Les normes sont faites pour être brisées
Octobre 2048
Les vacances viennent à peine de commencer, et bien que le domaine soit vaste, il est constamment en ébullition. Rentrer à la maison est agréable après des mois passés loin du cocon familial. Cependant, tout naturellement, les sauts d'humeur de Liora commencent à fatiguer Kalev et plus généralement le reste de la fratrie, si bien qu'Ilyes passe quelques jours chez un ami et Zivah chez Sarah. Kalev aurait put la suivre pour passer un peu de temps avec son aînée, mais l'envie de simplement rester à la maison fut plus forte.
Iliana, rarement vue retoucher son maquillage, est observée depuis le fauteuil par Kalev. Il est absorbé par le moindre petit geste : le pinceau va et vient le long de ses joues, puis elle ajoute un peu de rouge à ses lèvres. Liora aussi l'observe, mais bien plus intéressée par la palette de maquillage que par leur mère qui l'utilise. D'ailleurs, en voyant qu'elle commence à ranger ses affaires, la dernière née attrape son bras et sautille d'impatience.
— Attends, maman ! s'exclame-t-elle, est-ce que je peux aussi me maquiller, s'il te plaît ?
Elle connaît d'avance la réponse : non. Pourtant, elle s'efforce de lui offrir son regard le plus doux et le plus abattu possible et bien qu'attendri, ce genre de petit stratagème ne fait plus effet sur Iliana, si bien que ce petit mot fatidique est formulé sans la moindre hésitation :
— Non, tu es encore trop jeune.
— Mais, s'il te plaît... proteste Liora.
Mais le précieux maquillage se verra être rangé à sa place sans que la petite dernière puisse faire quoique ce soit : dans la chambre d'Iliana qui ignore les larmes de crocodile de sa fille. Liora arrête bien vite sa comédie quand sa mère disparaît dans le couloir. Cette fois, boudeuse, elle part jouer dans le jardin, non sans se plaindre à quel point la vie est injuste avec elle. Dans tout ça, Kalev reste pensif. Il se demande pourquoi les femmes ont autant d'engouement pour le maquillage. Il n'y a aucune critique derrière cette pensée, ce n'est qu'une simple curiosité qui le frappe en ce mois d'octobre. Alors, il suit sa mère à travers les couloirs et la rattrape bien vite quand celle-ci gravit la dernière marche de l'escalier qui se trouve dans le hall, celui qui dessert les différents étages et qui est uniquement emprunté par les membres de la famille et les invités. Les elfes de maison, eux, utilisent l'escalier de service et les différents couloirs dérobés. Bien vite, Kalev arrive à sa hauteur et lui demande, tout en se calant à son pas mesuré :
— Pourquoi te maquilles-tu ?
La question surprend sa mère qui s'arrête alors. Elle observe son fils sans un mot, avant de lui répondre après une courte réflexion :
— J'apprécie ça, tout simplement.
— Ce n'est pas parce que tu es une femme ?
— Voyons, non, cela n'a rien à voir... pourquoi poses-tu cette question ?
Elle hausse un sourcil, curieuse d'en savoir plus sur l'intérêt subit de Kalev pour le maquillage. Ou bien est-ce simplement un questionnement passager lié à l'adolescence ? Peut-être. Quant à Kalev, sa réponse tarde. Il fronce ses sourcils, son nez se retrousse, trahissant une réflexion plus profonde qu'Iliana aimerait connaître en détail.
— Je me demandais juste... pourquoi, en général, les femmes semblent s'intéresser autant au maquillage ? C'est comme si c'était quelque chose le plus important au monde, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi...
Iliana sourit doucement, appréciant sa curiosité qui aurait été digne d'un Serdaigle.
— C'est une question intéressante, médite-t-elle, avant de poursuivre : le maquillage, pour beaucoup, est une forme d'expression artistique. Cela permet de souligner certaines caractéristiques, de masquer des imperfections, mais surtout, c'est un moyen de se sentir bien dans sa peau et de surmonter ses complexes. Il y a une beauté dans la créativité et dans la manière dont on peut jouer avec les couleurs et les textures. C'est comme une toile sur laquelle on peut peindre, mais au lieu de toile, c'est notre visage.
— Et tout le monde peut se maquiller ?
— Bien sûr, ce n'est pas réservé aux femmes.
— Alors, pourquoi ne voit-on pas d'homme maquillé ?
