Ferrer une créature aux blanches écailles
Juin 2051
GODRIC’S HOLLOW
GODRIC’S HOLLOW
Demeure de Lillian et Duke Hangoover« Nous n'avons aucune nouvelle d’elle depuis plusieurs semaines, maintenant. As-tu du nouveau de ton côté, Donovan ? »
Ledit Donovan claque la langue, agacé. Malgré ses recherches, il n’a pas pu apprendre où avait disparu la gamine Sangblanc. Oh, il sait pourquoi elle s’est enfuie de son stage. La bonne vieille histoire d’un ego bafoué. Ce n’est pas pour rien que le tournoi auquel participait Archie est interdit aux femmes. Donovan savait que la gamine échouerait mais il pensait qu’elle validerait tout de même son stage car elle lui avait paru déterminé. Mais non, elle a abandonné. À cause d’une coupe de cheveux ? Merlin, les femmes…
« Aucune nouvelle, » répond-il à sa mère en se penchant pour attraper la tasse en porcelaine sur la table basse.
Donovan, pourtant, a fait ce qu'il fallait pour se renseigner. Il a contacté Archie, bien sûr, et a grassement payé quelques âmes pour qu'elles aillent fouiner là où elles n'auraient pas dû le faire. Donovan ne pouvait pas savoir qu'il cherchait au mauvais endroit et qu'au lieu de fouiller le pays, il devait fouiller le continent.
« Pourtant, j’ai étendu mes recherches, reprend-t-il après avoir bu une agréable gorgée de sa boisson chaude. Nulle inquiétude, mère. Elle sortira de son trou en temps et en heure. En attendant, elle ne risque pas de retrouver sa place dans ma maison. »
Un ricanement échappe à Donovan qui tourne les yeux vers la fenêtre pour camoufler la colère que lui inspire la disparition de celle qui était la professeure de son jeune fils — ça faisait bien sur le papier, une Sangblanc, même si elle a un caractère déplorable. Qui trouvera-t-il pour la remplacer ? Cette vieille Hourton ? Ou pire, ce blanc-bec de Geralt Winston ? Hors de question. La première a une façon de voir l'éducation qui ne lui convient pas. Quant au second ? Il n'est même pas bon. À croire qu'il a eu son diplôme grâce aux bras longs de sa mère, ce qui ne serait pas étonnant, à vrai dire.
« Ne dis pas de bêtise, » intervient Lillian d’une voix froide.
Son ton le force à ramener ses yeux sur elle. Son regard glacial a la couleur de la colère. Donovan se redresse sur le divan pour ne pas paraître trop avachi devant elle. Une habitude qui remonte à l'enfance, quand il avait encore l'âge de se faire gronder pour son attitude. Il n'a plus l'âge, pourtant Lillian lui reproche encore parfois de mal se tenir. Devant elle, il doit faire attention.
« Elle reviendra faire ses leçons à Derek et tu le sais bien. Hors de question qu’elle nous échappe. »
Donovan camoufle sa grimace derrière sa tasse et avale une gorgée de ce qui n’est autre qu’un bon vieux thé anglais parfaitement dosé. On ne peut pas enlever à Lillian Hangoover qu’elle sait préparer le thé. Tout comme elle sait imposer ses préférences. Il essaie, en vain, de cacher le fait que sa remontrance le vexe. Comme si sa mère pouvait l'ignorer. Donovan l’observe par-dessus la porcelaine. Depuis qu’il est arrivé chez elle, elle ne s’est pas départie de ses lèvres pincées et de son air fermé. Il comprend qu’elle attendait beaucoup plus des nouvelles qu’il aurait dû pouvoir lui apporter à propos d’Alice Sangblanc. La sensation d’avoir échoué lui noue un instant les entrailles avant qu’il se débarrasse du vieux sentiment familier en reprenant la parole, son ton arrogant chassant toutes pensées parasites.
« Que crains-tu ? Qu’elle disparaisse à jamais ? Elle ne peut pas…
— Elle peut, » le coupe Lillian.
Donovan soutient un instant son regard d'aigle. Il commence à comprendre ce qui passe par l’esprit de sa mère. Des questions frivoles, selon lui, qui auraient pu être évitées si son frère n’avait pas tendance à toujours gâcher la réputation de sa famille. Même quand il n’est pas au centre de l’histoire, c’est toujours lui le problème. Cela a toujours été lui, le problème central de sa famille. Comme souvent, Donovan se dit que tout aurait été plus simple si son frère n'était jamais né. Tout comme sa sœur, d'ailleurs. La pauvre. Elle n'est pas capable de grand chose.
