Rose Tyler
Samedi 08 juillet 2051
17h28
Reducio
Honor Brando, 44 ans Reducio
Oscar Brando, 42 ans
Reducio
Claire Harper, 38 ans Reducio
Rose Tyler, 17 ans
Malgré 63 kilogrammes bien sentis, Narcisse vola comme un fétu de paille sous la prise d'Honor, qui l'envoya valdinguer sur les tatamis de leur gymnase. C'était à peine s'il avait réussi à voir ses mouvements, subissant de plein fouet la puissance sans égal de sa mère. Couvert de sueur, tremblotant de faiblesse, et incapable de se relever, il était malgré tout incapable de cesser de sourire.
"Et bien ?"
L'imposante silhouette de l'ancienne militaire le domina tandis qu'elle s'approchait souplement de lui. Elle posa sa main sur sa hanche, avant d'essuyer une fine goutte de sueur sur son front. Ses muscles congestionnés par l'effort saillaient sous son débardeur gris, et sa respiration s'apaisa en une expiration. L'adolescent pouffa d'un rire jaune, se laissant s'effondrer, pour finir sur le dos, sa main se plaquant sur son visage.
"Héhé... j'ai réussi à t'faire verser une goutte de sueur. Purée, enfin !"
Narcisse, lui en était couvert. Il ruisselait littéralement, malgré la fraîcheur du sud de l'Irlande, et les courants d'air du gymnase, les fenêtres grandes ouvertes. Ses muscles criaient pitié, douloureux à en pleurer, brûlant jusqu'à ses articulations. Mais cette sensation de brûlure, il ne pouvait s'empêcher d'en tirer une fierté indicible, qui le poussait à sourire, de plus belle, de plus en plus emporté par l'euphorie de sentir qu'il se dirigeait dans la bonne direction.
L'ancienne militaire, en silence, ne put à son tour retenir un sourire. Elle ferma les yeux un instant, avant de pivoter pour se diriger vers l'un des nombreux casiers accolés aux murs.
"Tu as bien progressé. Je vais contacter le dojo le plus proche, pour finaliser l'examen de ta ceinture marron.
— Quoi ?!"
Il avait commencé à se redresser, mais bondit brusquement, comme frappé d'un coup de fouet invisible. Toute sa fatigue envolé, son visage s'était écarquillé, affichant ses grands yeux, totalement abasourdi. Il se précipita vers sa mère, en bégayant.
"M- mais, mais, quoi, déjà ?! Mais j'ai pas validé les autres ceintures !?
— Je m'en suis occupé, par correspondance.
— Hein ? Mais, comment c'est possible, j'ai pas passé d'examen, ni d'cours !
— Que crois-tu que nous avons fait ces dernières années ? Je suis formatrice, j'ai le droit d'accorder des passages de ceinture si les conditions s'y prêtent."
Narcisse ne l'avait pas remarqué, mais Honor affichait un drôle de sourire, tandis qu'elle se changeait devant lui. L'adolescent n'y prêtait pas la moindre attention, totalement désemparé par cette nouvelle, assailli par de multiples émotions contradictoires. Ses traits passaient de la joie incontrôlée, au dépit profond, en bifurquant par l'incrédulité la plus totale. Son cœur tonnait dans sa poitrine lorsqu'il reprit, croisant le regard de sa mère, et enfin, il remarqua son fin sourire, ce qui l'apaisa.
"Mais, maman, j'ai pas le niveau...
— On verra ce que les autres senseïs en disent. Tu n'aurais rien d'autre à apprendre d'eux, tu es doué, et rassure-toi, ce ne sera que le premier niveau de la ceinture marron, il y en a deux autres."
Finalement, Honor se laissa aller à un rire, très court, comme une sorte d'aboiement, en remettant un t-shirt kaki. Narcisse demeura immobile, le temps d'un instant, avant d'expirer de soulagement. La ceinture marron était la dernière avant la ceinture noire, mais effectivement, passer le premier grade de cette ceinture n'avait rien d'extraordinaire. Le Coup de vitesse avait dix dans, Honor en était au cinquième, et pourrait bientôt prétendre au sixième. Il reprit son souffle, avant de se coller à sa mère pour lui faire un câlin, qu'elle lui rendit sans hésiter. Désormais, sa tête arrivait au niveau des clavicules d'Honor. Ce simple changement provoque chez l'ancienne militaire une vague d'émotions rares, et pour la première, elle pensa voir en Narcisse autre chose que son petit enfant.
Pendant le câlin, Narcisse demanda, le visage collé dans les vêtements de sa mère.
"J'm'en fous de passer les ceintures. Pourquoi j'peux pas juste m'entraîner avec toi ?"
Elle ne répondit pas tout de suite, ce qui l'amena à s'éloigner d'un centimètre pour redresser la tête, et la regarder, perplexe. De sa main solide et puissante, elle caressait doucement les cheveux de son enfant, ressentant en elle, pour la première fois depuis longtemps, une once de malice. Sa réponse se posa de sa voix forte mais douce.
"La compétition à laquelle je t'ai inscrit est réservée aux ceintures marrons ou plus. Elle est dans trois semaines, alors à partir d'aujourd'hui, entraînement léger."
Une mouche aurait eu de plus petits yeux que Narcisse en cet instant, lorsqu'il entendit cette nouvelle. Aller à une compétition d'arts martiaux, lui ?
Reducio
- Identité du/des PNJ (Prénom, Nom) : Honor Brando, Claire Harper, Oscar Brando, et Rose Tyler
- Lien avec le PJ : Mère, marraine, père, et future connaissance de Narcisse
- Lien dans le répertoire : Ici
- Ce RP aura-t-il un impact sur mon PJ ? Oui
- Si "oui", impact envisagé : Les PNJ familiaux accompagnent toujours Narcisse dans ses aventures, et Rose permettra de développer le rapport de Narcisse au monde magique et moldu. Il l'aidera à prendre conscience qu'il doit mentir pour maintenir le secret, même s'il déteste ça, le fera questionner cette nécessité, et le troublera. Elle l'aidera à s'améliorer et à affûter sa détermination pour s'améliorer, en prenant conscience de ses responsabilités.
- Lien avec le PJ : Mère, marraine, père, et future connaissance de Narcisse
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- Si "oui", impact envisagé : Les PNJ familiaux accompagnent toujours Narcisse dans ses aventures, et Rose permettra de développer le rapport de Narcisse au monde magique et moldu. Il l'aidera à prendre conscience qu'il doit mentir pour maintenir le secret, même s'il déteste ça, le fera questionner cette nécessité, et le troublera. Elle l'aidera à s'améliorer et à affûter sa détermination pour s'améliorer, en prenant conscience de ses responsabilités.
Rose Tyler
TW : Sang et blessures
Honor s'était bien gardée de dire à Narcisse qu'elle avait pris des places pour toute la famille, de quoi rajouter une petite pression salvatrice pour l'adolescent. Et tandis qu'il les cherchait du regard, il se sentit pour la première fois mal à l'aise dans sa tenue.Samedi 29 juillet 2051
09h24
Cork, MTU ArenaReducio
Narcisse Brando, 15 ans
Image modifiée par IA
L'avantage du Coup de vitesse, c'était qu'aucune tenue officielle n'avait jamais été décidée par les dirigeants. Tant que les règles de bases étaient respectées -aucune manche flottante, aucune chemise, aucun jean, pas de chaussures ouvertes, pas de protection autre qu'un protège-dents ou une coque, pas de gants renforcés, pas de casque, tout était plus ou moins autorisé. Ce qui avait donc permis à Narcisse de revêtir son fameux t-shirt de compression noir, avec son jogging blanc et ses baskets.
Enfin, il tomba sur sa famille, et un sourire illumina son visage, dissipant, un court instant, toute pression. Honor était assise entre Oscar et Claire, et tous trois le saluèrent d'une main encourageante. Son père avait son téléphone en main, refusant de manquer la moindre seconde, toute sa fierté rayonnant sur son visage. Claire s'était peinturluré le visage d'un "N" et d'un "B" au feutre sur les joues, et comptait bien le soutenir de tous ses gestes. Honor, elle, souriait. Elle souriait, en silence, mais il suffit d'un regard échangé pour que l'adolescent se sente envahi d'un courage indicible. L'ancienne militaire hocha la tête, dans un signe approbateur, et Narcisse sut qu'il pourrait déplacer des montagnes.
"Ok, c'est parti..."
Sa main se plaqua sur son épaule lorsqu'il la fit tournoyer, échauffant ses articulations déjà prêtes à l'action. Ses gaines à baguette manquaient à ses poignets, ce serait la première fois depuis des années qu'il combattrait en pur moldu, il avait hâte de voir les progrès de ses entraînements. Le premier affrontement l'opposait à un jeune garçon, une année plus âgé, plus grand que lui, et clairement plus à l'aise avec l'art martial.
Narcisse tapota ses joues pour se concentrer, se laissant petit à petit immerger dans la concentration du combat. Il ne cherchait pas à gagner cette compétition, son objectif n'était pas et ne serait jamais de prouver qu'il était meilleur que quiconque. Il voulait seulement voir ce qu'il valait. L'entraînement qu'il avait reçu et les efforts qu'il avait fourni seraient-ils suffisants ?
L'arbitre siffla le début de la rencontre. Tout alla très vite, à partir de là.
Le Coup de vitesse est un art martial pensé pour mettre hors de combat son adversaire le plus rapidement possible. Très peu de prises officielles étaient recensées, pour laisser place aux contre attaques et aux assauts explosifs. Cet art enseignait à vaincre un adversaire, pas à proposer un beau spectacle. Aussi, les règles de ses compétitions avaient été judicieusement imaginées.
Le gagnant était celui qui réussissait trois touches franches contre son adversaire. Comptait comme une touche franche tout coup qui n'était pas paré, ni esquivé. Comptait comme une touche franche le fait de réussir à immobiliser les mouvements de son adversaire pendant cinq secondes, décomptées par l'arbitre. Et pour éviter les blessures inutiles, les coups au corps étaient fortement encouragés -mais n'étaient pas obligatoires... Les compétitions du niveau inférieure à la ceinture noire autorisaient tous les coups enseignés, mais à partir de la ceinture noire, les règles se durcissaient.
Les prises devenaient interdites, les coups au visage formellement interdits, et il était proscrit de viser les points vitaux de son adversaire. Mais malgré toutes ces précautions, les blessures étaient monnaie courante, et Narcisse n'échappa pas à cette règle.
Dès le premier échange, la paume de main de son adversaire détonna comme la foudre pour fondre sur son nez. Il n'évita la fracture que par un réflexe salvateur, qui fit basculer sa tête vers l'arrière, mais une douleur fulgurante jaillit et éclaboussa son visage. Une douche brûlante inonda sa peau et l'assaillit de métal fondu.
"Point !"
Et comme pour ponctuer le décompte de l'arbitre, le sang gicla des narines de Narcisse, qui ne put qu'appuyer sa main pour coaguler le saignement. Les blessures saignantes n'interrompent pas automatiquement le combat. Dans ce cas précis, l'arbitre lui accorda trente secondes pour arrêter le sang.
Narcisse n'était pas prêt, il ne s'attendait pas à un tel déchaînement de violence dès le premier échange. Tous ses sens tiraient la sonnette d'alarme, il n'osait regarder ailleurs qu'à ses pieds, le souffle court, le cœur battant. Le bruit des autres combats en cours résonnaient à ses oreilles, des points décomptés, des coups portés, tout s'éloignait jusqu'à plonger dans le silence. Ce combat n'avait rien à voir avec tout ce qu'il avait vécu.
Il ne s'agissait pas d'un camarade à Poudlard, qui connaissait peu voire pas les arts martiaux, et qui cherchait à s'entraîner en toute camaraderie. Il n'avait rien à voir avec sa mère, qui contrôlait sa force et ses gestes à la perfection pour transmettre ce qu'elle savait à son fils. Narcisse releva les yeux pour les plonger dans ceux de son adversaire, qui lui lança un regard mauvais.
Ce garçon était là pour gagner, et il aimait ce qu'il faisait. Il l'avait fait exprès, il avait visé volontairement le nez de Narcisse, dans l'espoir de le mettre hors-combat en un seul coup. Si, il y a encore une seconde, l'adolescent n'osait pas regarder en direction de sa famille, par peur de les décevoir, cette révélation l'emplit d'une froide colère. Quel lâche.
L'arbitre décompta les dernières secondes, et Narcisse frissonna. S'il relâchait ses doigts, et que le sang coulait toujours, il allait perdre, par arrêt du combat. L'adrénaline afflua dans ses veines, gonflant sa détermination et accélérant les battements de son cœur.
"Trois, deux... un ! Lâchez !"
Narcisse retira sa main, bloquant son souffle, fébrile. L'arbitre l'examina, une seconde, puis deux, puis trois... Avant de se remettre en position, croisant les mains en scandant :
"Fight1 !"
Lorsqu'il bondit en avant, Narcisse ne pensait pas plus à sa famille qu'à la douleur qui pulsait sur son visage. Son regard était planté sur son adversaire, et il venait enfin de basculer pleinement dans sa concentration. S'il ne réussissait pas à vaincre ce premier adversaire, tous les efforts qu'il avait fourni jusqu'à présent auraient été vains.
