Co– Notre „Foyer des Merveilles“ ? PNJ

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Hjúki est présent
Auprès de. Phœbe Swan (sœur-de-cœur, cohabitante) – active
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Référencée.
Intérêt. Emménager loin de sa terre natale, auprès de quelqu’un sur qui il peut compter, l’aider à envisager une insertion professionnelle


Hiver 2050

Jeter l’ancre, enfin

Il était parfois d’usage chez les sorciers de nommer leur chez-soi. Pour Phœbe, la question ne se posait pas, elle avait grandi dans un navire, qu’évidemment ses parents avaient baptisé : Clef des Merveilles. Rien de particulièrement original. Le navire, vecteur de voyages, vous ouvre les portes de l’aventure, de la découverte, de l’exploration. Des merveilles. Au moins ce nom avait-il du sens. Hjúki avait été à même de le comprendre, quand elle avait convaincu son père de l’accueillir sur l’embarcation de la famille Swan alors qu’il sortait fraîchement de Poudlard et qu’elle tâchait de venir au bout de la septième année et des aspics. Pas seulement pour qu’il ait quelqu’un avec qui échanger potions, mais pour en voir, des merveilles, grâce à la clef familiale. Après quoi, ils auraient pu vivre ensemble, dans un cadre étudiant, mais ça ne s’était pas fait. Dubitative, elle regardait les bras croisés les mots qu’elle avait magiquement tracés, ses doigts fébriles faisant trembler sa baguette, comme si elle ne parvenait pas vraiment à se décider sur quoi en faire.
S’arracher aux racines

Le panneau de bois, bien que rustique, tenait son élégance de la fine écriture de Phœbe dont il était orné. Accueillant, chaleureux, prometteur. Le principal souci était la teneur de l’inscription. Si seulement elle décrivait une réalité. Chacun apportait un bout de son habitat d’enfance dans le nom, mais ça ne pouvait pas fonctionner. On ne remplace pas un foyer par un autre. Là d’où ils viennent ne peut être retranscrit, ou même retrouvé. C’est n’importe quoi. De toute façon, ce n’était même pas la demeure en elle-même, mais son tuteur, qui avait été son centre de gravité. Il se détache de l’encart et la fixe. Il ressent plus d’affection à son égard qu’envers ses cousins. Incarne-t-elle ce qui se rapproche le plus de son noyau familial ? Sont-ils tels ces héros grecs, nés dans une cité, mais appelés à en fonder une nouvelle, dans une contrée si lointaine de leurs origines ? Il lit à nouveau. Essaie de s’imprégner de la combinaison, de passer outre ses réserves sur la moitié censée découler de lui.
« Un poil prétentieux. »
Franchement, qui irait croire que cette demeure abritait des merveilles…
Phœbe expire bruyamment, ses oscillations nerveuses se sont calmées. Consciente qu’elle pourrait changer l’inscription d’un coup de baguette, elle ne le fera pas, son instrument s’est abaissé. Ce nom n’est pas leur vérité, soit. Néanmoins, une façade trompeuse ne vaut-elle pas mieux que l’affichage cru de ce que cette installation en milieu étranger représenterait pour eux ? S’imposer des trajets hallucinants et sa vie nomade mais terrestre lui manquera. Au moins se donnait-elle l’impression de garder ses distances. Là, elle pourra se poser, elle aura un endroit où rentrer, toujours le même. Un gain de confort, mais elle se refuse à s’y complaire ou prélasser.
*Y’a pas d’merveilles*
*C’n’est pas un foyer*

Pensées à l’unisson.

« On apprendra à vivre avec cette plaisanterie. » Un coup de menton en direction du panneau.
« Hum. » Au contact de sa sœur-de-cœur, il tend à oublier sa capacité à procéder à des altérations magiques, lui laissant la priorité, sauf lorsqu’ils sont explicitement en entraînement et qu’elle l’aide à maîtriser certains sorts. Sa baguette est toujours bien rangée. Il ne pense pas la convaincre d’ajouter un ‘… ou pas !’ sur la ligne juste en-dessous. Ils pourraient graver des lutins malicieux tout autour, histoire ne pas laisser la chance au visiteur de le prendre au premier degré. Ou, plus simplement.

« Alors fais-moi plaisir, ajoute un fichu point d’interrogation. On n’peut pas l’prendre au sérieux. »

Ce sujet n’est pas accroché à une date fixe, y seront développés des moments partagés entre adelphes cohabitants sur leur terrain nommé selon une intention toute ironique à cynique Foyer des Merveilles ?
Dernière modification par Hjúki Anastase le 31 mars 2025, 14:45, modifié 1 fois.

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Il suit l’apparition de la fioriture finale qui se grave dans le bois à la commande de la sorcière. Par paréidolie son esprit veut reconnaître une lemniscate à la verticale. Ce devait ponctuer, nuancer, prouver que le nom n’avait rien d’une certitude, et les voilà avec une promesse d’infini, au symbole certes distordu. Il n’est de nom parfait. Comme elle l’a dit, ils apprendront à l’accepter, à l’apprivoiser. Ce n’est pas comme si c’était nouveau, avec son patronyme qui en dit trop et pas assez sur ses origines. Pour autant, il ne pense pas à le changer. Se faire adopter par les parents Swan, ses Spectres ayant renoncé à leur obligation légale, pour que leur lien de fraternité trouve une résonance administrative était un bourgeon d’idée qui ne s’était jamais développé. Il ne s’est jamais senti Télémaque, fils d’Ulysse. Seulement frère, et uniquement quand il était en compagnie de Phœbe. Pas besoin d’être un Swan pour se considérer véritablement comme adelphes. Cette sensation qui l’habite alors qu’ils s’apprêtent à se côtoyer au quotidien, est-ce de l’euphorie ? Il ne devrait pas se réjouir, le changement, le déchirement, ça fait mal, ça ne peut pas l’enchanter. Il couvre la distance qui le sépare de la porte et pose une main sur la poignée de droite.
« Entrons, veux-tu ? »
Elle l’aime. Ce nous qui les lie. Plus clairement et concrètement que jamais maintenant qu’ils partageront le même espace de vie. L’amour fraternel est-il de raison, calme ? Si les emballements de son cœur quand elle tombe sous le charme d’une sorcière lui font perdre le sens commun, la rendent instable, hors de contrôle ; aimer Hjúki se fait le cœur apaisé. Elle n’est plus fille unique, depuis qu’elle a découvert cette façon d’aimer. Elle ne fait rien pour retenir son sourire alors qu’elle marche pour le rejoindre. Il lui a attribué par défaut le volet gauche de l’ouverture à double battant, ce qui la contraint de ranger sa baguette pour libérer sa main et se saisir en miroir de l’autre moitié. « C’est d’un cliché, mais allons-y. » D’une impulsion commune, ils poussent les battants pour arriver au vestibule.
Une espace vierge à investir. Des murs, une disposition, tout le reste est à remplir. Sûrement car il s’agit là d’avoir recours à un sortilège du niveau le plus élémentaire qui soit, le jeune Anastase pense à saisir son instrument pour accompagner les gestes de Phœbe, faisant ainsi léviter à deux l’amas des affaires, malles et barda accumulé et à répartir à la place qu’ils détermineront. Bien plus que ce dont il se chargeait pour passer une année à Poudlard. Ce pourrait être le signe qu’il accepte de s’installer, en prenant plus que le minimum. Ça avait été étrange, d’empaqueter des objets qui avaient toujours eu leur place chez Opa, pour les prendre désormais avec lui.
Ils connaissent les plans, ont déjà plus ou moins attribué les salles et les usages. Chacun sa chambre, bien sûr. Influencée par sa profession, par sa passion, par l’endroit où elle avait grandi, le bateau-laboratoire de recherches de ses parents, qui sait… derrière l’une des portes devait se situer son laboratoire. Pas pour tirer le travail en dehors des heures de service, mais pour elle-même. Continuer à explorer, à créer, développer son propre rapport avec cet art, pas uniquement guidé par le cadre professionnel. Entre les chaudrons, les ustensiles pour peser, couper, presser, les ingrédients… ce ne sera pas encombré, mais la nécessité d’avoir une salle dédiée tombait sous le sens. Elle se tourne vivement vers le mage. « Tu es sûr que tu ne veux pas ton labo ? » Dans la répartition spatiale, cela n’avait pas établi, mais elle ne peut pas s’empêcher de titiller les hésitations de son frère-de-cœur. S’il changeait d’avis, il y avait toujours moyen d’y repenser, voire d’établir une extension dédiée.
Voir tout le matériel personnel de potions que Phœbe a transporté, ce serait mentir que de prétendre en être indifférent. Ça le démange, réveille une envie qu’il a dernièrement pris l’habitude d’étouffer. Il en reconnaît une partie, ce ne sont pas seulement des vestiges scolaires, certains objets spécifiques lui rappellent ceux qu’il avait pu observer dans le laboratoire d’Ulysse Swan. Cette suggestion le replonge dans son adolescence. Au temps où il pensait qu’il devrait en faire quelque chose, de son appétence pour cette forme de magie. Son cœur est traversé d’un léger bondissement, quand il repense à cette petite. À la Clématite qui lui avait été offerte. Qu’était-elle devenue ? Ce souvenir s’accompagne d’un étonnant mélange de tristesse et de joie. À cette aube, il avait juste vécu les potions, de tout son être. Il se force à hocher négativement de la tête. Il ne peut plus vivre d’attentes. « Me tente pas », se contente-t-il d’articuler en accentuant le verbe.
Elle s’attend à le voir vaciller, mais pas à ce point. Que ses paroles nient n’est pas l’essentiel, elle sent qu’il y a encore un balancement, au fond de lui. Une réaction s’impose. Elle va sans doute à l’encontre de ce qu’elle a appris, de ce qu’elle a vu, depuis toute petite. C’est une décision vraiment pas facile, mais elle est prête à surmonter ses réserves, à lâcher-prise d’une façon dont ses parents ne sont pas capables. « Alors sache que pour toi… » Elle a besoin de prendre une grande inspiration avant de vraiment prendre cet engagement. « … la porte du mien te sera ouverte. » De son année passée chez elle, il ne peut que le savoir. La marque immense de confiance que cela représente, pour une Swan, de lui laisser l’accès à son Laboratoire.
Ses Perles-de-Nótt s’écarquillent. Si ça, ce n’est pas le tenter… Et puis, il y repense, au mélange de partage et de possessivité observé chez son père, quand il l’avait côtoyé. Sans parler de sa mère, Psyché, qu’il avait à peine connue outre des dîners partagés. Il n’avait pas cherché à négocier le droit à accéder à ses recherches, en tant que spécialiste de la magie de la baguette, il n’avait pas voulu voir d’où tenait potentiellement Phœbe. Qu’elle reste sa seule guide en la matière. Ulysse n’était pas du genre à lui permettre de trifouiller dans ses fioles, Hjúki avait surtout été confiné au poste d’observant. Et quand l’adulte s’enfermait pour se plonger en toute concentration dans un projet plus privé, l’adolescent avait accepté ces temps libres pour écouter les vagues, sur le pont. Tenter de calquer ses émotions sur les ondes de l’eau pour faire barrage à ce qu’il aurait pu ressentir. À l’époque, il avait bien plus besoin de profiter du milieu marin, faire barrage à ses émotions en y noyant ses sensations, que d’être initié aux potions. Ce voyage avait remis le mage sur pieds, mais n’en avait pas fait une graine de chercheur. Pourtant, il ne peut taire l’attraction qu’exerce toujours cette magie sur lui. Il entend et comprend la valeur de l’offre de Phœbe. Il n’est pas prêt, mais elle lui permet de l’être, un jour. « wow, eum… merci » parvient-il seulement à murmurer.

