TW Dévoiler ses ratures PNJ

30 Juin 2051
Appartement de Folma


Image postée par le membre
Folma Joyner - 48 ans
PNJ actif

TW : faits de maltraitance sur un enfant (psychologique et agression physique)

- Tu veux boire un truc ? Il me reste du thé à la menthe, de la camomille et...de l'eau. Je n'ai pas encore eu le temps d'aller faire les courses.

Folma parlait beaucoup. Elle comblait le silence qui s'instaurait à chaque fois qu'elle cessait de prendre la parole.

Debout près de l'entrée de l'appartement, Émeline venait tout juste d'arriver, son regard courant plutôt sur la décoration que sur sa tante. Ce lieu qui l'avait accueilli maintes fois par le passé pour des soirées pyjamas n'avait presque pas changé. Les plantes montantes vers le plafond étaient restées verdoyantes, parfumant l'air de leur présence. Sur les murs, Émeline y redécouvrit des vieux dessins qu'elle avait faits enfant, allant jusqu'à ceux plus récents durant le début de son adolescence.

Elle s'était approchée de l'un d'eux, laissant courir ses doigts sur la surface de la feuille.

Étrange.

Émeline savait qu'un jour elle reviendrait ici. Pourtant, son cœur ne battait pas comme il aurait dû. Elle l'avait imaginé s'emporter à toute allure, porté par le trop plein de joie que la vue de l'habitation lui avait toujours procuré.

Il était assez calme. Trop calme.

C'était comme si elle en était détachée...Elle, détachée de ce lieu synonyme de bonheur ? Étrange.

- T'as toujours eu un talent monstre pour le dessin, commenta-t-elle dans son dos.

Ses yeux se détachèrent du dessin pour venir se planter sur Folma. Elle se tenait près de la porte du salon, deux verres d'eau dans les mains. Sa tante les lui montra avant de les déposer sur la table, l'invitant silencieusement à prendre place.

Mais Émeline ne comptait pas s'asseoir. Elle resta là, le dos droit, son regard indéfinissable.

Elle n'eut pas besoin de le dire pour que Folma le comprenne. Celle-ci avait pris place sur une chaise, s'accordant quelques gorgées bienvenues pour délier sa gorge. En ayant presque terminé l'eau qu'elle s'était servie, la rouquine se mit à jouer avec son verre, évitant de la regarder.

- Je sais que tu m'en veux. Tu me l'as bien fait comprendre la dernière fois.

Émeline ne sut si elle devait acquiescer ou seulement rire de sa réflexion. Lui faire comprendre ? Oh, elle n'avait pas d'idée à quel point sa rancune était forte. Pour l'illustrer, il y avait quelque chose dans sa poche qui n'attendait qu'à être sorti de là. Sa main alla le chercher pour ensuite le déposer sur la table, le faisant glisser jusqu'à Folma.

- Je n'en ai plus besoin.

Le bracelet de communication qu'elle lui avait offert avant son départ se tenait désormais entre elles.

Folma le fixa, percevant parfaitement le message derrière.

Elle l'attrapa pour le ramener jusqu'à elle. Ainsi rapprochée de l'objet, elle put étudier l'état du bracelet. Émeline avait tant utilisé le bracelet qu'elle y trouva des légères usures vers la rune. Détail si minuscule que l'apothicaire sentit son propre cœur se serrer violemment.

Son visage se releva vers elle, la peine faisant briller ses yeux ambrés.

- Émi...Je-

- Tu vas encore t'excuser ? la coupa-t-elle brutalement avant de retrouver un semblant de calme. Je ne suis pas venue pour entendre ça. Ni te le demander.

Au lieu de rendre son regard à Folma, Émeline ne quittait pas des yeux ce bracelet qu'elle avait tant chéri.

- Je n'attends plus rien de toi, Tatie.

553 mots
Dernière modification par Émeline Joyner le 27 juil. 2026, 23:27, modifié 1 fois.

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

TW Dévoiler ses ratures PNJ
Quand est-ce qu'elle avait perdu le fil de leur relation et que la rancœur s'était immiscée dans son cœur ?

Émeline repensait à elle, à ce soi passé qui ne jurait que par la présence de sa tante. Eux deux, elles avaient toujours formé une paire inséparable. Des êtres qu'on pensait impossible à dissocier, tels les doigts d'une même main. La jeune Émeline l'avait toujours pensé, que jamais, au grand jamais, elle ne pourrait détester Folma. Après tout, comment haïr une personne aussi aimante ? Sa bonté et son humour avaient accompagné les premiers pas de l'adolescente. Face au doute, elle lui illuminait le chemin par sa franchise et son ingéniosité.

