dernier sourire, et les yeux qui se lèvent avec l'aube.
f i n
conclusion
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#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht