Couleur terre d'ombre
J’ai d’abord cherché sur le net une représentation visuelle qui me plairait. Cela m’a pris un temps fou, rien ne me convenait. Mon idée de départ est assez précise et je pense les lieux de manière très évolutive. Partir d’une vision figée risque de m’enfermer dans un décor trop initial. J’ai en tête ce qu'aurait pu être sa chaumière aux coquillages dans ses souvenirs d’enfant, le cocon pour les amoureux des premiers jours. Mais non, cela, les astres l’en empêcheront car c’est eux qui détiennent les lignes de l’avenir architectural ici comme ailleurs. Donc, avant la suite, et comme souvent lorsqu’il s’agit d’un SOLO important, au long cours, je fais une sorte de préambule, nous pourrions mieux dire en parlant de seuil. Le seuil de ce qui est à venir, le seuil d’une maison, rêve des gosses n'ayant jamais rien eu et qui se satisfont de peu, leur chez eux.
Ce qui suit est donc le prolongement d’un jeu de petite fille ; aménager sa maison, y amener meubles et extensions. Vie et un jour souvenirs. Ce sera, le temps qu’elle sera, son œuvre principale, là où tout se jouera, d’une manière ou d’une autre. Pour des raisons phonétiques, elle est terre d’ombre. C’est ennuyeux car comme le vert Véronèse la couleur est assez mal définie ; TERRE D'OMBRE. Amusez-vous à chercher l’exacte nuance que cela donne. Disons que selon les réponses, c’est plus que variable mais la tendance générale qui se dégage est plaisante.
Donc, parmi les nombreux écrits en préparation, qui vont se bousculer bientôt, il est un lieu, où les êtres pourront paisiblement exister.
Ce qui suit est donc le prolongement d’un jeu de petite fille ; aménager sa maison, y amener meubles et extensions. Vie et un jour souvenirs. Ce sera, le temps qu’elle sera, son œuvre principale, là où tout se jouera, d’une manière ou d’une autre. Pour des raisons phonétiques, elle est terre d’ombre. C’est ennuyeux car comme le vert Véronèse la couleur est assez mal définie ; TERRE D'OMBRE. Amusez-vous à chercher l’exacte nuance que cela donne. Disons que selon les réponses, c’est plus que variable mais la tendance générale qui se dégage est plaisante.
Donc, parmi les nombreux écrits en préparation, qui vont se bousculer bientôt, il est un lieu, où les êtres pourront paisiblement exister.
Laissez-vous porter par ce nouveau chapitre de la vie d’Ivanovna. Il se pourrait bien que ces murs deviennent la scène principale. Seuls les centaures sauraient le dire mais ils sont jumeaux des lynx en matière de discrétion. C’est bien ainsi.
1- L'annonce faite à Vana (16-08-51)
2- Visite accompagnée (18-08-51
3- Apparition d’un zygote(18-08-51, un peu plus tard)
4- Un caillou dans du sable (18-08-51, encore un peu plus tard)
Dernière édition le 28-08-26, 14h03
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 29 août 2026, 18:44, modifié 6 fois.
Couleur terre d'ombre
1- L'annonce faite à Vana.
Mercredi 16 Août 2051,
tôt le matin
tôt le matin
Une manière comme une autre de se changer les idées. Cela faisait longtemps qu’elle y pensait secrètement mais jusque-là jamais Ivanovna n’avait concrétisé. Le besoin de changer d’air poussa la jeune sorcière à enfin se mettre sérieusement en quête d’un chez elle. Parfois, l’existence s’ingénie à vous mettre des sorts dans les chaussures, vous empêchant de marcher benoîtement dans la vie. Mais il arrive que le hasard soit de la partie. Tandis qu’elle patientait dans le hall de l’IMSM, certains professeurs se payant le luxe d’être en retard les jours d’examens… elle tomba sur une petite annonce.
- Accio petite annonce !
Elle l’avait lue et dans un premier temps juste parcourue…
« Petite maison potentiellement incartable, ouest de Rye... »
La mention rédigée comportait dans sa dernière phrase une chose qui l’avait rebutée en première lecture. « Nombreux travaux à prévoir ». Mais un détail lui avait tapé dans l’oeil : « ...trois niveaux de sous-sol aménagés... ». Cela lui rappelait immanquablement sa maison de Wick à première vue bien plus petite et surtout moins sûre à ses yeux. Évidemment Wick représentait la famille, l’héritage dont il ne faudrait jamais se séparer. Elle s'y tiendrait car ce serait pire qu’une trahison. Mais il fallait bien admettre que le climat du Sud de l’Angleterre était autrement plus agréable. Proximité de Londres, proximité de l’Institut… désir de ne pas vivre dans une cité purement sorcière. Elle avait en cela une caractéristique typique des plus anciennes familles des îles britanniques, sorcières comme moldues. Il faut vivre au coeur de la nature, posséder son chez soi rural, au sens anglais. Revenant sur ses pas, elle avait changé d’avis et décidé que peut-être… d’où sa volonté de ne pas se faire griller par quiconque. Attraper l’annonce du bout de sa baguette lui avait procuré un petit sentiment d’appropriation en douce d’un bien n’étant pas le sien. Sans être du vol, elle s’accaparait l’exclusivité de l’annonce, dans un geste discret, qu’elle n’avait pas informulé car, étonnamment, elle était encore seule dans le hall. Rien à cacher donc. Ou plutôt si mais personne pour la voir dérober cette annonce ouverte à tous.
- Accio petite annonce !
Elle l’avait lue et dans un premier temps juste parcourue…
« Petite maison potentiellement incartable, ouest de Rye... »
La mention rédigée comportait dans sa dernière phrase une chose qui l’avait rebutée en première lecture. « Nombreux travaux à prévoir ». Mais un détail lui avait tapé dans l’oeil : « ...trois niveaux de sous-sol aménagés... ». Cela lui rappelait immanquablement sa maison de Wick à première vue bien plus petite et surtout moins sûre à ses yeux. Évidemment Wick représentait la famille, l’héritage dont il ne faudrait jamais se séparer. Elle s'y tiendrait car ce serait pire qu’une trahison. Mais il fallait bien admettre que le climat du Sud de l’Angleterre était autrement plus agréable. Proximité de Londres, proximité de l’Institut… désir de ne pas vivre dans une cité purement sorcière. Elle avait en cela une caractéristique typique des plus anciennes familles des îles britanniques, sorcières comme moldues. Il faut vivre au coeur de la nature, posséder son chez soi rural, au sens anglais. Revenant sur ses pas, elle avait changé d’avis et décidé que peut-être… d’où sa volonté de ne pas se faire griller par quiconque. Attraper l’annonce du bout de sa baguette lui avait procuré un petit sentiment d’appropriation en douce d’un bien n’étant pas le sien. Sans être du vol, elle s’accaparait l’exclusivité de l’annonce, dans un geste discret, qu’elle n’avait pas informulé car, étonnamment, elle était encore seule dans le hall. Rien à cacher donc. Ou plutôt si mais personne pour la voir dérober cette annonce ouverte à tous.