Sa tante était une femme comme on en croisait rarement. Une sorcière iconique qui avait toujours su se faire remarquer, autant en bien qu'en mal. Pour l'enfant qu'elle avait pu être, elle avait incarné le parfait exemple de la liberté.

Elle était sa plus grande confidente. Sa meilleure amie.

Enfin, ça, c'était avant qu'elle ne s'efface de sa vie.

- Je voudrais que tu arrêtes de venir me voir chez Alexander, reprit Émeline. En fait, je préfèrerais que tu m'oublies.

C'était sorti.

Sa rancœur avait mené la danse, propulsant un missile droit sur celle qu'elle avait tant aimée. Émeline connaissait le poids de sa demande, elle savait que Folma n'allait pas bien le vivre. Celle-ci en perdit même des couleurs, ne s'attendant sûrement pas à recevoir de tels mots. Pourtant, ne l'avait-elle pas cherché ? N'avait-elle pas envenimé les choses en l'ignorant tant de mois ? Tandis qu'elle s'amusait à l'autre bout du monde, elle, elle avait plongé tête la première dans ses abysses. Que serait-elle devenue si Alexander n'avait pas été là pour elle ? Si elle ne s'était pas réfugiée chez lui ce jour-là ? Où en serait-elle aujourd'hui ? Sûrement pas là, remontant la pente qu'elle avait dévalée.

- Va ouvrir ta boutique et fais ta vie avec tes ingrédients. T'auras pas de problème de mémoire avec eux.

Elle s'en délecta, de ce regard rempli de peine. Émeline n'aimait guère attaquer quelqu'un à terre, mais pour Folma, c'était une toute autre histoire. Pour celle qui lui avait toujours appris à user de la ruse dans une bataille, elle était prête à devenir mesquine jusqu'au bout des ongles.

L'ancienne bleue et argent regarda une dernière fois le bracelet, comme un adieu muet à cet objet qui l'avait accompagnée durant les moments les plus sombres de son existence. Puis, elle replaça ses mains dans ses poches, glissant son regard sur sa tante.

- Bref, c'est tout ce que j'avais à te dire...Prends bien soin de toi.

Émeline fit un pas en arrière, se tournant en direction de la sortie. Elle avait hâte de rentrer chez Al et d'oublier tout ça en engloutissant une bonne dose de glace. Son protecteur ne devait pas être serein, même s'il savait qu'il s'agissait de sa tante, Folma avait eu une drôle de façon de se présenter quelques jours plus tôt...Avant que la honte ne l'assaille une nouvelle fois en y repensant, Émeline préféra se mettre en condition mentale pour aller prendre le magicobus.

La rouquine, qui était restée assise tout le long de la discussion, se releva enfin, faisant racler la chaise sous l'empressement de son geste.

- Je t'en prie, Émi, ne pars pas ! implora Folma en la rattrapant. T-Tu ne peux pas me demander ça, par Merlin, Mimi...Je sais que j'étais vraiment nulle sur ce coup, que tu as raison de m'en vouloir pour tout ça, mais…mais comment veux-tu que j'arrive à t'oublier ?

- T'as bien réussi à le faire pendant deux ans ! s'énerva-t-elle en rejetant la main de Folma. Quand tu étais je ne sais où, à marchander, là il n'y avait pas de souci à me rayer de ta vie, crachat-elle avec hargne.

Son souffle s'accéléra malgré elle, la rage s'engageant pour la suite.

- Viens pas me faire ton jeu de la tante détruite, alors que je suis la seule ici qui ait souffert.

Circée toute-puissante, comment voulait-elle qu'elle garde son calme ?

- Tu débarques comme ça, après des mois entiers de silence, sans aucune foutue nouvelle. Ni aucune réponse à ce bracelet que TU m'avais offert, pour quoi déjà ? Ah oui, ça me revient, pour "garder le contact". Mon cul, oui ! Ce bracelet, c'était juste un moyen pour toi de me faire avaler plus facilement la pilule, tu n'as jamais eu l'intention de l'utiliser.

Elle l'avait repoussé loin d'elle, autant par les mots que par ses pas en arrière.

- T'étais où, hein ? T'étais où quand j'avais réellement besoin de toi ? Que j'ai usé la rune de mon bracelet, à te supplier de rentrer. T'ÉTAIS OÙ ?!

