Sous la contrainte

SOUS LA CONTRAINTE
Cuisines - Sous-sol
Jeudi 1er avril 2049
Aux alentours de 20h
Depuis qu’il avait quitté la salle commune de Serpentard le matin même, Ernest avait tenté de se faire le plus discret possible dans les couloirs. Il avait évité tous les endroits où il pourrait croiser les garçons de sa maison, ce qui ne lui avait pas laissé beaucoup de choix en dehors de ses heures de cours. En était la cause le coup que les filles du dortoir prévoyaient de faire aux garçons et dont Ernest avait été contraint de se rendre complice. S’il n’avait parlé du chantage qu’on lui avait fait à personne, il ne doutait pas que son nom finirait tôt ou tard par sortir. Et quelle serait la réaction des garçons, alors ? Lorsqu’ils apprendraient qu’il les avait trahi. Un sang-mêlé qui plus est.

Il ne s’agissait pourtant pas d’une très grosse blague, ni très grave. Rien de bien dommageable ni de bien méchant. Pourtant, il ne doutait pas qu’il y aurait des retombées. Mais l’adolescent n’avait pas eu le choix. Les menaces, il les avait prises très au sérieux. S’il ne s’était agit que de lui, il aurait peut-être tenté de résister. Il aurait peut-être pris le risque. Mais dès lors que c’était Etan qui avait été en ligne de mire, Ernest n’avait eu d’autre choix que d’abdiquer. Pas question qu’il arrive quoi que ce soit à son meilleur ami.

Après le cours de sortilèges, il s’était faufilé dans le parc et caché derrière les serres de botanique, il avait grignoté les maigres réserves que contenait son sac sans fond. Mais tritons au gingembre et caracollants ne constituaient pas réellement un repas. Blotti dans son coin, il avait attendu l’heure du cours de botanique qui occuperait une bonne partie de son après-midi. C’était au moins un peu de répit. Une fois la classe terminée, le petit brun avait eu vite fait de se carapater pour trouver refuge dans la toute petite salle de travail de la Serre tropicale. Ici, personne ne viendrait l’embêter et le Professeur Charleston n’était pas très loin.

Ernest avait depuis longtemps terminé ses devoirs lorsqu’il fut temps de quitter les serres aux alentours de 19h. Mais pas question de rejoindre la grande salle pour le dîner. Un instant, il avait bien pensé à essayer de se glisser à la table des Serdaigle pour manger avec Eileen, ou bien à celle des Gryffondor en compagnie de Marine. Mais le courage lui faisait défaut et l’intuition lui dit que ce serait une belle manière de jeter de l’huile sur le feu. Il se rendit donc en zone de SaCM, l’un des rares endroits où il pouvait traîner peu importait l’heure et être relativement à l’abri.

Vers 20h, son estomac commença néanmoins à grogner. Ernest n’avait rien mangé depuis le petit déjeuner. Et encore, deux bouchées de tartine qu’il avait eu peine à avaler. Il n’arriverait pas à passer la nuit entière sur ses réserves de bonbons qui étaient déjà bien maigres. Son colis de Pâques avait un peu de retard. Le gamin se résolu finalement à rejoindre le château. Discrètement, il se glissa vers le sous-sols et bifurqua vers les cuisines. Depuis que Miss Valerion l’y avait fait mangé un soir où il avait loupé le dîner, il n’était pas rare qu’il s’y rende pour négocier un casse-croûte à emporter. C’est qu’il n’avait jamais vraiment aimé mangé dans la Grande Salle.

Ernest était toujours poli avec les elfes de maison, serviable qui plus est et prenait toujours bien soin de faire ses demandes vingt quatres heure à l’avance sans être jamais trop exigeant. À table, il vidait toujours consciencieusement son assiette et y reposait ses couverts. Il faisait toujours attention à ce que son bout de planche soit propre avant de se lever et qu’il n’y ait pas de nourriture à ses pieds. Il retournait toujours ses vêtements avant de les mettre au sale et prenait bien soin de laisser les water aussi propres qu’à son arrivée. Ça devait probablement jouer en sa faveur car lorsqu’il s’excusa auprès des serviteurs du château pour avoir manqué le début du repas et qu’il demanda poliment s’il n’y aurait pas un reste ou l’autre qui traînait, l’un deux posa devant lui une petite assiette composée.
@Eileen O'Brien

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Pendant les cours, Eileen n'était pas forcément à côté de ses camarades les plus proches. Elle aimait à discuter avec tout le monde même si elle avait ses préférés. D'ailleurs, elle regardait souvent en direction d'un certain Serpentard. Elle se dévissait parfois le cou car elle se mettait le plus souvent au plus près du tableau, et lui se postait un peu plus en arrière. Mais cela valait le coup d'œil valait aussi le torticolis éventuel.

