Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Je ne pourrais pas raconter les circonstances exactes de ma rencontre avec Isaac, mon meilleur ami d'enfance. Nos pères étant amis depuis Poudlard, nous nous sommes, pour ainsi dire, toujours connus. En revanche, nous avions à peu près cinq ans lors de notre tout premier souvenir commun.

Nos familles, presque voisines, se visitaient régulièrement, mais cette fois-là, le rendez-vous était donné dans notre ferme. Autant dire, que je n'étais pas spécialement de bonne humeur et n'avait aucunement envie de recevoir de la visite, quelle qu'elle soit, même si Isaac et moi avions le même âge et avions déjà passés bon nombre de nos après-midis ensemble. Pour remettre les choses en contexte, mon petit-frère âgé de seulement quelques mois me semblaient prendre toute l'attention des adultes et ma sœur Poppy, de deux ans mon ainée me faisait tourner en bourrique chaque fois que c'était possible.

Bref, la famille Collins débarqua sur nos terres lors d'un caprice causé car ma sœur ne souhaitait pas me prêter l'un de ses jouets. Elle n'en n'avait pas l'utilité sur le moment. Elle refusait uniquement pour me contrarier. Non seulement je suis partie bouder dans mon coin au fond du jardin, et en plus je refusais de voir quiconque. Ce n'était pas faute à Isaac de tenter quelques rapprochements, sans succès.

Un peu têtue, j'entrepris de montrer à tous que je n'avais pas besoin d'eux pour me divertir, et encore moins de la poupée de ma sœur, et ce même si personne ne regardait. C'est un arbre qui en fit les frais, alors que je commençais à y grimper. Évidemment, à seulement cinq ans, je ne suis pas montée bien haut, pour ne pas dire, qu'à peine mon pied posé sur le tronc, celui-ci glissa avant même de pouvoir me hisser de quelques centimètres. Maintenant assise au sol, j'observais mon genou droit éraflé, les yeux embués de larmes.

Après avoir laissé ma mère soigner le petit bobo et essuyer mes larmes, je retournais au fond du jardin, toujours d'humeur grincheuse. Isaac n'avait pas lâché l'affaire. Cette fois, il revint à la charge, armé d'un sachet de sucreries qu'il proposa de partager avec moi. J'ai hésité quelques secondes, gardant une mine fermée. Mais ne pouvait pas refuser alors que je ne demandais depuis le début qu'à ce que ma sœur consente le partage. Il ne venait pas d'elle et ne concernait pas l'objet de mes envies, mais c'était suffisant pour moi et mon égo de petite fille.

Assis tous les deux au pied de ce même arbre, nous avons entamé les douceurs et je retrouvais petit à petit mon sourire et ma joie de vivre. Je pense que c'est à partir de ce jour-là que j'ai commencé à considérer Isaac comme un vrai ami, plutôt que celui de la famille.

Employée chez Madame Guipure depuis le 28 février 2050