Fichus sentiments contradictoires. Fichu cœur souffrant dans sa poitrine. Fichues larmes qui guettaient le meilleur moment pour couler. Mais elle ne leur permettrait pas de ruiner son moment de parole. Pas encore.

Le souffle court, Émeline s'arrêta enfin de parler. Quelques secondes s'étirèrent entre elles, leur laissant tout le loisir de s'observer l'une et l'autre. Le visage rougi par la colère, elle finit par détendre ses épaules et rajouta, un rictus mauvais aux lèvres :

- T'es une putain de menteuse. Voilà c'que t'es.

875 mots
Dernière modification par Émeline Joyner le 27 juil. 2026, 23:27, modifié 1 fois.

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

TW Dévoiler ses ratures PNJ
Un claquement de porte. Des cris énervés à travers le mur. Une chambre plongée dans l'obscurité. Puis, elle, assise sur le sol, ses genoux remontés contre sa poitrine. Elle pleure beaucoup pour une enfant aimée. Ses larmes viennent, dévalent ses joues et l'empêchent de respirer. Elle ne va pas chercher un mouchoir, au lieu de ça, elle tapote sur son bracelet.

Son doigt rentre en contact avec la rune gravée.
Encore.
Encore.
Et encore.

Il écrit. Il implore. Il implore un retour, une aide. Il implore qu'on la sorte de là.

Alors le doigt continue de tapoter.
Encore.
Encore.
Et encore.

Elle finira par arriver. Elle va la trouver, la tirer entre ses bras et lui dire à quel point elle a bien fait de l'appeler, que maintenant c'est fini. Qu'elle n'a plus rien à craindre.

Elle y croit toujours, à travers ses larmes.
Elle y croit, parce qu'elle lui a promis.





Dire la vérité, ça faisait mal.

Ça lui avait perforé le cœur, alors qu'elle savait. Elle l'avait vécu, cette ignorance. Au fond de sa chambre, seule, à quémander de l'aide dans le vide. L'espoir l'avait tenu jusqu'au bout. Il lui avait soufflé d'attendre là, persuadé que quelqu'un allait venir raisonner son père.

Quelle idiote.

Personne n'était venu l'aider, encore moins sauver l'âme de Jonathan. Car au fond d'elle, Émeline était persuadée qu'il aurait pu changer si un adulte s'était penché sur son cas. S'il avait été suivi, il n'en serait pas arrivé à ce stade. Son héros aurait survécu au tsunami et elle n'aurait pas écopé de ces cicatrices.

Ils auraient pu être heureux. Si seulement quelqu'un s'était retourné.

Si seulement...

- Je ne veux plus t'attendre...Je ne veux plus attendre personne.

Quitte à être seule, elle préférait l'être en connaissance de cause. Plus jamais elle ne voulait s'infliger la douleur de l'espoir.

- Alors, s'il-te-plaît...ne cherche pas à me faire croire que je suis importante, implora-t-elle, son visage tiraillé entre la rage et la peine.

Folma était restée interdite.
Figée face à elle, comme si elle l'avait pétrifié.
C'était sa chance pour s'en aller, elle ne retentera pas de l'arrêter.

Émeline se recula jusqu'à sentir la porte d'entrée dans son dos. Se retourner et l'ouvrir suffirait. Elle n'aura plus jamais l'obligation de la revoir. Ni elle, ni cet appartement qui la rendait faible.

Son corps bougea pour l'emmener loin d'ici. Elle ne voulait plus sentir ce poids dans sa poitrine. Elle ne voulait plus entendre cette voix du passé, lui rappelant à quel point elle l'aimait. Tous ces sentiments, qu'elle pensait rangés au fond d'une boite, s'insurgeaient, l'affaiblissant à mesure qu'elle restait là.

La poignée de la porte se retrouva contre sa paume. Elle l'actionna, permettant à la lumière du jour d'apparaître dans le vestibule. Encore quelques pas et elle en sera libérée.

Dans son dos, un reniflement se fit entendre.

Sans la voir, Émeline comprit que sa tante s'était mise à pleurer. La guerrière à la chevelure de feu venait de perdre toute trace de courage. Son armure fissurée avait été abandonnée. Plus rien ne lui permettait de cacher ses larmes.

- Ma graine, ne part pas. Pitié...pitié, pas toi.

528 mots

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

TW Dévoiler ses ratures PNJ
Pourquoi n'arrivait-elle pas à partir ?
Pourquoi ses pleurs avaient-ils réussi à l'arrêter ?