1Combattez
Rose Tyler
Reducio
Narcisse Brando, 15 ans
Image modifiée par IA Reducio
Rose Tyler, 17 ans
Image modifiée par IA
Il ne se souvenait que du premier match, contre celui qui l'avait blessé au nez. Ce combat, il l'avait perdu, il n'avait pas été de taille face à son aîné, qui avait réussi à imposer sa domination sur le plus jeune. Mais la détermination de Narcisse demeurait intacte, et avait même été sublimée par ce premier affrontement. Car pas un instant, il n'oublia qu'il avait réussi à gagner deux points contre ce garçon.
Après la première attaque, les compteurs s'étaient rééquilibrés, l'adolescent avait trouvé son rythme. Mis au pied du mur, son instinct combattif se réveillait, et cette fois encore, il ne le trahit pas. Narcisse avait marqué un point, puis deux, et la victoire se profilait. Mais face à l'expérience de son aîné, ainsi que l'affaiblissement de son nez qui le lançait de plus en plus, il n'avait pas pu l'empêcher de prendre l'ascendant. Cette défaite ne l'affecta pas, et ne changea pas sa motivation d'un iota.
Tremblant sous l'adrénaline, il en avait oublié jusqu'à la présence de sa famille, et de tout ce qui l'entourait, à part l'adversaire qu'on plaçait face à lui. Il n'avait pas été écrasé, il avait réussi à lutter, à opposer une résistance farouche et à se battre.
Il était couvert de contusions et de bleus, mais chacune de ces marques lui renvoyait un signal plus important que la simple douleur. Ces coups, il les avait encaissé, et il s'était relevé. Pour chaque coup reçu, il en avait rendu deux, pour chaque parade, il avait contre-attaqué. Ce fut la voix de l'arbitre référent qui lui permit de prendre une pause, bien méritée et nécessaire.
C'est en portant sa gourde aux lèvres, et lorsque l'eau fraîche glissa miraculeusement dans son corps, qu'il reprit conscience. Il était vivant, et bien vivant. Et heureux, trépignant d'impatience, débordant d'excitation. Comme il était merveilleux de sentir son corps réagir parfaitement, de réussir à exécuter chaque mouvement qu'il avait mille fois répété. Ainsi donc, il s'était frayé un chemin jusqu'en demi finale. Les scores étaient serrés, seuls deux autres participants étaient devant lui.
S'il gagnait son prochain match, il aurait accès à la finale. Cette simple pensée le fit frémir. Lui qui ne s'était jamais imaginé gagner, que se passerait-il s'il y arrivait ?
"ALLEZ NARCISSE !"
La voix de sa marraine percuta ses oreilles comme un colibri qui serait venu s'y percher. Il pivota d'un bloc, un sourire éclatant aux lèvres. Son père avait déposé son portable, pour se concentrer sur le moment, et applaudissait aux côtés de Claire, tandis que l'arbitre annonçait la suite. Narcisse regarda ensuite sa mère, immobile, silencieuse, mais souriant doucement. Il savait que même s'il perdait, elle ne serait pas déçue, il le savait. Mais s'il gagnait... Qu'en penserait-elle ?
La pause était terminée, l'adolescent reposa sa gourde, s'essuya la bouche, et remonta sur le tatami. Les combats ne se déroulaient plus en parallèle, désormais. Il ne restait que quatre combattants, et chaque combat retiendrait toute l'attention des spectateurs.
Il rajusta le nœud de son jogging, en s'avançant jusqu'à son adversaire, avant de s'arrêter au niveau de l'arbitre. Mais la voix de ce dernier ne parvenait déjà plus à ses oreilles, toute son attention venait d'être aspirée par la jeune fille face à lui.
Le dépassant d'une bonne demi-tête, elle posait sur lui le regard le plus intense qu'on eut jamais posé sur lui. Ses muscles roulaient sous son débardeur blanc, et ses jambes équilibraient parfaitement les balancements de son corps. Lorsqu'elle inspira, les muscles de sa ceinture abdominale s'évasèrent en accompagnant le mouvement, traduisant toute la puissance de son tronc. Sans un mot, elle fit craquer ses phalanges, ses ongles étaient impeccablement manucurés, ses doigts longs et délicats, mais agiles. Sa peau ambrée ne portait que quelques marques légères de coups et de prises, çà et là, il aurait pu les compter. Infiniment moins que l'adolescent, dans tous les cas. Mais ce fut lorsqu'elle pencha sa tête pour craquer sa nuque qu'il percuta l'évidence.
Ses cheveux mi-longs, attachés en une queue de cheval haute, étaient rose. Pourquoi étaient-ils rose ? Il n'était pas habitué aux teintures, au vu de leur interdiction formelle à Poudlard. Et il ne sut pas pourquoi, mais il aurait voulu voir à quoi ces cheveux ressemblaient une fois détachés. Une malice sans limite scintillait au fond des grands yeux verts de la jeune femme, qui eux aussi, le scrutaient sans vergogne.
Bien qu'il doutât qu'elle ait de son côté des pensées aussi attentionnées que lui à son sujet.
L'arbitre brisa sa contemplation, et Narcisse se remémora qu'il était sur un ring. Les bruits revinrent à ses oreilles, il eut juste le temps de comprendre qu'il était temps de se serrer la main. À partir de la demi-finale, les combattants devaient se serrer la main, pour annoncer, dans les règles, un combat propre. La philosophie de cet art était singulière, comme si les affrontements qui avaient lieu avant n'étaient qu'un l'échauffement. Elle lui adressa un sourire narquois, en lui tendant sa main.
"Good luck1, p'tit gars.
— Euh, toi aussi."
La poigne de la jeune femme était puissante et ferme, mais également d'une douceur infinie, et si chaleureuse. Les picotements sous la peau de l'adolescent perdurèrent bien après le contact, avant de rejoindre son visage. Lorsqu'il comprit qu'il rougissait, l'arbitre avait déjà croisé les mains.
"Fight2 !"
Eh ?! Attendez, déjà ?
Avant qu'il n'ait la moindre chance de comprendre ce qui lui arrive, elle était déjà sur lui. S'abattant comme un faucon sur sa proie, elle semblait glisser sur l'air, toutes griffes dehors. Mais Narcisse n'était plus à son premier combat, et dans un réflexe salutaire, son avant-bras absorba le coup de paume destiné à son plexus. Mais avait-il réellement bloqué ce coup ? Il en douta, lorsqu'il se sentit basculer vers l'arrière, sous l'effet du coup de butoir que son adversaire venait de lui asséner.
D'où venait une telle puissance ? Il ne sous-estimait jamais un adversaire, pourquoi ne s'était-il pas mis en garde dès le début ? Les blessures s'étaient-elles trop accumulées depuis le début de la compétition ? Son avant-bras picotait, là où elle l'avait frappé. D'ailleurs, tous ses membres semblaient engourdis, ses appuis n'étaient plus aussi assurés, et son esprit perdait de sa précision !
Son adversaire ne semblait pas partager ses hésitations, car elle abattit cette fois-ci un large coup de pied circulaire sur Narcisse, qui bloqua des deux bras à la dernière seconde. Son oreille sonna malgré le blocage, et il manqua de chuter sur le côté, tant elle le malmenait par sa puissance.
Que se passait-il, sapristi ?! Même face à ses aînées, à Poudlard, Narcisse s'en sortait toujours très bien. Face à Onyx, ils étaient plus ou moins égaux, face à Ashley, il n'en menait pas large, mais on ne pouvait pas dire qu'il était perdant. Même les septièmes années commençaient à rencontrer des difficultés face à lui. Alors quoi ? Qu'est-ce qui clochait ?
Petit à petit, il sentait sa concentration lui échapper, alors que la jeune femme repartait déjà à l'assaut, sans la moindre retenue.
Lorsqu'un nouveau coup écrasa la garde de Narcisse, il sentit son sourire étirer ses lèvres sans limite. Qu'est-ce qu'elle était forte, c'en était magnifique. Il en frissonna, son instinct combattif explosa, il adorait cette sensation.
1Bonne chance
1Combattez
Rose Tyler
"EURGH !"
Le corps de Narcisse se courba brusquement sous la violence du coup de poing marteau de son adversaire. Elle venait de transpercer ses défenses, en matraquant ses avant-bras, qui cédèrent sous l'appui de son attaque, s'écrasant droit sur son estomac. Il faillit rendre son déjeuner, et n'échappa à cette humiliation qu'in extremis, grâce à une contraction salvatrice de son diaphragme. Ses jambes cédèrent sous son poids, ses poumons privés d'oxygène, sa respiration était bloquée. La jeune femme ne le regardait même plus, elle s'était déjà détournée, accueillant la main de l'arbitre levée, désignant son côté.
"Point !"
Deux points à zéro.
Narcisse n'avait jamais croisé une combattante comme elle. Tous ses anciens adversaires venaient de s'effacer comme par magie, balayés il venait de l'être par cette jeune femme. Alors pourquoi son sourire refusait de quitter son visage ? Elle le remarqua, lorsqu'elle reprit sa posture, et déposa à nouveau son regard vert sur lui. Il sentit une vague d'électricité bondir à l'intérieur de son ventre lorsqu'il se redressa, remontant jusqu'à ses jambes tremblotantes. Ses forces s'évanouissaient en fondant comme neige au soleil, aucune de ses contre-attaque n'avait porté, il n'était pas assez rapide pour esquiver, et ses blocages finissaient tous par voler en éclats.
Et pour cela, son cœur continuait de s'emballer. Voilà donc ce qu'il ressentirait, lorsqu'il ferait face à un adversaire plus puissant que lui, et qui n'était pas sa mère. Si par sa faiblesse, d'autres devaient en pâtir, tout ce pourquoi il s'était entraîné depuis toutes ces années n'aurait plus eu de sens. Il repensa à Sixtine Valerion, bien malgré lui. L'image de son ancienne professeure de Défense contre les Forces du Mal s'imposa à lui.
Cet écart de puissance, cette vulnérabilité absolue, l'impression de n'être qu'une souris face à un tigre. Il avait déjà été vaincu de multiples fois sur le terrain magique, il avait encore tout à apprendre. Ah, si seulement il avait pu avoir sa baguette, il aurait pu...
Non ! Il secoua sa tête pour chasser ces pensées. Il devait devenir assez puissant pour pouvoir se défendre contre n'importe quel sorcier, et suffisamment fort pour vaincre n'importe quel combattant. Pourquoi s'entraînait-il, depuis toutes ces années, depuis qu'il avait découvert la magie ? Il ne voulait plus voir un seul camarade souffrir, il voulait que jamais, à cause de sa faiblesse, sa famille se retrouve un jour menacée à cause de son statut de sang. S'il voulait protéger tout le monde, il fallait qu'il soit assez fort.
"Fight !"
Mais contre son adversaire... que faire ? Elle fondait déjà sur lui, et elle allait le balayer comme un fétu de paille. Sa technique était tellement supérieure, sa force aussi, sa vitesse... Et ce n'est pas comme s'il pouvait se contenter d'encaisser jusqu'à trouver une ouverture, il n'avait plus le droit qu'à une touche.
Son pied glissa sur le tatami, lorsque son corps repositionna son poids pour s'équilibrer. Il prit sa posture de combat en un instant, inspirant profondément pour reprendre ses esprits. Il sentit le regard de sa mère sur sa nuque, il en était certain. Son sourire s'illumina, frénétique, totalement noyé dans l'adrénaline et la fureur de l'affrontement qui le passionnait.
Honor était bien plus puissante que cela.
Son adversaire ouvrit d'un coup de poing explosif, qui frôla les cheveux de Narcisse lorsqu'il pivota rapidement sur le côté. Il riposta, sans réfléchir, obéissant à ses réflexes, sa main ouverte agrippant le poignet tendu de la jeune femme. Quelle force ! Elle cherchait à l'entraîner avec lui en utilisant son avantage de poids, profitant de l'inertie de son mouvement pour relancer une attaque, il devait lâcher prise ! Elle était trop forte pour lui, il fallait saper ses appuis. Alors Narcisse ploya les genoux en un éclair, esquivant le deuxième poing de son adversaire qui fendit l'air au dessus de sa tête.
Le Coup de vitesse était pensé pour permettre de vaincre des adversaires plus puissants et plus grands que soi. La force n'est rien si un coup est bien placé, au bon moment, au bon endroit. Profitant de l'effet ressort de ses jambes, l'adolescent se propulsa en tendant sa paume pour viser... un piège !
Il aperçu le coup de pied circulaire dans sa vision périphérique un battement de cil avant de réussir à le bloquer de son avant-bras. Son corps manqua de perdre l'équilibre sous l'impact. En plus d'être puissante et rapide, son adversaire était extraordinairement souple, il aurait été incapable de faire ce mouvement. Extraordinaire. Quel bonheur, ce combat était une bénédiction. Et rêvait-il, ou bien son adversaire s'était-elle à son tour mise à sourire lorsqu'il réussit son blocage ?
Elle s'était déjà remise en position, et il n'avait plus aucune sensation dans son avant-bras, malgré les secousses qu'il lui commandait. S'il se prenait un tel coup de plein fouet... Le frisson qui l'envahit n'était pas totalement sain. Pourrait-il encaisser ce coup ? Serait-il jamais suffisamment fort s'il n'en était pas capable ?