Non pas qu'elle n'écoutait pas en cours, loin de là. Elle était même parfaitement attentive. Mais il n'était pas rare que pendant un cours, il y ait un moment où le professeur distribue quelque chose ou se déplace sans rien dire... des petits moments de flottement en fait qui lui permettaient de prendre des nouvelles en silence de son ami.

Et ce jour-là, le premier coup d'œil qu'elle jeta la plongea dans l'inquiétude. Ernest était recroquevillé. Plus que d'habitude. Il avait l'air de subir le cours. Et ca ne lui ressemblait pas du tout ! La Serdaigle connaissait son admiration pour Mrs Priddy et pour la magie. Il n'était clairement pas dans son assiette. Cependant, elle n'eut pas le temps de prolonger son examen car le cours reprenait.

Pourtant, elle garda au fond de son esprit cette inquiétude. Lorsqu'elle releva le nez à la fin du cours, Ernest avait filé rapidement. Elle voulut le rattraper pour l'interroger mais elle devait encore ranger ses affaires. Lorsqu'elle rejoignit la Grande salle, il n'était pas là. Alors qu'il était parti plus tôt et qu'il n'aimait pas mangé quand la salle était bondée... C'était plus qu'étrange. Mais où donc était-il passé ?

Elle avait beau parcourir la salle du regard, nulle trace d'Ernest. Pendant tout le repas, elle scruta les nouveaux arrivants dans la grande salle, absente aux conversations autour d'elle. Elle mangea sans faim.

Après être passé rapidement par son dortoir, elle rejoignit à toute vitesse le cours de botanique. Comme à son habitude, elle arriva en avance. Il n'était pas là ! Quand le début du cours arriva, il rentra dans la serre, comme une ombre. Cela ne fit qu'amplifier l'inquiétude de la jeune fille.

Tandis que le professeur Charleston faisait des pauses ou des disgressions, elle regardait dans sa direction. Lui qui adorait la botanique semblait éteint. Ce n'était pas du tout normal !

La fin du cours sonna et là encore, il s'évapora ! A croire qu'il passait à travers les murs ! Elle avait anticipé et rangé ses affaires en avance mais pas suffisamment. Il avait disparu. Où ? Le château était si grand !

Elle se rappela leur première conversation à la bibliothèque. Il aimait les endroits calmes, avec personne. Il allait falloir partir en quête d'un Ernest perdu ! Et probablement dans tous les sens du terme à ce qu'elle en avait vu.

Avant toute chose, elle pensa à son cousin. Si elle se souvenait bien de son emploi de temps de 1ère année, il devait sortir du cours de vol. Elle courut vers lui et lui demanda s'il avait vu Ernest. Pas de nouvelles ! Pendant qu'elle était là, elle regarda sous les gradins. Personne. Elle se rendit en zone SaCM. Pas de petit brun ! La cour de l'horloge ? Rien. La serre n°6 ? Non plus. La salle sur demande ? Absolument vide !

En désespoir de cause, et voyant l'heure tourner, elle se rendit au diner en avance. Là encore elle guetta la tête attendue. En vain. Son inquiétude grandissait à pas de géant.

Puis elle eut une idée alors qu'elle ruminait sur son dessert. Une idée de génie ! Mais pourquoi n'y avait-elle pas penser avant ? Mila ! Elle avait toujours un don pour trouver ceux qu'elle cherchait !

La féline attendait sur son lit l'irlandaise comme si elle avait senti l'importante pour sa maitresse de la trouver là. Elle lui parla sérieusement, lui expliqua qu'elle cherchait Ernest, lui montrant le contenu de sa boite à trésors et lui rappelant ce garçon qui avait été en lutte contre elle dans le Poudlard express lors de leur départ pour les vacances d'hiver. La rouquine eut l'impression que sa chatte la comprenait.

Etait-ce l'odeur d'Ernest qu'elle sentit sur les affaires de la boite verte que la demoiselle gardait ? Etait-ce le discours tenu par la jeune fille ? Un peu des deux ? En tout cas, Eileen vit Mila foncer droit vers la sortie du dortoir puis de la salle commune et prendre la direction des escaliers.

Sans plus de formalité, elle poursuivit la féline et rejoignit bientôt un chemin qu'elle avait emprunté quelques temps plus tôt avec deux amies : les cuisines.

Là, elle sut ce qu'il fallait faire. Face au tableau représentant une corbeille de fruits, la Serdaigle tendit la main pour aller chatouiller la poire. Le tableau pivota pour révéler le passage vers les cuisines du château.