Pourquoi ?
Pourquoi ?
Pourquoi ne fuyait-elle pas ?

Elle ne lui devait plus rien. Aucune dette ne l'entravait. Elle était en droit de s'en aller sans se retourner.

Mais ses pieds restaient collés au sol, la sortie en face d'elle. Folma continuait de pleurer dans son dos.
L'appelant.
Suppliant.

Émeline n'avait jamais entendu une telle lamentation. Jamais. Encore moins venant de cette sorcière au caractère d'acier, celle qui lui avait appris à toujours garder les épaules droites et le regard fort.

Sa tante ne baissait l'échine devant personne.
C'était ça, la force de Folma Joyner.

Pourtant, les larmes qu'elle entendait venaient bien d'elle.

Où était-elle donc passée, la chevalière intrépide ? L'aventurière qui ne connaissait pas la peur. L'exploratrice des contrées perdues. Où. Était. Elle ?

- Je suis désolée...Tellement désolée...

Brisée. Sa voix s'était transformée en morceaux. Du verre brisé prêt à se planter dans sa chair.

- Arrête.

L'ordre avait glissé à travers sa bouche, interdite. Elle ne voulait pas l'entendre. Elle ne voulait pas sentir sa peine venir se coller à sa peau et éroder ses défenses. Sa vaillance ne devait pas faiblir, encore frémir à cause de son chagrin. Quand elle était à sa place, enroulée dans sa couette et les larmes inondant ses joues, personne n'était venu la relever.

Émeline avait affronté le monstre seule. Sans épée, elle s'était tenue face à lui de nombreuses fois. S'armant de son bouclier nommé espoir. À chaque confrontation, elle le levait bien haut pour subir les assauts de celui qu'elle appelait avant Papa. Il avait beau la rabaisser, tenter de lui faire croire qu'elle ne valait rien, elle l'avait affronté.

Mais même l'espoir finit par se briser.

Le sien s'était fissuré. Jusqu'à ce que son cœur subisse l'ultime bataille.

- T'as pas le droit...T'as pas le droit de chialer, fit-elle en se retournant, les yeux flamboyants.

Folma n'écoutait pas.

Elle n'écoutait jamais, de toute façon. Il était impossible de cantonner son existence à des ordres ou des demandes. Émeline avait toujours trouvé ça fascinant et l'enviait pour être aussi peu influençable.

La fascination, à cet instant, avait laissé place à la rage.

Elle la maudissait de baisser ses barrières devant elle.
Elle la maudissait de ne pas être capable d'arrêter ses pleurs.
Elle la maudissait de se mettre dans cet état alors qu'elle avait supporté bien plus.

Elle la-...

Elle se maudit de se sentir faible à ce spectacle.

La porte claqua dans son dos. Ses talons tapèrent furieusement contre le sol et ses mains se plaquèrent sur ses épaules pour la secouer.

- Arrête arrête arrête. Arrête je t'ai dit ! l'insurgea Émeline, se mettant à son tour à pleurer. T'as pas le droit. T'as pas le droit, t'entends ?!

Sa tante la laissa faire sans émettre la moindre résistance. Elle se fit secouer, alors que les larmes continuaient de couler sur ses joues.

La peine se déversait des deux côtés. Chez une pour la culpabilité. L'autre pour un mélange d'émotions contradictoires.

Émeline tentait de la stopper, mais ses propres larmes venaient l'affaiblir. La force dans ses bras mourut à petit feu, jusqu'au point où elle n'avait plus l'énergie de le faire. Elle était là, consumée par la colère et la peine, sans qu'aucune force supplémentaire ne vienne.

Elle était vidée.

Ses larmes, elles, ne l'étaient pas. Elles dévalaient la courbe de son visage et allaient marquer son tee-shirt de leur passage pour s'y effacer.

Un bras s'enroula autour d'elle pour l'attirer de force contre ce corps qu'elle avait tant embrassé. Son nez tomba dans cette chevelure à la senteur de fruits et de soleil. Notes pas si lointaines de son enfance.

L'écho des battements d'un autre cœur se répercutait contre sa poitrine.

Un chant affolé. Le chant d'une tristesse partagée. D'un remords à peine assumé.

- Je suis là, croassa-t-elle d'une gorge enrouée. Je suis là maintenant.

Le temps s'était comme arrêté. Sa respiration à moitié bloquée dans ses poumons.

Elle n'y croyait plus.
Elle ne croyait plus pouvoir entendre ces mots tant espérés.

