Si par une nuit d'hiver un rêvasseur
Le titre du RP fait référence au roman
Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino
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Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino
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Tu passais la lourde porte en bois massif grinçante marquant l'entrée du bâtiment, le carrelage noir et blanc aux grandes dalles parfois légèrement fendues sur lesquelles restaient visible les traces grisâtres des chaussures humides de sorciers et sorcières étant rentré.e.s plus tôt dans la soirée. Peut-être était-ce à cause de la météo, ou tout simplement parce que l'heure se faisait tardive, en ce samedi soir. Attention à ne pas glisser ! Mais une fois que l'échiquier était traversé – tout droit à la manière de la Tour ou en "L" façon Cavalier si tu souhaitais faire le détour par le coup d'œil dans le miroir au mercure envahi par la patine et au reflet un peu terni qui était accroché au mur de l'espace d'entrée – tu pouvais grimper l'étroit escalier tourbillonnant dans un trois cent soixante degrés et voilà, tu étais arrivé. Au premier étage de cette grande bâtisse en pierre se dressant non-loin des berges de la Towy, côté Quai Glanmore Peaks, c'est là que le sorcier vivait depuis quelques temps.
F. Dermott, indiquait la petite plaquette dorée plaquée contre le mur, à droite de l'épaisse porte de l'appartement, celle au centre de laquelle trônait un heurtoir de bronze, un anneau jadis probablement doré, prisonnier de la mâchoire d'une créature rappelant vaguement le renard mais en laquelle les tu pouvais reconnaitre, à condition d'être un peu observateur, un élégant chacal aux oreilles pointues. Contrairement à l'anneau dont l'éclat avait subi l'empreinte de temps passant, le regard du chacal était étrangement perçant et suivait chacun de tes mouvements – regard qui, contrairement à l'anneau, ne semblait pas s'être laisser affecter par le défilé des années. A défaut de trouver une sonnette – effectivement, tu chercherais bien longtemps puisqu'il n'y en avait pas – c'était cet heurtoir qu'il te fallait activer.
De l'autre côté de la porte, impossible de prédire lequel de tes sens allait être sollicité en premier. Peut-être que tu allais être frappé.e par l'agréable température dégagée par la cheminée allumée que tu allais pouvoir apercevoir au fond du couloir ? Ou par la luminosité chaleureuse, ou le doux parfum ambiant, mélange subtil jasmin et de romarin ? A moins que ça n'allait être la légère mélodie d'un oud enchanté flottant dans l'air qui allait parvenir jusqu'à tes oreilles une fois ton gros bonnet retiré ? Mais halte, les chaussures d'abord. Dans l'appartement, c'était pantoufles obligatoires, des chaussons de laine colorée pour des pas feutrés et silencieux, la paire de Fabio, la paire plus petite de Tam et pour les visiteurs, la paire habituellement rangée de l'armoire mais que le sorcier en avait certainement déjà sortie si ton arrivée était annoncée.
Or, c'est ici que je me retrouve embêté dans mon scénario, puisqu'effectivement, il était rare les pantoufles du visiteur soient sorties du placard, autant qu'il était rare que Fabio n'invite quelqu'un à entrer chez lui. Aujourd'hui, en cette soirée qui venait conclure un samedi enneigé, glacial, gris, terriblement déprimant, en tout cas, il n'attendait personne. Et tu m'en vois navré, mais certainement pas toi non plus. D'ailleurs, même si tu étais venu.e de façon spontanée et sans t'annoncer auparavant, le chacal de heurtoir aurait montré bien des réticences à être activité – signe que Fabio ne souhaitait pas être dérangé – et si tu y étais parvenu.e malgré tout, les coups frappés contre le panneau de bois auraient certainement été ignorés sans l'once d'une mauvaise conscience par le sorcier de l'autre côté.
Mais finalement, c'est peut-être-là l'avantage des histoires racontées de façon spontanée, où rien de la suite n'est déjà écrite et où tout est encore possible. Pour contourner l'obstacle face auquel nous nous trouvons, tout ce qu'il faut est un peu de magie. Oui, certes, tu peux froncer les sourcils et m'opposer la carte de la plausibilité. Mais utiliser un peu de magie dans ce récit, pour une histoire de sorcier dans un appartement magique, dans une rue magique d'un quartier magique de la capitale magique du monde magique britannique... alors plutôt que d'utiliser le heurtoir pour être royalement snobé et devoir rentrer bredouille, je t'invite à tourner les talons et à transplaner.