Son corps agit plus rapidement que lui. Lorsque son opposante bondit, il l'avait déjà prise de vitesse ! Pour la première fois du combat, il tenait l'initiative. D'un minuscule quart de seconde, mais ce fut suffisant pour trouver la brèche. Son cerveau s'était tu, ses yeux voyaient tout, il comptait les respirations, anticipant les mouvements par les infimes mouvements des articulations de la jeune femme. Et il fonça droit dans le tas, sans détour, ni feinte, ni stratagème, s'il ne pouvait pas la vaincre sur son propre terrain, il ne pourrait pas être satisfait. Son instinct lui soufflait sans y penser cette impulsion, cette nécessité irrationnelle de refuser toute ruse et tout détour.
Le tranchant de sa main fendit l'air, visant le flanc, dans les côtes flottantes. Un blocage du coude l'arrêta, il grimaça sous la douleur, mais il était en place. Il était assez près. Sa main gauche était toujours en contact avec le coude de sa rivale, et il en profita pour agripper son avant-bras. De sa main droite, il put ainsi bloquer le poing s'abattant sur lui. Et il serra de toutes ses forces. Il n'avait jamais été bon en prises, alors pourquoi tenta-t-il ensuite de faucher les jambes de la jeune femme ?
Cette dernière inversa en un éclair la prise de sa main gauche lorsque son pied s'écrasa sur sa cuisse. Elle ne bougea pas. Et elle tenait désormais l'une des mains de Narcisse. Lui agrippait la sienne, et aucun n'acceptait de lâcher le moindre pouce de terrain. Sauf que l'adolescent avait le désavantage des appuis. Elle, avait ses deux jambes fermement ancrées dans le sol, et Narcisse sentait déjà sa poigne faiblir face à la sienne.
Alors il ne réfléchit pas. Il se retenait toujours dans ses entraînements avec ses camarades, à Poudlard. Par peur de les blesser, ou qu'ils n'apprécient pas qu'il utilise les arts martiaux pour prendre l'avantage. Ici, il était libéré de ces doutes. Sans même reprendre son souffle, il enclencha les muscles de son cou, et balança sa tête droit sur son adversaire !
"Eh ?!"
Elle lâcha prise, mais trop tard. Le front de Narcisse était entré en collision avec la poitrine de la jeune femme, et dans un bruit sourd, elle s'effondra comme une poupée dont on aurait coupé les ficelles. Elle avait le souffle court, son visage s'était décomposé, tandis que...
"Point !"
L'arbitre brandit la main du côté de Narcisse, son premier point ! Le public explosa dans les gradins, tous ou presque se levant de leurs chaises pour hurler leur encouragements.
Il inspira d'un coup, comme libéré d'un poids colossal lorsque sa cage thoracique retrouva de l'air. Lui aussi avait le souffle court, il n'en menait pas large, mais le tonnerre qui retentit dans sa poitrine était sans précédent. Il l'avait touché ! Et bien touché, s'il se fiait à la difficulté de sa concurrente à se redresser rapidement. Oh, son sourire, il le sentait jusqu'à ses oreilles, il sentait les muscles de ses joues brûler tant il était incapable de s'arrêter. Il faudrait qu'il remercie cette adversaire une fois le combat terminé, songea-t-il, en se remettant en garde.
Et face à lui, la jeune femme aussi, reprit sa position. Elle était solide sur ses appuis, et pendant un instant, avant que l'arbitre n'agisse, tous deux se fixèrent en silence.
Pendant un temps court, très court, Narcisse s'imagina l'emporter. Lui qui rarement, voire jamais, ne se voyait vainqueur dans aucun de ses combats, il se laissait emporter par l'euphorie folle du combat. Toute son énergie, la moindre fibre de son attention, était dirigée sur cette jeune femme. Le monde autour n'existait plus, seul l'arbitre gardait un minuscule place, dans un recoin distant de son esprit, juste pour entendre le...
"Fight !"
Le corps de Narcisse se courba brusquement sous la violence du coup de poing marteau de son adversaire. Elle venait de transpercer ses défenses, en matraquant ses avant-bras, qui cédèrent sous l'appui de son attaque, s'écrasant droit sur son estomac. Il faillit rendre son déjeuner, et n'échappa à cette humiliation qu'in extremis, grâce à une contraction salvatrice de son diaphragme. Ses jambes cédèrent sous son poids, ses poumons privés d'oxygène, sa respiration était bloquée. La jeune femme ne le regardait même plus, elle s'était déjà détournée, accueillant la main de l'arbitre levée, désignant son côté.
"Point !"
Deux points à zéro.
Narcisse n'avait jamais croisé une combattante comme elle. Tous ses anciens adversaires venaient de s'effacer comme par magie, balayés il venait de l'être par cette jeune femme. Alors pourquoi son sourire refusait de quitter son visage ? Elle le remarqua, lorsqu'elle reprit sa posture, et déposa à nouveau son regard vert sur lui. Il sentit une vague d'électricité bondir à l'intérieur de son ventre lorsqu'il se redressa, remontant jusqu'à ses jambes tremblotantes. Ses forces s'évanouissaient en fondant comme neige au soleil, aucune de ses contre-attaque n'avait porté, il n'était pas assez rapide pour esquiver, et ses blocages finissaient tous par voler en éclats.
Et pour cela, son cœur continuait de s'emballer. Voilà donc ce qu'il ressentirait, lorsqu'il ferait face à un adversaire plus puissant que lui, et qui n'était pas sa mère. Si par sa faiblesse, d'autres devaient en pâtir, tout ce pourquoi il s'était entraîné depuis toutes ces années n'aurait plus eu de sens. Il repensa à Sixtine Valerion, bien malgré lui. L'image de son ancienne professeure de Défense contre les Forces du Mal s'imposa à lui.
Cet écart de puissance, cette vulnérabilité absolue, l'impression de n'être qu'une souris face à un tigre. Il avait déjà été vaincu de multiples fois sur le terrain magique, il avait encore tout à apprendre. Ah, si seulement il avait pu avoir sa baguette, il aurait pu...
Non ! Il secoua sa tête pour chasser ces pensées. Il devait devenir assez puissant pour pouvoir se défendre contre n'importe quel sorcier, et suffisamment fort pour vaincre n'importe quel combattant. Pourquoi s'entraînait-il, depuis toutes ces années, depuis qu'il avait découvert la magie ? Il ne voulait plus voir un seul camarade souffrir, il voulait que jamais, à cause de sa faiblesse, sa famille se retrouve un jour menacée à cause de son statut de sang. S'il voulait protéger tout le monde, il fallait qu'il soit assez fort.
"Fight !"
Mais contre son adversaire... que faire ? Elle fondait déjà sur lui, et elle allait le balayer comme un fétu de paille. Sa technique était tellement supérieure, sa force aussi, sa vitesse... Et ce n'est pas comme s'il pouvait se contenter d'encaisser jusqu'à trouver une ouverture, il n'avait plus le droit qu'à une touche.
Son pied glissa sur le tatami, lorsque son corps repositionna son poids pour s'équilibrer. Il prit sa posture de combat en un instant, inspirant profondément pour reprendre ses esprits. Il sentit le regard de sa mère sur sa nuque, il en était certain. Son sourire s'illumina, frénétique, totalement noyé dans l'adrénaline et la fureur de l'affrontement qui le passionnait.
Honor était bien plus puissante que cela.
Son adversaire ouvrit d'un coup de poing explosif, qui frôla les cheveux de Narcisse lorsqu'il pivota rapidement sur le côté. Il riposta, sans réfléchir, obéissant à ses réflexes, sa main ouverte agrippant le poignet tendu de la jeune femme. Quelle force ! Elle cherchait à l'entraîner avec lui en utilisant son avantage de poids, profitant de l'inertie de son mouvement pour relancer une attaque, il devait lâcher prise ! Elle était trop forte pour lui, il fallait saper ses appuis. Alors Narcisse ploya les genoux en un éclair, esquivant le deuxième poing de son adversaire qui fendit l'air au dessus de sa tête.
Le Coup de vitesse était pensé pour permettre de vaincre des adversaires plus puissants et plus grands que soi. La force n'est rien si un coup est bien placé, au bon moment, au bon endroit. Profitant de l'effet ressort de ses jambes, l'adolescent se propulsa en tendant sa paume pour viser... un piège !
Il aperçu le coup de pied circulaire dans sa vision périphérique un battement de cil avant de réussir à le bloquer de son avant-bras. Son corps manqua de perdre l'équilibre sous l'impact. En plus d'être puissante et rapide, son adversaire était extraordinairement souple, il aurait été incapable de faire ce mouvement. Extraordinaire. Quel bonheur, ce combat était une bénédiction. Et rêvait-il, ou bien son adversaire s'était-elle à son tour mise à sourire lorsqu'il réussit son blocage ?
Elle s'était déjà remise en position, et il n'avait plus aucune sensation dans son avant-bras, malgré les secousses qu'il lui commandait. S'il se prenait un tel coup de plein fouet... Le frisson qui l'envahit n'était pas totalement sain. Pourrait-il encaisser ce coup ? Serait-il jamais suffisamment fort s'il n'en était pas capable ?
Son corps agit plus rapidement que lui. Lorsque son opposante bondit, il l'avait déjà prise de vitesse ! Pour la première fois du combat, il tenait l'initiative. D'un minuscule quart de seconde, mais ce fut suffisant pour trouver la brèche. Son cerveau s'était tu, ses yeux voyaient tout, il comptait les respirations, anticipant les mouvements par les infimes mouvements des articulations de la jeune femme. Et il fonça droit dans le tas, sans détour, ni feinte, ni stratagème, s'il ne pouvait pas la vaincre sur son propre terrain, il ne pourrait pas être satisfait. Son instinct lui soufflait sans y penser cette impulsion, cette nécessité irrationnelle de refuser toute ruse et tout détour.
Le tranchant de sa main fendit l'air, visant le flanc, dans les côtes flottantes. Un blocage du coude l'arrêta, il grimaça sous la douleur, mais il était en place. Il était assez près. Sa main gauche était toujours en contact avec le coude de sa rivale, et il en profita pour agripper son avant-bras. De sa main droite, il put ainsi bloquer le poing s'abattant sur lui. Et il serra de toutes ses forces. Il n'avait jamais été bon en prises, alors pourquoi tenta-t-il ensuite de faucher les jambes de la jeune femme ?
Cette dernière inversa en un éclair la prise de sa main gauche lorsque son pied s'écrasa sur sa cuisse. Elle ne bougea pas. Et elle tenait désormais l'une des mains de Narcisse. Lui agrippait la sienne, et aucun n'acceptait de lâcher le moindre pouce de terrain. Sauf que l'adolescent avait le désavantage des appuis. Elle, avait ses deux jambes fermement ancrées dans le sol, et Narcisse sentait déjà sa poigne faiblir face à la sienne.
Alors il ne réfléchit pas. Il se retenait toujours dans ses entraînements avec ses camarades, à Poudlard. Par peur de les blesser, ou qu'ils n'apprécient pas qu'il utilise les arts martiaux pour prendre l'avantage. Ici, il était libéré de ces doutes. Sans même reprendre son souffle, il enclencha les muscles de son cou, et balança sa tête droit sur son adversaire !
"Eh ?!"
Elle lâcha prise, mais trop tard. Le front de Narcisse était entré en collision avec la poitrine de la jeune femme, et dans un bruit sourd, elle s'effondra comme une poupée dont on aurait coupé les ficelles. Elle avait le souffle court, son visage s'était décomposé, tandis que...
"Point !"
L'arbitre brandit la main du côté de Narcisse, son premier point ! Le public explosa dans les gradins, tous ou presque se levant de leurs chaises pour hurler leur encouragements.
Il inspira d'un coup, comme libéré d'un poids colossal lorsque sa cage thoracique retrouva de l'air. Lui aussi avait le souffle court, il n'en menait pas large, mais le tonnerre qui retentit dans sa poitrine était sans précédent. Il l'avait touché ! Et bien touché, s'il se fiait à la difficulté de sa concurrente à se redresser rapidement. Oh, son sourire, il le sentait jusqu'à ses oreilles, il sentait les muscles de ses joues brûler tant il était incapable de s'arrêter. Il faudrait qu'il remercie cette adversaire une fois le combat terminé, songea-t-il, en se remettant en garde.
Et face à lui, la jeune femme aussi, reprit sa position. Elle était solide sur ses appuis, et pendant un instant, avant que l'arbitre n'agisse, tous deux se fixèrent en silence.
Pendant un temps court, très court, Narcisse s'imagina l'emporter. Lui qui rarement, voire jamais, ne se voyait vainqueur dans aucun de ses combats, il se laissait emporter par l'euphorie folle du combat. Toute son énergie, la moindre fibre de son attention, était dirigée sur cette jeune femme. Le monde autour n'existait plus, seul l'arbitre gardait un minuscule place, dans un recoin distant de son esprit, juste pour entendre le...
"Fight !"
Rose Tyler
Narcisse ne s'était encore jamais tenu sur un podium.
Il n'avait jamais participé à un championnat, ni à la moindre compétition, que ce soit dans le monde moldu, ou dans le monde sorcier. À l'époque, il avait préféré se porter volontaire pour faire office de rencontre aléatoire dans l'Amicobyrinthe, au lieu de participer avec un duo. Il ne le regrettait pas, ainsi, il avait pu permettre à davantage de monde de participer à l'événement, et il avait bien appris. C'était avec un sourire et de bons souvenirs qu'il repensait à cette compétition magique, fascinante, et qui le rendait fou d'impatience à l'idée de recommencer.