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Dans le séjour, Hjúki est submergé par une mer de livres. Au moment où il vidait les rayons de ses étagères de Galway, il n’avait pas pensé à maintenir soigneusement des paquets en catégorie pour un transvasement plus rapide par groupes déjà thématiques. Surtout, tout n’était pas concentré en un seul lieu, il avait grappillé un peu dans sa chambre d’enfance, un peu dans ses quartiers de Dublin, un peu au fond de sa malle de scolarité. Il y avait les manuels d’apprentissage, aussi anciens soient-ils, il n’avait pas pensé à les revendre. Oui, il avait toujours son Livre des sorts et enchantements, niveau 1. Une relique, mais vu le gamin déphasé qu’il était en première année, ça ne faisait pas mal d’avoir de quoi vérifier. Peut-être que le jour où il sera persuadé d’avoir une parfaite maîtrise de l’intégralité du contenu de ces ouvrages, il les lâchera. En d’autres termes, il risquait de se les traîner encore longtemps. Par ailleurs, il y avait la collection de toutes les histoires offertes par Opa quand il était à Poudlard. Des contes, des mythes, des légendes, des fictions qui racontent toutes sortes de relations. Aux gens, au monde. Même s’il ne les relisait pas régulièrement, il n’allait pas s’en détacher. Puis, les guides du quotidien, comme les grimoires de recettes et astuces de cuisine, les précis expliquant comment garder son intérieur propre et en ordre. Se dire qu’il a lu tout ça est vertigineux, mais en même temps il a la vingtaine passée, ce n’est pas si choquant. C’est le fait d’avoir tout gardé qui créé cette masse étouffante. Où placer où, il était un peu perdu. Accessible à portée de main ou à hauteur de magie ? Il ne veut pas caser tous les ouvrages dans la bibliothèque d’un coup de baguette mais vraiment réfléchir à une logique de rangement, profiter du contact avec certains livres intouchés depuis des années pour laisser des souvenirs affleurer. En mélange éclectique, il a de belles éditions, des versions plus chiches, divers formats – sauf les réduits, il n’aime pas lire quand c’est rétréci. Quelques livres par saison, ça ne paraît pas grand-chose, mais concentrés autour de lui, il y a de quoi le mener au bord du découragement. „Cuisson enchantée“ a-t-il sa place auprès des fourneaux ou doit-il créer une section sur ce pan de mur qui n’attend que ses intentions ? Il finit par s’asseoir en tailleur au milieu des piles en lisant mécaniquement des tranches. Hoffman… s’il prenait ses contes, il se noierait dans le souvenir et n’émergerait pas avant des heures. Ça a l’air d’être un lot de littérature allemande puisqu’il trouve Goethe juste à côté. En essayant de ne pas faire s’effondrer la tour, il tire son édition en langue originale de „Faust“. Feuillette et trouve sans difficulté le vers qu’il a imprudemment prononcé, quand il avait été sommé par la louve de parler, au bal masqué. Son doigt tapote au niveau de la ligne. Il arrive à refermer le livre, résiste à l’envie de se perdre dans un autre passage. En se relevant, il bouscule de peu les Tolstoï. Les contes, dont il sait ce qu’ils dissimulent. Il attrape le terrible récit.
« Tu penses t’en sortir sans coup de main ? »
Occupée à aménager son laboratoire, Phœbe avait cru une seconde à la disparition de Hjúki en piquant une tête vers le séjour, avant de reconnaître sa tignasse émerger de la forêt livresque dans laquelle il était tapi. C’est ce qui la pousse à approcher par derrière pour regarder ce qui pouvait bien le figer comme ça. Il semblait tenir un roman, sans se décider à le poser où que ce soit. Ça l’intriguait. Ses yeux se plissent, tentant de déchiffrer le titre. Glissent sur l’auteur. Troublant. Son cœur fait un raté. Évidemment, ce n’est pas quelque chose qu’elle aurait lu. Mais le voir entre les mains de l’irlandais n’est pas anodin.
« Depuis quand tu t’es plongé dans la littérature russe ? » C’était un domaine qu’elle s’était toujours proscrit, surtout depuis la joueuse d’échecs.
Le mage frémit en identifiant la voix familière. Il était en train de se demander s’il pourrait encore cacher Anna derrière les contes, comme il l’avait déjà fait. Ça ruinerait l’équilibre de la rangée, les tranches ne seraient plus alignées. Il se retourne pour découvrir l’expression que la couverture a provoqué. Elle n’a pas l’air fâchée, pas enchantée non plus. Il pince les lèvres. « Ce n’est pas… » Est-ce qu’il va vraiment essayer de se justifier ? Avouer qu’il cherchait des réponses au mystère de la sorcière russe ? Ce serait s’aventurer en des eaux dangereuses. Ses traits se durcissent, ses défenses se solidifient. « Il est difficile de déterminer qui souffre le plus, du lecteur ou du personnage. Je ne te le conseille pas. » Mu du besoin de changer vite d’humeur, il poursuit, comme si c’était la suite naturelle. « Tu souhaites intégrer tes livres ? »
Elle n’insiste pas. Se contente de regarder ce portrait d’une femme russe sans chercher à comprendre ce que cette image lui fait ressentir. Peu importe ce que cet auteur a fait traverser à Hjúki, elle a désormais la certitude que ce n’est pas un voyage qu’elle entreprendra à son tour. Aussi chavirante soit cette image. Son rapport au livre a toujours été le voyage, dans la droite continuité de son enfance sinuant les flots. Elle n’avait pas eu accès à la société, au cadre fixe. C’étaient le noyau familial et les paysages nouveaux. Alors les pages la transportaient vers des environnements et des réalités inconnus. Sitôt le voyage terminé, elle était prête à passer au suivant. Clairement, elle n’était habitée de la ferveur accumulatrice de son aîné. D’un geste elle désigne une caisse magiquement extensible. Dans l’idée des coffres à jouets pour enfants, c’est là qu’elle déposait ses livres préférés, quand elle était petite, se détachant par ailleurs sans état d’âme de ceux qui ne l’avaient pas subjuguée.
« Je les ai toujours gardés là-dedans. C’est comme tu veux, ça ne me dérange pas qu’ils y restent, mais on peut mutualiser. »
Il recale Anna derrière les contes de Tolstoï avant d’examiner ladite caisse. Ça lui rajoutera du travail, mais ce n’est pas comme si la tâche promettait d’être facile en se focalisant uniquement sur ses fonds. Il acquiesce. « Ça me ferait plaisir de mieux te découvrir. »
Sur le point de rediriger vers le laboratoire pour poursuivre son rangement, elle se retourne une dernière fois dans le séjour pour l’instant jonché de bouquins, que Hjúki se chargera de bientôt de disposer le long du mur, voire des murs. Difficile de jauger dans ce chaos. « Laisse-moi une petite place pour caser un piano. »