Et moi, te rejoins bientôt pour continuer à te guider pour la suite de l'exploration de l'appartement de Fabio Dermott, du gérant de la salle de spectacle, de cet égyptien dépaysagé, du nouveau voisin, du bellâtre oriental comme le dirait un certain astronome ou encore de ce grand rabat-joie pas gentil duuuu tout qui a fait fondre d'un sortilège bien placé, le visage impassible et le regard froid, nullement amusé, la boule de neige qu'un gamin heureux a eu le malheur de lui lancer dans le dos ce matin, sur le Quai Glanmore Peaks. (Conseil d'ami : si toi aussi, tu ne peux tout simplement pas résister à la tentation d'envoyer des boules de neige sur des passants, prends au moins le temps d'analyser un minimum ta cible. Ou alors, planifie au moins ta fuite si tu ne souhaites pas risquer de recevoir à ton tour une boule de neige enchantée bien placée dans la figure, impossible à éviter et qui te poursuivras jusqu'à ce qu'elle parvienne à éclater au beau milieu de ta face. Je te rassure : Fabio Dermott n'est pas toujours aussi peu emphatique. Mais c'est vrai que la combinaison gamin surexcité qui ose le perturber alors que déjà de base, le contexte de neige et de froid ne l'amuse pas du tout ... disons que tu peux difficilement faire pire. Ah oui et pendant que j'y suis, au niveau conseil d'ami : évite aussi les fenêtres de son salon, comme cible de boule de neige. Même si la tentation de laisser des traces de neige sur les vitres si joliment illuminées est peut-être tenante, je dois l'avouer. Conclusion : si tu es un enfant excité de voir la première neige tomber, plutôt que de t'attirer les foudres de Fabio Dermott, ne fais pas le petit démon mais plutôt l'ange des neiges, allonge-toi dans la poudreuse et fais glisser tes jambes et tes bras pour laisser l'empreinte caractéristique dans la neige qui fera sourire celles et ceux qui passeront plus tard : oh reaaagarde, quelqu'un a fait un ange des neiges ! )
Mais je m'égare. Donc comme je le disais : à bientôt pour la suite.
Fab’ulous
#583400
Si par une nuit d'hiver un rêvasseur
Toutes mes excuses, je t’ai fait attendre dans le froid, sous la chute incessante de flocons de neiges épais, dans le noir d'une soirée dont la couverture obscure s'est depuis longtemps frayé son chemin à travers les rues de Godric's Hollow et jusqu'au quai Glanemore Peaks. Peut-être que tu as eu le temps de faire un bonhomme de neige ou que tu t'es réfugié.e sous un lampadaire à la lumière jaunâtre. Peut-être que tu as levé un regard envieux vers la façade de l'immeuble de l'appartement sur le palier duquel tu te trouvais encore un peu plus tôt, jusqu'à l'instant où je t'ai fait tourner les talons, rêvant de te trouver de l'autre côté de ces fenêtres dégageant une lumière si accueillante. Justement, ces fenêtres. Reprenons avec ces fenêtres.
C’était une série de trois grandes fenêtres qui donnaient sur le salon de Fabio. Chaque fenêtre était composée de deux grands rectangles verticaux de verre, eux-mêmes composés de plusieurs vitres plus petites et le tout était surplombé par un vitre en demi-lune – en somme, trois belles et grandes fenêtres à chapeau rond dans ce monde de chapeaux pointus.
De grandes fenêtres qui laissaient entrer beaucoup de lumière, faisant de l'appartement de Fabio un espace très lumineux – du moins quand le ciel n’était pas couvert et que la grisaille ne descendait pas jusqu’à dans les rues pour ternir le décor. De grandes fenêtres qui permettaient de voir loin, le quai, la Towy, les maisons de l’autre coté de la rivière… mais qui, théoriquement, permettaient réciproquement de lancer un regard à l’intérieure depuis l’extérieur – à condition de se surélever un peu jusqu’à être à hauteur de yeux avec le premier étage du bâtiment.
Servons-nous donc une nouvelle fois de la magie que le conteur a la liberté d’invoquer, pour prendre un peu de hauteur et nous approcher d’une de ces fenêtres donnant sur le salon de Fabio. Viens, ne sois pas timide, approche-toi et découvrons ensemble l'intérieur de l'appartement.
Comme déjà évoqué, les fenêtres du salon de Fabio laissaient passer beaucoup de lumière, mais cela ne voulait pas dire que le sorcier laissait l'éclairage de son intérieur dépendre de la météo externe – en Angleterre souvent peu clémente. En effet, lorsqu'il ne pouvait pas compter sur les rayons du soleil pour s'infiltrer chez lui afin d'y répandre lumière et chaleur, il aimait créer lui-même cette atmosphère de l'intérieur-même, en allumant un feu dans la cheminée et d'innombrables bougies un peu partout, bougies flottantes ou non, mais dont la flamme dégageait quelque chose de chaleureux et d'accueillant, ce quelque chose qui colorait les fenêtres d'une agréable lueur orangée lorsqu'on les observait depuis la rue et qui donnait envie de rentrer à l'intérieure, bien au chaud.
Mais ce n'étaient pas que les bougies qui plongeaient l'appartement dans cette palette de couleurs chaudes. Non, elle était omniprésente : dans le vieux parquet à bâtons rompus couleur miel, dans les fauteuils en cuir d'un cognac fauve, dans les meubles de bois ambrés ou encore dans les rideaux vaporeux au dégradé allant d'un jaune doux à l'orange clair, balayant au passage toutes les teintes sablonneuses des dunes égyptiennes. D'ailleurs en évoquant les dunes et le désert... voici une anecdote curieuse : mettons, hypothétiquement bien sûr, que tu aies été invité.e à entrer chez Fabio Dermott. Comme je te l'ai déjà expliqué, il est fort à parier que le maître des lieux t'aurait invité.e à retirer tes chaussures pour les troquer contre les fameuses pantoufles de feutres avant que tu ne t'aventures plus loin dans son antre. Or, ces chaussons étaient magiques : en effet, ils avaient la faculté de changer de taille en fonction de qui les portaient. Mais pas que. A force de les porter, un quart d'heure, une demi-heure, même au-delà... tu aurais fini par avoir, tôt ou tard, l'impression d'avoir du sable dans les chaussures. Et lorsque tu aurais retiré les pantoufles, les aurais retournées pour vérifier, rien, aucun filet de sable s'en serait écoulé. Étonnant, n'est-ce pas ?
Les bougies, les pantoufles. Voilà quelques-uns des nombreux éléments magiques à découvrir dans l'appartement de Fabio. Mais il y avait quelque chose de bien plus frappant encore : le tapis volant. Lorsqu'il était posé au sol, au milieu du salon, c'était par ses belles couleurs et ses motifs impressionnants que le tapis oriental tapait à l'œil. Et lorsqu'il flottait... enfin cela semble évident. Ce tapis provenait de l'atelier de tissage du père de Fabio, Jamal, en Égypte, et accompagnait le sorcier depuis plus de dix ans, déjà. Or, ce même tapis avait été scellé par la douane sorcière lors du retour de Fabio en Grande-Bretagne – sceau qui cantonnait à présent l'artéfact magique destiné à voler dans le ciel, à flotter sur les courants d'air, à transporter et à survoler des paysages, à la bien triste existence de tapis casanier.
Alors l'appartement avait beau être confortable, mais oh ! Qu'est-ce que le tapis volant avait envie de sortir ! De goûter au vent britannique, de sentir l'air balayer ses franges, de voler haut, haut, encore plus haut, sans plafond pour l'arrêter et loin, loin, encore plus loin, sans mur pour l'enfermer ! Quand les fenêtres étaient ouvertes pour aérer, ah ! Cet appel de la liberté lui démangeait les fils, le faisait se tortiller sur place !
L'égyptien partageait cette douleur-là. Rhaaa, stupides, impertinents, incohérents anglais, qualifier un tapis d'artéfact moldu, mais être fou dingue de balais ! Lui, pour qui ce tapis volant était l'un des biens les plus précieux – tapis avec lequel Fabio avait tissé un lien magique, tapis qui reconnaissait son propriétaire lorsque celui-ci s'approchait et dont les extrémités se soulevaient alors d'impatience à l'idée de décoller. Et il fallait dire que le sorcier passait un temps non négligeable sur son tapis volant, flottant à quelques mètres du sol – merci les hauts plafonds de l'appartement – c'était-là son endroit favori chez lui. Cela dit, le tapis avait également une utilité toute particulière. En aménageant, Fabio avait négocié avec le propriétaire pour démonter l'escalier initialement plaqué contre un mur du salon et menant à la mezzanine (un peu de magie et la question était réglée), de façon à ce que seul un tour en tapis volant permettait au magicien de rejoindre sa chambre. Un détail qu'il affectionnait particulièrement.
De façon générale, il profitait de l'opportunité que lui offrait le tapis volant dans cet appartement aux plafond élevés pour construire son espace de vie non seulement au sol, mais réellement en 3 dimensions. Ainsi, à côté des bougies déjà mentionnées, tu pouvais voir tout un tas d'objets enchantés flotter dans le salon de Fabio. Collé.e à la vitre, tu pouvais par exemple voir des carillons éoliens qui semblaient s'agiter même sans le moindre courant d'air. Ou cette rondelle en bois d'arbre anti-pesanteur qui avait de toute évidence gardé ses propriétés magiques, que tu observas avec étonnement s'élever, songeant que c'était bien utile, la parfaite petite table improvisée sur laquelle déposer théière et tasses de thé ou le roman qu'on était en train de lire. Ingénieux, oui, c'était le mot.
Mais voilà, nous atteignons une nouvelle fois le stade où je te laisse seul.e un moment, le temps de prendre une pause dans le récit, de me laisser couler un café. Je te retrouve bientôt !
C’était une série de trois grandes fenêtres qui donnaient sur le salon de Fabio. Chaque fenêtre était composée de deux grands rectangles verticaux de verre, eux-mêmes composés de plusieurs vitres plus petites et le tout était surplombé par un vitre en demi-lune – en somme, trois belles et grandes fenêtres à chapeau rond dans ce monde de chapeaux pointus.
De grandes fenêtres qui laissaient entrer beaucoup de lumière, faisant de l'appartement de Fabio un espace très lumineux – du moins quand le ciel n’était pas couvert et que la grisaille ne descendait pas jusqu’à dans les rues pour ternir le décor. De grandes fenêtres qui permettaient de voir loin, le quai, la Towy, les maisons de l’autre coté de la rivière… mais qui, théoriquement, permettaient réciproquement de lancer un regard à l’intérieure depuis l’extérieur – à condition de se surélever un peu jusqu’à être à hauteur de yeux avec le premier étage du bâtiment.
Servons-nous donc une nouvelle fois de la magie que le conteur a la liberté d’invoquer, pour prendre un peu de hauteur et nous approcher d’une de ces fenêtres donnant sur le salon de Fabio. Viens, ne sois pas timide, approche-toi et découvrons ensemble l'intérieur de l'appartement.
Comme déjà évoqué, les fenêtres du salon de Fabio laissaient passer beaucoup de lumière, mais cela ne voulait pas dire que le sorcier laissait l'éclairage de son intérieur dépendre de la météo externe – en Angleterre souvent peu clémente. En effet, lorsqu'il ne pouvait pas compter sur les rayons du soleil pour s'infiltrer chez lui afin d'y répandre lumière et chaleur, il aimait créer lui-même cette atmosphère de l'intérieur-même, en allumant un feu dans la cheminée et d'innombrables bougies un peu partout, bougies flottantes ou non, mais dont la flamme dégageait quelque chose de chaleureux et d'accueillant, ce quelque chose qui colorait les fenêtres d'une agréable lueur orangée lorsqu'on les observait depuis la rue et qui donnait envie de rentrer à l'intérieure, bien au chaud.
Mais ce n'étaient pas que les bougies qui plongeaient l'appartement dans cette palette de couleurs chaudes. Non, elle était omniprésente : dans le vieux parquet à bâtons rompus couleur miel, dans les fauteuils en cuir d'un cognac fauve, dans les meubles de bois ambrés ou encore dans les rideaux vaporeux au dégradé allant d'un jaune doux à l'orange clair, balayant au passage toutes les teintes sablonneuses des dunes égyptiennes. D'ailleurs en évoquant les dunes et le désert... voici une anecdote curieuse : mettons, hypothétiquement bien sûr, que tu aies été invité.e à entrer chez Fabio Dermott. Comme je te l'ai déjà expliqué, il est fort à parier que le maître des lieux t'aurait invité.e à retirer tes chaussures pour les troquer contre les fameuses pantoufles de feutres avant que tu ne t'aventures plus loin dans son antre. Or, ces chaussons étaient magiques : en effet, ils avaient la faculté de changer de taille en fonction de qui les portaient. Mais pas que. A force de les porter, un quart d'heure, une demi-heure, même au-delà... tu aurais fini par avoir, tôt ou tard, l'impression d'avoir du sable dans les chaussures. Et lorsque tu aurais retiré les pantoufles, les aurais retournées pour vérifier, rien, aucun filet de sable s'en serait écoulé. Étonnant, n'est-ce pas ?
Les bougies, les pantoufles. Voilà quelques-uns des nombreux éléments magiques à découvrir dans l'appartement de Fabio. Mais il y avait quelque chose de bien plus frappant encore : le tapis volant. Lorsqu'il était posé au sol, au milieu du salon, c'était par ses belles couleurs et ses motifs impressionnants que le tapis oriental tapait à l'œil. Et lorsqu'il flottait... enfin cela semble évident. Ce tapis provenait de l'atelier de tissage du père de Fabio, Jamal, en Égypte, et accompagnait le sorcier depuis plus de dix ans, déjà. Or, ce même tapis avait été scellé par la douane sorcière lors du retour de Fabio en Grande-Bretagne – sceau qui cantonnait à présent l'artéfact magique destiné à voler dans le ciel, à flotter sur les courants d'air, à transporter et à survoler des paysages, à la bien triste existence de tapis casanier.
Alors l'appartement avait beau être confortable, mais oh ! Qu'est-ce que le tapis volant avait envie de sortir ! De goûter au vent britannique, de sentir l'air balayer ses franges, de voler haut, haut, encore plus haut, sans plafond pour l'arrêter et loin, loin, encore plus loin, sans mur pour l'enfermer ! Quand les fenêtres étaient ouvertes pour aérer, ah ! Cet appel de la liberté lui démangeait les fils, le faisait se tortiller sur place !
L'égyptien partageait cette douleur-là. Rhaaa, stupides, impertinents, incohérents anglais, qualifier un tapis d'artéfact moldu, mais être fou dingue de balais ! Lui, pour qui ce tapis volant était l'un des biens les plus précieux – tapis avec lequel Fabio avait tissé un lien magique, tapis qui reconnaissait son propriétaire lorsque celui-ci s'approchait et dont les extrémités se soulevaient alors d'impatience à l'idée de décoller. Et il fallait dire que le sorcier passait un temps non négligeable sur son tapis volant, flottant à quelques mètres du sol – merci les hauts plafonds de l'appartement – c'était-là son endroit favori chez lui. Cela dit, le tapis avait également une utilité toute particulière. En aménageant, Fabio avait négocié avec le propriétaire pour démonter l'escalier initialement plaqué contre un mur du salon et menant à la mezzanine (un peu de magie et la question était réglée), de façon à ce que seul un tour en tapis volant permettait au magicien de rejoindre sa chambre. Un détail qu'il affectionnait particulièrement.
De façon générale, il profitait de l'opportunité que lui offrait le tapis volant dans cet appartement aux plafond élevés pour construire son espace de vie non seulement au sol, mais réellement en 3 dimensions. Ainsi, à côté des bougies déjà mentionnées, tu pouvais voir tout un tas d'objets enchantés flotter dans le salon de Fabio. Collé.e à la vitre, tu pouvais par exemple voir des carillons éoliens qui semblaient s'agiter même sans le moindre courant d'air. Ou cette rondelle en bois d'arbre anti-pesanteur qui avait de toute évidence gardé ses propriétés magiques, que tu observas avec étonnement s'élever, songeant que c'était bien utile, la parfaite petite table improvisée sur laquelle déposer théière et tasses de thé ou le roman qu'on était en train de lire. Ingénieux, oui, c'était le mot.
Mais voilà, nous atteignons une nouvelle fois le stade où je te laisse seul.e un moment, le temps de prendre une pause dans le récit, de me laisser couler un café. Je te retrouve bientôt !
Fab’ulous
#583400
Si par une nuit d'hiver un rêvasseur
J'en conviens : j'ai non seulement eu le temps de me laisser couler un café, mais celui-ci a eu le temps de refroidir un bon million de fois, voire probablement de s'évaporer tout autant de fois. D'ailleurs je me doute qu'en cette fin du mois de juin que nous vivons actuellement, soleil, été, peut-être même vacances, tu n'as peut-être pas envie de plonger dans un récit hivernal, une histoire de neige et de flocons et de cheminée allumée, de ruelles sombres, de lampadaires à la lumière jaunâtre peinant à briser la grisaille ambiante, l'air humide qui, malgré l'absence de pluie, s'infiltrer dans les vêtement, sous les vêtements, glisse sous la peau et glace jusqu'à la moelle des os. Legit, absolument, je l'avoue. Moi aussi, j'ai un faible pour les hautes températures et le soleil. Et de toute façon, je te mets volontiers au défi de trouver quelqu'un qui aime la chaleur est l'astre solaire plus que Fabio.