— Ce n'est pas parce que tu n'en vois pas qu'ils n'existent pas, répond Iliana, des hommes se maquillent également, bien que cela ne soit pas la norme.
Elle poursuit son chemin, Kalev sur ses talons.
— Mais si nous étions restés cantonnés à nos normes, Kalev, cette famille n'aurait jamais vu le jour.
Avec grâce, elle désigne les différents portraits des matriarches qui les saluent à leur passage.
— Car la norme dit aux femmes d'enfanter et rien d'autre. Nous, nous enfantons et nous menons cette famille à sa prospérité : seules des femmes ont été à la tête de cette lignée, quand d'autres veulent faire taire les leurs au motif qu'elles ont un utérus.
— C'est comme pour les règles, alors, les normes sont faites pour être brisées ?
— Tu comprends vite, apprécie Iliana.
Ses talons claquent contre le plancher récemment ciré. Soigneusement dans son ombre, Kalev remarque à quel point sa mère se tenait rigidement. Par mimétisme, il redresse ses épaules et relève son menton pour paraître aussi fier qu'elle ne l'est.
— C'est un choix, Kalev, poursuit-elle, alors que d'autres décident de suivre les règles établies, d'autres préfèrent tracer leur propre chemin, défier les attentes et écrire leur propre histoire. Et ça, mon garçon, sache que ça demande du courage.
Elle s'arrête devant le portrait de sa mère, une femme forte et déterminée qui a dirigé la famille d'une main de fer.
— Car beaucoup, pour leurs choix, se retrouvent ostracisés... sa voix reste en suspend et elle reprend avec plus de douceurs, Kalev, j'aimerais que tu comprennes une chose : plus que d'avoir eu la chance de naître, tu as eu la chance de naître dans une famille qui prône des valeurs progressistes.
Kalev observe le portrait à tour, avant de sursauter quand sa mère l'arrache de sa contemplation. Elle pose une main réconfortante, mais ferme, sur son épaule.
— Que ce soit en se maquillant ou en brisant d'autres normes, l'important est d'être fidèle à soi-même, de suivre son cœur et de trouver la beauté dans l'authenticité.
Et elle lui donne sa boîte de maquillage avant de continuer son chemin pour aller s'enfermer dans son bureau.
Les vacances viennent à peine de commencer, et bien que le domaine soit vaste, il est constamment en ébullition. Rentrer à la maison est agréable après des mois passés loin du cocon familial. Cependant, tout naturellement, les sauts d'humeur de Liora commencent à fatiguer Kalev et plus généralement le reste de la fratrie, si bien qu'Ilyes passe quelques jours chez un ami et Zivah chez Sarah. Kalev aurait put la suivre pour passer un peu de temps avec son aînée, mais l'envie de simplement rester à la maison fut plus forte.
Iliana, rarement vue retoucher son maquillage, est observée depuis le fauteuil par Kalev. Il est absorbé par le moindre petit geste : le pinceau va et vient le long de ses joues, puis elle ajoute un peu de rouge à ses lèvres. Liora aussi l'observe, mais bien plus intéressée par la palette de maquillage que par leur mère qui l'utilise. D'ailleurs, en voyant qu'elle commence à ranger ses affaires, la dernière née attrape son bras et sautille d'impatience.
— Attends, maman ! s'exclame-t-elle, est-ce que je peux aussi me maquiller, s'il te plaît ?
Elle connaît d'avance la réponse : non. Pourtant, elle s'efforce de lui offrir son regard le plus doux et le plus abattu possible et bien qu'attendri, ce genre de petit stratagème ne fait plus effet sur Iliana, si bien que ce petit mot fatidique est formulé sans la moindre hésitation :
— Non, tu es encore trop jeune.
— Mais, s'il te plaît... proteste Liora.
Mais le précieux maquillage se verra être rangé à sa place sans que la petite dernière puisse faire quoique ce soit : dans la chambre d'Iliana qui ignore les larmes de crocodile de sa fille. Liora arrête bien vite sa comédie quand sa mère disparaît dans le couloir. Cette fois, boudeuse, elle part jouer dans le jardin, non sans se plaindre à quel point la vie est injuste avec elle. Dans tout ça, Kalev reste pensif. Il se demande pourquoi les femmes ont autant d'engouement pour le maquillage. Il n'y a aucune critique derrière cette pensée, ce n'est qu'une simple curiosité qui le frappe en ce mois d'octobre. Alors, il suit sa mère à travers les couloirs et la rattrape bien vite quand celle-ci gravit la dernière marche de l'escalier qui se trouve dans le hall, celui qui dessert les différents étages et qui est uniquement emprunté par les membres de la famille et les invités. Les elfes de maison, eux, utilisent l'escalier de service et les différents couloirs dérobés. Bien vite, Kalev arrive à sa hauteur et lui demande, tout en se calant à son pas mesuré :
— Pourquoi te maquilles-tu ?