La sensation de se tenir sur une marche du podium lui était donc parfaitement inconnue, jusqu'à il y a cinq minutes. Le poids de la médaille couleur bronze, qui pendait autour de son cou, attira son regard, les premières secondes. Il s'était attendu à beaucoup de choses, à de la fierté, de la joie, de l'excitation, mais pas à l'absence de réaction. Ce n'était qu'un objet métallique, un artifice sans grand intérêt pour lui. Et ce n'était pas une question de classement, il n'était pas certain qu'il aurait ressenti la chose différemment s'il s'était tenu là où trônait la jeune femme aux cheveux roses, qui brandissait son trophée à bout de bras.
La défaite contre elle avait été explosive. Après avoir marqué son point, dès la reprise du combat, elle l'avait maîtrisé en quelques secondes, d'une puissance extraordinaire et sans la moindre pitié. Les frissons qu'il ressentait encore en y repensant étaient extraordinaires, comme un courant d'air glissant sous son t-shirt et effleurant ses muscles endoloris. L'arbitre référent donnait son petit discours, bien sympathique et agréable, pour les parents des participants, mais Narcisse n'y accordait aucune attention.
La jeune femme avait ensuite écrasé son dernier adversaire, et accédé à la première place, en prenant le dessus sur les plans. Le premier combattant qu'avait affronté Narcisse, celui qui lui avait donné tant de mal par son côté retors et vicieux, s'était fait humilier. Il se tenait à la deuxième place, le visage contrit et tendu, les poings serrés. Narcisse n'était pas certain de comprendre pourquoi, il avait très bien combattu, malgré son côté violent.
Narcisse avait ensuite mené son dernier combat dans un brouillard mental, troublé et incapable de se souvenir correctement du match. Il savait simplement qu'il l'avait emporté, à trois points contre un. Son corps avait appris, et son sens inné du combat avait fait le reste, tout cela s'emboîtant magnifiquement avec ses intenses entraînements.
"... et c'est dans ce magnifique esprit sportif, que les combattants ont..."
Enfin, la cérémonie se termina, et Narcisse revint à la réalité. Il voulut se tourner pour regarder encore la vainqueuse, mais comme les fois précédentes où il avait essayé, il échoua. Son regard ne réussissait pas à monter plus haut que les mollets de la jeune femme, et à chaque fois, il se retrouvait contraint de détourner la tête, sentant ses joues s'enflammer et son cœur s'emballer. Il était incapable de détriturer les émotions qui s'égosillaient en lui, se mélangeant et s'emmêlant les unes aux autres.
Son corps lui faisait mal, ses muscles crissaient à chacun de ses mouvements, et il avait l'impression que sa tête pouvait exploser à tout instant. Mais rien à faire, impossible de calmer le sourire qui tiraillaient la pointe des commissures de ses lèvres.
"Narc !"
Claire fut la première à bondir pour s'emparer de Narcisse, l'empoignant de ses bras sans hésiter ni ralentir son geste, manquant de le renverser. La blonde l'embrassa vigoureusement sur le front, les larmes aux yeux, sa main triturant les cheveux de l'adolescent.
"Oh, Narc, t'as été trop cool ! C'était formidable, j'ai trop adoré !
— C'est vrai ?
— Mais oui, andouille ! Oh la la, regarde ça, kyaaaaah, trop la classe !"
Cria-t-elle en regardant la médaille de bronze, trépignant sur place comme une adolescente, avant qu'Honor et Oscar n'arrivent à leur tour, main dans la main. Oscar s'approcha et enlaça son fils, le serrant de toutes ses forces, expirant doucement, comme soulagé.
"Je suis très fier de toi, mon grand.
— Merci p'pa..."
Enfin, tandis qu'il laissa glisser sa main sur l'épaule de Narcisse, Honor s'avança. Un instant de silence, et l'adolescent sentit son corps devenir trop petit pour les milliards d'émotions qui rugissaient en lui. Son visage rougit, sa gorge se serra, et ses mots se perdirent encore plus qu'à l'accoutumée.
"Maman... euh... pardon, j'ai pas..."
Sans un mot, elle l'interrompit fermement, venant le serrer à son tour contre elle, sans retenir ses forces. Narcisse sentit ses yeux s'humidifier, et toutes ses forces l'abandonner. Toutes ses douleurs s'effacèrent comme neige fondant au soleil, ne laissant place qu'à une sensation de légèreté sans limite. Dans le brouhaha ambiant des parents félicitant leurs enfants, l'adolescent enlaça à son tour sa mère, se sentant comme le fils le plus chanceux et aimé du monde.
Leurs deux visages étaient plongés dans l'épaule de l'autre, et ils se serraient si fort qu'il ne pouvait plus respirer. Mais pour rien au monde il n'aurait interrompu cette étreinte. La voix d'Honor trancha le bruit et il n'entendit rien d'autre.
"Tais-toi, tu as été formidable."
Oscar et Claire rejoignirent le câlin sans un mot, et Narcisse étendit les bras aussi loin qu'il le put pour les enlacer à leur tour. Et pendant plusieurs secondes, aucun ne bougea. Pourquoi l'auraient-ils fait ? Tout s'assemblait à la perfection, Narcisse aurait pu en pleurer, qu'avait-il fait pour mériter une famille aussi extraordinaire ? Il savait que rien ne pourrait jamais les séparer, il avait une telle confiance, aveugle, en eux, depuis toujours, et aujourd'hui ne faisait que confirmer ce qu'il savait déjà.
Enfin, après une dernière étreinte qui manqua de faire craquer ses vertèbres, Honor se recula d'un pas, ses mains sur les épaules de son fils. Elle cherchait ses mots, son regard bougeait nerveusement, et son sourire tremblotait sur ses lèvres.
"Je suis... incroyablement fière de toi."
Son sourire paracheva ses mots. Il était complet. Narcisse écarquilla les yeux, bouche-bée. Il n'avait jamais trouvé sa mère aussi belle, aussi rayonnante. Oscar et Claire y furent également sensibles, et l'émotion qui les traversaient tous les trois acheva de graver cet instant dans leur mémoire. Oscar déposa un baiser sur la joue de sa femme, avant que Narcisse ne saute dans les bras d'Honor, toutes ses émotions bousculant le nœud en lui. Ses larmes s'ouvrirent dans hésitation, ni retenue, il s'accrochait à la nuque de sa mère de tout son poids.
"Waaaaaagh ! J'suis, j'suis désolé, j'ai pas gagné, j'aurais pu faire tellement mieux !
— Espèce de... Tais-toi, j'ai dit. Tu as été très bien, tu t'es très bien battu.
— Snif... ourgh... c'est, c'est vrai ?"
Elle hocha la tête en silence, avant de se redresser pour regarder son fils. Ses mains passèrent doucement sur ses joues, et Narcisse s'y accrocha sans détacher son regard d'elle.
"Je t'aime.
— Je t'aime aussi, maman ! Et toi aussi, papa, et Claire, je vous aime aussi.
— Oh, tu vas m'faire chialer... snif, je t'aime fort !
— Bravo mon grand, je t'aime.
— Snif... allez, j'vous invite au bar, faut fêter ça, les Brando !"
C'est en reprenant son père et sa marraine dans ses bras, en éclatant de rire face à la proposition de Claire, que Narcisse croisa le regard de la jeune femme aux cheveux roses. Un détail clochait chez elle, et malgré l'engouement de son cœur, il ne put s'empêcher de s'attarder sur elle.
Elle tenait son trophée le long de sa hanche, scrutant sa montre connectée, les traits durs et impénétrables. Ses épaules étaient recouvertes d'une veste blanche, assortie à son short, et elle prenait la direction de la sortie. Seule.
Son souffle se bloqua.
Elle était seule. Personne ne l'accompagnait.
Il n'avait jamais participé à un championnat, ni à la moindre compétition, que ce soit dans le monde moldu, ou dans le monde sorcier. À l'époque, il avait préféré se porter volontaire pour faire office de rencontre aléatoire dans l'Amicobyrinthe, au lieu de participer avec un duo. Il ne le regrettait pas, ainsi, il avait pu permettre à davantage de monde de participer à l'événement, et il avait bien appris. C'était avec un sourire et de bons souvenirs qu'il repensait à cette compétition magique, fascinante, et qui le rendait fou d'impatience à l'idée de recommencer.
La sensation de se tenir sur une marche du podium lui était donc parfaitement inconnue, jusqu'à il y a cinq minutes. Le poids de la médaille couleur bronze, qui pendait autour de son cou, attira son regard, les premières secondes. Il s'était attendu à beaucoup de choses, à de la fierté, de la joie, de l'excitation, mais pas à l'absence de réaction. Ce n'était qu'un objet métallique, un artifice sans grand intérêt pour lui. Et ce n'était pas une question de classement, il n'était pas certain qu'il aurait ressenti la chose différemment s'il s'était tenu là où trônait la jeune femme aux cheveux roses, qui brandissait son trophée à bout de bras.
La défaite contre elle avait été explosive. Après avoir marqué son point, dès la reprise du combat, elle l'avait maîtrisé en quelques secondes, d'une puissance extraordinaire et sans la moindre pitié. Les frissons qu'il ressentait encore en y repensant étaient extraordinaires, comme un courant d'air glissant sous son t-shirt et effleurant ses muscles endoloris. L'arbitre référent donnait son petit discours, bien sympathique et agréable, pour les parents des participants, mais Narcisse n'y accordait aucune attention.
La jeune femme avait ensuite écrasé son dernier adversaire, et accédé à la première place, en prenant le dessus sur les plans. Le premier combattant qu'avait affronté Narcisse, celui qui lui avait donné tant de mal par son côté retors et vicieux, s'était fait humilier. Il se tenait à la deuxième place, le visage contrit et tendu, les poings serrés. Narcisse n'était pas certain de comprendre pourquoi, il avait très bien combattu, malgré son côté violent.
Narcisse avait ensuite mené son dernier combat dans un brouillard mental, troublé et incapable de se souvenir correctement du match. Il savait simplement qu'il l'avait emporté, à trois points contre un. Son corps avait appris, et son sens inné du combat avait fait le reste, tout cela s'emboîtant magnifiquement avec ses intenses entraînements.
"... et c'est dans ce magnifique esprit sportif, que les combattants ont..."
Enfin, la cérémonie se termina, et Narcisse revint à la réalité. Il voulut se tourner pour regarder encore la vainqueuse, mais comme les fois précédentes où il avait essayé, il échoua. Son regard ne réussissait pas à monter plus haut que les mollets de la jeune femme, et à chaque fois, il se retrouvait contraint de détourner la tête, sentant ses joues s'enflammer et son cœur s'emballer. Il était incapable de détriturer les émotions qui s'égosillaient en lui, se mélangeant et s'emmêlant les unes aux autres.
Son corps lui faisait mal, ses muscles crissaient à chacun de ses mouvements, et il avait l'impression que sa tête pouvait exploser à tout instant. Mais rien à faire, impossible de calmer le sourire qui tiraillaient la pointe des commissures de ses lèvres.
"Narc !"
Claire fut la première à bondir pour s'emparer de Narcisse, l'empoignant de ses bras sans hésiter ni ralentir son geste, manquant de le renverser. La blonde l'embrassa vigoureusement sur le front, les larmes aux yeux, sa main triturant les cheveux de l'adolescent.
"Oh, Narc, t'as été trop cool ! C'était formidable, j'ai trop adoré !
— C'est vrai ?
— Mais oui, andouille ! Oh la la, regarde ça, kyaaaaah, trop la classe !"
Cria-t-elle en regardant la médaille de bronze, trépignant sur place comme une adolescente, avant qu'Honor et Oscar n'arrivent à leur tour, main dans la main. Oscar s'approcha et enlaça son fils, le serrant de toutes ses forces, expirant doucement, comme soulagé.
"Je suis très fier de toi, mon grand.
— Merci p'pa..."
Enfin, tandis qu'il laissa glisser sa main sur l'épaule de Narcisse, Honor s'avança. Un instant de silence, et l'adolescent sentit son corps devenir trop petit pour les milliards d'émotions qui rugissaient en lui. Son visage rougit, sa gorge se serra, et ses mots se perdirent encore plus qu'à l'accoutumée.
"Maman... euh... pardon, j'ai pas..."
Sans un mot, elle l'interrompit fermement, venant le serrer à son tour contre elle, sans retenir ses forces. Narcisse sentit ses yeux s'humidifier, et toutes ses forces l'abandonner. Toutes ses douleurs s'effacèrent comme neige fondant au soleil, ne laissant place qu'à une sensation de légèreté sans limite. Dans le brouhaha ambiant des parents félicitant leurs enfants, l'adolescent enlaça à son tour sa mère, se sentant comme le fils le plus chanceux et aimé du monde.
Leurs deux visages étaient plongés dans l'épaule de l'autre, et ils se serraient si fort qu'il ne pouvait plus respirer. Mais pour rien au monde il n'aurait interrompu cette étreinte. La voix d'Honor trancha le bruit et il n'entendit rien d'autre.
"Tais-toi, tu as été formidable."
Oscar et Claire rejoignirent le câlin sans un mot, et Narcisse étendit les bras aussi loin qu'il le put pour les enlacer à leur tour. Et pendant plusieurs secondes, aucun ne bougea. Pourquoi l'auraient-ils fait ? Tout s'assemblait à la perfection, Narcisse aurait pu en pleurer, qu'avait-il fait pour mériter une famille aussi extraordinaire ? Il savait que rien ne pourrait jamais les séparer, il avait une telle confiance, aveugle, en eux, depuis toujours, et aujourd'hui ne faisait que confirmer ce qu'il savait déjà.