ANNONCE IMMOBILIERE
(avec l'aimable autorisation des autorités de l'IMSM)
« Petite maison potentiellement incartable, ouest de Rye, style français breton, grande pièce de vie au rez de chaussée, cuisine aménagée sorciers ; une chambre à l’étage, placard extensible selon les normes magiques françaises (possibilité de redimensionner aux mesures anglaises), salle de bain équipée Baignoire-douche-double vasque rétractable en une ; toilettes aux deux étages, en extérieur au rez de chaussée.
Toit en ardoise, rénové en 2044.
Sur terrain* 7000 m² dont 6000 boisés, protégés par des sortilèges anti départ de feu. Sous-sol dégnomé régulièrement. Nombreuses possibilités d’extension. Voisinage moldu discret, inoffensif.
Ensemble sein, certifié normes de salubrité du ministère. Intérieur d’aspect défraîchi, nombreux travaux à prévoir »
*Conformément aux lois en vigueur, terrain inconnu du cadastre moldu, protégé par les articles connexes du Code international du secret magique et les accords entre les deux ministères.
Informations complémentaires, hibouter à la maison Cosyhousy, « cheminée de la tour Ouest du château, Canterbury, Kent », réponse garantie dans les 36 heures.
En attendant cet examinateur qui décidément n’était pas pressé d’arriver, elle sortit un petit parchemin sur lequel elle rédigea une demande d’informations complémentaires incluant le souhait de pouvoir visiter le bien au plus tôt. C’est dire si sa décision était prise, pour celle-là ou pour une autre.
Alors qu’elle roulait le parchemin, elle se leva pour consulter à nouveau les premiers résultats, une activité qui passerait le temps. De toutes façons, les surprises étaient rares, les étudiants sorciers peu nombreux, très motivés et le plus souvent talentueux. Autrement dit, redoubler relevait de causes extérieures. Elle pensa à Gordon, ayant toutes les raisons du monde d'échouer en ce moment mais elle le chassa de son esprit. Par une force qu’elle ne savait appliquer en dehors de l’Institut, elle pouvait mettre de côté ses émois quand il était question d’études. A ce moment précis, elle ignorait quand il avait appris la nouvelle. Ses pensées voguaient ailleurs, ce projet immobilier occupant d'un coup son esprit tout entier.
Un lynx a-t-il conscience du sablier ?
Te souviens-tu ?
Alors qu’elle roulait le parchemin, elle se leva pour consulter à nouveau les premiers résultats, une activité qui passerait le temps. De toutes façons, les surprises étaient rares, les étudiants sorciers peu nombreux, très motivés et le plus souvent talentueux. Autrement dit, redoubler relevait de causes extérieures. Elle pensa à Gordon, ayant toutes les raisons du monde d'échouer en ce moment mais elle le chassa de son esprit. Par une force qu’elle ne savait appliquer en dehors de l’Institut, elle pouvait mettre de côté ses émois quand il était question d’études. A ce moment précis, elle ignorait quand il avait appris la nouvelle. Ses pensées voguaient ailleurs, ce projet immobilier occupant d'un coup son esprit tout entier.
Un lynx a-t-il conscience du sablier ?
Te souviens-tu ?
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 5 sept. 2026, 09:17, modifié 1 fois.
Couleur terre d'ombre
Trigger warning : Nostalgie du passé, encombrée d’échos à nos proches partis tout là haut.
2- Visite accompagnée
18 août 2051,
début de l'après-midi
début de l'après-midi
2- Visite accompagnée
Dans la pénombre, tandis que Fleur termine sa gamelle du matin, Ivanovna ne voit pas celle qui, dans le secret de derrière le voile, regarde cette jeune sorcière s’apprêtant à écrire un nouveau chapitre de vie. Comme elle a grandi. C’est une sorcière, pleine et entière. Il faut des occasions bien précises pour que les images des disparus se matérialisent aux vivants. Or il n’est rien de tout cela aujourd'hui. Ivanovna a seulement rendez-vous avec la chaumière qui pourrait devenir sienne. C’est… comme un mariage, il s’agit d’un jour important. Enfin, si elle se décide. Mais sa mère, dans son habit gris au-delà sait qu’elle a déjà pris sa décision. On ne ment pas à ses parents alors si en plus il s’agit de la mère, c’est peine perdue. Surtout chez les Gunnray. Elle la voit, pour une fois débarrassée de ses angoisses et de ses douleurs nées de la solitude. Emily, même dans la mort, sait parfaitement quels sont les gouffres dans lesquels Ivanovna se perd. Elle n’a jamais été comme sa sœur capable d’encaisser les cloîtres. Ivanovna avait besoin d’une garde rapprochée assurant une présence, en permanence. Vana ne le sait pas mais ce qu’elle traverse depuis Kara constitue le nœud du problème. Vivre seule. Elle s’y est faite mais au prix de bien des tempêtes, sourdes, usantes. Cette maison lui occupe l’esprit. C’est déjà ça.
Elle la regarde s’éloigner, bientôt sortir de son appartement d’étudiante et elle ne peut s’empêcher d’avoir de la peine pour elle, autant qu’une disparue peut en avoir dans ce genre de moments. Les morts ne sont plus des personnes douées de pensées neuves. Ils ne sont qu’une expression ponctuelle de pensées nées d’hier. En tout cas aucune magie ne pourra rapprocher mère et fille. Et cela, Emily le sait, qui voit sa fille fermer la porte à la façon moldue. « Que les centaures prennent soin de toi Ivanovna, trouve le repos dans ce chez toi que tu t’apprêtes à découvrir ».
