Solo Ce qu'il reste

Vendredi 08 juillet 2050, dans la nuit
Dans un appartement de la Rue Alberta Toothil,
Godric's Hollow

TW : Ce RP est un récit introspectif qui peut aborder des thématiques sensibles telles que la solitude, l'isolement, les pensées sombres, la consommation d'alcool de façon non récréative, ainsi que l'addiction.
Reece venait d'écraser sa cigarette dans le cendrier déjà plein à craquer, posé sur sa table de chevet que déjà, sa main en cherchait une autre. Les mégots s'entassaient les uns sur les autres, au milieu des cendres, comme seuls témoins de ses insomnies récurrentes. Sans plus assez de place pour les accueillir, certains en venaient même à joncher le parquet de son appartement, là, juste au pied de son lit. Dans la pénombre de sa chambre, seule la lueur et l'ombre ardente d'une chandelle lui apportaient un semblant de chaleur. À côté du lit, une bouteille de whisky pur feu, largement entamée, reposait couchée, menaçant de rouler un peu plus loin à chaque mouvement de l'anglais. Il avala une longue gorgée du verre qu'il tenait en main, avant de s'enfoncer un peu plus dans son lit. Sa gorge le tiraillait désormais, mais c'était loin d'être suffisant pour couper le flot ininterrompu de ses pensées.

Il ne dormait presque plus. Et parfois, c'était volontaire. Moins d'une année s'était écoulée depuis qu'il était devenu professeur. Et pourtant, il avait déjà compris qu'il faisait face à un problème qu'il ne savait pas comment gérer de façon saine. Cours d'Astronomie tardifs, responsabilités en tant que Directeur de Gryffondor, tâches administratives diverses et variées... Ainsi que son propre besoin de lever les yeux vers le ciel, d'observer la voûte céleste pour son plaisir personnel, pour ne pas perdre le fil de ses précédentes recherches. Et pour avoir un moment à lui, celui où il n'avait besoin de se sentir utile pour personne. Alors, il avait trouvé un moyen de s'affranchir des limites que son corps lui imposait, au moins temporairement. La potion d’œil vif. D'abord une aide ponctuelle, devenue trop rapidement une habitude, une nécessité, une béquille. D'abord persuadé qu'il n'agissait que par passion pour la discipline qu'il enseignait, il s'était finalement rendu à l'évidence. Dormir, s'était s'enfuir. Et Reece avait déjà bien trop fui. Ses nuits loin de Poudlard, s'égrenaient alors comme une succession d'heures vides, creuses, à attendre un sommeil qui ne venait jamais. Il pensait d'abord que quitter le château, au moins pour quelques jours, lui permettrait de véritablement se reposer. Mais au lieu de plonger dans le sommeil, ses pensées l'asphyxiaient nuit après nuit.

Reece n'avait pas d'amis. Enfin, pas vraiment, ou... Plus vraiment. Seulement des connaissances, des visages familiers qu'il croisait dans les couloirs de Poudlard, dans les rues de Godric's Hollow ou de Pré-au-Lard. Des collègues avec qui il pouvait échanger des phrases polies, des connaissances plus ou moins lointaines qu'il appréciait de façon plus ou moins ouverte. Mais personne à qui il pouvait écrire, personne à qui il pouvait se confier. L'idée même de prononcer à voix haute ce qui lui pesait lui paraissait absurde. Au fond, qui cela pouvait-il bien intéresser ? Il avait connu ce cycle trop de fois. L'amitié naissait, fragile, ténue. Parfois même prometteuse. Un fil auquel l'anglais s'accrochait, mais qui finissait toujours par s'effilocher. Le même schéma se répétait. Il tendait la main et tentait d'entretenir le lien. Face à ceux qui eux, s'éloignaient, happés par d'autres vies, par d'autres priorités. Et Reece se retrouvait seul, encore. Lassé, blessé, il commençait à comprendre qu'en tant que dénominateur commun à toutes ses expériences, il en était forcément le problème. Quelque chose chez lui était forcément défectueux. Une pièce cassée et probablement rouillée. Peut-être qu'en réalité, personne ne voulait réellement de lui ? Gwendoleen, Fabio, tous ces liens qui commençaient à se créer étaient-ils eux aussi condamnés à se briser ?

Le sorcier avala une autre gorgée. Son anniversaire était passé depuis quelques semaines. À côté de son cendrier, une petite boule à constellations offerte par ses collègues de travail trônait sur sa table de chevet. À chaque fois qu'il jetait un œil au paysage désertique qu'elle représentait, un profond cynisme le gagnait. C'était bien mal le connaître, de croire qu'il pouvait être nostalgique en voyant le sable du désert. Malgré les sentiments contrastés que ce cadeau lui procurait, il était reconnaissant. Sincèrement reconnaissant que quelqu'un sur cette planète ait pensé à lui ce jour-là. D'habitude, seuls ses parents y pensaient. Et parfois ses frères également, même si Reece supposait que sa mère leur rappelait de façon systématique. Au-delà ? Un silence brutal. Pas un hibou, pas un mot, pas une pensée. Il se refusait généralement à l'admettre, mais cette absence de signe le blessait. Il essayait de se convaincre que ça n'avait pas d'importance, qu'il n'attendait rien, de personne. Il s'évertuait même à rester discret sur cette information aussi banale qu'était sa date de naissance, pour tenter de se rassurer. Si personne ne pensait à lui, c'était parce que personne ne savait ? Mais quand la nuit tombait, la douleur revenait. Il aurait aimé, juste une fois que quelqu'un se souvienne.

