Variation-Suite Orphée PNJ

II. Aux Enfers
Image postée par le membre
Le papyrus est toujours dans sa main quand elle arrive dans la capitale irlandaise. Elle n’avait pas visité l’île depuis deux ans, juste avant de se lancer dans ses études, juste avant que Hjúki s’installe auprès de son cousin, quand il avait accosté à Galway au terme de l’année passée avec son père Ulysse. Que son frère-de-Cœur requiert explicitement sa visite était rare, que ce soit lors de sa dernière année à Poudlard marquant leur dure séparation physique, ne partageant plus le même espace de vie, ou même plus récemment lorsqu’elle étudiait à l’institut. Ils avaient tendance à se rencontrer dans un espace intermédiaire, plus rarement à domicile. Depuis sa prise de stage à Godric’s Hollow, elle avait pris l’habitude de voyager et de couvrir de longues distances, ayant jusqu’alors écarté l’idée d’habiter sur place, dans le centre administratif du monde magique. Son domicile variait entre le navire familial quand il était arrimé pas trop loin – elle n’allait pas forcer ses parents à s’ancrer selon ses besoins – et des auberges sorcières. Désormais diplômée, ses perspectives demeuraient restreintes par son jeune âge et son poste de potioniste, particulièrement en laboratoire, lui correspondait plutôt bien, sans pour autant constituer un aboutissement pour elle. Elle devait néanmoins trancher entre la vaine illusion qu’elle pourrait continuer à cultiver cette distance sans en être la première à s’en épuiser et la résignation.

Variation-Suite Orphée PNJ
Cette nervosité qui faisait trembler ses jambes et ses mains ne lui ressemblait pas. Après avoir mis le doigt sur la sensation d’enfermement dans laquelle il s’était enfoncé, s’en confier à la sorcière dont il se sentait le plus proche demeurait un défi. Ce ne devait pas être son rôle, de le rassurer. À moins que ce ne soit précisément le cas. Opa acceptait de le voir se tromper, il ne chercherait pas l’aiguiller. Phœbe avait une plus grande expérience du compromis et de la lutte interne. Ils se connaissaient trop pour qu’il ignore la dose de contrainte avec laquelle elle avait rencontré certaines décisions. Elle comprend quand il est préférable que l’oiseau reste un peu plus longtemps assigné au nid pour s’envoler d’ailes d’autant plus renforcées, qui iront bien plus loin que s’il s’était échappé trop vite. Elle est „raisonnable“, mais pas comme ce qu’il en a vu des parents Swan, trop rigides. En l’enlaçant, le jeune Anastase hume son parfum, qui a évolué au fil des années, mais garde une saveur familière. Il l’interroge sur son nouvel emploi à la Nouvelle Sainte-Mangouste avant de, lâchement, prétendre nécessiter un coup de main pour maîtriser quelques sortilèges de discrétion comme celui de la désillusion. Ce qui n’est pas faux en soit, cela pourrait lui être utile, mais ce motif n’est pas le premier justifiant son souhait de lui parler.

Variation-Suite Orphée PNJ
Image postée par le membre
Sceptique, la petite Swan peine à croire que ce sont des sorts d’un niveau modéré qui fondent son appel. Surtout qu’elle est au courant du fait qu’une cape d’invisibilité est en sa possession, précisément pour s’épargner la pratique de ce genre de magie. Sans insister, elle confirme que son transfert au laboratoire lui a été bénéfique, qu’elle vit son activité plus sereinement qu’à l’époque où des responsabilités de guérisseuse pesaient sur ses épaules. Jouant son jeu de l’esquive, elle repousse également l’évocation de son dilemme concernant son installation plus proche de son lieu de travail. Qu’est-ce qu’elle peut lui conseiller sur le camouflage et le déguisement ? Intuitivement elle pense au véloce galop d’Offenbach, métamorphosé par la lenteur en tortue par Saint-Saëns, et aux citations musicales telle que la Barcarolle passant d’un registre à l’autre, dont la portée émotionnelle se fond en caméléon au contexte. Ce genre de transformation de mélodies à peines variées dans leur nature l’aiderait à imaginer un motif se couler et se mêler à son environnement. Elle serait en mesure de développer, de le laisser faire de cette entrevue une séance d’entraînement, mais elle décide de rompre le malaise qui la saisit en l’interrogeant sur la réelle raison de sa venue et au passage sur cette soudaine envie de maîtriser la dissimulation via son instrument magique.

