Variation-Suite Orphée PNJ

Reducio
Hjúki est présent
Auprès de. Anaël Zhang (cousin germain), Phœbe Swan (sœur-de-cœur, forte amitié) – actifs
Référencés.
Intérêts. développer son approche instrumentale pour débloquer son expression / transition adolescent-adulte / crise existentielle / jeter le pavé ‘déménagement-colocation’ dans la mare

Automne 2049

I. Des Charmes
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C’était l’un de ces dîners que Loïs et lui partageaient avec leur cousin et qui s’achevait par une phase informelle, après le thé et les gâteaux, durant laquelle ils pouvaient vaquer à quelque occupation, partagée ou chacun dans son coin. Sa sœur s’était retirée pour finir un projet et Hjúki était resté, figé dans une posture d’hésitation qui ne lui était pas inédite. L’adulte avait fini par comprendre qu’il n’était pas du genre à déballer sans détours ce qui lui trottait dans la tête, surtout qu’il s’agissait du terrain personnel. Tout en sentant l’inconfort du jeune mage, Anaël ne pensait pas obtenir quelque confidence en s’imposant crûment. Quelque part, malgré la découverte qu’ils partageaient des liens de sang, leur relation demeurait teintée de formalisme, rien de comparable avec la liberté de parole qui caractérisait ses rapports avec sa sœur. Sortant son instrument, ses doigts entreprennent de chercher sur les cordes une mélodie apaisante pour, qui sait, l’alléger un peu. Les notes filant l’une après l’autre, il reconnaît une berceuse qu’entonnait son * quand enfant, encore terrifié par une crise de sa mère, le calme lui échappait. Sans y penser, il poursuit en enchaînant les couplets, resserrant progressivement le tissage tranquillisant, oubliant presque qu’il est en compagnie et goûtant en personne aux doux effets d’un chant réconfortant qu’il retrouve avec nostalgie.
Reducio
*papa en mandarin (terme plus enfantin que père)
Dernière modification par Hjúki Anastase le 31 mars 2025, 14:44, modifié 2 fois.

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Le thé était toujours aussi bon chez les Zhang, indéniablement. Ces derniers temps, les journées à l’atelier avaient pris une saveur différente… ou plutôt, elles manquaient de saveur. Comme si sa capacité à s’émerveiller ou s’enthousiasmer le lâchait. Était-ce cela, grandir, ou l’explication était-elle tout autre ? Le jeune mage ne se reconnaissait plus dans cette existence routinière qui l’engourdit. Il apprécie la façon dont son aîné prolonge parfois leurs soirées, musicalement, lui rappelant Phœbe quand elle jouait pour lui à Poudlard. Un pincement au cœur, il constate l’aisance avec laquelle l’eurasien navigue sur les cordes de son violon singulier et prend conscience que la pratique instrumentale l’intimide encore trop. Par sa sœur-de-cœur il a appris à entendre mentalement certains élans pour invoquer ses émotions, mais ce n’est pas comparable à ceux qui se déploient dans l’espace. La musique qui se développe lui fait l’effet d’une caresse, mais si légère, trop légère. Les bras d’Opa dans lesquels il pouvait se blottir pour se rassurer lui manquent. En sentant l’étreinte, aussi ténue soit-elle, que provoque le morceau qui coule entre les doigts d’Anaël, Hjúki repense à la lyre à sept cordes qui le suit sporadiquement depuis sa sortie de Poudlard. Dans les instants de flottement qui suivent l’interruption, il s’apprête à le prier de lui enseigner comment tirer des sensations des notes.

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En douceur, il atteint les derniers clapotis du courant musical qui meurt quand du plat de la paume les derniers échos vibrants sont coupés. S’extirpant du souvenir où l’avait plongé l’air de son enfance, Anaël découvre, ou plutôt reconnaît un instrument qu’il n’avait pas souvent vu entre les mains de son cousin. Commençant par effleurer les cordes en partant du milieu, il constate les hauteurs et leur accord. Hjúki n’ayant pas lâche le cadre en bois, il observe le frémissement instantané que provoque le réseau de vibrations qui se propage dans l’instrument, et vient même agiter l’un ou l’autre corde de son erhu à l’occasion d’une quinte ou d’une octave. Ayant suivi des leçons grâce au soutien de son père depuis ses plus jeunes années, les explications dans lesquelles il se lance sont fluides et sa démonstration sur les réactions sympathiques, les intervalles qui génèrent un volume sensoriel, les superpositions d’accords et les harmonies est illustrée par le pincement d’une à plusieurs cordes de la lyre. Les réponses physiques de l’irlandais trahissent et confirment son intuition selon laquelle les contacts sensoriels lui sont essentiels, probablement cela concerne-t-il sa pratique magique. L’artisan conçoit que son activité n’est pas le paradis des sens que son benjamin aurait pu fantasmer et il commence à se demander si les stimulations de nature décevante seraient à l’origine de son récent ternissement.