La jeune fille se doutait que sa chatte l'avait mené au bout endroit. Après tout, Ernest n'avait pas fait son apparition dans la Grande salle. Il devait avoir faim. C'était un endroit logique. Elle remercia Mila d'une caresse et la renvoya au dortoir, d'autant plus qu'Ernest avait du mal avec les chats.

Elle prit une respiration puis rejoignit les cuisines. Elle salua rapidement les elfes qui se présentaient à elle, le ventre serré par l'inquiétude. Et elle le vit, il était là de dos, assis à une table. Elle aurait reconnu ce dos entre mille.

En tout cas, elle était trop contente pour l'instant pour s'en inquiéter. Trop heureuse de le voir là, elle courut maladroitement jusqu'à lui et l'enserra dans ses bras par derrière, chuchota maladroitement :
- "Tu es là ! J'ai eu si peur !"

Elle sentit un poids s'évacuer et un autre venir prendre sa place. Elle l'avait trouvé oui, mais tout n'était pas fait. Il allait falloir le faire parler. Et ce n'était pas le geste qu'elle venait de faire qui allait aider quoique ce soit.

Elle se releva rapidement puis s'assit à coté de lui. Les elfes lui proposèrent à manger. Elle les remercia en refusant poliment. Elle voulait savoir. Elle était en mode combattante, silencieuse, attendant qu'il parle.

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Penché sur son assiette, Ernest poussait les morceaux de nourriture d’un coin à l’autre sans grande conviction. Il avait eu faim, pourtant. Mais à présent qu’il se retrouvait devant le plat, il était plus difficile d’avaler la moindre bouchée qu’il ne l’aurait imaginé. C’est que son esprit était encombré. Les pensées ne s'arrêtaient pas d’y tourner. À mesure que les heures de la journée passaient, il avait ruminé cette histoire de blague qui prenait une ampleur démesurée.

Quelques temps avant le premier avril, il s’était fait alpaguer dans la Salle commune par Melody. Elle lui faisait déjà un peu peur mais lorsqu’elle avait commencé à vouloir l’embrigader dans ses combines, il s’était vite retrouvée dos au mur. La plaisanterie consistait à subtiliser un maximum de chaussettes dans les dortoirs des garçons. Le petit brun était probablement trop naïf et trop droit pour saisir l’humour d’une telle démarche. Lui tout ce qu’il avait vu c’était le fait de s’introduire en douce dans les chambres des grands et de fouiller dans leurs affaires. Il eut vite fait de refuser, de promettre qu’il ne dirait rien mais la quatrième année ne l’avait pas entendu de cette oreille.

Mettre en oeuvre ce chapardage avait été une charge mentale et une accumulation de tensions supplémentaires pour un gamin qui n’était déjà pas tout à fait à l’aise dans ses baskets. Ni dans sa maison. Quoi qu’il en soit, le mal était fait et Ernest redoutait de retourner dans son dortoir. Les adolescents n’étaient pas toujours tendres entre eux et il ne le savait que trop bien. Et mis à part Etan qui ne faisait pas plus le poids que lui, il n’avait pas vraiment d’allié chez les garçons. Personne qui pourrait prendre sa défense. Il ne pouvait compter que sur lui-même, ce qui était loin d’être rassurant.

Ce qui l’amenait également à replonger dans ce conflit émotionnel qui le travaillait depuis toujours. Avait-il réellement été réparti dans la bonne maison ? Une toute petite blague de rien du tout et voilà qu’il recommençait à tout remettre en question et que les doutes l’assaillaient à nouveau. Ernest avait commencé à nourrir l’idée que la seule manière d’apaiser ses questionnements seraient d’avoir une nouvelle conversation avec le Choixpeau magique. Ce qui était un autre problème.

Perdu dans ses pensées, il n’entendit pas la rouquine pénétrer dans les cuisines. Autour de lui, les elfes de maison s’agitaient encore sans vraiment faire plus attention à lui que ça. Ernest se sentait un peu comme un meuble. Comme une chaise. Enfin ça aurait été bien d’être une chaise. Une chaise ne pensait pas. Quand elle lui sauta desssus, le gamin fit un bon et cru que son coeur s’était arrêté. La peur avait saisi chaque muscle de son corps. Quelqu’un était venu le chercher jusque dans les cuisines ? Est-ce qu’il avait oublié l’heure et raté le couvre-feu ?

“Nan ! J’ai rien fait de m…”

Légèrement choqué, le petit brun fixa le vide de ses yeux verts quelques instants. Le temps de comprendre ce qui lui arrivait vraiment. Et puis il reconnut enfin la voix qui caressait son oreille. Il observa Eileen s’assoir à ses côtés, les sourcils froncés.

“Qu’est… qu’est-ce que tu fais ici ?”