En attendant, je me dis que de toute façon, j'ai déjà pris des libertés dans cet écrit, donc pourquoi pas également un petit bond de plusieurs mois en avant, en été, au soleil, une espèce de Before the Coffee Gets Cold inversé, dans l'idée. Sauf que le titre me lie un peu les mains, me cloisonne à ce quart d'année où ça caille fort – surtout en Angleterre. Et de toute façon, mon café est déjà froid, alors bon. Peut-être qu'à la place, ça te dirait de parler un peu de thé, histoire de se réchauffer ? Tu vois, de toute façon, la tasse de thé de Fabio – sans vouloir faire de mauvais jeu de mot – n'est pas le café, mais bel et bien le thé. D'ailleurs, si un jour Fabio t'invite à mettre les pieds (bien pantouflés) dans son appartement, tu te verras, tôt ou tard mais sans l'ombre du moindre doute, offrir une tasse de thé. Alors peut-être que ce que tu attends d'un grand buveur de thé, c'est une sélection aussi impressionnante que variée d'infusions hautes en couleurs et en saveurs, ou des herbes et des mélanges surprenants. Détrompe-toi : il n'en est rien.
En effet, la sélection de thé de Fabio, bien qu'elle occupait une place de prédilection sur une des étagères de la cuisine, se limitait à trois boîtes rectangulaires métalliques. Bien que colorées, les traces d'usure qui striaient la laque témoignaient du certain âge qu'elles avaient et pourtant, elles restaient tout à fait adaptées, optimisées avec leur double couvercle pour la conservation de thé, pour que le goût ne se fane pas au contact de l'air ambiant. Trois sortes de thé, c'était tout ce qu'il avait à proposer. Dans la boîte tout à gauche, du Assam second flush. Dans celle du centre, du Darjeeling, second flush également. (Le second flush pouvait sembler être de l'ordre du détail, mais Fabio était un homme du détail, aussi, ce détail avait toute son importance puisque les feuilles de thé cueillies durant cette deuxième période de récolte étaient réputées pour donner au thé un caractère bien plus robuste que les notes très légères et fruitées dans lesquelles baignaient leurs sœurs du first flush). Dans la boîte de droite, finalement, se trouvaient des feuilles d'hibiscus séchées qui, infusées à chaud ou à froid, permettaient de faire du karkade et formaient ainsi le seul élément relatif au thé que le magicien avait importé d'Egypte – il devait avouer qu'en matière de thé, les habitudes égyptiennes lui étaient généralement bien trop sucrées, le goût se retrouvant souvent masqué de menthe ou enterré sous des cuillères de cassonade.
Alors que Fabio n'était globalement pas très attaché à la culture britannique, cherchait souvent intentionnellement à s'en défaire, même, il fallait admettre que le thé était l'un des rares domaines qui trahissait comme aucun autre ses origines nord-irlandaises, son enfance, son adolescence et ses premières années de jeune adulte passées sur le territoire du Royaume-Uni, faisant resplendir de façon concentrée, condensée et confinée à ce seul aspect-là l'entièreté de la britishness du sorcier. La tea time était sacrée et sa théière en toujours polie à la perfection, George III sterling silver – George Orwell (pour citer un autre George) et ses onze règles d'or for A nice cup of tea pouvait aller se faire voir – avec son ventre qui rappelait un peu celui d'un bateau, mais également, plus vaguement, avec un peu d'imagination, le relief d'épaisses strates rocheuses. L'anse d'ébène était soigneusement incurvée en demi-cœur aux angles accentués et la partie du haut se voyait ornée d'une espèce de vague-bigoudi recourbée en arrière, qui à première vue pouvait rappeler la fioriture à l'état pur (ou bien la coiffure d'un Tintin courant contre le vent), mais qui, à utilisation, s'avérait très utile car elle permettait de poser le pouce derrière pour plus de stabilité.
Fabio soulevait la théière en la montant verticalement vers le haut, le corps légèrement incliné en avant, d'un geste élégant et maîtrisé à la perfection de sorte à ce que la tasse fut remplie exactement à deux tiers au moment où il amorçait à nouveau la descente, redressant la théière pour la déposer à nouveau (et sans la moindre bavure) sur la table. Avec ou sans lait ? C'était finalement la question-clé que Fabio allait poser (et qui était évidemment à poser après que le thé ne fut versé – le Royaume Uni avait bien frôlé le sacrilège en approuvant la procédure que préconisée par ISO 3103 qui suggérait le contraire !). Pas de mauvaise réponse, juste un léger sourire qui allait attendre que tu te décides. En cas de "sans lait", Fabio allait simplement déposer un petit biscuit sur la soucoupe au pied de la tasse puis te passer le tout. En cas de "avec lait", le même geste gracieux, léger, maîtrisé que précédemment effectué avec la théière allait être réitéré avec le petit pot à lait, légèrement plus rapide cette fois-ci, pour une quantité plus faible de liquide à verser. Ce qui se déversait alors dans la thé ambré était un léger nuage blanchâtre qui pouvait rappeler un cumulus dont on aurait filmé les mouvements pour ensuite les visionner de façon accélérée, le tout durant à peine quelques secondes avant que le nuage ne disparaisse pour de bon et que la couleur de l'entièreté du breuvage ne se stabilise en une teinte brune très claire légèrement opaque. Puis le petit biscuit. Et finalement, Fabio allait te tendre la tasse et attendre, l'œil inquisiteur, que tu ne dégustes le breuvage si soigneusement concocté, si simple et pourtant si raffiné, s'attendant évidemment à ce qu'il trouve du compliment.