Enfin, après une dernière étreinte qui manqua de faire craquer ses vertèbres, Honor se recula d'un pas, ses mains sur les épaules de son fils. Elle cherchait ses mots, son regard bougeait nerveusement, et son sourire tremblotait sur ses lèvres.
"Je suis... incroyablement fière de toi."
Son sourire paracheva ses mots. Il était complet. Narcisse écarquilla les yeux, bouche-bée. Il n'avait jamais trouvé sa mère aussi belle, aussi rayonnante. Oscar et Claire y furent également sensibles, et l'émotion qui les traversaient tous les trois acheva de graver cet instant dans leur mémoire. Oscar déposa un baiser sur la joue de sa femme, avant que Narcisse ne saute dans les bras d'Honor, toutes ses émotions bousculant le nœud en lui. Ses larmes s'ouvrirent dans hésitation, ni retenue, il s'accrochait à la nuque de sa mère de tout son poids.
"Waaaaaagh ! J'suis, j'suis désolé, j'ai pas gagné, j'aurais pu faire tellement mieux !
— Espèce de... Tais-toi, j'ai dit. Tu as été très bien, tu t'es très bien battu.
— Snif... ourgh... c'est, c'est vrai ?"
Elle hocha la tête en silence, avant de se redresser pour regarder son fils. Ses mains passèrent doucement sur ses joues, et Narcisse s'y accrocha sans détacher son regard d'elle.
"Je t'aime.
— Je t'aime aussi, maman ! Et toi aussi, papa, et Claire, je vous aime aussi.
— Oh, tu vas m'faire chialer... snif, je t'aime fort !
— Bravo mon grand, je t'aime.
— Snif... allez, j'vous invite au bar, faut fêter ça, les Brando !"
C'est en reprenant son père et sa marraine dans ses bras, en éclatant de rire face à la proposition de Claire, que Narcisse croisa le regard de la jeune femme aux cheveux roses. Un détail clochait chez elle, et malgré l'engouement de son cœur, il ne put s'empêcher de s'attarder sur elle.
Elle tenait son trophée le long de sa hanche, scrutant sa montre connectée, les traits durs et impénétrables. Ses épaules étaient recouvertes d'une veste blanche, assortie à son short, et elle prenait la direction de la sortie. Seule.
Son souffle se bloqua.
Elle était seule. Personne ne l'accompagnait.
Rose Tyler
Claire dut bien prétendre d'être déçue, lorsqu'à l'unanimité, moins sa voix, les Brando préférèrent une brasserie au simple bar qu'elle avait proposé.
Le brouhaha de l'établissement simple, une petite gargote urbaine située à une centaine de mètres du stade, semblait avoir été l'élu inconscient d'une bonne partie des spectateurs du tournoi. Çà et là, des bouts de phrases se formaient aux oreilles, construisant au gré des voix un récit décousu. Mêlé aux bruits des verres tintant les uns contre les autres, l'odeur de la bouffe grillée se mêlait aux effluves du bois du bar qui s'était gorgé de liqueurs renversées au fil des ans. Les serveurs glissaient au milieu des clients et des tables, notant à toute allure les commandes, et sachant pertinemment qu'à cette heure, au moins un verre de bière ornerait les plateaux.
"Alors mon grand, tu vas prendre quoi ?
— Mh... j'sais pas, tout à l'air trop bon !
— C'est moi qui paye, prenez comme vous voulez !
— Quelle charmante attention, de la part de celle gagnant davantage que nos deux salaires réunis.
— Chut, le fonctionnaire !"
Ayant trouvés refuge à une table au coin de la pièce, les Brando se taquinaient joyeusement, toisés par la hauteur d'Honor, qui silencieusement, regardait son fils. Oscar et Claire allaient bon train et se charriaient dans la bonne humeur décomplexée, le premier sirotant son jus de tomate, et la deuxième son verre de bière. Le visage de Narcisse avait gonflé par endroits, ce qui ne l'empêchait pas de boire à la paille son grand verre de jus d'orange, les yeux étincelants. Lui et Honor se croisaient du regard, et à chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de sourire aux éclats. Et si le sourire de sa mère demeurait, comme à son habitude, plus retenu, il n'en avait cure, et appréciait chacun d'eux.
Laissant les adultes à leurs petits bavardages, il promena son regard aux alentours. Rarement il se rendait dans les lieux publics moldus, depuis la découverte de son statut sorcier. Et force était de constater que les sorciers et les moldus n'avaient que peu de différences.
Les mêmes éclats de voix, les mêmes tapes dans le dos accompagnés de grands rire, les mêmes groupes. C'est au détour d'un couple se tenant main par la main au bar qu'il posa ses yeux, par hasard, sur elle. La jeune femme aux cheveux roses, seule, au comptoir, avec un ice-tea face à elle, le regard dans le vide, silencieuse. Ses pensées avaient du mal à se frayer un chemin hors de sa tête, tant elles se bousculèrent en lui.
Comme il était content de l'apercevoir. Il n'avait même pas eu le temps de parler avec elle, seuls leurs poings avaient échangés, et quelques regards, quelques gestes. C'est alors qu'elle passa sa main dans ses cheveux pour les dégager. Son visage vira au rouge pivoine lorsque sa poitrine tambourina sans ménagement. C'était à cela qu'elle ressemblait, les cheveux détachés, pourquoi cet intérêt soudain pour un détail si banal ?
"Eh, mon grand ? T'es avec nous ?
— Hein ? Euh, oui, oui !
— On aurait dû rentrer tout de suite. Tu as la tête qui tourne, des frissons, de la fièvre ? Questionna Honor, préoccupée, en plaquant doucement sa main sur le front de Narcisse.
— Euh, non, t'inquiète, ça va !"
L'adolescent se raidit en saisissant la main de sa mère, avant de la repousser gentiment. Voilà de quoi faire hausser un sourcil à Claire, derrière son verre, et faire taire les discussions le temps d'un instant. Narcisse entrecroisa ses doigts, rougissant de plus belle et bégayant, le regard s'abaissant de temps à autres.
"C'est... euh... y'a la fille qu'a gagné, toute seule.. et euh... j'voulais..."
Un coup d’œil dans la direction du bar, avant de prendre une grande inspiration, son esprit assailli de mille et une pensées plus bruyante l'une que l'autre.
"J'voulais... j'aimerais lui demander si elle voulait s'joindre avec nous... enfin, si ça vous... vous dérange pas... c'est triste qu'elle soit toute seule."
Le silence fit place à la contemplation. Le visage de Claire s'illumina soudainement de malice, puis celui d'Oscar s'éclaire à son tour, en écho à celui de son amie. Tout le contraire d'Honor, qui fronça les sourcils en pinçant ses lèvres, le temps de guetter cette inconnue au bar. Elle fut la première à répondre, sans réfléchir.
"Je ne crois pas que ce soit...
— Oh, chérie, ce serait adorable de la part de Narc, t'es pas d'accord ? Intervint Claire, un clin d’œil en direction d'Oscar, qui embraya brillamment.
— Hrm, oui. La solitude ne devrait pas être la récompense de la vainqueuse, et, qui sait, elle pourrait sûrement enseigner deux ou trois trucs à Narcisse."
Honor se dressa de toute sa hauteur, ses massives épaules obstruant le champ de vision un instant. Elle vit clair dans le jeu de ses deux amoureux, mais cela ne suffit pas à dissiper sa méfiance. Elle hésita encore, son regard alternant entre eux, et son fils, les sourcils arqués, une moue perplexe aux lèvres.
Sa position n'était pas idéale, si elle voulait bondir rapidement pour intervenir. Et si Narcisse s'éloignait trop, elle prenait le risque qu'il disparaisse derrière une silhouette. Combien d'hommes étaient actuellement dans cette brasserie ? Combien pouvaient être dangereux ? Ses yeux analysaient impitoyablement le moindre mouvement, son rythme cardiaque s'accélérant imperceptiblement.
La main de Claire serra doucement la sienne, sans un mot. Honor pivota, elles s'échangèrent un regard.
Une profonde inspiration, qu'elle relâcha lentement l'instant d'après. Puis elle marmonna en secouant insensiblement la tête.
"Bien sûr... Mais n'insiste pas, d'accord ?
— Bah, je sais, j'vais juste demander, et si c'est non, j'reviens vite, promis !"
Un nouveau silence, Oscar et Claire attendant visiblement un signe, un mot. Oh, Honor vit bien que déjà, leur choix étaient fait, et qu'ils semblaient prendre un malin plaisir à se liguer contre elle. Avec leur air narquois et faussement pernicieux, comme elle leur ferait payer plus tard. Et pourtant, rien à faire, elle sentait les commissures de ses lèvres s'étirer doucement. Une dernière expiration.
"Allez, va, on lui fera une place.
— Oh, merci ! J'vous aime fort, j'reviens !"
Il détala en embarquant son jus d'orange, se frayant un chemin au milieu des gens indifférents. L'adolescent semblait avoir retrouvé toute son agilité, et il n'effleura pas une seule silhouette. Claire plaisanta en pouffant, avant de déposer un baiser sur la main d'Honor.
"Quelle fougue, on se demande ce qui lui donne ces ailes..."
Oscar gloussa dans son jus de tomate, mais ne put s'empêcher de remarquer la légère tension dans les épaules de sa femme. Ses lèvres se pincèrent lorsqu'il replaça sa paille dans le creux de sa joue, il s'agissait malheureusement d'une étape à laquelle nul à cette table ne pouvait faire quoi que ce soit...
"Yo ! Euh, coucou, j'te dérange pas, ça va ?"
Son verre de jus d'orange entre ses mains, les doigts de Narcisse tapotaient distraitement le verre, sur lequel perlait la condensation fraîche. Il avait beau faire, ses yeux n'arrivaient pas à croiser longtemps ceux de la jeune fille. Cette dernière pivota vers lui, silencieuse. Son sourcil dressé jusqu'au haut de son front, elle hésita un moment, le regardant de bas en haut sans réfléchir. Narcisse se sentit soudainement très mal à l'aise, une vive chaleur enflammant ses joues et le faisant douter jusqu'à ses premiers choix conscients.
Face au silence, il ne tint pas, et venant se frotter la nuque, il brisa ce silence.
"Euh, j'voulais juste, enfin... si ça t'dérange pas...
— Assied-toi.
— Hein ?
— Allez, l'asticot, pose tes fesses, j'ai dit.
— Euh, oui, ok !"
Pourquoi, soudainement, il n'hésita plus lorsqu'elle tapota le tabouret jusqu'à côté d'elle ? Sa voix était suave, et lui donna envie de l'observer davantage. Maintenant que le tournoi était terminé, ses oreilles s'étaient parées de grandes boucles dorées, reflétant les lumières du bar devant eux. Se tenant voûtée, elle ne le dépassait plus que légèrement, mais même ainsi, il était encore soufflé de sa prestance.
"Alors, tu voulais quoi ?
— Hein ?
— Allô ? Allô la Terre ? J't'ai pas loupé, on dirait. Tu voulais un truc, en arrivant, mais juste, j'te préviens, t'es pas trop mon genre.
— EH ?! Je, non, non !! Pas... enfin, j'voulais pas te... pas sur ça ! C'est, c'est, enfin, t'avais- t'avais l'air toute seule, et, et, j'suis avec ma famille, donc, euh, j'voulais juste, enfin, j'voulais savoir, si tu... si tu voulais nous rejoindre, c'est tout !"
La jeune fille écarquilla ses grand yeux verts jusqu'à ce que son front se creuse d'une fine ride. Face à elle, Narcisse regardait dans toutes les directions, son souffle plus court que durant le plus intense de ses efforts. Son visage fondait sous la chaleur de sa peau, qu'il tentait de dissimuler derrière l'une de ses mains. Lui qui pensait être habitué au ridicule, il semblerait qu'il n'ait pas encore tout découvert. Mais il ne comprenait pas. Ce n'était pas la première fois qu'il invitait une personne seule à le rejoindre, lui, ou son groupe.
"Je fais si pitié que ça ? Demanda-t-elle avec un sourire amusé qu'il ne vit pas.
— Non ! Enfin, ça m'faisait juste de la peine... t'as gagné, et t'as personne avec qui fêter ça, c'est triste, j'trouve."
Tandis qu'il but de nouveau, la main tremblante, la jeune fille glissa son regard jusqu'à la famille de Narcisse. Ses yeux se verrouillèrent instinctivement sur Honor. Elle questionna, d'un coup de tête dans leur direction, faisant tressaillir l'adolescent.
"C'est eux, tes vieux ?
— Ah ! Euh, oui, oui, y'a ma mère, mon père, et ma marraine.
— J'en conclus que la blonde, c'est pas ta reum. Souria-t-elle de plus belle.
— Euh, oui, enfin, non ! Désolé, c'était nul, oublie, j'voulais pas t'embêter.
— Reste là."
Sans hésiter, elle l'empoigna par l'épaule d'une poigne solide et assurée, le plaquant sur son tabouret. Narcisse ne le vit pas, mais Honor fut arrêtée de justesse par Oscar et Claire, qui déployaient des trésors de diplomatie pour l'empêcher d'intervenir. Non, malgré la situation, l'adolescent ne parvenait pas à détacher ses yeux de l'inconnue. Elle rajusta une mèche, avant de vider son verre.
"J'vais pas aller m'coller à ta p'tite famille, ce serait trop gênant. Toi, par contre, ça te dit pas d'rester ?