Le ton était plus froid que ce qu’il aurait voulu. Ernest était sur la défensive et à fleur de peau. Et même s’il avait ressenti un certain soulagement lorsqu’il l’avait reconnu, les tensions habitaient encore la moindre parcelle de son corps. Son coeur battait contre sa poitrine au point qu’il pouvait le sentir jusque dans ses temps. Mais pas pour les mêmes raisons que d’ordinaire, lorsqu’il se trouvait en présence de la demoiselle.

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Eileen fut accablée de voir la réaction de son ami. Visiblement, quelque chose ou quelqu'un lui faisait peur. Et elle espérait que ce n'était pas elle... à moins qu'elle ne l'ait surpris dans ses pensées et qu'il ne l'ait pas entendu arrivé ?

Mais à l'observer, elle sentait qu'il y avait plus. Une sorte d'ombre brillait au fond de sa prunelle. Une de plus. Ca ne lui plaisait pas. Il avait suffisamment d'ombres accrochées à lui, suffisamment de défis à relever sans en rajouter un. Non, définitivement, elle n'aimait pas ça. A commencer par sa première réaction, plutôt révélatrice.

Mais, il fallait l'amadouer avant d'en venir à s'expliquer et elle n'était pas en capacité immédiate de réfléchir. Il fallait supprimer la peur et la colère avant d'atteindre la zone de réflexion.
- "Comment ça qu'est-ce que je fais ici ? Et toi !? Je te cherchais ! J'étais inquiète !"

Puis en un flot qui la libérait, elle s'expliqua :
- "Tu n'étais pas toi-même aujourd'hui. Tu as fui toute la journée ! Je ne t'ai vu ni au déjeuner ni au diner ! Etan n'avait pas de tes nouvelles ! J'ai fait plein d'endroits avant de finir ici ! Heureusement que Mila t'a trouvé, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans elle. Je n'avais plus d'idée... " déplora-t-elle d'un air catastrophé, sa voix s'étranglant.

Et elle termina sa tirade en se plaignant et en boudant faussement :
- "Et j'ai terriblement mal aux pieds de t'avoir couru après sans te trouver !"

Mais, elle avait fini par le trouver. C'était le principal. Elle était rassurée de le retrouver là. Et à cet instant, peu lui importait, le temps et le lieu. Rien n'était nécessaire si lui allait bien.

Elle lâcha un grand soupir de soulagement puis posa une main sur le bras de son ami. Elle voulait l'apaiser et en profiter pour elle-même se calmer :
- "Est-ce que tu te rends compte que tu es im-por-tant et que tu ne peux pas disparaitre comme ça... ?"

Elle appuya sur le terme "important", elle voulait être sûre que le mot s'imprègne en lui.

Sa voix tremblait sous l'émotion. Un peu plus, et les larmes pouvaient se mettre à couler. Elle était tremblante. De peur, d'espoir. Tout se mélangeait en elle. Une goutte traitresse glissa sur sa joue. Elle l'essuya d'un revers sec de la main.

- "Tu ne sais pas combien j'ai eu peur..." répéta-t-elle

Rétrospectivement, elle imagina des choses. Il aurait pu lui arriver n'importe quoi. Personne ne l'avait vu. Le Château était grand et elle semblait être la seule à s'en être inquiétée. Et s'il lui était arrivé quelque chose ? Vraiment !

Lui revint la phrase qu'il avait tenté de retenir mais qu'il avait laissé échapper malgré tout.
- "Qu'est-ce que tu voulais dire par "je n'ai rien fait de mal" ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il t'est arrivé quelque chose ?"

Sa voix monta dans les aigus. Non, elle n'était définitivement pas calmée. Elle se souvint de l'ombre dans sa prunelle qu'elle avait vu passer quelques instants auparavant. Et elle repartait sur un nouveau terrain d'inquiétude. Il était entier certes, mais pas indemne. Quelque chose s'était passé. Il s'agissait de savoir quoi.

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À peine ses mots avaient franchi ses lèvres qu’Ernest regrettait déjà la question et le ton sur lequel il l’avait posé. Le visage d’Eileen se décomposa et le ton de sa voix monta dans les tours. L’adolescent grimaça et baissa la tête face au flot de paroles que débitait la rouquine. Il avait l’habitude qu’elle parle beaucoup, mais pas qu’elle parle aussi vite et sur un ton aussi frénétique. Et déjà il sentait le goût amer de la culpabilité l’envahir. C’est qu’elle semblait particulièrement contrariée.

“Je…”

Ce n’était pas son intention qu’elle s’inquiète. D’ailleurs il n’avait pas imaginé qu’elle puisse remarquer son petit manège. S’il n’avait pas été d’humeur aussi maussade, ça lui aurait probablement fait plaisir. D’un autre côté, il réalisait qu’il sous-estimait l’intérêt qu’elle avait pour lui. Ce n’était pas faute de l’avoir entendu pourtant. Et il ne voulait pas qu’elle s’inquiète pour lui ou lui causer le moindre souci.