En attendant, je me dis que de toute façon, j'ai déjà pris des libertés dans cet écrit, donc pourquoi pas également un petit bond de plusieurs mois en avant, en été, au soleil, une espèce de Before the Coffee Gets Cold inversé, dans l'idée. Sauf que le titre me lie un peu les mains, me cloisonne à ce quart d'année où ça caille fort – surtout en Angleterre. Et de toute façon, mon café est déjà froid, alors bon. Peut-être qu'à la place, ça te dirait de parler un peu de thé, histoire de se réchauffer ? Tu vois, de toute façon, la tasse de thé de Fabio – sans vouloir faire de mauvais jeu de mot – n'est pas le café, mais bel et bien le thé. D'ailleurs, si un jour Fabio t'invite à mettre les pieds (bien pantouflés) dans son appartement, tu te verras, tôt ou tard mais sans l'ombre du moindre doute, offrir une tasse de thé. Alors peut-être que ce que tu attends d'un grand buveur de thé, c'est une sélection aussi impressionnante que variée d'infusions hautes en couleurs et en saveurs, ou des herbes et des mélanges surprenants. Détrompe-toi : il n'en est rien.
En effet, la sélection de thé de Fabio, bien qu'elle occupait une place de prédilection sur une des étagères de la cuisine, se limitait à trois boîtes rectangulaires métalliques. Bien que colorées, les traces d'usure qui striaient la laque témoignaient du certain âge qu'elles avaient et pourtant, elles restaient tout à fait adaptées, optimisées avec leur double couvercle pour la conservation de thé, pour que le goût ne se fane pas au contact de l'air ambiant. Trois sortes de thé, c'était tout ce qu'il avait à proposer. Dans la boîte tout à gauche, du Assam second flush. Dans celle du centre, du Darjeeling, second flush également. (Le second flush pouvait sembler être de l'ordre du détail, mais Fabio était un homme du détail, aussi, ce détail avait toute son importance puisque les feuilles de thé cueillies durant cette deuxième période de récolte étaient réputées pour donner au thé un caractère bien plus robuste que les notes très légères et fruitées dans lesquelles baignaient leurs sœurs du first flush). Dans la boîte de droite, finalement, se trouvaient des feuilles d'hibiscus séchées qui, infusées à chaud ou à froid, permettaient de faire du karkade et formaient ainsi le seul élément relatif au thé que le magicien avait importé d'Egypte – il devait avouer qu'en matière de thé, les habitudes égyptiennes lui étaient généralement bien trop sucrées, le goût se retrouvant souvent masqué de menthe ou enterré sous des cuillères de cassonade.
Alors que Fabio n'était globalement pas très attaché à la culture britannique, cherchait souvent intentionnellement à s'en défaire, même, il fallait admettre que le thé était l'un des rares domaines qui trahissait comme aucun autre ses origines nord-irlandaises, son enfance, son adolescence et ses premières années de jeune adulte passées sur le territoire du Royaume-Uni, faisant resplendir de façon concentrée, condensée et confinée à ce seul aspect-là l'entièreté de la britishness du sorcier. La tea time était sacrée et sa théière en toujours polie à la perfection, George III sterling silver – George Orwell (pour citer un autre George) et ses onze règles d'or for A nice cup of tea pouvait aller se faire voir – avec son ventre qui rappelait un peu celui d'un bateau, mais également, plus vaguement, avec un peu d'imagination, le relief d'épaisses strates rocheuses. L'anse d'ébène était soigneusement incurvée en demi-cœur aux angles accentués et la partie du haut se voyait ornée d'une espèce de vague-bigoudi recourbée en arrière, qui à première vue pouvait rappeler la fioriture à l'état pur (ou bien la coiffure d'un Tintin courant contre le vent), mais qui, à utilisation, s'avérait très utile car elle permettait de poser le pouce derrière pour plus de stabilité.
Fabio soulevait la théière en la montant verticalement vers le haut, le corps légèrement incliné en avant, d'un geste élégant et maîtrisé à la perfection de sorte à ce que la tasse fut remplie exactement à deux tiers au moment où il amorçait à nouveau la descente, redressant la théière pour la déposer à nouveau (et sans la moindre bavure) sur la table. Avec ou sans lait ? C'était finalement la question-clé que Fabio allait poser (et qui était évidemment à poser après que le thé ne fut versé – le Royaume Uni avait bien frôlé le sacrilège en approuvant la procédure que préconisée par ISO 3103 qui suggérait le contraire !). Pas de mauvaise réponse, juste un léger sourire qui allait attendre que tu te décides. En cas de "sans lait", Fabio allait simplement déposer un petit biscuit sur la soucoupe au pied de la tasse puis te passer le tout. En cas de "avec lait", le même geste gracieux, léger, maîtrisé que précédemment effectué avec la théière allait être réitéré avec le petit pot à lait, légèrement plus rapide cette fois-ci, pour une quantité plus faible de liquide à verser. Ce qui se déversait alors dans la thé ambré était un léger nuage blanchâtre qui pouvait rappeler un cumulus dont on aurait filmé les mouvements pour ensuite les visionner de façon accélérée, le tout durant à peine quelques secondes avant que le nuage ne disparaisse pour de bon et que la couleur de l'entièreté du breuvage ne se stabilise en une teinte brune très claire légèrement opaque. Puis le petit biscuit. Et finalement, Fabio allait te tendre la tasse et attendre, l'œil inquisiteur, que tu ne dégustes le breuvage si soigneusement concocté, si simple et pourtant si raffiné, s'attendant évidemment à ce qu'il trouve du compliment.