Variation-Suite Orphée PNJ
Faisant mine de ne pas avoir entendu la première partie de la question, Hjúki lui fait part de sa récente acquisition d’un balai volant, partiellement aidé par Opa, grâce auquel il compte se déplacer de plus en plus, pour se passer de certaines formes de transport magique. Que ce soit pour éviter les maux de cœur ou les contraintes horaires, le vol paraissait avoir ses avantages. Bien qu’il souhaitât sincèrement entendre des retours de sa sœur-de-cœur sur son expérience auprès des crochets d’argent et les sensations associées à ce mode de déplacement, ce n’était que l’une des raisons pour lesquelles il lui avait écrit. Bien sûr, depuis qu’il avait cet éclair de feu, c’était une évidence que de devoir en parler à Phœbe. Le sujet était néanmoins devenu secondaire lorsqu’il s’était mis à réfléchir au périmètre dans lequel cet objet lui permettrait de voyager, aux villages et établissements magiques desquels il s’ouvrait l’accès. Jusqu’à quelle distance pourra-t-il s’éloigner pour trouver une nouvelle activité. Elle ne pouvait pas non plus le laisser sur sa faim, qu’elle parle de modèles de variations n’a rien une coïncidence, et omettant presque honnêtement de confier ses pensées sur l’éloignement qu’il commence à envisager, il l’invite plutôt à développer encore un peu quelques types de variations exploitables pour les sorts essentiels au vol invisible aux témoins indésirables.

Variation-Suite Orphée PNJ
Image postée par le membre
Les louvoiements auxquels Hjúki s’adonne désorientent la potioniste. De manière incontrôlée, des souvenirs associés au Quidditch défilent, et pas seulement. Son cœur fait des ratés quand l’image de la capitaine des aiglons des terrains aux cachots surgit, puis quand elle pense au modèle de balai japonais offert par Yuzu Ame, qu’elle considérait à part, puisqu’elle montait un Nimbus pour les matchs. Son cœur se serre en pensant à sa Perle, sa vue se trouble. Le bal, est-ce qu’elle va lui parler du bal ? *Rejoins-moi*, évidemment qu’elle n’osera pas le prononcer. C’est l’hôpital qui se moque de la charité, en se rendant à Dublin, elle y trouvait aussi son intérêt. Gardant autant contenance que possible, elle débite. Oui, jouer avait été galvanisant, et se retirer de l’équipe ne l’avait pas coupée du vol, toujours aussi grisant. La magie du balai, très probablement, comblera l’irlandais. Quant aux variations… elle concéda, et détailla une forme de traitement cyclique à la française, entendable dans le cantus firmus passant d’une note à l’autre chez Josquin, ou dans la ritournelle revenant sur tous les tons chez Milhaud. Reconnaissable, mais altéré. Mais au nom de quoi ce genre de transformations l’obsédait ? Quelles destinations s’imaginait-il atteindre, lui qui exprimait les plus grandes réticences à sortir de son foyer ? Un espoir germe, mais il se sait frustré par avance.

Variation-Suite Orphée PNJ
Le jeune Anastase ne se comprend plus lui-même. Ils se parlaient si fluidement adolescents, et voilà qu’ils se mettent à danser la valse infernale autour du pot. Sa Sœur-de-Cœur se met à déblatérer, visiblement de plus en plus troublée, un catalogue mêlant bout de réponses et informations trop techniques pour être claires. La dernière fois qu’il a vu ce visage, ils parlaient de… une torsion le saisit à la poitrine. Redeviennent-ils des enfants, au lieu de mûrir ? Les changements qui suivent la prise de conscience le terrifient, mais il n’a d’autre choix que de surmonter ses craintes. Mécaniquement, il relate l’enfermement dans la boucle répétitive que ses doigts ont dessiné, la découverte maïeutique obtenue par l’échange avec son cousin. Son vœu de se tourner vers un nouvel horizon, de trouver une activité qui assurerait son indépendance sans dépendre de sa pratique magique. Tout ce qu’Anaël lui a raconté sur le travail en centre culturel de son oncle l’a inspiré. En y repensant, le bibliothécaire de Poudlard vivait plus près des livres que de sa baguette, en somme. Néanmoins, ce genre de temple à rayonnages ne se trouvait pas à profusion en territoire sorcier. Il lui manquait encore quelques renseignements avant de se projeter plus clairement. Et c’est là qu’il s’en remettait à Phœbe, la „raisonnable“. Suivre ses élans indisciplinés ne l’avait pas réussi.

Variation-Suite Orphée PNJ
Image postée par le membre
Le qualificatif a quelque chose d’infâmant. Comment s’il ne se figurait ce qu’il lui coûtait. S’attend-t-il à une réponse à la hauteur ? La forçait-il à dire ce qu’il n’envisageait pas ? Il devait l’avoir compris, qu’il n’y en avait pas cinquante, des postes tels qu’il le décrivait. Elle-même, quand elle se fantasmait potioniste à treize ans, ce n’était pas exactement sa position qu’elle visualisait. Il le savait déjà, mais c’était à elle de le dire. Il sait qu’elle n’y vit pas, qu’elle résiste. Il sait que c’est là que sont les opportunités qu’il décrit. Il sait qu’un rien suffit à rompre sa digue. S’ingénie-t-il à la faire céder ? Sa respiration s’accélère, sa voix faiblit. Elle doit le formuler, contrainte. Ses yeux brillent, non de joie ou d’excitation, mais parce qu’un chagrin commence à affluer. Il ne leur reste rien de leur enfance, rien de leur candeur, rien de leur naïveté tendre. Seul le pragmatisme demeure, et il lui incombe le rôle de l’incarner. Ils dépendent l’un de l’autre pour vivre cette aventure. Atlas, c’est ainsi qu’il l’avait appelée lors de leur première rencontre. C’était à elle d’endosser ce rôle, de l’inviter à l’y rejoindre pour se répartir la charge, dans une nouvelle forteresse. Il n’y a plus lieu d’hésiter, la seule voie par laquelle elle s’y établira, c’est par son frère-de-cœur.