— Je... moi ? Rester..."
Elle hocha la tête, fronçant ses sourcils de perplexité.
"Avec... avec toi ?
— Mh-mh."
Si le tabouret avait eu un dossier, il se serait retrouvé affalé dessus. Au lieu de cela, sa main passa de nouveau sur sa nuque, jusqu'à glisser dans ses cheveux jusqu'à tirer la peau de son visage déconfit. Il eut un regard pour ses parents, mais il était incapable de leur dire ce qu'il voulait. Sa bouche s'entrouvrit, puis se referma. Sans savoir pourquoi, il s'était déjà retourné vers l'inconnue, comptant, au fond de lui, sur la confiance qu'il avait toujours accordé à sa famille pour le comprendre.
"Euh, ok ! Moi, c'est Narcisse, Narcisse Brando !
— Rose Tyler. Tain, tes vieux ont aussi trouvé qu'une fleur, c'était bien comme prénom, c'est grave !"
La réponse de Narcisse sembla détendre Rose, qui éclata de rire, qui fit tinter les oreilles de l'adolescent. Comment ne pas accompagner un rire pareil ? Lui aussi éclata sous l'euphorie du moment, toute sa tension envolée, heureux d'avoir enfin pu mettre un nom sur la jeune fille. Il remarqua quelque chose : les joues de Rose se teintaient d'un léger rouge lorsqu'elle riait.
Tant d'émotions explosaient en elle, créant un capharnaüm presque sans précédent. Qui était cette inconnue ? Que voulait-elle à son fils ? Il était si naïf, et il l'abordait sans hésiter, au mépris de la prudence et de la vigilance !
Oscar et Claire perçurent parfaitement le malaise de leur amante. Il semblait que la conversation autour du repas allait porter sur une grande question : comment faire lâcher prise une mère comme Honor quand il s'agissait de laisser son enfant avec une fille inconnue ? Âpre question... les deux comparses allaient avoir du boulot. Bien que leur principale priorité soit de réussir, toutes les cinq minutes environ, de réussir à empêcher Honor de bondir pour attraper Rose Tyler par le col.
Le brouhaha de l'établissement simple, une petite gargote urbaine située à une centaine de mètres du stade, semblait avoir été l'élu inconscient d'une bonne partie des spectateurs du tournoi. Çà et là, des bouts de phrases se formaient aux oreilles, construisant au gré des voix un récit décousu. Mêlé aux bruits des verres tintant les uns contre les autres, l'odeur de la bouffe grillée se mêlait aux effluves du bois du bar qui s'était gorgé de liqueurs renversées au fil des ans. Les serveurs glissaient au milieu des clients et des tables, notant à toute allure les commandes, et sachant pertinemment qu'à cette heure, au moins un verre de bière ornerait les plateaux.
"Alors mon grand, tu vas prendre quoi ?
— Mh... j'sais pas, tout à l'air trop bon !
— C'est moi qui paye, prenez comme vous voulez !
— Quelle charmante attention, de la part de celle gagnant davantage que nos deux salaires réunis.
— Chut, le fonctionnaire !"
Ayant trouvés refuge à une table au coin de la pièce, les Brando se taquinaient joyeusement, toisés par la hauteur d'Honor, qui silencieusement, regardait son fils. Oscar et Claire allaient bon train et se charriaient dans la bonne humeur décomplexée, le premier sirotant son jus de tomate, et la deuxième son verre de bière. Le visage de Narcisse avait gonflé par endroits, ce qui ne l'empêchait pas de boire à la paille son grand verre de jus d'orange, les yeux étincelants. Lui et Honor se croisaient du regard, et à chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de sourire aux éclats. Et si le sourire de sa mère demeurait, comme à son habitude, plus retenu, il n'en avait cure, et appréciait chacun d'eux.
Laissant les adultes à leurs petits bavardages, il promena son regard aux alentours. Rarement il se rendait dans les lieux publics moldus, depuis la découverte de son statut sorcier. Et force était de constater que les sorciers et les moldus n'avaient que peu de différences.
Les mêmes éclats de voix, les mêmes tapes dans le dos accompagnés de grands rire, les mêmes groupes. C'est au détour d'un couple se tenant main par la main au bar qu'il posa ses yeux, par hasard, sur elle. La jeune femme aux cheveux roses, seule, au comptoir, avec un ice-tea face à elle, le regard dans le vide, silencieuse. Ses pensées avaient du mal à se frayer un chemin hors de sa tête, tant elles se bousculèrent en lui.
Comme il était content de l'apercevoir. Il n'avait même pas eu le temps de parler avec elle, seuls leurs poings avaient échangés, et quelques regards, quelques gestes. C'est alors qu'elle passa sa main dans ses cheveux pour les dégager. Son visage vira au rouge pivoine lorsque sa poitrine tambourina sans ménagement. C'était à cela qu'elle ressemblait, les cheveux détachés, pourquoi cet intérêt soudain pour un détail si banal ?
"Eh, mon grand ? T'es avec nous ?
— Hein ? Euh, oui, oui !
— On aurait dû rentrer tout de suite. Tu as la tête qui tourne, des frissons, de la fièvre ? Questionna Honor, préoccupée, en plaquant doucement sa main sur le front de Narcisse.
— Euh, non, t'inquiète, ça va !"
L'adolescent se raidit en saisissant la main de sa mère, avant de la repousser gentiment. Voilà de quoi faire hausser un sourcil à Claire, derrière son verre, et faire taire les discussions le temps d'un instant. Narcisse entrecroisa ses doigts, rougissant de plus belle et bégayant, le regard s'abaissant de temps à autres.
"C'est... euh... y'a la fille qu'a gagné, toute seule.. et euh... j'voulais..."
Un coup d’œil dans la direction du bar, avant de prendre une grande inspiration, son esprit assailli de mille et une pensées plus bruyante l'une que l'autre.
"J'voulais... j'aimerais lui demander si elle voulait s'joindre avec nous... enfin, si ça vous... vous dérange pas... c'est triste qu'elle soit toute seule."
Le silence fit place à la contemplation. Le visage de Claire s'illumina soudainement de malice, puis celui d'Oscar s'éclaire à son tour, en écho à celui de son amie. Tout le contraire d'Honor, qui fronça les sourcils en pinçant ses lèvres, le temps de guetter cette inconnue au bar. Elle fut la première à répondre, sans réfléchir.
"Je ne crois pas que ce soit...
— Oh, chérie, ce serait adorable de la part de Narc, t'es pas d'accord ? Intervint Claire, un clin d’œil en direction d'Oscar, qui embraya brillamment.
— Hrm, oui. La solitude ne devrait pas être la récompense de la vainqueuse, et, qui sait, elle pourrait sûrement enseigner deux ou trois trucs à Narcisse."
Honor se dressa de toute sa hauteur, ses massives épaules obstruant le champ de vision un instant. Elle vit clair dans le jeu de ses deux amoureux, mais cela ne suffit pas à dissiper sa méfiance. Elle hésita encore, son regard alternant entre eux, et son fils, les sourcils arqués, une moue perplexe aux lèvres.
Sa position n'était pas idéale, si elle voulait bondir rapidement pour intervenir. Et si Narcisse s'éloignait trop, elle prenait le risque qu'il disparaisse derrière une silhouette. Combien d'hommes étaient actuellement dans cette brasserie ? Combien pouvaient être dangereux ? Ses yeux analysaient impitoyablement le moindre mouvement, son rythme cardiaque s'accélérant imperceptiblement.
La main de Claire serra doucement la sienne, sans un mot. Honor pivota, elles s'échangèrent un regard.
Une profonde inspiration, qu'elle relâcha lentement l'instant d'après. Puis elle marmonna en secouant insensiblement la tête.
"Bien sûr... Mais n'insiste pas, d'accord ?
— Bah, je sais, j'vais juste demander, et si c'est non, j'reviens vite, promis !"
Un nouveau silence, Oscar et Claire attendant visiblement un signe, un mot. Oh, Honor vit bien que déjà, leur choix étaient fait, et qu'ils semblaient prendre un malin plaisir à se liguer contre elle. Avec leur air narquois et faussement pernicieux, comme elle leur ferait payer plus tard. Et pourtant, rien à faire, elle sentait les commissures de ses lèvres s'étirer doucement. Une dernière expiration.
"Allez, va, on lui fera une place.
— Oh, merci ! J'vous aime fort, j'reviens !"
Il détala en embarquant son jus d'orange, se frayant un chemin au milieu des gens indifférents. L'adolescent semblait avoir retrouvé toute son agilité, et il n'effleura pas une seule silhouette. Claire plaisanta en pouffant, avant de déposer un baiser sur la main d'Honor.
"Quelle fougue, on se demande ce qui lui donne ces ailes..."
Oscar gloussa dans son jus de tomate, mais ne put s'empêcher de remarquer la légère tension dans les épaules de sa femme. Ses lèvres se pincèrent lorsqu'il replaça sa paille dans le creux de sa joue, il s'agissait malheureusement d'une étape à laquelle nul à cette table ne pouvait faire quoi que ce soit...
"Yo ! Euh, coucou, j'te dérange pas, ça va ?"
Son verre de jus d'orange entre ses mains, les doigts de Narcisse tapotaient distraitement le verre, sur lequel perlait la condensation fraîche. Il avait beau faire, ses yeux n'arrivaient pas à croiser longtemps ceux de la jeune fille. Cette dernière pivota vers lui, silencieuse. Son sourcil dressé jusqu'au haut de son front, elle hésita un moment, le regardant de bas en haut sans réfléchir. Narcisse se sentit soudainement très mal à l'aise, une vive chaleur enflammant ses joues et le faisant douter jusqu'à ses premiers choix conscients.
Face au silence, il ne tint pas, et venant se frotter la nuque, il brisa ce silence.
"Euh, j'voulais juste, enfin... si ça t'dérange pas...
— Assied-toi.
— Hein ?
— Allez, l'asticot, pose tes fesses, j'ai dit.
— Euh, oui, ok !"
Pourquoi, soudainement, il n'hésita plus lorsqu'elle tapota le tabouret jusqu'à côté d'elle ? Sa voix était suave, et lui donna envie de l'observer davantage. Maintenant que le tournoi était terminé, ses oreilles s'étaient parées de grandes boucles dorées, reflétant les lumières du bar devant eux. Se tenant voûtée, elle ne le dépassait plus que légèrement, mais même ainsi, il était encore soufflé de sa prestance.
"Alors, tu voulais quoi ?
— Hein ?
— Allô ? Allô la Terre ? J't'ai pas loupé, on dirait. Tu voulais un truc, en arrivant, mais juste, j'te préviens, t'es pas trop mon genre.
— EH ?! Je, non, non !! Pas... enfin, j'voulais pas te... pas sur ça ! C'est, c'est, enfin, t'avais- t'avais l'air toute seule, et, et, j'suis avec ma famille, donc, euh, j'voulais juste, enfin, j'voulais savoir, si tu... si tu voulais nous rejoindre, c'est tout !"
La jeune fille écarquilla ses grand yeux verts jusqu'à ce que son front se creuse d'une fine ride. Face à elle, Narcisse regardait dans toutes les directions, son souffle plus court que durant le plus intense de ses efforts. Son visage fondait sous la chaleur de sa peau, qu'il tentait de dissimuler derrière l'une de ses mains. Lui qui pensait être habitué au ridicule, il semblerait qu'il n'ait pas encore tout découvert. Mais il ne comprenait pas. Ce n'était pas la première fois qu'il invitait une personne seule à le rejoindre, lui, ou son groupe.
"Je fais si pitié que ça ? Demanda-t-elle avec un sourire amusé qu'il ne vit pas.
— Non ! Enfin, ça m'faisait juste de la peine... t'as gagné, et t'as personne avec qui fêter ça, c'est triste, j'trouve."
Tandis qu'il but de nouveau, la main tremblante, la jeune fille glissa son regard jusqu'à la famille de Narcisse. Ses yeux se verrouillèrent instinctivement sur Honor. Elle questionna, d'un coup de tête dans leur direction, faisant tressaillir l'adolescent.
"C'est eux, tes vieux ?
— Ah ! Euh, oui, oui, y'a ma mère, mon père, et ma marraine.
— J'en conclus que la blonde, c'est pas ta reum. Souria-t-elle de plus belle.
— Euh, oui, enfin, non ! Désolé, c'était nul, oublie, j'voulais pas t'embêter.
— Reste là."
Sans hésiter, elle l'empoigna par l'épaule d'une poigne solide et assurée, le plaquant sur son tabouret. Narcisse ne le vit pas, mais Honor fut arrêtée de justesse par Oscar et Claire, qui déployaient des trésors de diplomatie pour l'empêcher d'intervenir. Non, malgré la situation, l'adolescent ne parvenait pas à détacher ses yeux de l'inconnue. Elle rajusta une mèche, avant de vider son verre.
"J'vais pas aller m'coller à ta p'tite famille, ce serait trop gênant. Toi, par contre, ça te dit pas d'rester ?
— Je... moi ? Rester..."
Elle hocha la tête, fronçant ses sourcils de perplexité.
"Avec... avec toi ?
— Mh-mh."