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Pantelant, les poings sur les hanches, Hjúki recule d’un pas et lève la tête pour contempler son œuvre de rangement. L’irlandais ne s’en était pas douté, mais classer et glisser des volumes sur des étagères était somme toute assez physique. Surtout en prenant en compte ses subits changements d’avis sur la méthode, qui se traduisaient par un évidement de tout un pan de la bibliothèque pour tester un autre agencement. Esthétiquement, il y avait matière à déranger. L’harmonie visuelle n’était pas là, ils n’étaient pas placés par taille, par couleur, par texture ou même par auteur. Après un énième ravisement, il avait slalomé entre les piles pour récupérer dans une pochette désormais évidée au sol les papyrus envoyés par Opa, pour chaque Máni à Poudlard. Rangés chronologiquement au fil des années, le jeune mage avait opté pour une suite respectant l’ordre de découverte des œuvres dans sa vie. Ainsi, l’Edda, lui dévoilant l’origine de son prénom se trouvait en tête. La file continuait au-delà de ce qu’il avait lu en tant qu’élève. S’y trouvait du côté le plus récent les Cycles irlandais, où il n’avait rien de trouvé sur son nom, et le maigre groupe russe. Quant aux apports de Phœbe… ils se connaissaient depuis l’été 2044, après sa cinquième année. Alors c’est tout naturellement qu’il avait glissé les livres de sa sœur entre les tragédies grecques, dernière lecture avant leur rencontre, et Emily Brontë, premier roman reçu d’Opa en sixième année. Cette organisation reflétait son histoire, sa chronologie. Teintée d’égoïsme, Phœbe aurait peut-être préféré que leurs collections se mélangent en ordre alphabétique. Sans surprise, elle avait les contes d’Andersen. Il n’estimait pas que c’était un doublon, si elle a marqué son exemplaire de son empreinte. Serait-ce intrusif d’ouvrir à la petite sirène et au vilain petit canard pour voir si elle a laissé des traces de sa lecture ? Un peu de décence, se tance-t-il, il faudrait lui demander, d’abord. Il aimerait bien savoir, ce qu’elle pense d’un conte qui annonce que les incompatibilités sont insurmontables. Elle avait aussi des partitions, une catégorie délicate à appréhender. Ça aurait sa place dans les étagères pour qui veut les étudier, mais le jeune Anastase est quasi sûr que c’est pour les jouer qu’elle les garde. Il les a laissées dans le coffre. Leur place sera peut-être pour le pupitre du piano qu’elle a mentionné. Il n’en a pas vu la trace, le déplacement de l’instrument qu’il a vu sur le navire est sûrement prévu pour plus tard. Il reprend son souffle avant de s’accroupir pour ramasser les papyrus éparpillés qui lui ont servi de référence, mais ne sont pas les seuls à s’être échappés de sa pochette à correspondance.
Ses instruments calibrés et l’étanchéité de tous ses contenants vérifiée, Phœbe est à peu près sûre de pouvoir quitter le laboratoire sans n’avoir rien laissé traîner d’instable. Combien de temps cela lui a pris de tout mettre au bon endroit, de sécurises ses installations ? Des heures, peut-être. Les ombres se sont allongées, peut-elle constater en regagnant le séjour, où son aîné est venu à bout de la dissémination des livres qui sont à présent en rangs, contre le mur.
« Original », commente-t-elle sobrement en reconnaissant quelques voyages de son enfance rassemblés en une section dont elle ne saisit pas spontanément la thématique. Ce sont à présent d’autres documents qui jonchent le sol, et elle identifie çà et là l’aspect particulier du papyrus auquel il a toujours eu recours. Quand ça vient de lui, ce n’est pas plié mais roulé, il n’aime pas agresser la matière. Sachant cela, elle parvient sans peine à identifier des éléments reçus, marqués d’une angulosité qui ne lui ressemble pas. Leur légèreté les a disséminés dans tous les coins de la pièce. Elle le rejoint dans sa tâche de ramassage.
« Tu gardes vraiment tout. » observe-t-elle. C’est plus facile d’oublier quand on n’archive pas la moindre trace écrite de sa vie, songe la petite Swan. Sans vraiment regarder en détails les inscriptions ou autres indices dont sont parés les courriers, elle bloque sur une enveloppe scellée d’apparence bien trop familière. Outre cette impression d’avoir déjà eu la même, qu’elle n’ait pas l’air d’avoir été ouverte ou manipulée est… déroutant. Si elle ne se trompait pas, c’était avec hâte et fébrilité qu’elle avait ouvert la sienne. « Est-ce que c’est ce que je crois ? »
Quand la potionniste approche, l’angoisse qu’elle trouve le paquet ficelé qui s’est échappé l’aveugle au point de ne pas se soucier outre mesure des papiers dont elle se saisit, la priorité est d’être le premier à le récupérer. Avec soulagement, il l’attrape. Deux phases se détachent. Les lettres datant de sa petite enfance sont ouvertes, manipulées, celles un peu plus tardives, arrivées vers son adolescence, sont intactes mais soigneusement empilées et ficelées avec les autres en un paquet compact qui n’avait pas grossi depuis des années. Il devait avoir la quinzaine quand il n’en avait plus voulu, ayant fini par comprendre que les Spectres n’iront jamais au-delà des mots. Pour autant, il ne les avait brûlées. Elles avaient le droit d’existence, pas d’avoir son attention. Il n’en souffrait plus. S’il n’avait pas créé une tendre complicité familiale avec Anaël, au moins avait-il pris connaissances d’assez d’éléments pour comprendre. Pas tout, juste assez pour assimiler qu’ils voulaient peut-être le protéger. Pas une raison pour les aimer, mais pour arrêter de se faire du mal à les haïr ou à les attendre. Pour ne plus y penser. Sa main serre ces lettres qui l’indiffèrent à s’en blanchir les jointures. Fourrageant dans la pochette, il les enfouit tout au fond, là où est leur place, avant de pouvoir vraiment regarder de quoi Phœbe parle. Oh… si ce n’est que ça. « huumm… mouais ? si tu reconnais. Ne regarde pas. » Ça doit être ses résultats d’aspics. Au moment où ils étaient arrivés, ce n’est pas comme s’il s’en souciait le moins du monde. N’ayant aucune admission en vue sous condition de résultats, savoir n’aurait servi à rien. En y repensant, il l’aurait ouverte qu’il n’en aurait aujourd’hui aucun souvenir. Quand on se forge un avenir qui n’est pas conditionné par les notes, l’esprit ne se soucie pas de stocker ce genre d’informations. Au moins, il l’ignore. Les portes qu’il aurait pu franchir avec. Et il n’a pas forcément de regrets. Quelles que soient ces portes, elles auraient été tenues d’une manière ou d’une autre par le conseil, et ça, il ne l’aurait pas supporté.
Résister n’est pas facile. Sa mentalité ne lui permet pas de comprendre pleinement le choix de Hjúki, mais elle se doit de le respecter. Elle n’ouvrira pas le pli, en aurait-elle l’envie impérieuse. Loin d’un quelconque vœu de comparaison ou compétition, elle se rappelle leur adolescence, quand il lui montrait sa progression en sortilèges, grâce à leurs entraînements, à son guidage musical. Bien qu’imparfaite, elle l’avait vu gagner en maîtrise. Si elle brûle de savoir, bien plus que lui, est-ce pour constater comment s’est traduit son accompagnement sur sa magie de baguette ? Se rengorger d’une confirmation que les fruits de sa pédagogie auraient porté leurs fruits ? Elle le voit. Ne peut-elle pas se contenter de la réalité qu’ils partagent aujourd’hui, au lieu de céder à la curiosité d’ouvrir une fenêtre du passé ? Phœbe avait toujours franchi chaque étape de sa progression à coups d’Optimals. C’était sa facilité. Une forme de passivité en se protégeant d’une assurance. Son parcours l’immunisait, presque, contre les refus. Elle commence à comprendre, en tenant de ses mains tremblantes cette enveloppe, qu’elle ne peut pas calquer son expérience sur celle son aîné. Peu importe qu’il y en ait obtenu, en nombre, ou pas, là-dedans. Si ce ne sont pas des clefs qu’il serait prêt à utiliser. Elle, l’a toujours fait, sans vergogne aucune. Elle lui rend. « Je voudrais t’aider. » Si elle le peut ? Elle l’ignore. Incontestablement, elle le veut.
Elle ramenait le sujet, l’invitait à le rejoindre dans une vie… plus stable. Où il devrait la manne de sa subsistance à nul autre que lui. Il n’avait rien contre le fait de gagner cette indépendance, le fait de ne plus être un poids pour quiconque. Mais il ne voulait pas se vendre, que sa magie serve quelque cause honnie. Il ramène ses jambes pliées contre son buste, faisant de l’un de ses genoux un repose-menton. Il aurait beau y réfléchir, ça sonnait comme une impasse.
« Je n’ai pas suivi les règles de leur jeu. Contrairement à toi, je n’ai aucune expérience. » Il avait bien pris soin à ce que son temps passé avec Ulysse ou Anaël soit dénué de toute valeur de formation d’apprentissage en les gardant de faire la moindre démarche administrative de régularisation auprès du Conseil. Il aurait été désœuvré durant toutes ces années que ça n’y changerait pas grand-chose, sur le papier. Quoiqu’il ait appris, ça ne valait rien, son curriculum vitæ était vide. Qu’il ait secondé un potionniste ou passé ses journées à l’atelier de Dublin à s’initier à diverses tâches magiques auprès de ses cousins ne valait rien. Il en avait conscience, jamais il ne pourrait le clamer, nulle part. C’était juste une expérience, un voyage dont il en sortait enrichi, à garder pour lui. « Bonne chance pour m’aider. » lâche-t-il en haussant les épaules. Lui est découragé, mais il veut y croire, à cet espoir qu’elle a décidé de porter à sa place.