Variation-Suite Orphée PNJ
Les sillons secs auraient pu le demeurer, mais ses traits s’affaissent quand elle les remplit à l’encre indélébile. La déception, puis l’effondrement. Hjúki en est interdit. Ses Perles-de-Nótt se referment. Il se retourne. C’est injuste. Il ne peut pas lui en vouloir. C’est lui qui l’a explicitement demandé, quel serait le choix de raison. C’est lui qui n’a pas voulu d’un avis conciliant. Il aurait tout aussi bien pu se référer un vrai adulte. Est-ce là la source de leur gaucherie ? Ils se croyaient des enfants éternels alors qu’ils se sont déjà transformés en ces parents terre-à-terre et insupportables. Qui, d’elle ou de lui, l’insupporte le plus ? C’est si compliqué de s’avouer que ce c’est soi. Le mage irlandais n’est plus celui qu’il croyait être, et cette réalisation le souffle. Ne même plus se connaître est hautement vertigineux. Les vrilles qu’il sent monter à sa tête sont de retour, et il n’a plus l’étreinte de Opa pour les repousser, ses paumes serrent ses tempes et il ne sait pas comment tout arrêter. Revenir en arrière, ne plus se rendre compte de la roue qui l’entraîne dans ses cycles infernaux. En dépit de l’injustice de sa réaction, il lui en veut d’avoir brisé un indicible tabou. La sagesse est douloureuse. Athéna ne dorlote pas ses protégés, Ulysse le sait.

Variation-Suite Orphée PNJ
Image postée par le membre
Elle encaisse le triste spectacle, consciente qu’énoncer l’impossible ou l’invraisemblable n’allait pas être traité et examiné avec naturel. Son empathie envers le jeune adulte est réelle, et bien qu’elle ne vaille pas la figure avec laquelle il a grandi, elle tente quand même de s’approcher, et s’agenouille pour se mettre à la hauteur de son ami qui ne tient plus sur ses jambes. Elle pose son front contre le sien et s’emploie à murmurer des paroles apaisantes. Elle lui rappelle la façon dont ils ont été vitaux l’un à l’autre à Poudlard… elle avoue même, avec peine, qu’elle a besoin de lui, qu’elle n’y arrivera probablement pas seule. Ensemble, ils ont une chance d’affronter la ville et sa société. Pour l’affaire de quelques années tout au plus, et quand elle en aura l’occasion, elle lui promet qu’elle sera prête à le rejoindre à son tour en Irlande. Cela n’a pas à s’éterniser. Elle peut l’aider à trouver la position qui lui correspond, à deux pas de son laboratoire, s’il le souhaite. Entre ses doigts tremblants, elle essaie de lui transmettre un carton d’invitation, dans l’espoir qu’il envisage l’accompagne au bal qui s’y tiendra. Avant de refuser par principe, elle le prie de venir, ne serait-ce qu’une fois, juste une fois, lui murmure-t-elle, suppliante. À court de mots, elle reste contre lui, front contre front.

Variation-Suite Orphée PNJ
Les tremblements qu’elle transmet se muent en vibrations de rage quand Hjúki les reçoit. Si l’ennemi, à savoir les obligations ou ce que la raison ordonne, est trop insaisissable, il ne reste donc que Phœbe pour les sentir. Il prend l’invitation, mais est encore trop aveuglé pour lui répondre. Ils n’échangent plus un mot, seul l’écho de leurs palpitations, qui tantôt tonnent tantôt s’étouffent, résonne. Il ne compte ni les secondes, les minutes, maintient le contact jusqu’à ce qu’il sente les oppressantes vrilles se retirer. Se détachant enfin, c’est au tour de ses Perles-de-Nótt de briller, reflétant celles argentées qui lui font face. Trop buté pour œuvrer à la réparation, il chuchote avec détachement ces quelques syllabes. Tu sais que tu demandes l’impossible.
Après son départ, c’est Anaël qui a retrouvé le carton, qu’il avait laissé traîner à dessein. Qui s’est présenté avec ce calme imbuvable de sorcier plus âgé et mûr ne voulant pas se mêler à leur bisbille, mais tenant à lui faire reconnaître l’air de rien que tout était réparable. Qui avait sondé la marmite de ses sentiments pour qu’il voie effectivement que ni l’une ni l’autre n’avait cherché à se faire mal. Et puis, il pouvait la surprendre. Venir sans lui dire, identifiable par un signe évocateur, une semi-cession. Un masque qui ne laisserait aucune place au doute à ses seuls yeux.