Le huitième noël
La cuisine sent la cannelle, le sucre chaud, un truc vaguement cramé. Le vrai signe d'un bon Noël. Le meilleur, même. Le genre qu'existe que dans ce petit appartement tordu du troisième étage, avec ses fenêtres qui laissent passer le froid malgré les joints refaits par son père.
Jed a huit ans. Les pieds gelés, les joues rouges, et un bonnet rouge trop grand qui lui tombe sur les yeux. Sa mère lui a dit que ça faisait esprit de Noël. Lui, il trouve juste qu’on y voit que dalle. Dans la cuisine, tout est en bordel. Du vrai bordel : farine partout, couteau planté dans une bûche de Noël qui ressemble plus à un accident industriel qu’à un dessert, et une guirlande lumineuse posée là pour faire joli – qui clignote une lampe sur trois.
C'est parfait.
Jed est debout sur une chaise pour pouvoir atteindre le plan de travail. Sa mère lui a mis un tablier avec un bonhomme en pain d’épice dessus qui lui descend jusqu’aux chevilles. Il doit relever le tissu régulièrement pour pas se casser la gueule.
- Tu verses doucement, ok ? DOU-CE-MENT.
Doucement, il sait pas faire. Le saladier se renverse partout. La table, lui, sa mère, le sol. Elle éclate de rire. Un vrai rire qui réchauffe tout l’appartement plus sûrement que les pauvres bûches qui meurent dans le poêle.
- Jed… bordel… t’en as mis PARTOUT !
- Mais ça glissait j’te jure !
- Si j't'attraaaape...
- Nan, nan, nan, nan, nan !
Elle l’attrape, bien sûr, et ils partent dans une véritable bataille, lui armé d’une cuillère, elle d'une large spatule et d'une poignée de farine. Il y a de la poudre blanche partout, même dans ses cheveux.
De la musique jaillit d'un vieux disque qui grésille, un rock entraînant parmi leus favoris. Elle lui prend les deux mains, et le fait tournoyer avec lui au milieu de la cuisine dévastée. Jed ri comme un idiot, avec toute insouciance du monde..
Ce moment-là, il le sait pas, mais il le gardera toujours. Sa mère qui danse. Sa mère qui sourit. Sa mère forte, debout, vivante. Quand la musique s'arrête, elle se penche vers lui, lui remet le bonnet droit, et lui ordonne de se remettre au travail.
- Papa va rentrer qu'on aura pas fini l'dîner !
Il hoche la tête, et sans qu'il s'y attende elle le récupère pour le serrer dans ses bras. Tellement fort que pendant une seconde, il a eu l’impression que rien au monde peut les toucher.
Ce soir là, ils mangent une bûche dégueulasse - vraiment dégueulasse - mais elle décrète quand même que c'est délicieux parce qu’elle a été faite avec amour, et son père se moque d'eux gentiment. Il est encore bon enfant, même si ses traits se tirent à mesure des journée, et qu'il commence à rentrer toujours plus tard du travail.
Aujourd’hui, quand Jed pense à Noël, c’est jamais les cadeaux, ni le sapin, ni la neige. C'est ce dîner où ils se marrent et jouent à des jeux jusque tard comme une vraie famille. Facile un de ses meilleurs souvenirs. Du genre qu'il garde pour les jours où ça pique un peu, et qui tient chaud même quand il a l’impression que tout le reste se casse la gueule.
Jed a huit ans. Les pieds gelés, les joues rouges, et un bonnet rouge trop grand qui lui tombe sur les yeux. Sa mère lui a dit que ça faisait esprit de Noël. Lui, il trouve juste qu’on y voit que dalle. Dans la cuisine, tout est en bordel. Du vrai bordel : farine partout, couteau planté dans une bûche de Noël qui ressemble plus à un accident industriel qu’à un dessert, et une guirlande lumineuse posée là pour faire joli – qui clignote une lampe sur trois.
C'est parfait.
Jed est debout sur une chaise pour pouvoir atteindre le plan de travail. Sa mère lui a mis un tablier avec un bonhomme en pain d’épice dessus qui lui descend jusqu’aux chevilles. Il doit relever le tissu régulièrement pour pas se casser la gueule.
- Tu verses doucement, ok ? DOU-CE-MENT.
Doucement, il sait pas faire. Le saladier se renverse partout. La table, lui, sa mère, le sol. Elle éclate de rire. Un vrai rire qui réchauffe tout l’appartement plus sûrement que les pauvres bûches qui meurent dans le poêle.
- Jed… bordel… t’en as mis PARTOUT !
- Mais ça glissait j’te jure !
- Si j't'attraaaape...
- Nan, nan, nan, nan, nan !
Elle l’attrape, bien sûr, et ils partent dans une véritable bataille, lui armé d’une cuillère, elle d'une large spatule et d'une poignée de farine. Il y a de la poudre blanche partout, même dans ses cheveux.
De la musique jaillit d'un vieux disque qui grésille, un rock entraînant parmi leus favoris. Elle lui prend les deux mains, et le fait tournoyer avec lui au milieu de la cuisine dévastée. Jed ri comme un idiot, avec toute insouciance du monde..
Ce moment-là, il le sait pas, mais il le gardera toujours. Sa mère qui danse. Sa mère qui sourit. Sa mère forte, debout, vivante. Quand la musique s'arrête, elle se penche vers lui, lui remet le bonnet droit, et lui ordonne de se remettre au travail.
- Papa va rentrer qu'on aura pas fini l'dîner !
Il hoche la tête, et sans qu'il s'y attende elle le récupère pour le serrer dans ses bras. Tellement fort que pendant une seconde, il a eu l’impression que rien au monde peut les toucher.
Ce soir là, ils mangent une bûche dégueulasse - vraiment dégueulasse - mais elle décrète quand même que c'est délicieux parce qu’elle a été faite avec amour, et son père se moque d'eux gentiment. Il est encore bon enfant, même si ses traits se tirent à mesure des journée, et qu'il commence à rentrer toujours plus tard du travail.
Aujourd’hui, quand Jed pense à Noël, c’est jamais les cadeaux, ni le sapin, ni la neige. C'est ce dîner où ils se marrent et jouent à des jeux jusque tard comme une vraie famille. Facile un de ses meilleurs souvenirs. Du genre qu'il garde pour les jours où ça pique un peu, et qui tient chaud même quand il a l’impression que tout le reste se casse la gueule.