Une beauté, même dans la mort, demeure resplendissante. Est-elle, là où elle demeure désormais, détachée de son mari ? Est-ce une femme « séparée » qui est venue la soutenir sans que sa fille le sache ? Sommes-nous toujours entourés de nos aïeux sans que nous les percevions ? Voilà bien une raison de lire les propos de tant de gens sur les maisons hantées. Nos ancêtres les peuplent, générant des craquements de parquets et autres manifestations paranormales aux yeux des moldus. Nous dirons qu’ils n’ont pas accès à la même transcendance que nous autres sorciers. La foi aléatoire contre la science magique…
Si les fantômes sont doués d’émissions lacrymales, alors Emily laisse ses joues s‘humidifier. Et, comme personne jusqu’ici n’a prouvé la réalité de ces pleurs, s’ils sont seulement un mythe de plus, alors il ne coule rien de ces yeux à jamais vides désormais. La mère ne peut plus aider la fille, sauf à la regarder vivre et souffrir en son nom, prendre sur elle un dixième de ses difficultés. Paradoxalement, Emily assume de recueillir en avant première la joie à venir de sa fille. Voilà bien ce qu’elle est, une extension primitive d’Ivanovna. Mais il faut encore établir une… réalité juridique. L’objet de toutes les attentions ivanovniennes dans l’heure n’est-il pas déjà occupé par un envoyé du passé ? Car si Emily ambitionne de faire de cette maison de Rye son ultime demeure après la mort, encore faut-il s’assurer de ne prendre la place d’aucun occupant précédent. Il ne s'agirait pas transformer les lieux en champ de bataille, les élèves de Poudlard, du moins ceux d’une époque, sont bien placés pour savoir que la cohabitation entre formes grises est source de « problèmes entre voisins ». Voilà bien ce que tu es venue chercher petite ancêtre Gunnray, l’autorisation de demeurer ici pour l’éternité, dans la chaleur du sud de l’Angleterre, vers ton enfant préférée, la seule encore vivante, la seule ayant encore besoin de cet amour interrompu mais qui perdure en tant que tel. Car jamais mère ne perd son enfant dans la mort.
Ivanovna s’est envolée, le rendez-vous est dans moins de dix minutes. Mais, après renseignements, Emily sait désormais. La maison cise au coeur de Mallydams woods constituera un tombeau tout à fait « vivable »…
Elle la regarde s’éloigner, bientôt sortir de son appartement d’étudiante et elle ne peut s’empêcher d’avoir de la peine pour elle, autant qu’une disparue peut en avoir dans ce genre de moments. Les morts ne sont plus des personnes douées de pensées neuves. Ils ne sont qu’une expression ponctuelle de pensées nées d’hier. En tout cas aucune magie ne pourra rapprocher mère et fille. Et cela, Emily le sait, qui voit sa fille fermer la porte à la façon moldue. « Que les centaures prennent soin de toi Ivanovna, trouve le repos dans ce chez toi que tu t’apprêtes à découvrir ».
Une beauté, même dans la mort, demeure resplendissante. Est-elle, là où elle demeure désormais, détachée de son mari ? Est-ce une femme « séparée » qui est venue la soutenir sans que sa fille le sache ? Sommes-nous toujours entourés de nos aïeux sans que nous les percevions ? Voilà bien une raison de lire les propos de tant de gens sur les maisons hantées. Nos ancêtres les peuplent, générant des craquements de parquets et autres manifestations paranormales aux yeux des moldus. Nous dirons qu’ils n’ont pas accès à la même transcendance que nous autres sorciers. La foi aléatoire contre la science magique…
Si les fantômes sont doués d’émissions lacrymales, alors Emily laisse ses joues s‘humidifier. Et, comme personne jusqu’ici n’a prouvé la réalité de ces pleurs, s’ils sont seulement un mythe de plus, alors il ne coule rien de ces yeux à jamais vides désormais. La mère ne peut plus aider la fille, sauf à la regarder vivre et souffrir en son nom, prendre sur elle un dixième de ses difficultés. Paradoxalement, Emily assume de recueillir en avant première la joie à venir de sa fille. Voilà bien ce qu’elle est, une extension primitive d’Ivanovna. Mais il faut encore établir une… réalité juridique. L’objet de toutes les attentions ivanovniennes dans l’heure n’est-il pas déjà occupé par un envoyé du passé ? Car si Emily ambitionne de faire de cette maison de Rye son ultime demeure après la mort, encore faut-il s’assurer de ne prendre la place d’aucun occupant précédent. Il ne s'agirait pas transformer les lieux en champ de bataille, les élèves de Poudlard, du moins ceux d’une époque, sont bien placés pour savoir que la cohabitation entre formes grises est source de « problèmes entre voisins ». Voilà bien ce que tu es venue chercher petite ancêtre Gunnray, l’autorisation de demeurer ici pour l’éternité, dans la chaleur du sud de l’Angleterre, vers ton enfant préférée, la seule encore vivante, la seule ayant encore besoin de cet amour interrompu mais qui perdure en tant que tel. Car jamais mère ne perd son enfant dans la mort.
Ivanovna s’est envolée, le rendez-vous est dans moins de dix minutes. Mais, après renseignements, Emily sait désormais. La maison cise au coeur de Mallydams woods constituera un tombeau tout à fait « vivable »…
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 28 août 2026, 14:01, modifié 1 fois.
Couleur terre d'ombre
18 Août 2051,
15 heures et des brouettes
15 heures et des brouettes
3- Apparition d’un zygote.
Le faisant office de commercial ouvrit la porte de la maison et ajouta :
- Ordinairement, les pentys sont implantés au coeur d’un espace ouvert, on les voit de loin. Le choix du créateur de ces lieux fut guidé par la discrétion.
Il aurait tout aussi bien pu se taire tant le constat d’une maisonnette enfouie dans une forêt impénétrable avait sauté aux yeux de l’étudiante. Ivanovna se sentait submergée par un immense sentiment de puissance. Visiter une maison, potentiellement en devenir propriétaire… L’héritage avait du bon et ces derniers temps la jeune sorcière appréciait son état civil. Extérieurement, le corps de bâtiment donnait de lui-même une forte impression de solidité. De simplicité aussi. Une façade avec quatre fenêtres, deux par étage, la porte d’entrée, centrale, rendait l’ensemble équilibré, un peu sévère mais la symétrie avait du bon visuellement parlant. Les fenêtres du premier ne lui inspiraient rien de bon, des lucarnes rampantes d’après l’homme. De vraies fenêtres eurent sans doute été plus lumineuses mais il faudrait prendre la mesure du problème une fois au premier. Et puis… il serait facile d’éclairer magiquement un lieu. Non… le problème pourrait être que rien ne remplace jamais la lumière naturelle, surtout au coeur d’une forêt épaisse…
- Voilà, nous y sommes ! Je vous présente la pièce principale ! Un magnifique espace ouvert, cheminée sur le côté, permettant d’alimenter la pièce à vivre du premier. Vous n’aurez jamais froid la nuit je vous le garantis. Admirez… de quoi poser un salon, canapés, à votre guise… L’autre partie de cet espace accueille la cuisine. La table constituant à la fois le lieu du repas et celui de sa préparation. Si l’on veut s’organiser comme de nos jours sinon... vous pouvez toujours reconstituer le mur initial. Voyez… les contreforts sont apparents dans les murs. Un jeu d’enfant.
Et l’homme de montrer par des effets magiques assez réussis des configurations variées, liées à sa description en cours. Ivanovna ne faisait que moyennement confiance à ce vendeur. Il lui avait servi un "Mademoiselle" inquiet quand il avait compris que sa visite du jour serait avec une cliente très jeune. Sans doute une visite de curieux, sans plus. Du moins pouvait-il le redouter. Mais non. Il avait tôt fait d’assimiler le vif intérêt d’Ivanovna pour ce bien. Les questions étaient nombreuses, précises, jamais frivoles.