Folma les avait prononcé.
Folma était bien là, la tenant contre elle.


Quel cap, commandant ? Où devons-nous nous rendre ?*


Il n'y avait plus besoin de fuir de typhon ou de quelconque tempête. La mer s'était enfin calmée et le ciel jouissait d'une éclaircie. L'ancre pouvait être jetée pour que les pieds puissent toucher terre.

On était enfin venu la trouver.

745 mots

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline

TW Dévoiler ses ratures PNJ
Image postée par le membre

Nuit d'été, tu es venue

Le Soleil s'est incliné face à la Lune, inondant le ciel de sa clarté. Dans l'ombre, les murmures agissent. Ils jugent ces deux corps lovés dont le fil du Destin n'a pas su se rompre. Leurs oreilles n'entendent rien. L'avis du ciel ne peut pas atteindre ces mortelles aux joues salées. Elles pleurent leur peine, ces mois de séparation et tous ces moments où l'absence a noirci le cœur de l'une d'elles.


Des coussins avaient rejoint le tapis sur lequel elles étaient étendues. Leurs corps s'étaient naturellement éloignés et, sans un mot, elles s'étaient installées de cette manière, comme elles avaient l'habitude de faire par le passé. Les yeux portés vers le plafond, elles observaient ces guirlandes magiques que Folma avait collées bien des années en arrière. Elles avaient toujours illuminé l'appartement, mélangeant leur douce lumière avec le vert des feuilles et alimentant toutes les histoires que l'apothicaire contait à sa jeune nièce.

Aujourd'hui, aucune histoire ne flottait dans l'air.

Pas de rires cristallins.

Pas de bruitage exagéré.

Juste elles, les guirlandes et les soupirs de l'été.

Elles pourraient rester longtemps comme ça. Émeline le savait. Folma devait sûrement le savoir aussi. L'ancienne Serdaigle présumait que c'était cette raison qui poussait sa tante à ne rien dire. Comme si elle craignait qu'elle ne change subitement d'avis si elle l'entendait à nouveau.

Ça lui avait traversé l'esprit, de se lever sans rien ajouter et, finalement, de s'en aller. Elle n'avait pas pu s'en empêcher, alors que son dos rencontrait le sol de l'appartement et le moelleux d'un oreiller. Si les pleurs de Folma l'avaient clouée sur place juste avant, elle n'imaginait pas le chaos qu'elle laisserait derrière elle en s'enfuyant.

Émeline était restée. Par nostalgie, par ce besoin immense de retrouver un semblant de famille. Mais elle ne lui avait pas pardonné. Pas totalement. Pas encore. Avant ça, elle devait lui prouver que ce n'était pas encore de nouvelles paroles en l'air. Le temps jouerait son œuvre et déciderait si ses fissures finiraient par se combler.

Un souffle endormit brisa la sphère du silence.

Son visage se tourna en direction de sa tante, désormais assoupie. Pleurer avait dû l'épuiser. Elle aussi, elle n'avait plus d'énergie. Plus assez pour partir et l'abandonner là, dans les bras de Morphée.

Elle roula sur le côté, observant cette chevalière d'un autre temps. Ses cheveux retombaient en lourdes boucles autour de son visage. Quelques cernes s'étaient rajoutés au coin de ses yeux, soufflant que les années étaient bien passées, même pour l'immortelle Folma.

Avec une hésitation presque infantile, elle déplaça une mèche récalcitrante, dévoilant un peu mieux les traits de la belle endormie.

De quoi pouvait-elle rêver ? Allait-elle revivre leur dispute ou plutôt un souvenir de son voyage ? Émeline ne pouvait que spéculer, ses yeux braqués sur elle.

- Tu m'as manqué, souffla-t-elle à voix basse.

Aucune réponse ne vint suite à cet aveu. Il n'eut que le silence et la respiration répétitive de sa tante. Mais ce n'était pas grave, car elle ne voulait pas de réponse. Elle ne voulait pas entendre de "moi aussi" qu'elle ne pourrait croire.

À son tour, ses paupières commencèrent à s'alourdir. Elle lutta de longues secondes, désirant garder dans son champ de vision celle qu'elle avait tant souhaité revoir.

Elle finit par s'endormir, l'écho de son aveu flottant toujours dans la pièce.

564 mots

- #066ccb - Coucou Rapeltout -- Son petit Moine Gras -- Préfète InRP de Février 2051 à Juin 2051
Semeuse de Discorde - Projectile de qualité supérieure - Méméline