“Nan mais… j’ai… pas disparu…”

Il ne pouvait pas nier qu’il avait passé la journée à se planquer aussi bien qu’il pouvait. Apparemment, il avait été plus efficace qu’il ne l’aurait imaginé. Il se sentit encore plus coupable en sentant la main de la jeune fille se poser sur son bras. Mais cette fois-ci, pas de réaction brusque. Les tremblements dans la voix de la Serdaigle lui serrèrent le ventre. La dernière fois qu’elle avait parlé comme ça… Et voilà que ça recommençait. L’effroi déforma le visage du gamin. C’est pas vrai, il la faisait encore pleurer.

L’adolescent saisit la demoiselle par les bras et planta son regard dans les prunelles de la deuxième année.

“Nan mais… Eileen… j’suis désolé… je… j’voulais pas qu’tu t’inquiète… ‘fin… j’suis trop nul… pardon… ”

Le visage fermé, Ernest baissa le regard vers la table. Depuis le début, il avait le sentiment qu’il ne serait pas à la hauteur. À sa hauteur. Tout ça, ça ne s’apprenait pas dans les livres. Une nouvelle grimace accompagna la question de la demoiselle. Comment lui expliquer ? Avec le recul, il se sentait ridicule d’avoir réagi comme ça. Sauf que ça n’avait rien de rationnel. Et qu’il ne s’agissait pas vraiment de la blague mais de tout ce que ça avait remué en lui. Ses doutes et ses peurs les plus profondes.

“Nan.. ‘fin… c’est pas vraiment… ‘fin…”

S’il lui en parlait, Eileen risquait de s’enflammer. Est-ce que ça en valait vraiment la peine. Ce n’était qu’une histoire stupide d’adolescents. Elle risquait de se faire encore plus de souci et il ne le supporterait pas. Mais d’un autre côté, il était peut-être temps de faire un pas vers elle. S’il voulait être plus que son ami, il faudrait aussi qu’il fasse tomber la carapace dont il se paraît. Qu’il la laisse entrer dans son jardin secret et qu’il apprenne à se montrer vulnérable face à elle. L’idée ne l’enchantait pas. Mais les efforts, par définition, ce n’était pas quelque chose de facile.

“C’est… cette histoire de 1er avril… je… ‘fin… j’ai dû faire un truc que j’voulais pas faire…”

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En voyant les réactions du petit brun et en extériorisant sa peur, Eileen parvint à trouver un semblant d'équilibre. Elle recherchait la raison pour pouvoir comprendre Ernest. Elle n'aurait jamais dû réagir si violemment. Elle allait l'inquiéter. Il allait s'en vouloir. Elle commençait à bien le connaitre...

Lorsqu'il la saisit par les bras et la regarda dans les yeux, elle comprit qu'elle l'avait alarmé. Or, ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait. Il avait déjà assez de ses démons, sans faire avec ceux qu'il croyait créer chez les autres. Elle réfléchit à comment faire pour qu'il ne s'en veuille pas de lui avoir dit la vérité. Car pour Eileen, la vérité sortant de sa bouche à lui, était toujours meilleure à prendre que tout mensonge, même si elle devait être alarmée.

Elle glissa, rapidement, histoire de mettre l'histoire de disparition derrière eux :
- "Ce n'est rien... mais s'il te plait, la prochaine fois, laisse au moins un mot ou préviens moi..."

Trois inspirations plus tard, elle se sentait mieux. La peur qu'il lui soit arrivé quelque chose de grave s'était envolée, laissant la place à une peur plus insidieuse, plus effrayante aussi. Il lui était arrivé quelque chose et il se cachait à cause de cela. On le violentait ? Elle avait entendu parlé de racket et d'élève maltraité dans certaines écoles. Elle espérait qu'il n'en était rien pour son ami.

Et sa malheureuse intervention l'avait rendu à ses bégaiements, ce qui ne facilitait pas la tâche de la jeune fille pour comprendre. Il avait l'air de tenter de lui dire quelque chose, mais elle avait dû mal à entrevoir une réponse qui puisse la satisfaire.

Un truc pour le 1er avril ? Donc à juger par son comportement, ca s'était passé en début de journée. Il avait été étrange depuis le 1er cours. Au petit déjeuner ? ou avant ? ou alors la veille au soir ? dans la salle commune ? son dortoir ?

Les questions se chahutaient dans son esprit mais elle ne voulait pas le brusquer. Elle avait repris ses esprits. Les cris n'avaient jamais rien arrangé... bien que cet interlude lui ait fait le plus grand bien... Elle ne pouvait pas forcément en dire autant pour son camarade de promotion.