- Quelles sont les procédures si l’on veut agrandir les lieux ?
L’homme répondit en tous points selon les préconisations administratives en vigueur. Un jargon complexe, pas réellement effrayant pour qui avait dû constituer un épais dossier visant à redorer le blason de sa famille. Si Vana détestait ce genre de paperasse, elle savait faire désormais. Il lui avait suffi d’entendre que toutes les extensions demeuraient possibles tant que la magie architecturale le permettait. Autrement dit, il faudrait s’en tenir à respecter les normes de construction permettant à tout bâtiment de tenir debout.
Elle ne s’en rendait pas compte mais ses questions traduisaient le plus souvent une envie profonde de s’installer pour un temps long. Elle projetait plusieurs pièces supplémentaires, une extension horizontale, importante. Il ne comptait pas vraiment mais l’homme aurait pu conclure qu’elle imaginait tripler la surface, au moins !
- Tout est en granit, pierres de Bretagne, une région de France. Le constructeur venait de Brocéliande, ce qui explique les mesures un peu exotiques. Les dimensions sont en mètres… Coquetterie amusante, cela renforce son extravagance !
Ce qui plaisait le plus à Ivanovna, et pourtant la maison semblait vide depuis des années, c’était la propreté des lieux, quand bien même il faudrait rafraîchir tous les murs. Et aucune trace d’humidité à l’horizon. Une maison saine ! Bien sûr, la chose surprenait moins au sud des îles mais quand même.
- Allez, montons au premier voulez-vous !?!
Un peu directif mais Ivanovna se laissait aller, faisant de plus en plus d’efforts pour ne pas montrer un intérêt grandissant.
- Les escaliers sont magiquement renforcés pour tenir dans un espace restreint sans être trop pentus. Sorts perpétuels, rares et plutôt efficaces ! Un vrai plus permettant de gagner un espace non négligeable pour les placards au premier vous verrez.
Elle ne savait pas comment cela avait pu être possible avec de la pierre. Son admiration aurait pu suinter si elle n’avait pas été attirée par le style. Partout ici un enchevêtrement de poutrelles et de briques, faisant de cet étage une combinaison de foncé et de rouge vernis du plus bel effet.
- Je ne vous cache pas que les boiseries sont à traiter. Et le vernis tient miraculeusement. Les artisans disent cependant que l’étage entier a besoin d’être refait. Surtout si l’on veut lui conserver ce cachet…
- Tout se négocie dans la vie….
L’homme leva un sourcil intéressé. Il avait donc affaire à une femme sachant très bien se faire comprendre. Intéressée mais pas à tout prix…. Il choisit de conserver la première partie du constat.
- Comme vous avez raison mademoiselle Gunnray. Laissez-moi vous montrer la chambre.
Ils entrèrent, après un petit couloir, dans une pièce qu’elle jugea grande. Et encore, elle n’avait pas tout vu.
- Là, il suffit d’appuyer sur… ce bouton minuscule, caché entre deux briques et… HOP, un grand bureau, entièrement équipé de rayonnages et avec ouverture sommitale sur l’extérieur pour un éclairage de qualité en toutes circonstances ! Bon, ce peut tout aussi bien être la chambre d’un petit. Il n’y a pas d’âge pour découvrir la lecture !
La salle d’eau, fort agréable, avait sans doute été pensée par une femme, en tout cas elle sortait de la tête d’une personne ayant l’esprit pratique. Sa seule restriction en l’état tenait aux WC du rez-de-chaussée, laissés en extérieur, sans doute une construction postérieure au corps de bâtiment. Cette « verrue », placée à l’arrière de la maison, se rejoignait non en passant par le jardin mais là encore par un effet magique. Un autre bouton dans un autre mur, qui ne pouvait s’enclencher que si les toilettes étaient libres. Du bon sens une fois encore…
En tout ce lieu était charmant. Ivanovna avait du mal à retenir un large sourire. Surtout que l’homme lâcha, alors qu’ils redescendaient au rez-de-chaussée,
- Et vous savez, le prix annoncé est tout à fait négociable…
Il se pencha vers elle, en respectant une distance de bon aloi ; il parla tout bas, la faisant pénétrer dans le territoire des secrets de famille.
-… il s’est passé des choses pas très légales à une époque dans le sous-sol. La maison a été grandement dépréciée par le fait. Une histoire de trafic de produits moldus, on n’a pas vraiment su. C’était il y a plus d’un siècle mais certains choses ont le don de l’éternité...hélas...enfin pour les propriétaires…
Voilà bien une chose sur laquelle il lui faudrait enquêter. Il n’était pas question de se retrouver avec des substances perturbant la magie, même à dose infinitésimale. Tandis qu’il ouvrait le passage conduisant aux trois étages enterrés, elle creusa plusieurs sujets. N’avait-on jamais vraiment su ou était-il préférable de ne pas savoir ? Autrement dit, jusqu’où pouvait-il être précis dans sa description des activités illégales dont il était question ! Et puis...le prix… qui serait sans doute déterminé par le degré d’illégalité de ces turpitudes.
Ivanovna tenait en tout cas un excellent sujet de réflexion pour les semaines à venir, le poids des affaires criminelles dans la détermination des questions immobilières et magiques !
Couleur terre d'ombre
4- Un caillou dans du sable
Des lucioles pensées pour produire leur lumière au passage d’une créature. L’escalier serpente, enroulé sur lui-même dans un colimaçon d’orfèvrerie mathématique. Et finalement une pièce, bien plus grande que celle qui la surplombe. C’est carrément immense, à première vue plus vaste qu’une salle de cours de l’Institut. Le vide total apporte l’impression d’une grotte, artificielle car résolument rectangulaire. Seule une ouverture au fond à droite rompt la perfection visuelle de cette boîte. Quelque chose donne accès au dessous.
- Première salle. A partir d’ici, nous avons quelques particularités qu’il faut connaître. L’insonorisation est maximale, et je ne parle pas de caractéristiques nées de la magie. Tout ce que vous allez voir a été creusé dans de la mudstone, une sorte de sédiment compacté dont les capacités peuvent perturber un constructeur mal avisé. A ceci près que les concepteurs des lieux ont prévu large. Murs reconstitués d’une épaisseur d’un mètre, sur les trois niveaux. Étanchéité garantie, entre autres car entre les couches de mudstone on trouve de l’argile, qui ici a été récupéré pour ce faire.