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« Hey, tu trouveras ta place. » tente-t-elle d’affirmer, avec le plus de conviction possible, en fouillant son visage pour que leurs regards se rencontrent. Sans déchirement, pourrait-elle ajouter, mais ça risquerait de tenir du mensonge. Qu’était-il en son pouvoir ? Le recommander, lisser une candidature ? À refuser de mettre en avant ses qualités, il ne s’aidait pas, mais elle n’allait pas l’abandonner. Elle n’avait pas oublié la sensation d’enfermement, installée par son quotidien dublinois, qu’il lui a confiée cet automne. La petite Swan s’était promis de l’aider, elle avait encaissé son ressentiment face à sa suggestion d’un changement à l’époque plus radical que ce qu’il n’avait jamais envisagé. La radicalité n’est-elle pas vitale pour rompre le Cycle ? Elle avait été réduite à supplier, pour qu’il accepte de tremper un doigt dans la capitale à l’occasion du bal, soit. Avait accepté qu’il l’ignore, le temps qu’il digère, qu’il comprenne que ce n’était pas une provocation. Quoiqu’il ait vécu durant cette soirée, il n’avait pas été assez répugné pour se réfugier aussitôt dans sa retraite lointaine. Ils étaient là, et elle mesurait à quel point ce premier pas n’était pas anodin. Il est épuisé, aussi, elle le sent. Ce n’est pas ce soir qu’il dessinera sa nouvelle voie. Elle lui tend la main. « Allez, suis-moi, un peu de fraîcheur ne nous fera pas de mal. »
Docile, car sans doute éreinté après tout ce rangement, il s’appuie sur la force de sa sœur pour se relever. Il puise assez dans ses réserves pour ne pas se faire traîner et quand même marcher sur sa propre énergie, mais le contrecoup à s’être affairé aussi longuement parmi les livres se fait ressentir. Ils arrivent au seuil et le franchissent. Il ne se retourne même pas, gardant le panneau à l’inscription douteuse hors de son champ de vision. Sól est presque au bout de sa course. Ses dernières lueurs baignent l’horizon, l’éclairant tout juste assez pour en pas avoir besoin d’un Lumos. En choisissant ce village, leur habitat ne se résumait pas à la demeure mais au terrain tout autour, qui couvait nombre de possibilités. La fin d’après-midi se fait ressentir dans sa diction, il articule péniblement. « Nous pourrions avoir un potager. »
« Je n’ai pas la main verte. » Ses aspics commençaient à dater, mais elle gardait encore en mémoire le verdict. Elle n’était pas encore tout à fait parvenue à se départir de la sensation d’échec qui avait accompagné ses efforts exceptionnels. Surtout la dégradation en Botanique, dont la Buse avait pourtant été validée en optimal. Ne connaissant pas vraiment l’acceptable, rien qu’un EE était difficile à assimiler. Ses majeures, les sortilèges, les potions et le vol avaient été couronnées de la plus belle note ; et même la défense, ce qui n’était pas étonnant, considérant qu’elle avait fait la rencontre de son Cygne dès la sixième année. Sans compter ses brillants résultats en options, que ce soit l’histoire ou les runes. Elle avait été un poil en-dessous sur les matières secondaires de la filière, ce qui l’avait hâtivement conduite à croire qu’elle n’avait pas le niveau. Et la voilà à dire des bêtises, comme quoi elle ne serait pas à la hauteur pour faire pousser des légumes, à cause d’une vieille note mal digérée. La quasi-perfection scolaire avait ses avantages, mais ce ‘quasi’ avait le pouvoir de la faire vaciller. « Et puis, rien ne pousse en hiver. », ajoute-t-elle, sur sa sotte lancée.
Sa nuque pivote lentement pour étudier son expression. Il ne sait pas lire l’ironie mais peut-être qu’il décèlera un air inhabituel. Ça lui faisait de la peine, quand elle se dépréciait alors il n’y avait pas lieu. L’environnement où elle avait grandi, pétri d’exigence, en était-il responsable, voire coupable ? Après avoir côtoyé le couple Swan, il voyait un peu d’un autre œil son choix de l’unique filière où les sortilèges et potions étaient d’une telle importance. Soit les domaines d’expertise et de recherche de ses parents. Dans quelle mesure s’était-elle sentie contrainte de faire ses preuves ? Toujours est-il qu’il avait remarqué que Phœbe prêtait beaucoup plus d’importance que lui aux appréciations, à la définition de sa qualité ou de sa valeur par ses résultats. Qu’elle arrivait globalement à garder une bonne confiance en elle du fait de ses rares échecs, mais se faisant trop affecter par ce qui ne devait en somme n’être que des lettres. Il ne peut pas croire qu’elle se soit persuadée de sa faiblesse au point de faire mine de ne plus connaître les secrets de la Nature. « Et les perce-neiges, alors ? »
Touché, pense-t-elle. Sa bêtise n’avait pas eu pour conséquence de taire dans l’œuf son idée. « Tu veux que nous plantions un parterre de perce-neiges ? » rétorque-t-elle, sans vraiment attendre de réponse sérieuse. En plus, c’était le genre de fleurs exploitables pour des antidotes. Il met son esprit en ébullition. Avoir un jardin où cueillir ses ingrédients… le projet n’est pas insensé, loin de là. Elle cède. « Nous pourrions, oui. »
Il sourit de l’entendre consentir, sent leurs doigts s’entrelacer. Phœbe appuie sa tête sur son épaule, et c’est en silence qu’ils admirent le crépuscule mourir, le premier de leur nouvelle vie.

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Après l’excursion de Hjúki au Chemin de Traverse []