Si le tabouret avait eu un dossier, il se serait retrouvé affalé dessus. Au lieu de cela, sa main passa de nouveau sur sa nuque, jusqu'à glisser dans ses cheveux jusqu'à tirer la peau de son visage déconfit. Il eut un regard pour ses parents, mais il était incapable de leur dire ce qu'il voulait. Sa bouche s'entrouvrit, puis se referma. Sans savoir pourquoi, il s'était déjà retourné vers l'inconnue, comptant, au fond de lui, sur la confiance qu'il avait toujours accordé à sa famille pour le comprendre.
"Euh, ok ! Moi, c'est Narcisse, Narcisse Brando !
— Rose Tyler. Tain, tes vieux ont aussi trouvé qu'une fleur, c'était bien comme prénom, c'est grave !"
La réponse de Narcisse sembla détendre Rose, qui éclata de rire, qui fit tinter les oreilles de l'adolescent. Comment ne pas accompagner un rire pareil ? Lui aussi éclata sous l'euphorie du moment, toute sa tension envolée, heureux d'avoir enfin pu mettre un nom sur la jeune fille. Il remarqua quelque chose : les joues de Rose se teintaient d'un léger rouge lorsqu'elle riait.
*
*****
Honor avait manqué de peu de déchirer son menu, lorsqu'elle comprit que Narcisse ne reviendrait pas à leur table. *****
Tant d'émotions explosaient en elle, créant un capharnaüm presque sans précédent. Qui était cette inconnue ? Que voulait-elle à son fils ? Il était si naïf, et il l'abordait sans hésiter, au mépris de la prudence et de la vigilance !
Oscar et Claire perçurent parfaitement le malaise de leur amante. Il semblait que la conversation autour du repas allait porter sur une grande question : comment faire lâcher prise une mère comme Honor quand il s'agissait de laisser son enfant avec une fille inconnue ? Âpre question... les deux comparses allaient avoir du boulot. Bien que leur principale priorité soit de réussir, toutes les cinq minutes environ, de réussir à empêcher Honor de bondir pour attraper Rose Tyler par le col.
Rose Tyler
— Mh, mais non ! Je, désolé, ça t'as fais mal ?!"
Narcisse manqua de s'étouffer sur sa bouchée, avant de braquer son visage rougissant sur Rose, qui ne trouva rien de mieux à faire qu'éclater de rire. Son poing frappa le bois du comptoir en l'accompagnant dans son hilarité, et elle pointa un index moqueur sur l'adolescent, en se penchant sur lui.
"Relax, j'te charrie. T'es marrant, tu tombes toujours les deux pieds dedans."
Son index se resserra en poing, qui vint doucement, mais avec une fermeté railleuse, tapoter l'épaule de l'adolescent. Il blêmit sous ce contact, le regard hagard, laissant sa fourchette tournoyer dans son assiette de risotto. Un soupir lui échappe, suivi d'un petit rire.
"Ah, tu m'rassures, j'ai eu peur.
— Eh, nigaud, c'était un tournoi, y'a aucune règle qui interdit les coups d'boule au Coup de vitesse."
Rose arracha un morceau de son Fish and Chips, qu'elle engloutit en un instant. La bouche pleine, elle pencha le tête sur le côté.
"Franchement, ça m'a bien surpris, j'le sens encore, ça m'lance à chaque respiration.
— Désolé...
— Baha ! T'es con, ça m'fait mal, mais c'était bien. Tu t'es entraîné où ?
— Oh, euh, avec ma mère, et j'm'entraîne tout seul, avec des camarades.
— Ah ouais ? C'est pour ça que j't'ai jamais vu au club ?"
De la pointe de sa fourchette, elle désigne Narcisse, un petit sourire narquois sur les lèvres. L'adolescent, quant à lui, ne détache pas ses yeux de son aînée. Il prend une grande inspiration, sans même jeter un regard derrière lui. Il a envie de se demander ce qu'a commandé sa famille, est-ce que Claire a toujours les yeux plus gros de le ventre ? Est-ce qu'Honor prend toujours deux plats ? Et est-ce qu'Oscar essaiera un nouveau plat inconnu ? Ces questions trouvent un peu de place dans son esprit, mais sont rapidement balayées par les échanges de regards entre Rose et lui. Après une nouvelle bouchée, il hoche la tête, et continue, sans réfléchir.
"Ouais, j'aime beaucoup m'entraîner avec elle.
— Elle est forte ?
— Oh purée, alors là, oui, de ouf ! C'est la plus forte.
— Plus que moi ?
— Euh... euh... je... enfin, je... je dirais que oui, quand même... eh, tu m'charrie encore ?!"
Pour toute réponse, Rose éclate de rire, en secouant la tête. Narcisse sent ses sourcils se froncer imperceptiblement, incapable de deviner à coup sûr s'il avait vu juste ou non. Mais tant qu'elle rigole, pas de quoi s'inquiéter, pas vrai ? Il prit une grande inspiration en se redressant sur son tabouret, tandis que sa fourchette tournoyait doucement dans son assiette. Un sourire rougeâtre étirait ses lèvres lorsqu'il reprit, interrompant la gorgée d'ice-tea de Rose.
"En tout cas, toi aussi, t'es ultra balèze, j'ai rien pu faire, c'était trop cool !
— Eh ? Cool ? J'ai jamais dit que toi, tu pouvais te foutre de moi.
— Mais, mais c'est vrai ! J'le pense vraiment, t'étais ultra impressionnante, et, j'ai vraiment adoré ce combat... C'était super excitant, j'avais peur que mes bras explosent chaque fois que tu me frappais, haha !
— ... Carrément ?
— Bah, ouais, j'adore ce genre de combat.
— T'adore perdre ? T'es chelou.
— Mais non, j'veux dire, j'adore, euh... 'fin, comment dire..."
Un silence, Narcisse se gratte l'arête du nez, avant de hausser les épaules.
"J'sais pas, c'est génial d'affronter des gens plus forts que moi."
En un instant, le silence s'installe entre eux. Rose reprend quelques bouchées, en regardant droit devant elle. L'adolescent observe les restes de son repas, avant de redresser le regard, et de tomber sur le reflet de Rose, dans l'immense miroir trônant derrière le comptoir. Un sourire simple continue d'étirer ses lèvres, avant que la voix de sa nouvelle amie n'attire son attention. Leurs regards se croisent.
"T'es pas deg d'avoir perdu ?
— Nan, j'm'attendais à rien en allant à cette compétition, c'était ma première."
Rose plissait les yeux en l'observant, et Narcisse eut l'impression de sentir des démangeaisons dans sa nuque. Imperceptiblement, et malgré tous ses efforts, il ne réussissait pas à soutenir les yeux de la jeune fille, et plus elle le regardait, plus sa respiration s'accélérait. Enfin, lorsqu'il eut l'impression que ses joues avaient fini de cuire, elle se redressa doucement.
"T'as l'air sérieux... t'es bizarre, d'habitude, les mecs font la gueule quand une meuf les envoie au tapis.
— Eh ?! Pourquoi ? C'est quoi le rapport, mais pourquoi ?
— T'as pas vu la gueule du mec devant toi, sur le podium, celui qu'a fini deuxième, t'as pas vu comment il puait le seum ?"
Narcisse ne put que secouer la tête pour toute réponse. Il avait beau faire, il lui paraissait inconcevable d'imaginer une telle réaction. Combien de fois avait-il été battu par une fille ? Jamais il n'avait ne serait-ce que pensé à cet aspect d'un affrontement, tant cela lui était arrivé. L'adolescent ne doutait pas de ce que lui disait Rose, mais il avait beau faire, impossible de se remémorer de ne serait-ce que le visage de son premier opposant...
La main posée sur le bas de son visage, cachant sa bouche, il se sentait gêné de réaliser qu'il ne se rappelait de rien d'autre que son combat contre sa nouvelle amie. Une longue expiration lui échappe, avant qu'il ne reprenne, une moue désappointée sur les lèvres.
"C'est trop... nul, d'penser comme ça... C'est triste.
— C'est carrément merdique, mais eh, faut pas attendre grand chose des mecs.
— Ah ouais ? Tous ?
— Oh, chier... me dit pas que t'es Not All Men1 ?"
Rose poussa à son tour un long soupir, lâchant sa fourchette, pour enfoncer son visage entre ses mains. L'adolescent cligna des yeux, avant de sentir ses sourcils se froncer.
"Not... quoi ?
— Tu... attends, tu connais pas ? Mais t'as grandi dans une grotte ou quoi ? Faut t'éduquer un peu, quand même. Elle semblait presque soulagée.
— Bah... j'sais pas, c'est quoi ?
— T'as pas Twitter ?
— Euh... non.
— Insta ? Bluesky ? TikTok au moins ?
— Euuh... Non..."
Sa bouche disparaît dans son grand verre de jus d'orange, le reste de son visage brûlant. Il se force à ignorer le sourcil arqué de Rose, malgré cette épouvantable impression d'avoir manqué une marche dans le noir.
À quoi pensait-il ? Il était un sorcier. Il était un né-moldu, certes, mais ce monde n'était plus réellement le sien depuis bientôt quatre ans. L'adolescent n'y revenait que pour les vacances, et passait tout ce temps à profiter de sa famille, à s'entraîner ou à réviser. Depuis combien de temps n'avait-il pas ouvert une vidéo YouTube ? Joué à un jeu vidéo tout seul, ou simplement regardé les actualités avec ses parents ?
Sa gorge se serra, depuis combien de temps avait-il laissé derrière lui ses camarades d'école ? L'excitation de la découverte, le frisson de l'aventure et d'un nouveau monde, les péripéties, les mésaventures et les rebondissements de ces dernières années avaient-ils réellement suffit à tout effacer ? Très lentement, il repose son verre, en regardant droit devant lui.
Pourquoi les choses ne pouvaient-elles pas être plus simples ?
"Te bile pas, j'vais pas en rajouter une couche, tu dois déjà assez te taper la honte au lycée. T'es où d'ailleurs ?"
Lui demanda-t-elle, avec une grande claque dans le dos. Que pouvait-il répondre ? Ses pensées tournoyaient, en boucle, se heurtaient les unes aux autres, une chape de plomb fondait sur l'intérieur de sa poitrine.
Ne mens pas.
"Je... j'suis dans une école privée, à l'étranger. On a pas le droit d'utiliser internet, tout est papier là-bas.
— Phew, paye ton archaïsme, tes parents t'ont punis ?"
Pourquoi ne pouvait-il pas simplement dire la vérité ? Il détourna le regard, pour croiser celui de sa famille. Oscar et Claire parlaient à voix basse en souriant, mais Honor avait gardé son regard sur lui. Elle le lui rendit, en silence. Il prit une inspiration tremblante, avant de déglutir, un sourire triste aux lèvres.
"Nan, nan, pas du tout, elle est géniale cette école, ils ont eu beaucoup d'mal à m'y faire rentrer."
Menteur. Vomir serait préférable, comme le lui signalaient les nausées violentes qui venaient de prendre d'assaut son estomac. Rose sembla ne rien remarquer.
"T'as eu ton mot à dire au moins ?
— Ha, euh... pas vraiment, non, mais eux non plus.
— Elle est cheloue ton histoire... C'est quoi c't'école ? T'es un surdoué, en fait ? La bonne blague !
— C'est... c'est une école de magie."
Les mots lui avaient échappé, son sang ne fit qu'un tour. Il pivota entièrement face à Rose, tout son visage envahi d'expressions contradictoires. Elle ne lui rendit à nouveau qu'un simple haussement de sourcil.
"Tu veux dire... comme les trucs avec les cartes, ce genre de machins ?
— Oui ! C'est ça !"
Il expira brusquement, repoussant au fond de lui le reste de ses questions.
"C'est un super long programme, en sept années, mais les meilleurs sor... magiciens y vont tous ! T'apprends plein de choses différentes, y'a des élèves de tout le Royaume-Uni, mais, ouais, c'est un peu loin, et voilà.
— Et voilà..."
Après un instant d'immobilité, durant lequel Narcisse s'était affalé sur le comptoir, Rose termina son assiette, et dégaina son portable.
"Si tu veux pas m'dire, c'est pas grave hein, on s'connaît pas.
— Ouais, t'as raison."
Avant qu'il ne puisse réfléchir, Narcisse sortit à son tour son portable, en le brandissant timidement.
"J'ai un portable, quand même, et j'sais que c'est bizarre cette histoire, mais j'aimerais bien t'revoir. J'ai encore tout le mois d'août."
Rose cessa de pianoter sur son écran, pour croiser le regard de l'adolescent. Elle sourit, et une seconde s'écoule avant qu'elle ne finisse par rire. Ce simple rire suffit à embaumer le cœur de Narcisse, qui s'étonna de la facilité avec laquelle il venait de demander le numéro d'une fille. Après la réalisation que le monde moldu n'était plus réellement le sien, tout semblait facile, désormais.
Elle tendit son portable déverrouillé, affichant son numéro, un grand iPhone, de presque deux fois la taille du portable de Narcisse, habillé d'une coque rose bonbon. L'adolescent la trouva extraordinairement mignonne, cette petite coque toute molle.
"Même ton portable il est nul, c'est un vieux machin. Rassure-moi, t'as pas 45 ans, en réalité ?
— Hey, j'ai quinze ans !
— J'ai dix-sept ans, mais toi, c'est vrai que j'avais aucune idée de ton âge, parfois tu faisais très jeune, puis l'instant d'après, bien plus vieux.
— C'est la première fois qu'on me dit ça... tiens, j't'ai ajouté, merci. Et toi ? T'étudies où ?
— À Ashton School, elle est un peu vieux jeu, mais c'est la meilleure pour c'que j'veux faire.