Ils avancent dans la pièce et sont déjà proches de l’escalier vers le prochain niveau quand le vendeur poursuit :
- Les étages ne se superposent pas, ils sont au contraire décalés, ce qui veut dire que nous allons en ce moment en direction du sud. Tout en restant dans les limites de la propriété qui va presque jusqu’à la côte. Nous ne savons pas pourquoi les choses ont été ainsi construites. En tout cas un étage ne peut s’effondrer sur un autre puisque chacun d’entre eux est creusé dans la roche, sans plafond « ouvrant » sur l’étage supérieur. Quand nous serons au troisième sous-sol, vous comprendrez. D’ici là, remarquez qu’aucune odeur étrange ne se fait jour. Les propriétaires ont gardé ces espaces au sec, dans un état de parfaite salubrité. On pourrait même ouvrir un club ! Tois salles trois ambiances !
Cela ne fait rire que lui mais Ivanovna esquisse un poliment un début de.
- Les trois salles sont identiques de dimension ?
- Tout à fait Mademoiselle. Et cela inclut leur hauteur, cinq mètres. Vous remarquerez que le froid n’est pas de la partie, pour un tel endroit je veux dire. Les revêtements muraux, entièrement refaits en 1945 par les nouveaux propriétaires comportent des protections magiques contre toutes sortes de désagréments. Si j’ose dire, nous avons ici une propreté digne d’un hôpital.
Ivanovna n’en croit pas ses yeux. Et effectivement, elle pourrait tout à fait accueillir ici des personnes malades. Ce serait même un parfait refuge. Quand bien même ce n’est absolument pas son idée à la base. En fait, le principal problème serait de descendre le matériel par ce minuscule escalier. Il devait y avoir…Ils sont désormais au troisième sous-sol.
- Là vous voyez une ouverture qui a été obturée la même année. Cela conduisait à un embarcadère clandestin. Nous supposons que des produits moldus illégaux étaient fabriqués ici pour être ensuite expédiés sur le continent. Mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un entrepôt clandestin du ministère moldu de la guerre. 1945…. vous voyez sans doute à quoi je pense.
Ivanovna imagine d’autant mieux que l’Écosse fut durant cette longue guerre moldue un territoire privilégié pour de nombreuses activités militaires secrètes qu’il valait mieux ne pas faire proche de l’ennemi. Mais pour elle, toutes ces considérations sont secondaires. Jamais elle n’aurait espéré trouver un endroit pareil. Son coeur bat la chamade, elle ne sait plus comment masquer son enthousiasme. Le tout pour un prix qu’elle juge raisonnable. Et qui en outre s’avère négociable.
- Écoutez, je suis intéressée. Mais il me faut le temps de prendre certaines dispositions. Et je voudrais l’avis de quelques proches. Pourrais-je avoir un double des clés ? Je vous promets de ne pas inviter tous les épouvantards du Kent.
- Je vous fais confiance Mademoiselle Gunnray. Vous savez, peu de gens sont intéressés par des lieux ou des meurtres en série ont eu lieu. Je me dois de vous prévenir de la réputation… légèrement sulfureuse de cette maison. Cosyhousy est une maison de longue tradition immobilière. Notre agence ne cache jamais rien à ses clients, qu’ils soient vendeurs ou bien acheteurs.
Il ne peut pas savoir que la maison de Wick traîne elle aussi un lourd passé noir. Et sans doute bien plus horrible que ce penty. De toutes façons, tant qu’elle n’a pas signé, Ivanovna ne prend aucun risque. Et la jeune sorcière est plus qu’une écervelée cédant facilement à un coup de coeur.
Ses premières investigations concerneront le sous-sol de la région. Et elles confirmeront qu’il s’agit de roches argileuses, de mudstone, en somme une alternance de sédiments et de couches imperméables. Mais pas forcément très résistante. Elle comprendra alors les raisons de ces murs épais, camouflant les lieux de l’extérieur mais soutenant aussi l’ensemble comme autant de contreforts construits pour résister à biens des agressions. Les « caves » sont à l’épreuve du temps puisqu’elles existent depuis plus d’un siècle… Pour autant, faudra-t-il consolider en cas d’extension en surface ? Et s’il lui vient l’idée d’une extension souterraine ?…. Les contingences magiques constituant toutefois les plus sérieuses restrictions potentielles...Les questions s'accumulent, révélant par leur nature son emballement pour Mallydams woods.
Des lucioles pensées pour produire leur lumière au passage d’une créature. L’escalier serpente, enroulé sur lui-même dans un colimaçon d’orfèvrerie mathématique. Et finalement une pièce, bien plus grande que celle qui la surplombe. C’est carrément immense, à première vue plus vaste qu’une salle de cours de l’Institut. Le vide total apporte l’impression d’une grotte, artificielle car résolument rectangulaire. Seule une ouverture au fond à droite rompt la perfection visuelle de cette boîte. Quelque chose donne accès au dessous.
- Première salle. A partir d’ici, nous avons quelques particularités qu’il faut connaître. L’insonorisation est maximale, et je ne parle pas de caractéristiques nées de la magie. Tout ce que vous allez voir a été creusé dans de la mudstone, une sorte de sédiment compacté dont les capacités peuvent perturber un constructeur mal avisé. A ceci près que les concepteurs des lieux ont prévu large. Murs reconstitués d’une épaisseur d’un mètre, sur les trois niveaux. Étanchéité garantie, entre autres car entre les couches de mudstone on trouve de l’argile, qui ici a été récupéré pour ce faire.
Ils avancent dans la pièce et sont déjà proches de l’escalier vers le prochain niveau quand le vendeur poursuit :
- Les étages ne se superposent pas, ils sont au contraire décalés, ce qui veut dire que nous allons en ce moment en direction du sud. Tout en restant dans les limites de la propriété qui va presque jusqu’à la côte. Nous ne savons pas pourquoi les choses ont été ainsi construites. En tout cas un étage ne peut s’effondrer sur un autre puisque chacun d’entre eux est creusé dans la roche, sans plafond « ouvrant » sur l’étage supérieur. Quand nous serons au troisième sous-sol, vous comprendrez. D’ici là, remarquez qu’aucune odeur étrange ne se fait jour. Les propriétaires ont gardé ces espaces au sec, dans un état de parfaite salubrité. On pourrait même ouvrir un club ! Tois salles trois ambiances !
Cela ne fait rire que lui mais Ivanovna esquisse un poliment un début de.
- Les trois salles sont identiques de dimension ?
- Tout à fait Mademoiselle. Et cela inclut leur hauteur, cinq mètres. Vous remarquerez que le froid n’est pas de la partie, pour un tel endroit je veux dire. Les revêtements muraux, entièrement refaits en 1945 par les nouveaux propriétaires comportent des protections magiques contre toutes sortes de désagréments. Si j’ose dire, nous avons ici une propreté digne d’un hôpital.
