Pays de Galles écoute la mer chanter, regarde-la danser

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fin septembre 2032
ÉTUDIANT À L'AESM


Une vague roula sur la plage, vint s'échouer à ses pieds. À peine arrivée, elle se retira déjà, laissant sur le sable – témoin éphémère de son existence – une auréole scintillante et mouillée. Quelques mètres derrière elle, la relève : la prochaine vague qui se préparait, ondulait sur le bleu infini prête à se former. Soudainement, l'eau sembla se cabrer, puis, tonitruant, les petits chevaux de mousse blancs se mirent à galoper en direction de la côte en un assaut ultime. Le vagues étaient plutôt grandes, aujourd'hui.

Fabio aurait pu rester des heures à regarder la mer. Regarder les vagues arriver puis repartir en arrière. Sentir le parfum salé aux notes poissonneuses, écouter le vent souffler, quelques mouettes crier. Et pendant environ une heure, enroulé dans une serviette de bain, c'est tout ce qu'il fit. Le vent emmêlait ses cheveux, envoyait des mèches chatouiller ses joues, le sel se déposait sur sa peau, offrit à ses lèvres un goût salé tandis que son esprit se laissait doucement bercer.

Au bout d'une heure, Fabio finit par se lever. Il laissa tomber la serviette à côté de lui sur la plage où elle ne risquait pas d'être mouillée, passa la paume à l'arrière des ses jambes pour faire tomber le sable qui s'y était collé puis s'avança en direction de l'eau. Bientôt, elle monta jusqu'à ses genoux : froide. Pourtant frileux numéro un des Îles britanniques, Fabio n'avait pas hésité à s'enfoncer dans l'eau et continua à avancer jusqu'à ce qu’elle finit par atteindre sa taille et que le sommet des vagues vint éclabousser son ventre. Malgré sa fraîcheur, elle était son exception, la mer. En même temps, comment résister à une telle beauté ? Tête la première, Fabio plongea dans la prochaine vague.

Il avait découvert la petite enclave sablonneuse au début du mois d’août et depuis, il aimait venir ici, de temps en temps, pour ralentir et ressourcer son énergie entre ses journées de cours à l’AESM. La plage n’était pas très grande – plutôt petite, en réalité – mais c’était peut-être précisément ce qui faisait son charme. Derrière elle se dressaient les hautes falaises de la côte Galloise et le seul moyen d’y accéder était en s’aventurant sur un étroit chemin qui se frayait un passage parmi des buissons et herbes sauvages. Ou – si l'on était flemmard et à condition d'être sorcier – d'y transplaner. Et bien que l’existence du sentier – bien que discret – témoignait du fait que Fabio n’était pas le seul à fréquenter l’endroit, il n’y avait encore jamais croisé personne…. Jusqu’à aujourd’hui.

Fabio s’apprêtait à sortir de l’eau quand son regard accrocha une silhouette sur la plage. Il s’immobilisa. Il ne l’avait pas vue arriver. La première surprise passée, il se remit en mouvement. Il attrapa la serviette posée au sol, la secoua pour la débarrasser des grains de sable dont elle avait été couverte par la brise et se sécha, commençant par frotter ses cheveux, puis son corps.

La serviette posée sur ses épaules à la manière d’une cape qu’il retenait fermée devant à la manière d’une cape, il finit par relever le regard en direction de l’inconnue, incertain de quoi faire. L’ignorer aurait été malpoli et s’il était honnête, Fabio était aussi – surtout – un peu curieux. Mais un frisson lui rappela que malgré le courage dont avait fait preuve en plongeant dans la mer, il restait malgré tout le frileux numéro un du pays. Ainsi, il se contenta d’une brève salutation par hochement de tête avant de prendre la direction de ses affaires, posées un peu plus loin, à proximité de l’endroit où le sentier débouchait sur la plage.

Avec la présence de l’autre, il n’osa pas se changer et se contenta d’enfiler un pull. La laine écossaise était décorée de motifs en forme de losange et surtout était particulièrement chaude. Cela le réchauffa, détendit ses muscles endoloris par le froid et là.. il réalisa.

Sa baguette magique négligemment posée au somment de ses affaires. Fabio se mordit la lèvre tandis qu’il releva un regard inquiet en direction de la femme. Avait-elle remarqué la baguette ? Avec un peu de chance, elle l’avait prise pour un bâton – n’importe quel morceau de bois qu’il aurait ramassé pour n’importe quelle raison. Mais s’il n’avait pas de chance…

D’un geste rapide, il la glissa dans son sac et décida de s’approcher de l’inconnue, dissimulant son inquiétude derrière un sourire. S’arrêtant à une distance respectueuse, Fabio adopta un ton chaleureux qui feignait l’insouciance lors qu’il annonça, les bras écartés :

« Félicitation, vous avez trouvé le chemin au paradis. C’est rare de croiser une autre âme humaine, ici ! »

Il verrait bien.