Fab’ulous
#583400
Si par une nuit d'hiver un rêvasseur
Par ici Niall ! Tu peux lire maintenant même s'ils sont encore près de l'entrée. Je t'explique le détour : je n'aime pas spécialement écrire des posts très longs car je m y perds. À défaut d'avoir pu me décider sur quoi retirer, je me suis permis de délocaliser une partie du texte ici. Je me suis dit que c'est peut-être pertinent dans la mesure où Fabio ce soir là – avant qu'on ne frappe à sa porte – ça aurait, au fond, pu être Fabio n'importe quel autre jour également. En plus, je ne sais plus exactement ce que je voulais initialement faire avec ce titre, mais Niall est d'une certaine façon un voyageur d'une nuit d'hiver. Et là je m'égare alors je m'arrête.
Niall, voici donc ce que tu peux voir si jamais tu laisses ton regard se balader dans l'appartement de Fabio. Si tu ne regardes pas, eh bien tu ne le verras pas, mais je te le décris quand même. Qui sait, peut-être que tu regarderas une autre fois. Précisons qu'il s'agit d'une sélection non-exhaustive. De toute façon, il y a tellement de petits objets, détails et éléments décoratifs chez Fabio et il est quasi impossible de tout voir et percevoir en une fois.
Si tu regardes, Niall, peut-être que tu te demanderas : ce qu'il y a derrière cette porte fermée à ta gauche, près de l'entrée. En tout cas, celle de l'autre côté du couloir qui mène au salon est entr'ouverte et donne sur une salle de bain aux tons verts.
Si tu regardes, Niall, tu remarqueras peut-être : la préférence de Fabio pour une lumière tamisée et chaude plutôt que la lumière blanche pourtant mieux éclairante – au point d'augmenter en nombre les sources lumineuses parfois à moitié enrobées d'un foulard translucide afin d'en adoucir encore plus l'éclat. Ces sources de lumière déjà nombreuses démultipliées encore dans des miroirs au pluriel décorant les murs de l'appartement. Ils témoignent soit d'un amour-propre un peu trop poussé, soit de la connaissance de cet adage selon lequel les miroirs permettraient optiquement d'agrandir les espaces – les deux peut-être. La disposition pour le moins originale de ces mêmes miroirs aux formes et tailles variées – notamment celui accroché bien trop en hauteur pour qu'on puisse y observer son reflet depuis le sol qui trahit déjà que le tapis volant au milieu du salon n'est pas juste un outil pour passer du salon à la mezzanine en hauteur, mais qu'il fait partie intégrante de l'espace en question ; qu'il a vocation à ce que l'on y passe du temps. Le tapis volant, très certainement. Il flotte à trente centimètres du sol et attend de pouvoir décoller. Autre chose qui flotte : un oud enchanté dans un coin près du canapé (lui-même dans un coin du salon). C'est de là que vient cette petite mélodie improvisée que tu entends – stabilisée à nouveau après le faux accord qui lui a échappé lorsque tu as frappé.
Tu verras peut-être aussi – en tout cas Fabio la verra et la regrettera : cette pile de feuilles implicitement étiquetées "travail", non pas posée sur le bureau destiné à cet effet comme on aurait pu s'y attendre, mais sur un coin de la table à manger. Le coin de cette même table à manger justement pas débarrassé de la paperasse, alors que Fabio était en plein repas sur le côté opposé. Le bureau en question visiblement détourné de son but premier car on y trouve (entre autres) un vase empli de fleurs coupées plus tout à fait fraîches et un numéro de la Gazette du Sorcier datant d'il y a deux semaines. Au-dessus de la table justement dressée pour un repas – désormais interrompu : six bougies flottantes arrangées de façon circulaire. D'autres bougies et lanternes un peu partout (je me permets de le préciser de nouveau étant donné qu'il y en a vraiment beaucoup).
La bibliothèque ! Je n'allais quand même pas l'oublier. J'imagine que s'il y a bien quelque chose parmi tout cela que tu remarques, c'est elle – même si l'étagère n'est pas très grande (rassure-toi : une autre se trouve à l'étage). Elle est tout à droite, derrière la table à manger, près d'une fenêtre. Dans le salon, il y a effectivement plusieurs grandes fenêtres donnant sur la Towy mais si tu préfères regarder de plus près ce qu'il y a sur cette étagère, tu verras : en alternance des romans verticaux (bien rangés), des livres horizontalement (mal rangés), plusieurs petites statues, une poupée vaudou (à laquelle il manque un œil) sagement assise sur une petite boîte en bois et nacre, une tasse de thé (à moitié remplie, froide, qui n'est probablement pas supposée être ici), deux bols en céramique vernie (l'un vide, l'autre empli avec des noises et des mornilles). Enfin voilà une petite impression. Plutôt que de me lancer dans la description de motifs qu'on trouve sur les deux bols de céramique, je te laisse retourner au jour J et surtout, au temps T. Niall vient de répondre à Fabio (qui pourrait oublier jusqu'à son propre prénom à le regarder trop longtemps) pour s'excuser de la venue tardive.