La question surprend sa mère qui s'arrête alors. Elle observe son fils sans un mot, avant de lui répondre après une courte réflexion :
— J'apprécie ça, tout simplement.
— Ce n'est pas parce que tu es une femme ?
— Voyons, non, cela n'a rien à voir... pourquoi poses-tu cette question ?
Elle hausse un sourcil, curieuse d'en savoir plus sur l'intérêt subit de Kalev pour le maquillage. Ou bien est-ce simplement un questionnement passager lié à l'adolescence ? Peut-être. Quant à Kalev, sa réponse tarde. Il fronce ses sourcils, son nez se retrousse, trahissant une réflexion plus profonde qu'Iliana aimerait connaître en détail.
— Je me demandais juste... pourquoi, en général, les femmes semblent s'intéresser autant au maquillage ? C'est comme si c'était quelque chose le plus important au monde, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi...
Iliana sourit doucement, appréciant sa curiosité qui aurait été digne d'un Serdaigle.
— C'est une question intéressante, médite-t-elle, avant de poursuivre : le maquillage, pour beaucoup, est une forme d'expression artistique. Cela permet de souligner certaines caractéristiques, de masquer des imperfections, mais surtout, c'est un moyen de se sentir bien dans sa peau et de surmonter ses complexes. Il y a une beauté dans la créativité et dans la manière dont on peut jouer avec les couleurs et les textures. C'est comme une toile sur laquelle on peut peindre, mais au lieu de toile, c'est notre visage.
— Et tout le monde peut se maquiller ?
— Bien sûr, ce n'est pas réservé aux femmes.
— Alors, pourquoi ne voit-on pas d'homme maquillé ?
— Ce n'est pas parce que tu n'en vois pas qu'ils n'existent pas, répond Iliana, des hommes se maquillent également, bien que cela ne soit pas la norme.
Elle poursuit son chemin, Kalev sur ses talons.
— Mais si nous étions restés cantonnés à nos normes, Kalev, cette famille n'aurait jamais vu le jour.
Avec grâce, elle désigne les différents portraits des matriarches qui les saluent à leur passage.
— Car la norme dit aux femmes d'enfanter et rien d'autre. Nous, nous enfantons et nous menons cette famille à sa prospérité : seules des femmes ont été à la tête de cette lignée, quand d'autres veulent faire taire les leurs au motif qu'elles ont un utérus.
— C'est comme pour les règles, alors, les normes sont faites pour être brisées ?
— Tu comprends vite, apprécie Iliana.
Ses talons claquent contre le plancher récemment ciré. Soigneusement dans son ombre, Kalev remarque à quel point sa mère se tenait rigidement. Par mimétisme, il redresse ses épaules et relève son menton pour paraître aussi fier qu'elle ne l'est.
— C'est un choix, Kalev, poursuit-elle, alors que d'autres décident de suivre les règles établies, d'autres préfèrent tracer leur propre chemin, défier les attentes et écrire leur propre histoire. Et ça, mon garçon, sache que ça demande du courage.
Elle s'arrête devant le portrait de sa mère, une femme forte et déterminée qui a dirigé la famille d'une main de fer.
— Car beaucoup, pour leurs choix, se retrouvent ostracisés... sa voix reste en suspend et elle reprend avec plus de douceurs, Kalev, j'aimerais que tu comprennes une chose : plus que d'avoir eu la chance de naître, tu as eu la chance de naître dans une famille qui prône des valeurs progressistes.
Kalev observe le portrait à tour, avant de sursauter quand sa mère l'arrache de sa contemplation. Elle pose une main réconfortante, mais ferme, sur son épaule.
— Que ce soit en se maquillant ou en brisant d'autres normes, l'important est d'être fidèle à soi-même, de suivre son cœur et de trouver la beauté dans l'authenticité.
Et elle lui donne sa boîte de maquillage avant de continuer son chemin pour aller s'enfermer dans son bureau.
"Les fleurs sécher sur le tombeau
La peur gagner, une fois de trop"
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