Surprise, Phœbe examinait l’acquisition la plus menaçante avec laquelle il était revenu de son passage à Londres. Elle ne s’était pas exposée à un Cognard depuis… six ans ? Au moins. Son corps n’avait pas oublié. Ni la douleur de se le recevoir, la privation brutale de sensations quand ils s’enchaînaient, ni l’opportunité bénie de s’oublier pour n’être que cette pilote aux déplacements dictés par des règles et des tactiques. Les Crochets avaient été, quelque part, ce qui rapprochait vaguement d’une famille, lorsqu’elle avait fait partie de l’équipe, où tisser des liens de solidarité. Avec laquelle partager déception et exultation. Qu’ils ne soient jamais parvenus à obtenir la coupe de Quidditch de toute sa scolarité, que ce soit avant ou après en avoir été membre, l’avait attristé. Même en suivant de loin, elle avait maintenu cet espoir de les voir briller. Ils étaient pourtant capables de victoire, elle l’avait vécu… Enfin, elle ne s’attendait pas à être replongée dans cette période de son adolescence, à rencontrer à nouveau cette balle. Hjúki lui demandait de l’aider à affiner sa maîtrise du vol, puisqu’il s’était mis en tête de privilégier ce moyen de transport, tant que ce n’était pas trop lointain. Et il en était venu à choisir cette méthode pour travailler son agilité. L’idée ne sortait pas de nulle part, mais elle n’était pas attendue, surtout de la part de son aîné. Son guidage en vol allait-il se transformer en simulacre d’entraînement de Quidditch ? Face à ses deux balais alignés, elle opte pour celui qui l’avait accompagnée quand elle rôdait auprès des anneaux et dont elle ne s’est toujours pas départie. Son Nimbus 1500. « Démarrons, mais pas trop haut », déclare-t-elle en montrant l’exemple, se hissant à environ un mètre du sol.
Pas un chat à l’horizon, ils sont dans une partie extérieure du terrain, sans vis-à-vis. Aucun risque pour voler, lui a-t-elle assurée, surtout avec ses enchantements. Oui, il a toujours fait et fera toujours confiance en la Musique de sa sœur-de-cœur. Ce n’est nullement la source de son appréhension. Il regarde la fluidité et l’élégance avec laquelle l’ancienne gardienne monte en amazone, admiratif devant le mélange de concentration et de relâchement. Elle l’observe, sûrement prête à intervenir s’il ne s’en sort pas ou fait n’importe quoi. Hjúki saisit son Éclair, sa maniabilité est d’une aide conséquente, mais son manque d’assurance joue contre lui. À califourchon, ne prenant pas de risque sur sa stabilité, ses deux mains ont empoigné fermement le manche, le bloquant dans une posture tout en crispations. Il parvient à stationner là où il a de visu Phœbe et la balle qui n’attend qu’à être libérée pour remplir son office. Ils n’ont pas de batte, le but n’est pas de dévier la trajectoire mais d’apprendre à se soustraire à celle prise par l’obstacle mouvant. Son attention dispersée, il assiste bouche bée à une pirouette qui lui confirme qu’elle n’a indubitablement pas arrêté la pratique du balai. Il est presque aussitôt pris pour cible, et dans son esprit se mélangent l’envie de réussir et de bien faire avec les remarques de la sportive blonde qui réveillent ses craintes. Il ne se souvient même plus qu’il est sur balai, qu’il peut contrôler. Il parvient à se faire frapper, bien qu’il ait reculé son buste, comme pour adoucir l’impact ; avant de se laisser tomber au sol. Du fait du froid hivernal, la terre est dure. Chaque partie osseuse de son corps, peu protégée de chair, sent nettement ce rude contact. Son coude qui le lance, sa hanche, quelque part entre son épaule et son omoplate. Il n’a qu’une main pour essayer de presser et atténuer en mouvements circulaires le souvenir de la chute. « J’étais pas prêt »
Hébétée, elle assiste à un spectacle inattendu quand son aîné se jette étrangement au sol, perdu entre le rejet et l’acceptation de l’impact. Heureusement, elle n’a pas perdu ses réflexes et emprisonne d’abord la balle avant de rejoindre Hjúki. Pourquoi a-t-il perdu ses moyens ? Il n’inaugurait pas son balai, loin de là. Ça fait depuis cet automne qu’ils avaient des séances de vol. Également axés sur l’apprentissage des sortilèges essentiels pour cette pratique, notamment celui de Désillusion qu’elle n’avait plus à exécuter systématiquement à sa place. Ils avaient expérimenté de courts vols, sur des trajets plutôt tranquilles, sans embûches terribles à esquiver, certes. Elle ne comprenait pas ce comportement digne d’un première année terrorisé à l’idée de perdre sa connexion au sol. Ce n’était le profil pour tenter des figures acrobatiques, mais elle le savait en mesure de diriger son instrument. Le Cognard de substitution était une nouveauté, était-ce ce qui expliquait son oubli soudain des principes de base pour commander son Éclair ? Il n’a pas l’air prêt à se relever pour se remettre aussitôt en selle. Ce qui ne lui ressemble pas. Il répète jusqu’à réussir, elle connaît son besoin d’y parvenir. Quand il lui parle d’un enchantement, qu’elle le guide, et qu’il persévère jusqu’à ce qu’il fasse partie de son répertoire de baguette. Elle se pose tout près de lui. Il n’a pas l’air d’avoir quoique ce soit de cassé, mais le choc a dû produire une décharge de sensations dont il doit encore se remettre. « Tu ne peux pas laisser ta peur te guider pour éviter un danger. » Se mettait-elle à penser en métaphores sportives ? Les gens qui voyaient les existences comme prisonnières d’un agencement de soixante-quatre cases l’horrifiaient, elle se refusait à superposer les trajectoires de vol à celles de la vie. Ce qui était sûr, c’est ce que n’est pas la peur de l’obstacle qui lui permettra de l’éviter efficacement.
Il n’aimait pas se rater, il voulait vraiment dompter les vents avec son balai. Ou dompter ses peurs ? Hjúki l’approchait comme un instrument. Phœbe lui avait appris comme accéder à la magie de sa baguette par la Musique. Anaël l’avait guidé dans son expression musicale avec sa lyre. Son Éclair était le troisième instrument qu’il désirait désormais savoir jouer. Et comme chaque débutant, il commençait trop tendu, trop rigide, à vouloir reproduire scolairement les gestes, buter sur certains, ne pas comprendre les secrets d’un enchaînement dont la démonstration avait été trop rapide. À ressentir tout à la fois l’enthousiasme et le vertige face à une nouvelle difficulté technique. Tous les professeurs ne sont pas dotés d’une infinie patience. Face à un gamin peinant à articuler correctement, répétant invariablement une formule avec le même défaut de prononciation, sa langue bloquée dans le cycle ayant besoin d’une dizaine d’essais avant de se déverrouiller et remettre en place la juste intonation sur les bonnes syllabes ; combien seraient capables ne pas montrer le moindre signe d’agacement, si ce n’est de passer par l’engueulade pour les pires. Phœbe n’était jamais passé par la réprimande, il n’avait jamais redouté l’absence de résultats ou sa lenteur quand il apprenait à ses côtés ; alors qu’il se souvient de certains cours visités à reculons, craignant le brouillard qui s’en suivrait. Hjúki était le seul à s’en vouloir quand il bloquait lors d’une séance avec sa sœur, comme maintenant. Il avait la certitude qu’il réussirait par son soutien, qu’elle lui laisserait tout le temps et tous les essais nécessaires. Qu’elle ait perçu sa peur fait remonter ses houleuses pensées concernant sa lâcheté, son manque d’esprit fauve. « Elle me fige, comment retrouver le mouvement ? »