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@Victoria McBee

Fab’ulous
#583400

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Septembre 2032
sur une plage du Pays de Galles


Les vagues se lèvent et s'avancent sur la plage, enfants de courage à l'armure d'écume, leur croissance accélère à mesure qu'elles se rapprochent des côtes et qu'il leur faut se tenir droites et devenir fortes pour se jeter contre ces falaises et ces creux. Elles se forgent dans le mouvement et s'apprêtent dans l'aspiration qui précède le choc. D'abord elles roulent, gonflent, grandissent, puis elles éclatent dans une gerbe d'eau. Un grondement, et l'éclair.
C'est peut-être pour ces caractéristiques qu'elles ont toujours séduit Victoria. Dès ses premiers mouvements de bras dans les vagues, alors que sa fratrie persistait avec courage et difficulté, sans jamais réussir, elle a été celle qui se faufilait dans l'eau sans craindre la distance ou la profondeur, elle a été la sœur professeure, la sœur aventurière, celle qui s'est liée aux côtes et à la mer en l'espace de quelques années. Dès qu'elle avait besoin d'un refuge, c'est là qu'elle partait. Vivre entre des îles a ses avantages. Il suffit de courir droit devant soi pour atteindre le littoral. Et une fois la tête sous l'eau, quand les cheveux mouillés deviennent lourds et se meuvent comme des tentacules autour du crâne, alors que le monde extérieur s'enfonce dans un silence feutré que seule la respiration permet de rompre, le froid et la solitude deviennent des anesthésiants, et les mouvements pour ne pas sombrer tracent un sillon droit et net qui clarifie les pensées de Victoria.
Alors, les rides qui arrivent sur sa peau à l'approche de sa quarantaine sont peut-être celles de la mer.

Les cheveux détachés soumis au vent frais et les pieds nus sur le sable fin, Victoria remonte la plage, à peine gênée par le froid dans sa combinaison de nage isolante. Elle sort d'entre les rochers où elle s'en était allée marcher, observer la mer de loin après l'avoir sentie contre sa peau pendant une heure, en profitant pour se réchauffer au contact des quelques rayons de soleil qui ont daigné montrer le bout de leur nez en cette journée de fin septembre. Elle a laissé ses affaires plus loin, entre d'autres rochers, à l'abri des regards, mais elle hésite encore à les récupérer ; il n'y a pas grand monde ici, marcher et nager l'attirent encore, puisqu'elle peut en profiter.

Pas grand monde, c'est-à-dire personne, sauf un jeune homme qui sort de l'eau et attire à lui le regard de la sorcière, qui venait de repérer ses affaires posées non loin de là. Il n'était pas présent quand elle est arrivée. Victoria s'arrête en le voyant approcher, et se plonge dans la contemplation silencieuse du paysage, laissant à l'autre la possibilité de retrouver ce qui lui appartient en toute tranquillité. Après tout, elle ne fait qu'observer. Et c'est en observant que ses yeux sont tombés sur la baguette de celui qui n'a donc rien d'un moldu, trônant au sommet de ses possessions. Quelle prudence ! Peut-être se croyait-il protégé par l'apparente quiétude du lieu ? Mais quiétude ne veut pas dire sans risque. C'est le moment pour lui de dissimuler cet objet trop sorcier, s'il a un tant soit peu de bon sens.

Et c'est ce qu'il semble faire. Tant mieux. La situation réjouit Victoria ; il ne se doute pas qu'elle aussi a une baguette, et elle ne compte pas le lui révéler tout de suite, c'est bien plus amusant ainsi.

Elle lui adresse un sourire curieux, et presque malicieux. Déjà, elle apprécie son accueil et sa réaction. Ces bras ouverts, cette insouciance ! C'est charmant.

« On dirait bien ! Mais ce ne serait pas le paradis s'il était plein de familles et de passants ! »

Car pour oser braver l'eau froide, il faut apprécier le calme et la solitude de la plage, trouver de quoi se réjouir dans ce paysage où ne chantent que les vagues, même s'il est envoûtant on peut lui reconnaitre un air hostile.

Victoria se détourne de l'horizon pour faire face au sorcier.

« L'eau vous a semblé assez bonne ? Peut-être un peu rafraichissante ? C'est sûrement le prix du paradis... »

N'y a-t-il pas quelques frissons sur sa peau ?

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La femme lui sourit et Fabio s'attarda sur ses traits. Elle devait avoir la mi-trentaine – éventuellement un peu plus, difficile à dire. Ses longs cheveux noirs flottaient dans la brise, elle avait une allure droite et élégante mais un visage qui, de par son sourire, peut-être, ou cette lueur qui semblait briller dans son regard, inspirait à Fabio une certaine sympathie.

Sa remarque l’amusa et l’étudiant vint à la conclusion que cette femme n’avait pas seulement fière allure, mais également de l’esprit.

"Un peu rafraîchissante, c’est un choix de formulation qui convient ! Quoiqu'à vrai dire, c'est en sortant de l'eau que l’on réalise réellement à quel point la température est basse."