« Tu crains qu’elle annule le mariage, affirme alors Donovan en ramenant ses yeux sur sa mère. Parce que son honneur a été bafoué.
— Ce qui est entièrement ta faute.
— Je n’ai fait que… »
Il ne suffit que d’un regard à Lillian pour faire ravaler à son fils sa maigre défense. Donovan ferme la bouche et baisse les yeux sur sa tasse. Il est en tort, c’est ce que lui a dit son père le jour où il a appris qu’Archie Aterbury avait fait subir à Alice une humiliation publique — tous les jours il regrette d’avoir montré le courrier d’Arch à ses parents mais qu’aurait-il pu faire d’autre alors que c’est un problème qui concerne toute la famille ? Évidemment, personne d’autre n’est au courant. La famille s’est assurée d’étouffer l’affaire, du moins autant que faire se peut.
Le silence perdure un moment. Le regard de Lillian ne lâche pas celui de son fils qui essaie de faire preuve de remord — ce qui n’est pas facile pour lui qui, à aucun moment, n’a éprouvé de la culpabilité d’avoir conseillé à Arch de prendre Alice comme stagiaire et à Alice de le choisir comme maître de stage. À vrai dire, il se réjouit même de ce qui lui est arrivé. Voilà qui devrait lui faire ravaler son insupportable insolence.
« Notre famille ne peut pas subir le retrait d’Alice Sangblanc, assène Lillian à son fils. Si ce mariage n’a pas lieu, ce n’est pas seulement la réputation de ton frère qui en souffrira et tu le sais bien. »
Tout comme ils savent tous les deux que Christopher ne souffrira en aucun cas d’une annulation de ce mariage qu’il a accepté, ce que Donovan ne comprend toujours pas. Il retient la réplique pleine de rancœur qui toque à la porte de ses lèvres et acquiesce pour sa mère.
« Je le sais, mère. Cela n’arrivera pas. »
Il s’en assurera lui-même.
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Donovan Hangoover, Lillian Hangoover.
- Lien avec le PJ : Frère et mère.
- Lien dans le répertoire : Fiche de PNJ
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? oui
- Si "oui", impact envisagé : inquiétude de la famille à propos du mariage de Chris qui, selon eux, pourrait être mis à mal à cause des différentes catastrophes qu'a vécu la fiancée de Chris. Impact sur Chris à découvrir dans le rp.
- Lien avec le PJ : Frère et mère.
- Lien dans le répertoire : Fiche de PNJ
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? oui
- Si "oui", impact envisagé : inquiétude de la famille à propos du mariage de Chris qui, selon eux, pourrait être mis à mal à cause des différentes catastrophes qu'a vécu la fiancée de Chris. Impact sur Chris à découvrir dans le rp.
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
Ferrer une créature aux blanches écailles
Juillet 2051, milieu du mois
GODRIC’S HOLLOW
GODRIC’S HOLLOW
Demeure de Donovan et Victoria Hangoover« …revenue donner cours aux garçons. Elle va aussi bien qu’il est possible d’aller pour une fille de sa condition, explique Donovan avec mauvaise foi. Elle a demandé à donner cours à Clinton, également. Je lui ai dit qu’il était hors de question que je la paie davantage pour ce que je considère comme un caprice de sa part.
— Tu ne lui as tout de même pas dit ça, j’espère ?
— Non, mère, se reprend Donovan après un bref silence, à peine honteux de mentir à sa mère.
— Bien, » répond cette dernière.
Lillian traverse le salon pour aller se planter devant la fenêtre donnant sur la Towy. Elle observe le cours de l’eau en réfléchissant. Le retour d’Alice dans l’horizon de Godric’s Hollow ne signifie pas pour autant qu’elle ne se servira pas de ce qu’elle a subi pour couper toutes relations avec les Hangoover. Après l’affront qu’elle a essuyé, elle serait en droit de briser ses fiançailles. Si Donovan n’était pas impliqué, les choses auraient été différentes. Mais c’est lui qui lui a conseillé cet Archie Atterbury pour son stage.
« Elle semble attachée aux enfants, commente-t-elle, le regard toujours porté sur les flots du fleuve qui traverse la capitale.