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Une expiration, le temps de réfléchir. Reprendre aussitôt sans ne rien changer ne serait probablement pas la meilleure tactique. La petite Swan a une réponse, mais elle doute qu’elle trouvera un écho chez son frère. Qu’il ait besoin de sa facette de guérisseuse ou que sa douleur s’estompe bientôt, il paraît préférable de rentrer pour trouver des réponses. Il ne serait de toute façon pas sage de l’examiner en le découvrant dehors. Elle pourrait le faire physiquement, mais intime d’un geste de sa baguette au matériel de vol de se ranger. La séance est suspendue, pour la matinée du moins. « Suis-moi », indique-t-elle en lui tenant les deux mains pour l’encourager à se lever et rentrer ensemble. De retour en intérieur, elle l’emmène vers la porte de sa chambre. Par principe, c’est un espace privé, ils ne pénètrent pas dans celle de l’un ou de l’autre sans autorisation. Elle ne s’est toutefois pas encombrée de maléfice de protection, ce n’est pas un quelconque colocataire peu connu, elle ne craint pas son intrusion. Sur son bureau sont alignés quelques pendules. Certains de mécanique semblable, d’autres de formes originales ou dont le mouvement serait impossible à deviner avant de l’activer. Enserrant de ses index une base, elle en fait doucement glisser un vers eux. Phœbe le caresse de ses Perles-de-Lune, partagée entre la tendresse et la nostalgie. Le plus souvent, c’est en salle commune qu’elle se réfugiait pour se calmer grâce au balancier régulier des petites billes. Néanmoins, il était parfois nomade, quand elle le glissait dans son sac pour avoir ce compagnon en d’autres recoins de la Geôle. Songeuse, elle saisit de sa main gauche trois billes de son pendule de Newton et les relâche pour actionner la courbe. « C’est celui qui me suivait partout. » confie-t-elle. « L’impulsion qui génère l’implacable mouvement. »
Hjúki ne découvre pas l’existence des pendules de Phœbe, il lui déjà arrivé de la voir avoir recours à son régulateur, quand ils étaient adolescents. « L’impulsion. », marmonne-t-il en écho alors qu’il constate cette étrangeté qui l’a toujours intrigué. Il peinait à croire que la science moldue pouvait expliquer ça, qu’il n’y avait rien de magique. Comment se faisait-il que l’entraînement des billes emmène exactement le même nombre de petites sphères sur la ligne, à chaque aller-retour ? Le jeune adulte ne parvient pas à se noyer dans l’imperturbable répétition. Ses doigts viennent chercher une sensation sur son poignet, mais ne rencontrent que sa peau, il n’est plus serti de perles, comme ça avait été le cas, autrefois. Il avait abandonné son bracelet. Il avait abandonné ses broches. Il s’était débarrassé de ses repères, en s’épurant il n’a plus rien à manipuler pour s’apaiser, si ce n’est quelque saillie dans le tissu de ses vêtements. Il se sent nu, et vide. Qu’a-t-il de comparable pour s’accrocher ? Il se détourne du pendule pour s’égarer sur les autres objets de la collection de la potionniste : une clepsydre attachée à un mécanisme la retournant automatiquement une fois le liquide épuisé pour mesurer une durée infinie, un contenant aqueux qui paraissait emprisonner un arc-en ciel. Son pouce et son majeur se referment en un anneau qui enserre son poignet dénué de tout bijou. Il ne porte même plus de montre. La ponctualité, les horaires, la conformation à un emploi du temps sont des concepts qui ne le concernaient plus vraiment, ces dernières saisons.
Certains mouvements sont invariables, inarrêtables. Son cher pendule finit cependant toujours par s’arrêter. Surtout qu’à force de manipulations par la sorcière depuis son enfance, puis son adolescence, les billes en avaient vécu, des entrechocs. C’est pourquoi elle avait à côté des modèles plus récents. Celui qu’elle avait présenté à Hjúki demeurait l’historique, avec lequel elle avait grandi. Elle ne pense pas souvent à ses origines françaises, auxquelles elle doit une discipline, une rigidité. Si elle n’avait pas été un peu française, aurait-elle été capable de traverser de telles études scientifiques ? Elle pense en réalité à Paris, une belle ville qui a la chance de compter au moins trois pendules de Foucault. Panthéon, Arts et Métiers, Palais de la Découverte. Dans lequel de ces endroits avait-elle vu l’œuvre, enfant ? Y avait-il une Coupole ? Elle se souvient avoir vu les petits taquets tomber, frappés par le pendule, mais ne saurait situer où. La physique, la science moldue, elle se contente de s’extasier du résultat sans chercher à la comprendre, même si elle en aurait peut-être les capacités, avec son profil scientifique. Malheureusement, le pendule de son souvenir n’est pas domestique, loin de là, et elle le regrette. « C’est tellement dommage que tu ne puisses pas voir un pendule de Foucault… »
« Qu’est-ce ? », interroge Hjúki. Sauf la sonorité française, il ne décèle rien de concret ou reconnaissable.
« Un dispositif fascinant, qui te montre que le Monde tourne, qui te montre son Mouvement. Le voir… c’est indescriptible. »
« Voir… le Monde en Mouvement » articule-t-il en suspension. Ce n’est pas la fatigue, ni l’émotion, qui altère son intonation. Une forme d’incrédulité mêlée à l’envie d’assister à une telle scène. L’irlandais comprend un peu mieux l’obsession de sa sœur pour les pendules. Il suppose que le Monde, lui, ne peut être figé de peur. Hjúki médite sur l’impulsion. C’est vrai que même les moldus arrivent à saisir d’intangibles ou imperturbables pouvoirs dans la simplicité d’objets. Tels que ceux exposés sur le bureau, tels que la boussole de voyage récemment acquise. Les ancres de Phœbe incarnent le mouvement, et Hjúki devait trouver la sienne, après s’en être séparé de tant. Il se retourne pour faire face au vivarium qu’ils ont rapidement aménagé après l’arrivée d’Astaroth, sa serpente. Son habitat remplace partiellement le mur devant séparer leurs chambres, autant l’un que l’autre adelphe y accède depuis ses quartiers. Des manuels traitant du soin des reptiles domestiques traînent encore à côté. Il avait fallu vérifier quels enchantements apposer pour garantir la bonne température et humidité. La question ne se posait pas encore en saison froide, mais le jeune mage avait commencé à se questionner sur la possibilité de la laisser trouver ses proies dans le jardin quand la chaleur sera revenue. Il avait notamment lu qu’il fallait la laisser tranquille en digestion, il était essentiel qu’il apprenne à la respecter, à ne pas la déranger, à ne pas la considérer comme un agrément. Tant d’inquiétudes qui germent sur la préservation de son bien-être…
Son aîné semble céder à un magnétisme tout autre que celui de ses mouvements en balancier, la petite Swan regarde le vivarium en souriant. Cette vitrine ni vraiment opaque ni vraiment transparente liait leurs espaces sur une décision commune. Il aurait été faux de prétendre qu’elle se fichait de la nouvelle arrivante, elle était ravie de pouvoir garder un œil sur elle. La jeune adulte avait été touchée d’entendre que sa cape thermique avait été employée pour qu’elle ne ressente pas le froid hivernal, et surtout de découvrir cette attirance de Hjúki pour la beauté reptilienne. Elle le rassure. « Astaroth ira bien, sous notre garde. »
« C’est si nouveau », avoue-t-il. Il n’aurait pas imaginé que simplement la voir se lover au gré d’une cavité ou d’un branchage suffirait à l’émouvoir. Qu’il n’avait pas impérieusement besoin qu’elle s’enroule autour de lui pour sentir ce lien, plus fort que la seule responsabilité. Pour elle il était prêt à s’acharner jusqu’à s’assurer de son indépendance dans la maîtrise magique de la chaleur et de l’hygrométrie. Sa chute lui paraît presque risible, désormais. Il doit dompter, juguler ses craintes. Il doit apprendre à lutter contre le figement, cette réaction trop peu mature. Quels étaient les mots de Phœbe, déjà ? Ne pas laisser la peur dicter sa conduite face au danger. « Je vais retenter. Chercher l’impulsion. Jusqu’à la trouver. »
Dernière modification par Hjúki Anastase le 14 avr. 2025, 09:38, modifié 1 fois.

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Le piano avait fini par arriver, avec son étrange queue à la verticale permettant de ménager gain de place et beaux graves, lui avait expliqué Phœbe. Il n’osait pas vraiment y toucher. À l’époque où ils se voyaient dans la salle sur demande, elle avait apporté un clavicorde, une variante bien plus nomade, moins imposante. Ils ne s’étaient pas vus en un espace où la pratique musicale était possible depuis fort longtemps. À compter de la fin de sa scolarité, leurs séances d’entraînement magique avaient été épisodiques, anarchiques, ne suivant aucune régularité temporelle, en des lieux ne permettant de faire résonner les notes. Si bien qu’ils avaient devisé répertoire des émotions en comptant uniquement sur sa mémoire musicale. En même temps, au sortir de Poudlard, il avait presque décidé d’abandonner l’entretien du lien vacillant avec sa baguette, alors il n’avait pas fait les efforts. C’était sans doute l’une de ses faiblesses. Le renoncement facile, ne pas s’accrocher. Sa sœur avait accompli l’exploit d’amarrer son espoir à une candidature, quand il aurait été disposé à accepter ne pas faire partir de cette société. Elle avait si bien réussi son coup que son corps n’était que nervosité accumulée depuis… des jours, des semaines ? Dans l’incertitude, son index tapait avec frénésie, n’importe où, sur une articulation ou l’autre du corps, sur une table, sur un accoudoir. L’ancienne Serpentard s’était lancée dans les „Gymnopédies“ pour le canaliser, sans succès. Le pouvoir calmant de la musique n’agissait pas. En désespoir de cause, le titre jaillit. « Pavane, Faure ».
Pivotant son buste en direction de son aîné, elle constate l’inefficacité du pouvoir de Satie, aussi coulante soient ses notes, devant elle vibre un adulte toujours aussi bouillant. L’ironie n’étant jamais bien loin de ce compositeur, il se pourrait qu’il ne soit le plus indiqué pour invoquer une nette sensation, il devait être plus adapté à l’émotion nuancée, pas tout à fait définie. Le vœu de Hjúki, pourrait-il être pertinent, la fait grimacer. Elle n’adhère pas vraiment à la prétention que le piano pourrait remplacer tous les instruments, se substituer à un orchestre. Tout n’est pas arrangeable. Du moins, il faudrait un pianiste d’un infini talent pour rendre saillantes toutes les subtilités d’un ensemble. Assurément, laisser occasionnellement ses doigts voler sur les touches ne lui conférait pas ce pouvoir. Les études supérieures avaient été plus impitoyables encore que Poudlard dans l’accaparement de son temps. Elle expire silencieusement. La petite Swan peine à imaginer un martèlement se substituer au souffle de la flûte, mais ne se voit pas asséner un ‘non’ à un Hjúki en fusion. Qu’il laisse son imagination compléter et enrichir la texture, convient-elle en enfonçant un rectangle sombre. Fa#. Pas d’accord, ni d’arpège. Il n’aura que la mélodie.
La ligne se dessine. Dénuée de tout ornement ou accompagnement. Bien sûr, il a déjà senti l’acoustique de cette œuvre se diffuser en lui, sans quoi son nom n’aurait jailli de ses lèvres aussi spontanément. Son esprit peut combler mentalement les manques, mais ce ne peut compenser l’effet physique du son. Son index en furie commence néanmoins à s’immobiliser. Aussi imparfaite ou incomplète soit la musique, elle parvient à endormir son agitation de surface. À l’intérieur, elle n’efface pas ses pensées. Il aimerait simplement se noyer dans la caresse de l’air de Faure, mais le rictus qui avait traversé les traits de sa sœur ne vient pas de nulle part. Son regard dérive sur les livres qui couvrent les murs du séjour. Faire de leur maniement un métier… auparavant, il ne l’avait jamais considéré comme une perspective professionnelle. Il avait lu, en proportion qu’il ne voulait estimer, s’était appuyé sur des pages, des vers, des idées formulées par d’autres encres. Pas une seconde il ne serait imaginé en faculté de lettres au prétexte de sa culture littéraire. Quand elle lui avait présenté les possibilités, ça avait cliqué. Au point de se transformer… en une espèce d’aspiration, ce dont il ne souvenait pas beaucoup avoir été traversé de son existence.
Elle pourrait répéter à l’infini le motif, le moduler, lier des boucles jusqu’à ce que les articulations de ses mains crient grâce. Elle ne se plonge néanmoins pas à ce point dans le morceau, trop soucieuse ou contaminée par les tremblements de l’irlandais. Après à peine quelques retours de la mélodie, Phœbe referme brusquement ses bras sur son buste. Elle n’est pas concentrée, elle n’incarne pas dignement Faure. Un français, qui plus est, un style qui titille ses origines. Quittant la banquette en l’enjambant, elle attrape le document que son aîné ne s’est toujours pas résolu à toucher. Se remémore ces résultats dont il n’a pas pris connaissance. C’est différent, cette fois, n’est-ce pas ? « Tu peux regarder » annonce-t-elle en le lui tendant. Il lui faut surveiller sa langue pour se retenir de dire ‘tu dois’. Aussi engagé soit-il dans le processus, il est préférable d’éviter de le brusquer. En arriver là n’était pas gagné. Il repousse le papier en sa direction, l’air de lui indiquer de prendre cette responsabilité. A-t-il compris à quel point elle s’impose la contenance, à quel point elle brûle de savoir ? Lentement ses mains s’agitent pour dévoiler l’information. Un égoïste soupir de soulagement libère sa poitrine. « Trois étages. »
Alors… ce n’était pas vain ? Il la fixe. Étonné, paniqué, révolté, reconnaissant. Aucune musique ne saurait canaliser tout ça. Une tumultueuse Symphonie, peut-être. Brahms ou Tchaïkovsky, lequel des jumeaux de Phœbe pour manier un tel mélange ? C’était donc possible. Changer le cours de son existence, radicalement. Si proches. Comme à Poudlard. Une distance semblable éloignait un sixième année d’une cinquième année, un septième année d’une sixième année, quand ils étaient adolescents. Ces dernières années, ça avait été bien plus que les niveaux d’un bâtiment. Ils y revenaient. *Trois étages*, se répète-t-il. Ce poste de bibliothécaire était donc sien. Sans avoir à se vendre par des faits d’armes aussi brillants que ceux qui ornaient le parcours de sa benjamine. Sans avoir à troquer sa magie, sa Musique contre un salaire. Sa vie bascule… Pour le meilleur ou pour le pire, il l’ignore. Il ne sera pas seul. Son cœur tambourine contre sa poitrine. Excitation. Révulsion. Envie. Défi. Confiance. Vigilance. Un troublant mêlement. « Trois étages » confirme-t-il d’une voix instable qui trahit la contradiction de ses élans.