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Dans un mutisme d’écoute, il reçoit les ondes propres à la pureté de certains intervalles et les vrilles des dissonances. Ce phénomène ne lui est pas inconnu mais son aîné tire de son expérience des sonorités claires et puissantes contrastant avec le maniement précautionneux à outrance du jeune mage n’osant pas appliquer la force nécessaire à produire un son qui prenne autant l’espace. Ses Perles-de-Nótt s’imprègnent des postures et de la courbure des phalanges, de la façon dont la pulpe du doigt se presse contre la corde avant de la libérer à ses ondulations. À partir de si peu, sept lignes, les combinaisons s’enchaînent. Que l’artisan produise de complexes mélodies en partant du simple attirail constitué d’une paire de cordes le fascine depuis la première fois qu’il l’a entendu. D’une sommaire palette tirer les nuances les plus variés implique une réelle maîtrise. Les limites et les possibles de la simplicité l’interrogent. Ce sentiment, cette oppression informulable qui lui pèse refuse d’être définie en mots. Des mots, pourtant, il en connaît. Tout comme des mélodies, par lesquelles il se régule. Il lui manque une voix d’expression, plus brute encore que tout ce dont il est familier, et il s’accroche à cette lyre comme si elle allait pouvoir chanter ses émotions à place, leur donner corps. Pour cela, il demande comment s’exprimer à partir de si peu.

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Une lueur s’allume dans le regard brun de l’artisan qui saisit son erhu en le tenant face à soi, ainsi que le verrait un spectateur et non dans la posture de l’instrumentiste. Une forme d’indigence visuelle paraît d’autant plus nettement quand il rappelle la signification de la syllabe èr dans le nom, évoquant les deux seules cordes et faisant également partie de son surnom en mandarin en tant que petit frère ou second enfant après Loïs. La longueur des deux cordes étant réductible, l’étendue des notes accessibles est bien plus vaste que celle de la lyre, à première vue confinée à sept sons. Jaugeant entre le pouce et l’index les épaisseurs, il explique comment ce paramètre compense la taille unique de toutes les cordes se distinguant du dégradé de hauteur sur la table de la harpe. Anaël dévie ensuite la possibilité de manipuler la tension par la clef d’accordage pour modifier les intervalles et accéder à autant de lignes de jeu verticales que de modes ou suites diatoniques, chromatiques en demi-tons, par tons en passant par le pentatonisme parfois associé à musique asiatique. Une forme de polyphonie horizontale s’envisageait tout à fait sur des cordes pincées, ce qui relevait d’un défi pas impossible mais bien plus technique au frottement de l’archet. Il restitue enfin la lyre pour laisser son cousin expérimenter.

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Guidé par son aîné, il apprend à tourner dans un sens ou l’autre les chevilles et se familiarise avec plusieurs progressions tout en lenteur, attendant qu’une note se dissipe avant de passer à la voisine, reprenant à chaque altération à partir de la médiane vers l’extérieur. Puis, ses doigts finissent par se bloquer au niveau d’une corde pour y explorer le spectre de nuance et d’intensité en son contrôle, en mesurant la force engagée. Son manège recommence sur toute la largeur de l’instrument, lui permettant de sentir les fines cordes exigeant plus de délicatesse et celles au diamètre plus conséquent sur lesquels Hjúki perçoit que ses doigts pourraient se raffermir. Était-ce Phœbe qui lui avait raconté que des pianistes s’étaient endommagé les mains à tenter de les muscler à l’excès ? D’elle il avait appris du moins que le mécanisme du piano atténuait au toucher les variations du grave à l’aigu. En s’enfonçant dans des variations rythmiques sur la même hauteur, il tente des accords en faisant résonner en superposition une seconde note et ses réflexions se mettent à examiner la possibilité d’échanger la position de certaines cordes, étrangeté qu’il a pu observer sur le ukulélé ne respectant ni l’ordre de hauteur ni la répétition égale des mêmes intervalles, afin de faciliter par ce réagencement la production de nouveaux accords.

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En retrait, Anaël suivait les gestes de son cousin apprivoisant la lyre d’après les rudiments exposés avec une curiosité particulièrement exacerbée quand il entama un travail de variation à partir de la cellule musicale la plus réduite. L’un des sujets de prédilection de son père s’imposa à ses pensées et il les partagea à Hjúki. Contrairement à ses enfants dont la connaissance du chinois n’allait pas beaucoup plus loin que le stade du babillage ; son père avait une maîtrise extrêmement pointue de la langue et devisait parfois sur les principes de la rhétorique et la poétique. La composition d’un vers ne s’éloignait pas tellement de celle d’une ligne mélodique, quand il s’agissait de respecter un équilibre des sons et d’éviter la répétition. Son père lui avait parlait de ces vers où chaque syllabe, chaque mot devait apporter sa propre sonorité, cette variété devant se répercuter sur l’ensemble de la composition. Un son n’était également pas associé à un unique mot mais à un éventail sémantique d’autant plus varié par les tons. Bien que de ton différent, le chiffre quatre invoquait tout de même la mort. Lui-même s’embrouillait avec les tons mais appréciait entendre son père prononcer des phrases combinant divers mots du même champ sonore mais ayant chacun une signification distincte. D’ailleurs, il disait certains mots dans leur version enfantine répétant deux fois la même syllabe.