- "On t'a forcé à faire quelque chose hier soir ou ce matin ?" tenta-t-elle de reformuler, sans réussir à cacher l'inquiétude dans sa voix.

Elle réfréna les questions qui lui venait. Elle voulait le laisser se confier à son rythme. Sa mâchoire se serra. Non seulement pour empêcher un mot de franchir ses lèvres mais aussi pour retenir un nouveau sentiment qui pointait : l'énervement. Comment avait-on pu l'obliger à faire quelque chose ? Il avait été molesté ?

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Le regard du petit brun se perdit dans l’âtre de la cuisine qui brûlait un peu plus loin. Une moue contrite serrait ses lèvres. Pensif, il essayait de comprendre comment il en était arrivé là. Il faisait de son mieux pourtant. Il avait de bonnes notes, il se comportait toujours bien. Il n’enfreignait jamais le règlement et n’embêtait personne. Il était poli et pas tapageur. Invisible. Enfin presque. Assez visible tout de même pour que ce soit sur lui que se jète le dévolu de Melody Brown.

“C’est… ‘fin…”

Ernest ne savait pas comment le dire. Il était pétri de honte. Parce qu’il ne s’agissait pas d’un drame. Mais surtout, parce qu’une fois de plus, il ne rentrait pas dans le moule de sa maison.

“C’était juste une blague, Eileen… c’est pas très grave…”

Il soupira, dépité par lui-même. Il jeta un regard furtif à la rouquine ce qui était suffisant pour dire qu’elle ne le laisserait pas s’en tirer aussi facilement.

“Je… C’est les filles, elles voulaient… piquer des trucs dans les dortoirs des garçons… pour le 1er avril… Tu vois, c’est pas la fin du monde…”

Il espérait qu’avec une partie des informations, Eileen serait satisfaite. De toute manière, les détails n’avaient pas vraiment d’importance. Ce qui était fait était fait. Avec un peu de chance, les garçons oublieraient cette histoire d’ici quelques jours. Peut-être même que personne ne saurait que c’était lui qui était allé fouiller dans leurs affaires. Surtout, personne ne s’en prendrait à Etan. Ce qui ne disparaîtrait pas, c’était le sang qui coulait dans ses veines et ce sentiment qu’il pourrait faire tous les efforts du monde, ce ne serait jamais assez pour Serpentard.

“Tu crois que le Choixpeau peut se tromper ?”

Et si c’était le cas. Est-ce que ce serait un soulagement ou une déception ? Ernest posa sa tête sur sa main une nouvelle grimace accrochée aux lèvres.

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Juste une blague hein ? Si c'était le cas, elle avait du être bien mauvaise pour le mettre dans un état de fuite toute la journée. Et définitivement c'était grave ! Car ca l'affectait. Et tout ce qui l'affectait en mal était grave.

Est-ce qu'une fille l'avait forcé ? Une simple demande ne l'aurait probablement pas convaincu. Il avait dû falloir plus, beaucoup plus. Un soupçon s'insinua dans l'esprit de la Serdaigle, quelque chose qui l'inquiétait tout en amenant de la rage en elle. Elle tremblait de ce mélange de sentiments mêlés à tel point qu'elle dut serrer les points pour se contenir un peu.

Elle ne voulait pas alarmer son ami. Car si ce n'était pas la fin du monde, c'était la fin d'un monde. Celui de la tranquillité d'Ernest dans sa salle commune. Car visiblement s'il avait fui toute la journée, c'était pour échapper aux Serpentard.

Eileen tenta d'amener ce qui la tourmentait en douceur :
- "Et tu as dû être le complice des filles malgré toi si je comprends bien ? On t'a obligé ? "

Elle ne voulait pas utiliser le terme "menacer" car il portait en lui bien trop de connotation négative. Et même si c'était probablement plus ce mot qui aurait convenu, elle ne voulait pas alarmer plus le garçon. Au moins, avec celui qu'elle venait d'utiliser il y avait une possibilité qu'il ne se ferme pas comme une huitre.

Sa question suivante la dérouta tout en apportant de l'eau à son moulin. S'il posait cette interrogation, c'était que, visiblement, il n'avait pas trouvé sa place dans sa maison... Cela ramena l'irlandaise au jour de leur première rencontre, à leurs innombrables discussions... Elle avait toujours senti une sorte de malaise lorsqu'il s'agissait des Serpentard. Bien que le petit brun défende toujours avec véhémence sa maison, elle savait qu'il ne s'y sentait pas aussi épanoui qu'elle-même avec Serdaigle.