— Il faut croire, oui, répond Donovan en s’avançant dans son dos, sinon elle n’aurait pas accepté de prendre Clinton pour ses leçons avec Derek pour l’été. »
Elle l’entend se positionner à quelques pas d’elle. Lillian a toujours reproché à ses enfants de ne pas avoir sa vivacité d’esprit. Que ce soit les garçons ou son unique fille, il manque à chacun d’eux une capacité à avoir une vue d’ensemble qu’elle trouve déplorable. Ce n’est pas faute d’avoir voulu leur inculquer, pourtant. Ses petits-enfants seront-ils plus facilement exploitables ? Elle fera en sorte que ce soit le cas.
« Qu’elle les prenne en vacances une partie de l’été, » annonce la vieille femme en se retournant vers son enfant.
Donovan affiche cet air perdu qu’il avait déjà enfant quand il ne comprenait pas une question. Mais à trente ans bien passé, cela lui donne un air benêt qu’elle aurait aimé corriger aussi facilement qu’elle le faisait enfant à coup de sévères punitions.
« Mère ? » questionne-t-il sans comprendre.
Voici la malédiction que portent les femmes depuis la nuit des temps : éduquer les hommes. Lillian refrène un mouvement d'humeur et lève légèrement le menton en soutenant le regard de son fils.
« Aux frais de la famille, évidemment. Après tout, nous avons besoin de quelqu’un pour les emmener découvrir le monde et qui de mieux placé que l’une de leur professeure ? Fais en sorte que Christopher les accompagne. Elle se réjouira de s’occuper des enfants. Lui… Peu importe ce qu’il en pense, se reprend-elle avec un bref sourire sans joie. L’important, c’est qu'ils soient ensemble.
— Elle prendra cela pour un cadeau de dédommagement, s’amuse Donovan en hochant la tête, et moi je donnerai l’impression de vouloir poursuivre l’éducation de mes fils. »
Lillian retient le soupir qui menace de traverser ses lèvres et retourne s’asseoir sur le fauteuil qui fait face à la fenêtre. Elle trouve son fils bien naïf de croire qu’Alice Sangblanc pourrait se laisser berner par l’illusion qu’ils essaient de s’excuser envers elle. Lillian a compris depuis longtemps quelle intelligence se cachait sous ces anormaux cheveux blancs. Il n’y a guère que Donovan pour l’ignorer encore, aveuglé qu’il est par sa certitude qu’il a plus de pouvoir qu’elle. La jeune Sangblanc verra clair dans leur jeu. Elle saura que ce pauvre service pour lequel ils la paieront, à savoir accompagner les fils Hangoover en voyage, n’est qu’un moyen de s’assurer qu’elle reste proche de leur famille. Pourtant, elle acceptera, Lillian en est persuadée. Elle acceptera pour les enfants et eux s'assureront que le mariage aura bien lieu.
Quelques minutes plus tard, le ton arrogant de son aîné se fait de nouveau entendre dans le salon silencieux, alors même que Lillian allait prendre congé de lui.
« Tout de même, laisser Clinton et Derek avec Christie… Ne crains-tu pas qu’il fasse d’eux ce que nous ne voulons pas qu’ils deviennent ?
— Ce ne sont pas deux semaines qui changeront ce qu’ils sont, Donovan, corrige sa mère en se dirigeant vers la porte d’entrée. Et tu t’assureras de rectifier leur caractère si le besoin s’en fait ressentir, n’est-ce pas ? »
Un rictus apparaît sur les lèvres charnues de Donovan. Il ouvre la porte du salon pour permettre à sa mère de rejoindre l’entrée.
« Bien entendu, mère.
— Je prendrai tes enfants à la maison à leur retour de vacances, » décide-t-elle subitement en s’immobilisant dans l’entrée.
Lillian Hangoover étant persuadée d’être la plus qualifiée en matière d’éducation, bien plus que son fils dont elle questionne si souvent l’intelligence, elle ne se doute pas qu’en face, Donovan doute autant qu’elle, puisqu’il sait qu’elle a éduqué Christopher et qu'il voit tous les jours le résultat que cela a donné.
« Je leur ferai perdre leurs mauvaises habitudes qu’ils auront prises. Occupe-toi rapidement de cette affaire, Donovan. Ne laissons pas cette jeune femme prendre de mauvaises décisions. »
Fin
Lutin en cuir le plus stylé du Pitiponk
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER
« Sa vie professionnelle est une fête qui s'arrête jamais » - LLOYD RIVER