Ivanovna n’en croit pas ses yeux. Et effectivement, elle pourrait tout à fait accueillir ici des personnes malades. Ce serait même un parfait refuge. Quand bien même ce n’est absolument pas son idée à la base. En fait, le principal problème serait de descendre le matériel par ce minuscule escalier. Il devait y avoir…Ils sont désormais au troisième sous-sol.
- Là vous voyez une ouverture qui a été obturée la même année. Cela conduisait à un embarcadère clandestin. Nous supposons que des produits moldus illégaux étaient fabriqués ici pour être ensuite expédiés sur le continent. Mais il pourrait tout aussi bien s’agir d’un entrepôt clandestin du ministère moldu de la guerre. 1945…. vous voyez sans doute à quoi je pense.
Ivanovna imagine d’autant mieux que l’Écosse fut durant cette longue guerre moldue un territoire privilégié pour de nombreuses activités militaires secrètes qu’il valait mieux ne pas faire proche de l’ennemi. Mais pour elle, toutes ces considérations sont secondaires. Jamais elle n’aurait espéré trouver un endroit pareil. Son coeur bat la chamade, elle ne sait plus comment masquer son enthousiasme. Le tout pour un prix qu’elle juge raisonnable. Et qui en outre s’avère négociable.
- Écoutez, je suis intéressée. Mais il me faut le temps de prendre certaines dispositions. Et je voudrais l’avis de quelques proches. Pourrais-je avoir un double des clés ? Je vous promets de ne pas inviter tous les épouvantards du Kent.
- Je vous fais confiance Mademoiselle Gunnray. Vous savez, peu de gens sont intéressés par des lieux ou des meurtres en série ont eu lieu. Je me dois de vous prévenir de la réputation… légèrement sulfureuse de cette maison. Cosyhousy est une maison de longue tradition immobilière. Notre agence ne cache jamais rien à ses clients, qu’ils soient vendeurs ou bien acheteurs.
Il ne peut pas savoir que la maison de Wick traîne elle aussi un lourd passé noir. Et sans doute bien plus horrible que ce penty. De toutes façons, tant qu’elle n’a pas signé, Ivanovna ne prend aucun risque. Et la jeune sorcière est plus qu’une écervelée cédant facilement à un coup de coeur.
Ses premières investigations concerneront le sous-sol de la région. Et elles confirmeront qu’il s’agit de roches argileuses, de mudstone, en somme une alternance de sédiments et de couches imperméables. Mais pas forcément très résistante. Elle comprendra alors les raisons de ces murs épais, camouflant les lieux de l’extérieur mais soutenant aussi l’ensemble comme autant de contreforts construits pour résister à biens des agressions. Les « caves » sont à l’épreuve du temps puisqu’elles existent depuis plus d’un siècle… Pour autant, faudra-t-il consolider en cas d’extension en surface ? Et s’il lui vient l’idée d’une extension souterraine ?…. Les contingences magiques constituant toutefois les plus sérieuses restrictions potentielles...Les questions s'accumulent, révélant par leur nature son emballement pour Mallydams woods.
Couleur terre d'ombre
5- Donne-moi un nom, que je puisse t'appartenir.
Mardi 29 Août 2051
un peu avant minuit.
un peu avant minuit.
Les deux étudiants viennent d’entrer dans la maison. Ivanovna a donc toute latitude pour montrer à Gordon ce qu’elle estime être un bijou. Ils ont passé la journée à faire leurs courses de rentrée ensemble. Prévoir le matériel, les tenues de travail, refaire le plein en produits divers et variés. Revenus à Newhaven, ils sont passés chez Ivanovna poser tout cela et récupérer les clés de la maison.
Mais avant tout ils ont pris le temps de manger un peu. Se restaurer, sous l’oeil attentif de Fleur qui ne perd jamais une occasion de se mettre entre les deux humains, comme si une intuition la traversait. « Il y aura toujours quelque chose entre vous », semblerait-elle dire. Les chats sont espiègles, à moins que nous ne leur prêtions des agissements par anthropomorphisme inconscient…
Ivanovna se garde bien de quoi que ce soit. Sa nature réservée en situation d’obligation lui donne un air naturel, presque hautain. Il semble que le garçon apprécie cette distance. A aucun moment ils ne permettent à leur conversation de risquer d’aborder le sujet du mariage avorté. C’est à la fois un exercice d’équilibriste et une sorte d’élégance partagée. Ces deux-là se connaissent bien et s’il leur arrive, rarement, d’avoir des différends dans le travail, jamais ils ne haussent la voix l’un contre l’autre. Il est clairement question d’osmose. Ils ne s’en rendent pas forcément compte mais ils ont cette chance extraordinaire.
Après le souper, constitué d’une soupe fraîche méditerranéenne, une recette chipée à Siwan, toute leur conversation désormais cible la maison. Le terrain, la qualité des matériaux, Gordon veut tout savoir, avant même de l’avoir devant lui. Lorsqu’enfin il y pénètre, plus grand chose ne le surprend. Le rez-de-chaussée, le premier étage. Quand ils en sont aux sous-sols, il se demande juste pourquoi le bureau n'a pas été installé là. Ivanovna suggère que le maître des lieux ne faisait rien de spécial dans ces trois caves, que peut-être il n’était qu’un lettré désintéressé par le potentiel des ces extensions souterraines…
Gordon confirme. A son avis, l’ouverture en troisième sous-sol devait déboucher sur la côte. Dans tous les cas un parfait moyen d’expédier on ne sait quoi on ne sait où. Potentiellement pratique un jour. Ce qui retient le plus son attention sont des aspects techniques auxquels elle n’avait pas encore pensés. Comment ces sous-sols sont-ils ventilés ? Les murs sont-ils renforcées magiquement ? Et des sorts ou contre-sorts ont-ils été posés ? Si oui lesquels, où ?
Ils passent alors la maison au crible de leurs connaissances. C’est aussi un bon moyen pour elle de se rendre compte de ce qu’elle ignore que même un élève moyen comme lui, du moins du temps de Poudlard, a appris en septième année. Deux heures durant ils lancent des sorts dans tous les sens. Rien n’est débusqué mais Gordon conseille malgré tout la visite d’un spécialiste en la matière. Un surcoût acceptable et sans doute prudent…
Souvent les deux étudiants se sourient, joyeux de se sentir avancer dans la vie. Ce soir-là, en pleine nuit, la lune perce par moments au travers des arbres. Le ciel est sans nuages et l’air frais. Devant la maison, un petit banc les attend. Ils s’y installent, Ivanovna prétend pouvoir seule remettre en état le premier étage aux murs usés par le temps. Elle dit aussi qu’elle fera estimer la chose parce que si le devis est modique, elle préfère investir son temps dans le travail. Elle évite tous les sujets délicats, y compris le stage de fin d’études. Le sorcier lui demande d’où lui viennent ses boucles d’oreille, elle explique que c’est un cadeau d’Aly. Une fin de soirée en pente très douce. Elle regrette de ne rien avoir à lui offrir à boire, lui fait apparaître le nécessaire. Et ils trinquent, à l’amitié parce que c’est la seule formule possible.