Une réponse honnête aurait pu apporter un doute dans l'esprit de son ami. Une réponse mensongère l'aurait rassuré mais elle ne se voyait pas lui mentir même pour son bien et il lui en aurait probablement voulu. Le mensonge ne faisait pas partie de leur relation. Ce n'était pas aujourd'hui que ca allait commencer. L'honnêteté était une valeur que la rouquine défendait... même quand ca n'était pas facile à porter ! Pour autant, elle ne répondit pas frontalement.
- "Le Choixpeau a reçu un puissant sortilège et peut lire dans nos têtes. Il a probablement une connaissance de nous-même que nous n'avons pas.... Et puis, appartenir à une maison ce n'est pas forcément en avoir toutes les qualités dans de fortes proportions. Je dois pourtant reconnaitre en toi la fierté quand tu réussis quelque chose, l'ambition de réussir pour toi, pour tes mères. Tu as aussi une certaine ruse pour aboutir à la réussite de tes expériences. Tu es un parfait Serpentard !"

Elle posa pourtant la question qui lui brûlait les lèvres :
- "Pourquoi poses-tu la question ? Tu en doutes ? Tu penses que tu serais mieux dans une autre maison ? "

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Ernest avait peur des représailles. Peur que les garçons ne se retournent contre lui d’une manière ou d’une autre. Peur d’être exclu, une fois de plus. Parce qu’en tant que sang-mêlé, il était déjà une anomalie dans les rouages de la Grande Maison de Salazar. Rejeté, une fois de plus. Comme sa grand-mère l’avait fait avec sa mère et lui. Comme l’avait fait Miss Valerion avec sa classe. L’adolescent avait la sensation de ne jamais être “assez”. Assez grand, assez bon, assez intelligent. Assez ambitieux, confiant, stratégique.

Il avait peur de sa propre vulnérabilité. Peur de ne jamais être capable de faire face à des comportements dominants et manipulateurs comme celui de Melody. Peur d’être toujours celui qui cède face à l’autorité abusive et à l’oppression, contraint d’exécuter des tâches qui ne trouvaient pas d’écho dans ses propres valeurs et qu’il trouvait moralement répréhensible.

Le corps frêle d’Ernest balançait sur son tabouret alors que son regard se perdait une nouvelle fois dans l’âtre. Il hocha la tête de manière quasi-imperceptible lorsqu’Eileen tenta de dénouer la situation. Sa question déclencha en lui une nouvelle vague de honte. Il avait été entraîné dans un jeu de pouvoir et de manipulation mais l’admettre aurait été déloyal à sa maison et c’était tout le dilemme. Cette histoire de blague, pourtant anodine en apparence, n’était qu’un nouveau motif ajouté à ses états d’âme et à l’ambivalence de sa position.

“C’était juste des chaussettes et des affaires… mais… ‘fin… pas de quoi fouetter un chat non plus… c’est pas vraiment grave, tu sais…”

Le petit brun tentait de convaincre la rouquine, de calmer la légère tension qu’il percevait dans sa voix. Peut-être aussi de se convaincre lui-même. Il croisa ses doigts derrière sa nuque ne sachant pas vraiment quoi faire de ses mains. Il se balançait toujours sur son tabouret, non sans une certaine agilité mais sans vraiment s’en rendre compte.

Il posa ensuite son coude sur la table et laissa choir sa tête sur sa main, le regard tourné vers Eileen. Le gamin avait l’impression que ses pensées pesaient une tonne. La confusion de leurs allers et venues était usante. Il soupira en fermant les yeux quelques instants, laissant les paroles de la demoiselle se dégager un chemin jusqu’à son esprit.

“Je… Je sais pas… Parfois, je… j’ai l’impression de pas coller avec le cadre… “

La dynamique de groupe à Serpentard, façonnée par une sorte de hiérarchie implicite basée sur l’âge, la classe et le statut, était également dirigée par les jeux de pouvoir et les ambitions personnelles. Et dans ce tableau où il avait le sentiment que pour être un “bon Serpentard”, il devait endosser des traits comme l’assurance, la ruse et une certaine absence de scrupules, Ernest était en décalage avec sa maison. En opposition avec ses stéréotypes. Comme poussé sur les bords, où il ne se sentait ni respecté ni apprécié.

Et malgré la présence d’Etan, malgré l’amitié solide que les deux garçons étaient en train de tisser, cette idée s’était mise à germer dans son esprit des mois auparavant.

“Dans notre salle commune… une fois, y avait un miroir… un miroir magique… où… tu pouvais voir dans ton reflet… quelle maison tu représentais le plus… j’sais pas qui l’avait mis là… ‘fin…”

Ernest semblait bien être ce qu’on appelait un Choixpeau flou… Aucune des qualités respectives des maisons ne se dégageait plus particulièrement les unes des autres. Un résultat qui se dressait devant Ernest et l’empêchait de s’intégrer correctement dans sa maison. Mais qui l’empêchait également de s’imaginer ailleurs.