Victoria avait vu juste : quelques frissons que l‘Egyptien ne parvenait plus à dissimuler parcoururent sa peau. Le froid avait rampé sous sa peau, il sentait que son corps commençait à se refroidir de l’intérieur-même. S’il ne pouvait rien faire pour ses jambes nues, Fabio croisa les bras sur sa poitrine dans un geste à l’apparence désinvolte, mais qui trahissait la maigre tentative de réchauffement qui consistait en presser la laine du son pull plus fortement contre lui.

"Ni famille, ni passante... j'en conclus que vous restez un moment ?"

Fabio posa la question sur le ton léger de la curiosité, mais en réalité, il voulait savoir… avait besoin de savoir. Fabio serra la mâchoire pour empêcher ses dents de claquer. Si elle savait ! Si elle savait, la mystérieuse inconnue de la plage, qu’elle était indirectement la raison de son froid ! Autrement dit, que la solution pour se réchauffer se trouvait à quelques mètres seulement, dans son sac… mais qu’elle – ou plutôt le secret magique – était la raison qui l’empêchait d’y accéder !

Fab’ulous
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Nager est une activité de solitaire. Il faut laisser la mer étouffer nos sensations jusqu'à ne pouvoir se tourner que vers soi. C'est un voyage de l'intérieur. Tout appartient à l'eau et ne demeure que l'âme qui roule avec les vagues, abandonne son passé sur la plage en le soufflant dans l'écume, et plonge parfois dans des profondeurs ténébreuses et inconnues, mystérieuses et cependant bien vivantes. Victoria se lave l'esprit dans des pensées bleues que la fraîcheur éclaircit. Pourtant elle n'a pas grand-chose d'une solitaire, c'est une femme à aimer le public, les conversations, les fêtes et l'attention ; enveloppée d'élégance elle renvoit l'image d'une sorcière de la haute, postée au sommet d'une falaise alors qu'elle a grandi dans les pierres qui jonchent les terres agricoles. Ne vous fiez pas à ce que vous voyez. Comme la mer est belle mais froide, calme mais rapidement houleuse, bleue mais noire en son cœur. Victoria navigue à sa guise dans ces eaux qu'elle a faites siennes.

La sorcière s'amuse et reconnaît, réjouie par la présence de ce sorcier qui garde fière allure, que la température basse n'est pas un prix difficile à payer quand le corps est sous l'eau, agité et rigoureusement occupé par la nage. Quelques mouvements de brasse suffisent à réchauffer les membres, bien qu'il faille demeurer prudent. Et cependant, si le paradis ici se paye en frissons, alors Victoria se sentirait prête à supporter les hivers les plus rudes. Une balade en ce lieu après une semaine en ville vaut bien de savoir supporter un vent mordant et des courants glacés. C'est sacrifier sa peau pour ses yeux.

Ainsi, la sorcière reconnaît :

« J'en conviens ! Entrer et sortir sont les quêtes les plus périlleuses ! Surtout avec ce vent qui peut monter en quelques minutes... »

Elle secoue la tête.

« Il faut serrer les dents avant qu'elles ne claquent ! »

Lorsque la peau est fragile, avancée dans sa mue, et que la surface miroitante de la mer se fait mordante, le defi et d'autant plus grand. Mais Victoria ne refuse jamais un défi, ce sont eux qui la façonnent. Elle se construit en se remettant sans cesse en question, et en se dépassant, jamais figée, toujours progressant.

Fabio la fait sourire et lui inspire de la compassion. N'apparaît-il pas frigorifié ? Transi sous son pull ? La mer ne l'aura pas laissé bleu de ses vagues mais bien bleu de froid. Et pourtant, il lui demande si elle reste. Qu'a-t-il en tête ? Se sent-il d'humeur à converser ? Sous le soleil, cela peut être un bon moyen pour se soigner des maux glacés de la mer. Mais surtout, cela plaît à Victoria, car rien ne lui paraît plus appréciable qu'une discussion dans un paysage éblouissant, que seul le chant des vagues peut venir troubler. Cela lui rappelle un peu sa jeunesse, et les matinées avec les bêtes ou dans les champs, accompagnée de Suzan. Rien n'était plus réconfortant et revigorant après des mois à Poudlard.

« Vous voyez juste, je reste un moment. Il faut bien profiter du cadre ! Surtout quand on ne peut pas s'y rendre tous les jours. »

La sorcière pose les mains sur ses hanches et plisse les yeux, un air soucieux sur le front.

« Mais mon ami, vous n'avez pas l'air bien ! C'est le froid, c'est ça ? Mettez-vous bien au soleil, il n'y en a pas beaucoup mais quand il pointe le bout de son nez, on sent la différence. Vous n'avez rien de plus pour vous réchauffer ? Un manteau ? Quelque chose de chaud ? »

Soudain, elle regarde autour d'elle, dans toutes les directions et minutieusement. Que cherche-t-elle ? Une couverture miraculeusement perchée sur un rocher ? Ou peut-être d'autres présences humaines ? Elle finit par s'observer elle-même en écartant les bras avant de baisser la voix, avec une ironie non feinte.

« J'ai l'impression qu'il n'y a pas de moldus autour, alors vous pouvez toujours utiliser votre baguette. »

Son sourire se fait amusé.

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