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Son retour à la capitale, à ses côtés, était donc acté. Pour retrouver leurs liens intriqués en un tissage où chaque fil permettait à l’autre de se maintenir dans la trame, leurs forces combinées en tressage résistant. D’autres visites suivraient celle du bal sylvestre, où elle l’avait entraîné. Ils n’en avaient pas reparlé. Ils n’avaient pas passé la suite de la soirée à se partager ce qui avait été vécu. Elle avait vu ses yeux rougis. Il avait perçu sa muette abysse. Et ils s’étaient tus, rentrant chacun de son côté. Ce pincement au cœur. Non, cette pression sur la poitrine. Étaient-ils condamnés à garder un pied dans le passé ; ce piège à grizzli aux vigoureuses mâchoires ne les lâcherait-il donc jamais ? Le lecteur souffre le plus, avait-il confié à demi-mot. La potionniste n’avait pas besoin de se plonger dans la littérature russe pour comprendre l’allusion. Ce qui était devenu imprononçable, de fait, sans qu’ils ne le décident clairement. Les bribes, le refus d’aller au fond des choses n’avait pas suffi. Ils pensaient s’être déchargés assez, alors qu’ils n’avaient jamais cessé d’être entravés. Jamais un plateau dichrome ne souillera leur Foyer, alors elle avait besoin de comprendre pourquoi diable avait-il cédé à Tolstoï, pourquoi remuer la fange… Les crispations qui saisissaient Hjúki lui démontraient qu’aussi épais soit le roman, ça ne lui avait pas permis de tourner La page. Celle sur laquelle ils tournaient en rond depuis qu’ils avaient convenu sans le dire que s’en confier une fois, superficiellement, les libérerait. Sous son masque de cygne, elle avait su être prudente, résister à l’écoulement. Elle n’avait pas reproduit le cataclysme déclenché au bal de Serpentard, son début de la fin. Son frère avait développé une étrange obsession sur les compositeurs russes. Quand Stravinsky avait résonné… elle avait grandi avec les mélodies russes, un peu françaises à ses oreilles : Tchaïkovsky, Borodine, Moussorgsky. Entendre une danse russe lui écartelait le cœur, alors que son aîné avait décidé d’en faire un paravent pour sceller le sien. Elle l’avait laissé en Irlande sur une discussion autour de Stravinsky. Ce n’est pas la musique qui porte les émotions, elles sont chez l’interprète et l’audience. Combien de rotations de la clepsydre se succéderont encore d’ici à qu’elle agisse ? Elle avait tout enfermé dans cette bourse, mais il était temps que cela sorte. Sans opposer de résistance, elle accepte les transformations physiologiques nécessaires. Sa salive devient acide, la déglutition devient douloureuse, son souffle devient irrégulier, la chaleur monte au visage. Elle accueille cette montée saturée de sel. Une larme choit, brûle le sceau qui fond, délivrant un contenu intouché depuis des années. Certains disparus ne méritent ni honneur et respect. Sa réserve, l’instinct de protéger ce qu’elle a partagé avec celle qui l’a anéantie s’est délité. S’en détacher, au sens le plus strict du terme. Hjúki n’a rien demandé, mais elle ne peut ignorer son regard hanté, ce reflet âcre et familier. Le rejoignant, elle lâche le contenant à sa portée. « Lis, parcours, dévore. » *Comme un feu dévore une forêt.* Son sang s’accélère, elle entend parfaitement le tambour gronder dans ses oreilles, elle ne reculera pas pour autant. Parmi ses proches, jamais elle n’en aurait dévoilé la moindre once à ses parents. À son Frère, il n’est plus temps de le garder enfermé. Face à son interrogation silencieuse, elle complète. « L’Épanchement d’une adolescente qui ne contrôle ni ne comprend rien à l’anarchie de ses sentiments. » *celle qu’tu connais pas* Elle s’effondre sur un fauteuil sans le regarder. S’il le lit, ce ne seras plus de l’ordre de son intime, ça ne lui appartiendra plus, elle pourra enfin continuer son histoire déchargée de ce fardeau. Et lui verra l’autre partie du masque, crûment, sans édulcoration de sa part.
Interloqué, le jeune mage voit une espèce de petite poche à moitié éventrée atterrir juste devant lui, chute assortie d’un cliquetis qui trahit des entrechocs. Du parchemin semble dépasser, mais pas seulement, il s’y trouve aussi des objets. Est-ce un sablier qui dépasse ? La ressemblance avec la pochette où il avait enfoui les vestiges de ses Spectres quand ils s’étaient échappés est lointaine, néanmoins il n’avait pas soupçonné, perçu le moindre signe qu’elle pût avoir ce genre de possession. Un protège-mémoire, ça en a du moins tout l’air. N’avait-elle pas prétendu, en soulignant ce trait chez lui, qu’elle ne le partageait pas ? Hjúki tente de la regarder, de sonder ses réactions, de déceler ce qu’elle ressent, le pourquoi du comment de balancer cet îlot de soi, mais sa Sœur a décidé de résolument tourner ses Perles d’Argent dans une autre direction. Elle le force à se confronter sans le moindre indice à cette… confession ? Seul. La première concernée paraît se retirer, refuse de prendre part. Sans fouiller, il se saisit naturellement de l’élément saillant. Phœbe possède quelques clepsydres, mais Hjúki n’avait jamais vu ce modèle dans sa collection. En l’examinant, il décèle, si discrètes, des gravures. Dissimulées à l’intérieur du verre. Concentré, il fait pivoter le fluide d’un vase à l’autre. Deux parties se distinguent, ne révèlent pas de la même façon. Ce genre de cylindre n’a pas de sens officiel, il se retourne à l’infini. Avec constance, l’inscription est en sombre impression sur l’un des lobes, en claire transparence sur l’autre. Le clair en haut, le sombre en bas ; le sombre en haut, le clair en bas. Selon l’orientation qu’il donne à l’objet. Ce n’est pas vraiment un acrostiche, la longueur des lignes épouse la concavité. Les lettres reviennent dans le même ordre, pas en miroir, en parallèle plutôt. …quel est ce procédé ? faut-il lire les strophes F, E, H, G, B, A, D, C ; ou la disposition inverse C, D, A, B, G, H, E, F ? Deux fois le même enchaînement. Seize vers. Pris d’une intuition, il compte les syllabes. D’octosyllabe à monosyllabe, de monosyllabe à octosyllabe.