Une nouvelle cigarette gagna ses lèvres. Aussitôt allumée, la fumée s'éleva jusqu'au plafond. Son odeur âcre, mêlée à celle de l'alcool, emplissait la chambre d'un brouillard étouffant. Peut-être était-ce mieux pour lui de demeurer ainsi ? Seul. Fermé. Après tout, n'avait-il pas déjà essayé ? Son mariage en était la preuve. Il avait ouvert son cœur, cru construire une forme de stabilité. Tout avait brûlé, et ne restaient plus que les cendres. Il ne croyait plus en l'amour. Bien trop fragile, bien trop incertain. Bien trop douloureux. Mais l'amitié... Il voulait encore y croire. La simple perspective de rencontrer quelqu'un qui ne l'oublierait pas, quelqu'un qui viendrait à lui sans qu'il ait besoin de toujours tendre la main en premier. Cette pensée le réchauffait autant qu'elle l'écorchait. Parce qu'au fond, il savait qu'il s'attachait trop vite, trop fort, dès la moindre attention qui lui était portée. Il se surprenait parfois jaloux, envieux de ceux qui semblaient bien entourés. Au moins, plus entourés que lui. C'était ridicule, puéril et dénué de toute rationalité. Mais il n'y pouvait rien.

Reece inspira longuement et laissa retomber sa tête contre son oreiller. Il ne savait plus ce qui pesait le plus lourd. La solitude qu'il avait forgé ou l'espoir qu'un jour, elle pourrait se briser.

Reece Ingham, 35 ans - Professeur d'Astronomie depuis le 15.11.2049 - DDM de Gryffondor entre le 20.04.2050 et le 20.10.2050 - Reelijah 4ever

Solo Ce qu'il reste
Samedi 9 juillet 2050, en fin d'après-midi,


La chaleur étouffante de juillet s'était infiltrée jusque dans l'appartement, malgré les fenêtres entrouvertes. Les rideaux bougeaient faiblement, brassant un air tiède qui n'apportait que moiteur et suffocation. Reece était resté là, toute la journée, vautré dans un fauteuil près d'une table basse. Le cendrier trop plein était désormais presque vide, mais subsistait une épaisse couche de cendres au fond. Finalement, cela reflétait bien son état d'esprit. Un besoin de faire de la place, mais trop peu d'énergie pour faire les choses jusqu'au bout. La bouteille de whisky pur feu elle aussi avait migré. Un peu moins pleine encore, trônant au milieu de verres vides et de paquets de cigarettes froissés.

L'anglais esquissa un sourire devant l'état dans lequel se trouvait son appartement. L'homme un peu maniaque, qui aimait les espaces nets et bien rangés semblait bien loin de Godric's Hollow. Probablement était-il resté à Poudlard, en compagnie du professeur sérieux, qui essayait de renvoyer une image digne de son rôle. Était-il aussi fiable, exigeant et intègre que celui qu'il voulait montrer à ses élèves ? Au moins, ils savaient à quoi s'attendre avec lui, et ses collègues ne semblaient pas le détester. Après tout, il jouait son rôle avec une précision millimétrée. C'est qu'il l'avait répété, au point que celui-ci devienne presque mécanique. Cela semblait au moins fonctionner. Mais derrière, que restait-il ?

Reece tira une cigarette de son paquet et l'alluma machinalement. Il ne savait plus combien il en avait déjà grillées ce jour-là, mais par Merlin, qui pouvait bien s'en soucier ? Ici, dans son appartement, il ne portait plus de masque. Pas de sourire poli, pas de posture de confiance, pas de retenue forcée. Mais cette liberté, le sorcier n'était plus certain de l'apprécier. La solitude qu'il avait tant cherchée autrefois devenait écrasante. Il avait besoin d'elle pour respirer, pour penser, pour se recentrer sur lui-même. Mais désormais, elle occupait tout l'espace. Elle lui donnait l'impression d'un excès, d'un trop-plein. Une autre présence, encombrante, étouffante, mais surtout grandissante, dont il ne savait plus comment se défaire.

Son esprit s'aventura quelques instants du côté de la salle des professeurs. Les conversations légères sur la météo, les petites anecdotes sur les élèves, il savait y participer. Donner son avis lorsqu'il était sollicité, rire quand il le fallait, donner la répartie qu'on attendait de lui, feindre l'enthousiasme. Mais parfois, il se perdait entre ce qu'il disait, les signaux qu'il émettait et ceux qui restaient cloîtrés au fond de lui. Son humour noir, ses bizarreries, ses élans trop vifs restaient enfermés, parfaitement contrôlés. Peut-être était-ce trop ? Peut-être que toute la retenue dont il faisait preuve finissait par le desservir ? Mais au fond, il craignait qu'en se montrant tel qu'il était, le regard des autres se détourne inlassablement. Alors il se conformait aux attentes et arrondissait les angles. Il devenait celui qu'on respecte, mais qu'on ne choisit pas vraiment.

La vérité, c'est que ce rôle l'épuisait. Il n'était pas malhonnête, ou peut-être pas totalement. Ce n'était pas véritablement un masque, peut-être plutôt un filtre ? Une version adoucie, censurée de lui-même. Suffisamment agréable, et pas assez tranchante pour repousser. Mais jamais assez sincère pour qu'on le voie réellement. Et dans le silence de son appartement, cette pensée lui revenait toujours. Qui resterait ?

Reece Ingham, 35 ans - Professeur d'Astronomie depuis le 15.11.2049 - DDM de Gryffondor entre le 20.04.2050 et le 20.10.2050 - Reelijah 4ever