Enfin il est temps de rentrer à Newhaven une bonne fois pour toutes, chacun chez soi. Elle ferme cette maison qui a conservé certaines mécaniques propres aux moldus (les serrures c’est quelque chose, au moins celle-là est-elle bien huilée). Ils s’échangent un baiser sur la joue, un baiser de vieux amis suivi d’un hug comme ils le font depuis peu, proximité appuyée qui la trouble mais qu’elle perçoit comme un signe de profonde affection. Cette maison est faite pour elle, c’est une évidence. Reste à lui trouver un nom. « Sous une lune d’été » lui plaît. Mais ce n’est qu’une première idée, il faut toujours se garder de décider dans la précipitation.
Mais avant tout ils ont pris le temps de manger un peu. Se restaurer, sous l’oeil attentif de Fleur qui ne perd jamais une occasion de se mettre entre les deux humains, comme si une intuition la traversait. « Il y aura toujours quelque chose entre vous », semblerait-elle dire. Les chats sont espiègles, à moins que nous ne leur prêtions des agissements par anthropomorphisme inconscient…
Ivanovna se garde bien de quoi que ce soit. Sa nature réservée en situation d’obligation lui donne un air naturel, presque hautain. Il semble que le garçon apprécie cette distance. A aucun moment ils ne permettent à leur conversation de risquer d’aborder le sujet du mariage avorté. C’est à la fois un exercice d’équilibriste et une sorte d’élégance partagée. Ces deux-là se connaissent bien et s’il leur arrive, rarement, d’avoir des différends dans le travail, jamais ils ne haussent la voix l’un contre l’autre. Il est clairement question d’osmose. Ils ne s’en rendent pas forcément compte mais ils ont cette chance extraordinaire.
Après le souper, constitué d’une soupe fraîche méditerranéenne, une recette chipée à Siwan, toute leur conversation désormais cible la maison. Le terrain, la qualité des matériaux, Gordon veut tout savoir, avant même de l’avoir devant lui. Lorsqu’enfin il y pénètre, plus grand chose ne le surprend. Le rez-de-chaussée, le premier étage. Quand ils en sont aux sous-sols, il se demande juste pourquoi le bureau n'a pas été installé là. Ivanovna suggère que le maître des lieux ne faisait rien de spécial dans ces trois caves, que peut-être il n’était qu’un lettré désintéressé par le potentiel des ces extensions souterraines…
Gordon confirme. A son avis, l’ouverture en troisième sous-sol devait déboucher sur la côte. Dans tous les cas un parfait moyen d’expédier on ne sait quoi on ne sait où. Potentiellement pratique un jour. Ce qui retient le plus son attention sont des aspects techniques auxquels elle n’avait pas encore pensés. Comment ces sous-sols sont-ils ventilés ? Les murs sont-ils renforcées magiquement ? Et des sorts ou contre-sorts ont-ils été posés ? Si oui lesquels, où ?
Ils passent alors la maison au crible de leurs connaissances. C’est aussi un bon moyen pour elle de se rendre compte de ce qu’elle ignore que même un élève moyen comme lui, du moins du temps de Poudlard, a appris en septième année. Deux heures durant ils lancent des sorts dans tous les sens. Rien n’est débusqué mais Gordon conseille malgré tout la visite d’un spécialiste en la matière. Un surcoût acceptable et sans doute prudent…
Souvent les deux étudiants se sourient, joyeux de se sentir avancer dans la vie. Ce soir-là, en pleine nuit, la lune perce par moments au travers des arbres. Le ciel est sans nuages et l’air frais. Devant la maison, un petit banc les attend. Ils s’y installent, Ivanovna prétend pouvoir seule remettre en état le premier étage aux murs usés par le temps. Elle dit aussi qu’elle fera estimer la chose parce que si le devis est modique, elle préfère investir son temps dans le travail. Elle évite tous les sujets délicats, y compris le stage de fin d’études. Le sorcier lui demande d’où lui viennent ses boucles d’oreille, elle explique que c’est un cadeau d’Aly. Une fin de soirée en pente très douce. Elle regrette de ne rien avoir à lui offrir à boire, lui fait apparaître le nécessaire. Et ils trinquent, à l’amitié parce que c’est la seule formule possible.
Enfin il est temps de rentrer à Newhaven une bonne fois pour toutes, chacun chez soi. Elle ferme cette maison qui a conservé certaines mécaniques propres aux moldus (les serrures c’est quelque chose, au moins celle-là est-elle bien huilée). Ils s’échangent un baiser sur la joue, un baiser de vieux amis suivi d’un hug comme ils le font depuis peu, proximité appuyée qui la trouble mais qu’elle perçoit comme un signe de profonde affection. Cette maison est faite pour elle, c’est une évidence. Reste à lui trouver un nom. « Sous une lune d’été » lui plaît. Mais ce n’est qu’une première idée, il faut toujours se garder de décider dans la précipitation.
Couleur terre d'ombre
6- Le voyage intérieur
Mercredi 30 Août 2051,
dans l’après-midi
dans l’après-midi
Ivanovna est en pleine découverte de certaines facettes d’elle-même. Il est des sujets pour lesquels elle parvient relativement aisément à se contrôler, il en est d’autres relevant de la plus éclatante pulsion insurmontable. Elle est tombée amoureuse de cette maison, il la lui faut. Tout de suite, attendre est impossible.
Comme la raison traîne malgré tout dans une partie de son cerveau, elle sait devoir prendre le temps. Mais… se promener alentour, trouver la plus infime raison de faire quelque chose en lien avec est une manière détournée de la garder dans son coeur...La voilà donc en pleine prospection d’une question restée sans réponse en l’état. Elle est sur une plage entre Fairlight Glen et Fairlight Cove, ce que les moldus doivent appeler des hameaux rattachés à Hastings. De plage il n’en est pas vraiment d’ailleurs, on doit parler de falaises qui ont encore été « raidies » par l’érosion galopante due à la montée des eaux. Elle est seule mais a pris soin de ne pas emmener avec elle de signes ostentatoires la liant à la magie. Point de balai ou autre vêtement excentrique aux yeux moldus.
Elle ne s’attendait pas à se retrouver seule même si la côte, par ici, demeure mal accessible. Un bon marcheur peut venir profiter de ce cadre magnifique. Même en pleine chaleur, il fait presque frais… dans tous les cas, elle peut à loisir observer cette falaise, tenter d’y trouver l’ancienne entrée supposée conduire à sa maison. A défaut d’entrée, au moins un signe, une trace, elle serait même preneuse d’une piste hypothétique. Mais cela fait bientôt deux heures qu’elle observe, rien n’apparaît. Quel est donc ce mystère ? Une légende, un propos mensonger de la part du vendeur ?