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Suspendant ses mouvements, le jeune Anastase assimile le discours sur la composition poétique en chinois traditionnel, domaine aussi nouveau qu’attrayant. S’il n’a pas encore visité son oncle au centre culturel, l’entendre partiellement par l’intermédiaire de son fils le passionne. Ces dernières années, le jeune mage s’était plongé dans les Cycles et, certainement inspiré par la figure du filid chantant, avait décidé de l’acquisition d’une lyre celtique. Les considérations esthétiques sur la variation sonore et l’aspect moins noble de la répétition de la seconde langue de son cousin, d’une musicalité étonnante, s’impriment en lui. L’artisan a visé juste. Son rapport à la répétition… Saisissant un rythme de danse irlandaise, il le reproduit en boucle sur quelques cordes, varie après de nombreuses répétitions une note, puis l’autre. Sans s’arrêter, son front se plisse alors qu’un déclic se produit. Ses doigts ne cessent de valser, comme prisonniers de l’engrenage. Voilà, pointe-t-il, ce qu’il ressent ces derniers temps. La reproduction à peine variée du même motif. Impossible à interrompre, sans début ni fin. Combien de fois a-t-il relu les livres qu’Opa lui a offerts ? Rarement deux fois. Il ne se love dans la répétition, elle le hérisse. Tentant de dominer cette sensation, il reprend la ritournelle, la suspend brutalement, prêt à déclarer la nature du désagréable sentiment insidieusement arrivé et qui s’est installé en soi.

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Quand il demandait, pour la énième fois, une phrase déclinant sur tous les tons un son, impliquant parfois des combinaisons de sens absurdes, son père s’exécutait certes, mais avec une pointe de … lassitude, réticence ? C’était difficile à définir, mais c’était comme si ce plaisir coupable d’enfant invitait à distordre la langue… comme ces parents tançant le fait de jouer de la nourriture, jouer avec les sons ne serait pas digne. Ce n’était pas le genre de phrases qu’auraient prononcé de sérieux rhéteurs en joute. Anaël se demandait ce qu’il aurait pensé du déséquilibre poétique de la séquence infinie de Hjúki qui exprimait par la lyre ses non-dits. Orphée se raconte-t-il par le minimalisme ? avait-il pensé en écoutant le paradoxal opéra de Glass. Son benjamin du moins n’avait pas eu recours à un complexe développement beethovenien pour extirper sa sensation d’enfermement dans les rouages du quotidien par les cordes. Quelle variation satisfaisante avait-il à lui offrir ? La proximité n’est pas toujours là on la pressent. Anaël a Loïs, et il sent que dans le cœur de Hjúki il n’occupe pas une position fraternelle, son rôle de mentor a créé une distance. Il espère que le jeune mage a assez mûri pour l’entendre, et le comprendre. Pour s’autoriser à voir au-delà. Sa déclaration est formulée, en toute simplicité. Tu es libre

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Trois mots, qui aussitôt serpentent et s’enroulent, comme pour révéler des chaînes cachées dont il n’avait pas conscience. La liberté, n’était-ce pas la revendication de toute son adolescence ? Trop de fois, il avait cru la trouver. À fantasmer la fin de cours, il s’est mépris, au point de confondre la simple nouveauté avec son aspiration. Après avoir navigué auprès d’Ulysse, Anaël s’était trouvé sur sa route. Grâce à lui, il n’avait plus eu aucune pensée pour les Spectres depuis une éternité. Perdre cette chape avait été libérateur, mais après… il avait cru devoir s’éloigner d’Opa pour vivre là où il avait grandi. Avait-il grandi assez pour ne plus vivre sous l’aile de quiconque ? De son Beschützer, de quelque autre gardien. Quelle routine, quelle profession ne serait oppressante ? L’évidence le frappe. Sans magie, il ne peut devoir sa subsistance à sa pratique magique, il faut la réserver à un cadre… de liberté. Pour soi. Il pourrait se procurer des ouvrages traitant de magie du foyer. Il repense à tous les livres que lui envoyait Opa pour qu’il grandisse. Des idées commencent à germer, et l’impérieux besoin d’écrire à Phœbe se présente, pour parler à une égale. Reconnaissant, il remercie humblement son aîné de lui avoir ouvert les yeux et se relâche alors la soirée se conclut par un dernier morceau à l’erhu.