— Tu veux faire quoi après ?
— Ingénieure nucléaire."
Il laissa échapper un petit sifflement d'admiration. Lui qui n'avait jamais été doué en sciences... Quoique, avait-il seulement eu le temps de s'y pencher ? Aujourd'hui, il se doutait bien qu'il n'avait pas l'esprit scientifique, mais mis à part quelques cours superficiels en fin de primaire, que savait-il des sciences ? Un nouveau sourire, que Rose sembla mettre sur le compte d'autre chose.
"Avoue que ça claque mieux que magicien.
— J'avoue, j'pourrais jamais faire ça, moi. Au fait, j'voulais t'demander un truc.
— Balance.
— Pourquoi t'es seule ? Enfin, ta famille, elle est pas venue te voir pour le tournoi ?
— Ah, ça..."
La jeune fille sembla rajeunir, brièvement, en laissant son regard se perdre derrière le comptoir. Ses doigts jouaient avec son portable, qui vibrait doucement, mais qu'elle semblait ignorer. Narcisse se redressa.
"Disons qu'mes vieux s'en foutent un peu des arts martiaux. Ils ont peur que ça me fasse perdre du temps avec mes études.
— Mais, c'est super triste !
— Oh, j'm'en fous... C'est pas grave, j'ai pas besoin d'eux."
L'adolescent s'était presque totalement retourné vers Rose, qu'il regardait sans hésiter désormais. Ses yeux papillonnèrent vers sa famille, qu'il savait toujours dans le coin de la pièce.
"C'est quand même triste, ils devraient t'encourager, ça a l'air important pour toi ! Moi je sais que j'serais super triste si ma famille m’encourageait pas... Et puis, c'est bête, t'es la meilleure combattante que j'ai vu pour ton âge, faut pas qu'tu laisses tomber.
— C'est gentil."
Répondit-elle distraitement, en venant poser sa main sur le genou de Narcisse, qui se retrouva tout d'un coup réduit à un parfait mutisme. Ce contact l'électrisa, manquant de l'abattre sans merci. Elle déposa son portable, écran contre le bois, avant de le regarder.
"Mais c'est pas grave, j'le fais pour m'amuser de toute manière. J'suis assez forte pour casser la gueule de quasi tous les mecs qui viendraient m'emmerder, haha ! Mais bon... faut bien arrêter les enfantillages au bon d'un moment.
— Quoi ? Tu rigoles ?
— Bah... j'aurais plus trop l'temps, à la fac. Je reprendrais peut-être un jour, mais c'était cool, ce dernier tournoi."
Narcisse oublia jusqu'au contact de la main de Rose sur son genou. Sa bouche était grande ouverte, mais aucun mot n'en sortit. Ses yeux s'écarquillaient, seuls témoins de la tempête émotionnelle rugissant désormais en lui. Il aurait voulu répondre, dire à quel point il se sentait triste à l'idée qu'elle abandonne les arts martiaux.
Après un instant d'immobilité, elle soupira doucement, d'un air presque déçu. Puis elle laissa glisser sa main du genou de Narcisse, qui eut l'impression qu'on lui retirait la plus chaleureuse des couvertures. Elle regarda encore son portable, qui vibra une nouvelle fois.
"Bon, faut qu'j'y aille, y'a mon vieux qui attend devant.
— Quoi ? Attends, je...
— Envoie-moi un message si tu veux, pour que j'ai ton num aussi."
D'un air précipité, elle récupéra son sac à dos, avant de payer d'un coup de téléphone, puis elle se leva souplement, en regardant Narcisse, qui était totalement hébété.
"Tire pas cette tronche. J'préférais quand tu souriais."
Son portable vibra à nouveau, elle jette un regard au-dehors, sans réellement voir quoi que ce soit. Un ultime soupir semble lui coûter plus cher, et elle vient se frotter la nuque en hésitant.
"Tu sais... tout à l'heure, j'ai dit que t'étais pas mon genre, parce que j'avais peur que tu sois venu me draguer.
— Moi ? Mais j'aurais jamais...
— J'ai un peu menti."
Coupant court à la protestation de l'adolescent, elle se pencha vers lui, pour déposer un rapide baiser sur sa joue. Il vit flou, elle sourit, avant de s'éloigner. Il ne vit même pas le moment où elle se retourna vers lui, sur le pas de la porte, et son dernier gloussement. Il ne sentait plus rien d'autre que la peau de sa joue, les muscles contre ses dents, tout son visage qui, petit à petit, semblait se rejoindre en un point unique et fixe. Ses doigts se levèrent pour toucher l'endroit, il s'arrêta au dernier moment, il ne voulait pas que son contact efface celui de Rose.
"Eh... héhé..."
En voilà un rire bête, et il n'avait pas l'air bien malin non plus, avec son grand sourire idiot, qui se dessinait d'une oreille à l'autre.
1Pas tous les hommes
Rose Tyler
"Narcisse, je ne pense pas que ce soit une bonne idée."
Honor tira la conclusion de ses observations, exposées plus tôt, pendant le début du trajet de retour. Les phares de sa Camaro éclairaient la route, d'une lumière blanche et aveuglante. Rares étaient les voitures que la famille Brando croisait sur le petit chemin qui les menaient jusqu'à leur maison. De temps à autre, le ronronnement silencieux du moteur électrique était ponctué d'une variation lorsque l'ancienne militaire passait une vitesse d'un mouvement fluide. Sa conduite souple et experte ne donnait aucune opportunité de culbute, c'est à peine si la tête des passagers penchait lors des virages.
Cet étrange calme semblait s'effriter lentement, en se heurtant à la tension des habitants de la voiture.
L'adolescent était assis sur le siège passager, à côté de sa mère. Silencieux, son regard demeurait rivé vers l'extérieur, transperçant la vitre de la portière. Son pied reposait sur le siège -Honor ne lui en tint pas rigueur, et il soutenait son menton dans le creux de sa main, son coude reposant sur son genou. Derrière, Claire et Oscar s'échangèrent un regard, ils attendaient que l'adolescent reprenne la parole. Depuis le début du voyage, seule Honor semblait trouver suffisamment de courage pour confronter Narcisse à ses choix. Bien évidemment, ils ne seraient pas restés silencieux, et d'ici à demain, il était certain que le sujet serait arrivé sur la table. Mais l'ancienne militaire n'avait pas attendu.
"Mais, c'est tellement pas juste..."
Nul n'osa le contredire. Comment auraient-ils pu ? Claire réussit, après un instant, à glisser sa main entre les deux sièges de devant, pour venir la poser tendrement sur l'épaule de son filleul. Honor reprit après avoir pris un nouveau tournant.
"Non, ça ne l'est pas. C'est de ma faute, on aurait dû aborder ce sujet plus tôt. Tu ne peux pas prendre ce risque, tu as déjà failli gaffer.
— Je sais... Mais...
— Mon grand... Intervint Oscar, en se redressant à son tour. Tu ne sais pas mentir. Pire, tu n'aimes pas mentir. C'est l'un des aspects de ta personnalité qui nous rend le plus fiers, ta mère, Claire et moi. Il dépose sa main sur l'épaule de Narcisse..[/color] Je suis désolé.[/color]"
Sans y penser, Narcisse agrippa la main de son père, pour la serrer contre lui, avant de laisser glisser son genou sur le tapis de sol. Sa tête partit en arrière, ses yeux se fermèrent, et il prit une grande inspiration.
"Mais c'était trop agréable de lui parler...
— Ils peuvent aller se faire foutre, les autres là, de ton monde magique !
— Claire... Honor tenta de l'interrompre.
— Non, attends, c'est vrai, ou c'est pas vrai ? Leurs règles sont injustes, et dégueulasses ! Narc peut même plus se faire une amie dans son monde, le sien, à lui ? Moi, je dis qu'on les envoie se faire cuire le cul, comment ils pourraient savoir, de toute façon ?
— Ils sauront."
Narcisse prit sa mère de vitesse. Il s'était empoigné l'arête du nez entre les doigts, un drôle de sourire flottant comme l'ombre d'un fantôme sur ses lèvres.
"Narcisse... écoute-moi. Cette fille, tu viens de la rencontrer. Tu ne lui dois rien. Elle... elle pourrait parfaitement terminer sa vie, et ne plus jamais repenser à votre rencontre, si tu ne la recontactais pas.
— Non mais, tu t'écoutes, Honor ?! Je te rappelle comment t'as rencontré Oscar ?"
Après l'intervention de Claire, seul le moteur ponctua le silence qui suivit. La route crissait sous les pneus, quelques graviers s'éparpillèrent dans les fossés sur les bords de la route. Au loin, les phares d'une voiture clignotèrent, avant qu'Honor n'abaisse les siens d'un geste du pouce. Chacun attendit que la voiture disparaissait au loin, derrière eux, pour espérer reprendre. Tous les visages adultes étaient plongés dans une grande réflexion. Honor contemplait droit devant, Oscar se frottait le menton, et Claire grignotait l'ongle de l'un de ses pouces.
"Vous avez combien de contacts, dans vos portables ?"
Il avait sorti son téléphone de sa poche, et le faisait doucement tournoyer entre ses mains. Les trois adultes se regardèrent en silence. Ils lui avaient offert ce portable peu de temps avant de découvrir qu'il allait entrer à Poudlard. Ne pouvant l'emmener là-bas, il n'avait finalement jamais réellement eu l'occasion de l'utiliser.
"Je n'ai que vous. Et Rose. Je l'ai même pas encore renommé... et vous voudriez déjà que je l'oublie ? C'est la première fois que... sérieux, c'était trop bien, avec elle. Putain, ils sont pourris, avec leurs lois à la con !"
Sa voix résonna dans la voiture, claquant comme le fouet contre la pierre. Honor prit le dernier tournant qui les menaient chez eux. Les graviers du chemin crissèrent sous les roues, la maison s'illumina devant la lumière des phares, qui s'éteignirent en même temps que le moteur. Ils étaient arrivés, mais ils étaient comme pétrifiés. Claire avait posé sa main sur sa bouche, dans un réflexe protecteur. Les chiffres lumineux du tableau de bord passèrent de 23:34 à 22:35. Narcisse serra son portable en posant la tranche contre son front plissé.
"Je dois faire quoi ? Et si t'avais raison, et si..."
Honor regarda dans son rétroviseur, pour croiser le regard de son mari et de son amante.
"Tu sais ce que j'en pense. Si tu continues, tu vas te mettre en danger. Mais... quoi qu'il arrive, tu sais aussi que je ne vais pas te laisser tomber, au contraire.
— Écoute ton cœur, Narc ! Elle a l'air géniale, cette fille, l'amour gagne toujours, j'en sais quelque chose, avec ta mère."
L'adolescent serra de nouveau la main que lui tendit Claire, incapable de retenir son petit sourire. Oscar prit un temps de plus, en silence, courbé sur lui-même, avant de détacher sa ceinture.
"Mon grand, tu sais... quand j'ai rencontré ta mère, je crois bien qu'elle a failli me mettre une droite, à l'époque. Je travaillais dans un bar, pour payer mes études, et elle n'avait pas tellement apprécié que je l'appelle Madame."
Narcisse pouffa d'un infime rire, il connaissait cette histoire. Oscar prit la main de sa femme, qui l'embrassa en retour, avant qu'il en continue.
"Elle avait deux ans de plus que moi, et elle était complètement folle, pour résumer.
— Je vais te sortir de ma voiture, toi."
Oscar sourit en se levant et en ouvrant la portière. Narcisse l'imita, pour continuer de l'écouter, toute son attention rivée sur lui.
"Il semblerait que la seule différence entre ta mère et moi, et Rose et toi, c'est que Rose te l'as bel et bien collé, cette droite. Est-ce que je pensais qu'Honor serait la femme de ma vie, à cette époque ? Je ne sais plus, peut-être bien, on n'y pense que peu, à cet âge.
— Je n'y croyais pas, au début. Il avait juste été le gars sympa qui m'avait motivé à aller chercher mes résultats."
Honor était sortie à son tour, pour rejoindre Oscar. Tous deux s'étaient pris par la main, et avaient collé leurs épaules l'un à l'autre. Claire et Narcisse les écoutaient religieusement. L'homme regarda sa femme tendrement, avant de reprendre.
"Tu ne peux pas savoir de quoi demain sera fait. J'avais hésité à la rappeler, quand elle m'a laissé son numéro sur un papier. Et heureusement que je l'ai fait..."
Oscar embrassa Honor sur la joue, avant de se diriger vers son fils, pour déposer sa main sur son épaule, et le regarder droit dans les yeux. Un soupir, une hésitation, un regard évasé, avant de revenir.
"Si c'est la bonne, ça fonctionnera. Tu ne peux pas le savoir sans essayer. Et nous ? Crois-moi, si ces forbans du monde sorcier viennent te chercher des noises, on sera là."
Un long moment s'écoula, après que Narcisse ait sauté au cou de ses parents pour les serrer fort contre lui, en tremblant doucement. Claire s'était bien naturellement rajouté au câlin, ne supportant pas d'être mise à part de ce genre de contact physique.
Narcisse ne sut pas trop quel premier message renvoyer à Rose, après l'avoir renommé dans ses contacts. Il savait qu'il devait lui parler, et qu'il voulait la revoir. Pourquoi ne pas lui envoyer quelque chose comme : Yo ! C'est Narc, c'était super cool ce soir, ça te dit on se revoit bientôt ?