“Nan, j’sais pas… ‘fin… ça doit être un artefact hyper puissant, clairement… mais avec tous les élèves qu’il a déjà réparti… et puis quand même il date des fondateurs, alors… j’sais pas… peut-être que la magie peut s’user… comme pour une baguette magique…”

Il restait silencieux sur le fait qu’au moment d’enfiler le couvre-chef, ses désirs l’avaient poussé à souhaiter Serpentard du plus profond de lui, sans vraiment y réfléchir.
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4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- COMPTE EN HIATUS -

Sous la contrainte
Eileen se rendit compte qu'elle ne parviendrait pas à faire parler son ami. S'il ne souhaitait pas, elle ne voulait pas le pousser dans ses retranchements. De toute façon, il savait parfaitement qu'elle était là s'il avait besoin de parler, qu'elle était capable d'écouter sans jugement et qu'il y avait peu de chance qu'elle ne soit pas de son côté s'il lui expliquait ce qui s'était passé.

Il avait encore le droit d'avoir son jardin secret. Et elle savait ô combien il entretenait bien les plantes. Elle ne voulait pas faire en sorte qu'une fausse herbe détruise l'harmonie intérieure qu'il s'était construit. S'il se refusait à voir la vérité qu'elle discernait, elle n'avait pas le droit de l'y forcer. C'était probablement une façon pour lui de se protéger, une façon de continuer à avancer. Elle n'avait aucun droit de remettre cela en question.

- "Si tu le dis. " finit-elle par lâcher, afin qu'il comprenne qu'elle n'était pas dupe mais qu'elle laissait là leurs échanges sur le sujet pour le laisser tranquille.

Le trouble que son corps véhiculait en se balançant sur le tabouret n'était pas anodin... tout comme la pose de sa tête sur la table. Tout cela devait lui peser bien plus qu'il ne l'admettait. Eileen tenta de cacher son appréhension au petit brun. Elle ne voulait pas l'inquiéter plus.

- "Ne pas coller avec le cadre ? Tu sais, on est tous différent. Si je me compare avec les autres Serdaigle, je dois être la seule à ne pas savoir dessiner correctement ou à être mauvaise en peinture. On parle aussi souvent de nous comme ayant toujours le nez plongé dans un livre mais d'autres élèves que les Serdaigle lisent beaucoup. Il n'y a qu'à voir à la bibliothèque tous les Poufsouffle qu'on y croise par exemple !"

Après avoir abordé le fait que tout le monde ne collait pas forcément aux stéréotypes, la demoiselle chercha à démontrer que les qualités de sa maison n'étaient pas vraies tout le temps.
- "Quand on parle de ma maison, c'est notamment la créativité et la curiosité qui ressortent. Je suis curieuse, ca s'est certain. Mais pour la créativité, je ne me reconnaissais pas du tout dedans... sauf en cours de métamorphose lorsqu'il faut imaginer différents résultats possibles. C'est comme ça que j'ai fini par comprendre que le Choixpeau avait raison de m'avoir vu cette qualité. Et si on parle du cadre de Serpentard, qu'est-ce qui ne te convient pas ?"

Elle s'inquiétait pour ce jeune homme qui méritait tellement de se sentir épanoui et heureux. Elle le laissa poursuivre et l'écouta évoquer un miroir magique. Elle ne comprit pas tout à fait le lien avec leur conversation mais imagina pour partie la raison.
- "Il permet de faire quoi ce miroir ? Et tu es certain qu'il fonctionne bien comme tu le penses ? Et qu'il n'est pas cassé ? "

Lorsqu'il évoqua la vieillesse du Choixpeau, elle rebondit ainsi :
- "Je pense qu'au regard du temps passé, il sait justement faire preuve de sagesse. Il ne m'a pas l'air du genre à faire de mauvaises prédictions et je pense que Mrs Montmort s'en serait rendue compte si c'était le cas. Il est dans son bureau à l'année après tout. On m'a raconté qu'il regarde les qualités au fond de ta tête mais qu'il peut aussi t'envoyer dans une maison en fonction de ton choix, si elle correspond à tes qualités. Il a une action réfléchie tout de même tu vois !" tenta-t-elle de le réconforter.

Elle n'aimait pas du tout le voir dans cet état. Il était comme au trente-sixième dessus. Elle devait absolument trouver les mots pour le réconforter et le refaire partir en beauté sur la voie de la joie et de la confiance en lui.

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5A en P&O (options SaCM & runes) - Préfète inRP du 01/09/2049 au 16/04/2051 - - - - - #0f8011 - Ouverte aux propositions de RP