Niall, voici donc ce que tu peux voir si jamais tu laisses ton regard se balader dans l'appartement de Fabio. Si tu ne regardes pas, eh bien tu ne le verras pas, mais je te le décris quand même. Qui sait, peut-être que tu regarderas une autre fois. Précisons qu'il s'agit d'une sélection non-exhaustive. De toute façon, il y a tellement de petits objets, détails et éléments décoratifs chez Fabio et il est quasi impossible de tout voir et percevoir en une fois.
Si tu regardes, Niall, peut-être que tu te demanderas : ce qu'il y a derrière cette porte fermée à ta gauche, près de l'entrée. En tout cas, celle de l'autre côté du couloir qui mène au salon est entr'ouverte et donne sur une salle de bain aux tons verts.
Si tu regardes, Niall, tu remarqueras peut-être : la préférence de Fabio pour une lumière tamisée et chaude plutôt que la lumière blanche pourtant mieux éclairante – au point d'augmenter en nombre les sources lumineuses parfois à moitié enrobées d'un foulard translucide afin d'en adoucir encore plus l'éclat. Ces sources de lumière déjà nombreuses démultipliées encore dans des miroirs au pluriel décorant les murs de l'appartement. Ils témoignent soit d'un amour-propre un peu trop poussé, soit de la connaissance de cet adage selon lequel les miroirs permettraient optiquement d'agrandir les espaces – les deux peut-être. La disposition pour le moins originale de ces mêmes miroirs aux formes et tailles variées – notamment celui accroché bien trop en hauteur pour qu'on puisse y observer son reflet depuis le sol qui trahit déjà que le tapis volant au milieu du salon n'est pas juste un outil pour passer du salon à la mezzanine en hauteur, mais qu'il fait partie intégrante de l'espace en question ; qu'il a vocation à ce que l'on y passe du temps. Le tapis volant, très certainement. Il flotte à trente centimètres du sol et attend de pouvoir décoller. Autre chose qui flotte : un oud enchanté dans un coin près du canapé (lui-même dans un coin du salon). C'est de là que vient cette petite mélodie improvisée que tu entends – stabilisée à nouveau après le faux accord qui lui a échappé lorsque tu as frappé.
Tu verras peut-être aussi – en tout cas Fabio la verra et la regrettera : cette pile de feuilles implicitement étiquetées "travail", non pas posée sur le bureau destiné à cet effet comme on aurait pu s'y attendre, mais sur un coin de la table à manger. Le coin de cette même table à manger justement pas débarrassé de la paperasse, alors que Fabio était en plein repas sur le côté opposé. Le bureau en question visiblement détourné de son but premier car on y trouve (entre autres) un vase empli de fleurs coupées plus tout à fait fraîches et un numéro de la Gazette du Sorcier datant d'il y a deux semaines. Au-dessus de la table justement dressée pour un repas – désormais interrompu : six bougies flottantes arrangées de façon circulaire. D'autres bougies et lanternes un peu partout (je me permets de le préciser de nouveau étant donné qu'il y en a vraiment beaucoup).
La bibliothèque ! Je n'allais quand même pas l'oublier. J'imagine que s'il y a bien quelque chose parmi tout cela que tu remarques, c'est elle – même si l'étagère n'est pas très grande (rassure-toi : une autre se trouve à l'étage). Elle est tout à droite, derrière la table à manger, près d'une fenêtre. Dans le salon, il y a effectivement plusieurs grandes fenêtres donnant sur la Towy mais si tu préfères regarder de plus près ce qu'il y a sur cette étagère, tu verras : en alternance des romans verticaux (bien rangés), des livres horizontalement (mal rangés), plusieurs petites statues, une poupée vaudou (à laquelle il manque un œil) sagement assise sur une petite boîte en bois et nacre, une tasse de thé (à moitié remplie, froide, qui n'est probablement pas supposée être ici), deux bols en céramique vernie (l'un vide, l'autre empli avec des noises et des mornilles). Enfin voilà une petite impression. Plutôt que de me lancer dans la description de motifs qu'on trouve sur les deux bols de céramique, je te laisse retourner au jour J et surtout, au temps T. Niall vient de répondre à Fabio (qui pourrait oublier jusqu'à son propre prénom à le regarder trop longtemps) pour s'excuser de la venue tardive.
(Je suis visiblement d'humeur à placer des parenthèses partout aujourd'hui, mais celle-là est maintenant vraiment fermée).
(ah non juste encore. Dernier constat ajouté après la dernière relecture : je viens de me surprendre à avoir un peu imité la description d'une certaine "chambre au fond d'un couloir (premier étage)" d'une pension "posée sur la corniche ultime du monde". J'ai hésité à modifier, mais finalement ce constat-là m'a quand même un peu amusée. Alors voilà, c'est tout.)

(ah non juste encore. Dernier constat ajouté après la dernière relecture : je viens de me surprendre à avoir un peu imité la description d'une certaine "chambre au fond d'un couloir (premier étage)" d'une pension "posée sur la corniche ultime du monde". J'ai hésité à modifier, mais finalement ce constat-là m'a quand même un peu amusée. Alors voilà, c'est tout.)

Fab’ulous
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