Reducio
Frivolités pourtant perçantes
Ectoplasmes d’un espoir
Hauteurs si entêtantes
Gisante après choir
Béance noire
Annihile
Du soir
Ciel

Froid
Éteint
Huit des rois
Gîtant en vain
Blottis en un cœur
Attisé d’une flamme
Des souffles brûlent broyeurs
Confiance bafouée d’une femme
F8
E7
H6
G5
B4
A3
D2
C1
F1
E2
H3
G4
B5
A6
D7
C8
Confiance bafouée d’une femme
Des souffles brûlent broyeurs
Attisé d’une flamme
Blottis en un cœur
Gîtant en vain
Huit des rois
Éteint
Froid

Ciel
Du soir
Annihile
Béance noire
Gisante après choir
Hauteurs si entêtantes
Ectoplasmes d’un espoir
Frivolités pourtant perçantes
C8
D7
A6
B5
G4
H3
E2
F1
C1
D2
A3
B4
G5
H6
E7
F8


Au moment où il pense comprendre, son souffle en est coupé. Il n’a jamais cherché à s’y initier, à en connaître les règles, à les maîtriser. En vers et dans le verre, elle a dissimulé des cases d’échecs. Un poème à écarteler. En inversions, combinaisons, associations. Il n’y connaît rien, ignore combien d’enchaînements cohérents pourraient en découler. Le fond, les mots, ce qu’ils expriment, comptent-ils tant que cela ? Et pourtant, ils ont une signification. Ce ne sont pas des suites de sons décousus. Aucune des versions ne donne l’impression d’être lue à l’envers. « Tu as transcrit la danse des échecs en calligramme… » affirme-t-il. Sans ennéasyllabe à l’horizon, peu de place au doute. Phœbe se serait transformée en statue qu’il serait difficile de percevoir une différence. Pas un iota de vibration, pas de plissement expressif, pas de rythme ébranlé. Elle a résolu de se perdre ailleurs. Veut-elle être ramenée ? Il ramène son attention sur ce souvenir, forgé avec tant de délicatesse. Il ne l’a pas dit, le ‘pour elle’, mais il suppose que c’est la raison pour laquelle elle s’est drapée de marbre. Rien de ce qu’elle aurait pu avouer, raconter par la parole, n’aurait eu la force de ce sablier. Enfoui, mais pas détruit. Ce n’est pas tout, d’autres témoins de cette Passion l’attendent. Assortis de l’injonction de les dévorer. Il n’a pas à juger cette jeunesse indomptée : il n’était pas un adolescent plus mesuré. Lui-même n’a jamais aimé quiconque au point d’apprendre sa langue pour d’essayer de lui en offrir son appropriation. Avec leur différence d’âge, cette admiration se devait d’être stérile. Il n’est pas aisé pour l’enfant de comprendre qu’il indiffère ses aînés, et que c’est naturel. Il attrape au hasard un papier, sur lequel sont griffonnées cinq lignes. Avides d’être remplies. Du moins elles ne sont pas creuses comme ça, quand Phœbe pose ces grilles sur un pupitre. Alors… c’est ainsi que se dessine un cœur qui ne sait plus accueillir les notes. La gorge nouée, il voudrait tout brûler, mais a conscience qu’il est inutile de céder à cette brutalité. Les traces évaporées, cela ne provoque pour autant pas l’oubli. Ça fait des années qu’il veut oublier. Pas comme s’amputer, se charcuter la mémoire. Il voudrait que tout naturellement, comme une évidence, certains souvenirs ne se manifestent plus. Ce devrait être possible. Les connaissances s’élaguent, quelques années après Poudlard, personne ne se souvient de l’intégralité des informations ingurgitées pour les examens sur sept années. Les personnes ne peuvent-elles pas être si dérisoires et oubliables que leur nom, leur regard, leur parfum ; tout s’effacerait, suivant un processus de froide logique. Il n’y a plus de place pour elles, ni en pensées, ni en sentiments. Viscéralement, il veut brûler l’offrande de Phœbe, mais rien ne renaîtra de ces cendres. Il reste Papillon, la réparation ne découle pas de la mort ou de la destruction, mais de la Renaissance. Ses doigts enrobant les portées esseulées, il se met à déambuler, marcher de long en large, en cogitation. Noyer ses vestiges a été inefficace. Elle n’a pas tort de le provoquer. Ils ne peuvent pas continuer à faire semblant d’être passés outre, alors que jusque récemment, ils se contentent de se taire, bêtement, quand il y un malaise, l’ombre qui plane. Il finit par se poser devant sa Sœur, qui n’a pas bougé d’un pouce, en lui présentant la feuille. « Ça reste de la matière organique. Désintégrée en compost, on peut nourrir des Fleurs. » *surtout pas des pensées ou du jasmin…* songe-t-il instantanément, avant de conclure. « C’est métamorphosable. » Enfin, elle sort de sa torpeur. Tire de l’amas un pliage de cygne. Et opine.

Co– Notre „Foyer des Merveilles“ ? PNJ
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Nuit du 6 au 7 Mai 2050
Éclipse Lunaire


Ce n’était pas dans leurs habitudes, mais ils allaient veiller tard, jusqu’au lendemain. Après avoir discuté sur le choix des graines à planter, celles qui serait nourries du compost où ils avaient incorporé le contenu organique de la bourse à souvenirs de Phœbe, la boîte de Pandore qu’elle s’était résolue d’ouvrir pour qu’ils grandissent, se délivrent d’un poids commun auquel ils s’étaient trop longuement accoutumés ; la concertation finale avait été facile. Ils avaient opté pour une plante éphémère, à la floraison nocturne, au point d’être surnommée Fleur-de-Lune. Hjúki y avait songé, car il s’agissait selon une variante légendaire d’un cadeau de Calypso au héros dont elle acceptait qu’il reprenne sa route, distincte. Le parfait contrepoint. Ils avaient combiné tous ce qu’ils avaient tiré de leur enseignement botanique pour préparer au mieux son épanouissement, et le jeune mage avait même sollicité les conseils d’Ulysse pour précisément planifier son éclosion. À ses interrogations sur la meilleure façon de célébrer le jour de sa Sœur, cette Renaissance s’était imposée comme la plus belle des réponses. La Lune rougeoyait, un éclat dont il n’avait jamais manqué la contemplation. Pour une fois, pour Phœbe, cet éclat ne lui était transmis par la surface de la mer, ou par les profondeurs du Lac. Ils sont assis, appuyés l’un contre l’autre, sur l’herbe. La Nature est à la fois lente, fugace et rapide. Aucune aiguille, aucun sablier, aucune clepsydre pour mesurer ce moment suspendu. Les pétales prennent leur temps, à s’étendre. Sans lassitude ni impatience, il ressent une progression semblable s’opérer dans les racines de son être. Des serres qui se détendent. Minuit doit être passé. La fatigue ne le frappe pas, son acuité aux aguets a tant à voir et à savourer. « Joyeux anniversaire… » susurre-t-il.
La petite Swan ne regrettait absolument pas d’avoir laissé quelqu’un enfoncer cette porte dérobée donnant sur une partie de son intime qu’elle avait juste essayé d’ignorer, en tout cas refusé de confronter. Que ce ne soit plus un vécu rien qu’à elle, inavouable, mais qu’il soit dévoilé était un soulagement. Ça n’aurait probablement pas marché avec le premier venu, et ils n’étaient sûrement pas encore prêts à ce partage quand ils n’étaient encore que d’immatures adolescents. La confiance qu’ils avaient forgée n’avait pas atteint ce niveau d’étroitesse et de maturité, il était alors encore trop tôt pour s’occuper de leurs débris, qu’ils avaient compris être partiellement de source commune. Elle avait immédiatement embrassé l’idée de Hjúki, celle de la métamorphose. La Fleur-Liant qu’il avait trouvée n’était pas la plus extravagante, unique ou inventive, mais portait un indéniable écho, séduisant. Par un bel hasard de calendrier, la Pleine Lune tombait le jour de son anniversaire, elle savait que son Frère l’utilisait parfois comme moyen de communication avec son Opa. C’est pourquoi son invitation à l’observer ensemble l’avait quelque peu déroutée. Sans qu’il ne la prévienne, en œuvrant à couvert, il avait rassemblé les conditions pour que leur Épanouissement floral ait lieu cette Nuit, lui offrant un double spectacle. Blottie contre la chaleur du corps de son aîné qui étouffait les sensations trop fraîches que pouvait procurer l’air nocturne, elle se glisse en empathie avec les petites cages de pétales. Elle les suit quitter lentement leur posture de renfermement, s’ouvrir, en même temps qu’elle a l’impression que les chaînes qui entravent sa poitrine cèdent. Elle respire. Ne quitte pas des yeux les Fleurs-de-Lunes. Elle sent qu’elle pourrait jouer Tchaïkovsky, le cœur léger. Pourquoi pas une transcription du ‘Casse-Noisette’, les enfants se réjouissant des cadeaux. C’est un jour de fête, le sien, et elle ne frémit plus en pensant à la danse russe. Un radieux sourire se peint sur sa face, en concurrence insolente à l’éclat de l’Éclipse.
Renversement