Elle a commencé par marcher depuis la maison jusqu’à la côte. C’est long. D’après elle, s’il y a quelque chose, cela passe par un très long couloir, peut-être un kilomètre. Cela n’interdit pourtant pas la possibilité. Peut-être tout cela a-t-il disparu, éboulé avec le temps… Peut-être l’entrée est-elle vraiment bien dissimulée ? Ou même magiquement invisible auquel cas… Seul un spécialiste pourrait l’aider mais à force, elle va y laisser toutes ses économies. Est-ce un mystère à ce point urgent qu’il doive être élucidé dans l’heure ? Ivanovna n’est pas pressée de trouver réponse à ses questions. Tout cela n’est qu’une raison pour elle de rêver. L’endroit est peut-être un peu moins calme qu’elle ne l’espérait. Le sud de l’Angleterre est très couru, même si les moldus apprécient de moins en moins les chaleurs du Kent. Le mouvement de migration vers des lieux moins caniculaires est amorcé depuis longtemps mais il est moindre que dans d’autres régions d’Europe. Et dans tous les cas, Rye est bien plus agréable que Wick. Elle s’est habituée à ce climat. Et puis les britanniques sont d’abord des insulaires, peu importe l’endroit où ils résident. Cela, aucun continental ne le comprendra. Elle se promène donc, en repensant à toutes ces fois où la vie l’a conduite sur une plage. L’impression que cette nature précise est en phase avec elle. Les plages de Kara, celle de Wick, Newhaven. Et maintenant ce chez elle qui ne porte encore de nom. Qu’y a-t-il de l’autre côté de la mer ? Et qu’y a-t-il de l’autre côté de Vana ? Comme un miroir intérieur, la sensation de vivre un point cardinal. Elle pense à Alyona, heureuse pour une fois que son amie ne soit pas là. Elle peut ainsi rêver encore plus fort à leur amitié. Son absence permanente est factice. Aly est là. Tout autour. Quand elle verra les lieux… Certes, tout est calculé pour qu’elle gagne sa vie, sans quoi elle dérogera à sa promesse initiale, ne jamais rien leur devoir. Mais emprunter le temps de l’achat c’est une entorse acceptable, surtout qu’elle n’a rien promis à personne. Ivanovna est corrompue, sans s’en rendre compte l’amour aveugle son jugement. Ce n’est sans doute que la première des infractions à ses règles mais qui peut le savoir… Elle a le droit elle aussi aux petits plaisirs de la vie. Apprivoiser ce qui peut être un jour les alentours de sa maison en fait partie. Ce passage secret introuvable mène au moins quelque part ; l’éclosion de l’insouciance, comme une décompensation.
Comme la raison traîne malgré tout dans une partie de son cerveau, elle sait devoir prendre le temps. Mais… se promener alentour, trouver la plus infime raison de faire quelque chose en lien avec est une manière détournée de la garder dans son coeur...La voilà donc en pleine prospection d’une question restée sans réponse en l’état. Elle est sur une plage entre Fairlight Glen et Fairlight Cove, ce que les moldus doivent appeler des hameaux rattachés à Hastings. De plage il n’en est pas vraiment d’ailleurs, on doit parler de falaises qui ont encore été « raidies » par l’érosion galopante due à la montée des eaux. Elle est seule mais a pris soin de ne pas emmener avec elle de signes ostentatoires la liant à la magie. Point de balai ou autre vêtement excentrique aux yeux moldus.
Elle ne s’attendait pas à se retrouver seule même si la côte, par ici, demeure mal accessible. Un bon marcheur peut venir profiter de ce cadre magnifique. Même en pleine chaleur, il fait presque frais… dans tous les cas, elle peut à loisir observer cette falaise, tenter d’y trouver l’ancienne entrée supposée conduire à sa maison. A défaut d’entrée, au moins un signe, une trace, elle serait même preneuse d’une piste hypothétique. Mais cela fait bientôt deux heures qu’elle observe, rien n’apparaît. Quel est donc ce mystère ? Une légende, un propos mensonger de la part du vendeur ?
Elle a commencé par marcher depuis la maison jusqu’à la côte. C’est long. D’après elle, s’il y a quelque chose, cela passe par un très long couloir, peut-être un kilomètre. Cela n’interdit pourtant pas la possibilité. Peut-être tout cela a-t-il disparu, éboulé avec le temps… Peut-être l’entrée est-elle vraiment bien dissimulée ? Ou même magiquement invisible auquel cas… Seul un spécialiste pourrait l’aider mais à force, elle va y laisser toutes ses économies. Est-ce un mystère à ce point urgent qu’il doive être élucidé dans l’heure ? Ivanovna n’est pas pressée de trouver réponse à ses questions. Tout cela n’est qu’une raison pour elle de rêver. L’endroit est peut-être un peu moins calme qu’elle ne l’espérait. Le sud de l’Angleterre est très couru, même si les moldus apprécient de moins en moins les chaleurs du Kent. Le mouvement de migration vers des lieux moins caniculaires est amorcé depuis longtemps mais il est moindre que dans d’autres régions d’Europe. Et dans tous les cas, Rye est bien plus agréable que Wick. Elle s’est habituée à ce climat. Et puis les britanniques sont d’abord des insulaires, peu importe l’endroit où ils résident. Cela, aucun continental ne le comprendra. Elle se promène donc, en repensant à toutes ces fois où la vie l’a conduite sur une plage. L’impression que cette nature précise est en phase avec elle. Les plages de Kara, celle de Wick, Newhaven. Et maintenant ce chez elle qui ne porte encore de nom. Qu’y a-t-il de l’autre côté de la mer ? Et qu’y a-t-il de l’autre côté de Vana ? Comme un miroir intérieur, la sensation de vivre un point cardinal. Elle pense à Alyona, heureuse pour une fois que son amie ne soit pas là. Elle peut ainsi rêver encore plus fort à leur amitié. Son absence permanente est factice. Aly est là. Tout autour. Quand elle verra les lieux… Certes, tout est calculé pour qu’elle gagne sa vie, sans quoi elle dérogera à sa promesse initiale, ne jamais rien leur devoir. Mais emprunter le temps de l’achat c’est une entorse acceptable, surtout qu’elle n’a rien promis à personne. Ivanovna est corrompue, sans s’en rendre compte l’amour aveugle son jugement. Ce n’est sans doute que la première des infractions à ses règles mais qui peut le savoir… Elle a le droit elle aussi aux petits plaisirs de la vie. Apprivoiser ce qui peut être un jour les alentours de sa maison en fait partie. Ce passage secret introuvable mène au moins quelque part ; l’éclosion de l’insouciance, comme une décompensation.
