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Lavinia suivait son regard en direction du jardin d'hiver. Est-ce qu'elle aussi se poser la question ? Kalev profite de cette petite pause pour se questionner. Est-ce qu'elles parlaient de politique ? Certainement, sa mère appréciait ce genre de sujet en s'assurant de rester le plus neutre que possible. Ou bien, il était question d'art ? C'était aussi un sujet de prédilection. La peinture, la musique, la joaillerie... Iliana était cultivée dans ce domaine. Peut-être ferait-elle essayer à Madame de Turenne des bijoux qui ne sont qu'encore en stade de prototype et cela expliquerait en partie la présence de Lavinia. Kalev se souvient d'avoir surpris une discussion entre sa mère et Sarah à ce propos, une envie de lancer une gamme pour jeune fille.

— Je pense savoir de quoi il est question, dit-il à l'intention de sa jeune invitée. Mère et Sarah souhaitent lancer une gamme de bijoux pour jeune fille, je ne serais pas surprise que ma mère te demande plus tard d'essayer quelques bijoux et en plus de récolter ton avis et celle de Madame de Turenne.

Puis, la discussion dévie sur les plantes carnivores et la drôle de collection de Sarah. Kalev sourit en voyant les yeux de Laviania pétiller de joie. Aucune hésitation là-dessus, elle pourrait clairement bien s'entendre avec Sarah, dommage qu'elle n'était pas encore revenu. Ils s'approchent donc de la serre avec une certaine impatience et Kalev en profita pour s'excuser auprès de son invité. C'était important. La jeune fille cligne des yeux, laisse un silence s'écouler, tandis que Kalev attend sagement une réponse de sa part, ils avaient tout le temps après tout. Quand elle parle, le Poufsouffle l'écoute avec grande attention et acquiesce doucement, heureux qu'elle accepte ses excuses.

— De toutes ses clientes, ma mère apprécie grandement la tienne, indique-t-il également à mi-voix. Quand elle nous parle de Madame de Turenne, c'est toujours en bien.

Il y avait de la sincérité dans sa voix, aucun mensonge dissimulé. Ilana adore garder de bon contacte avec sa clientèle et si dans le lot, certaines deviennent ses amies ou bien sont invité à prendre le thé au sein de sa demeure, au plus proche de son intimité donc, ce n'est pas pour rien, c'est parce qu'Ilana apprécie leur compagnie.

— Pardonne-moi si j'ai pu insinuer quoi que ce soit, nos mères savent ce qui est bon pour nous, après tout, elles font du mieux qu'elles peuvent pour qu'on survive dans ce monde.

Sa mère la première. À la tête d'une famille qui prône le matriarcale dans une société patriarcale, garder sa place est difficile et ça ferme beaucoup de porte. En tant que première-née et héritière des Cohn, Sarah a également beaucoup de pression sur ses épaules. Elle a tout à prouver dans ce monde d'homme.

— Je parie que tu es un Poufsouffle, toi, non ?

Kalev ne répond pas tout de suite, avant d'acquiescer.

— J'aurais aimé être à Serpentard, avoue-t-il. La majorité des membres de ma famille y sont allés. Nous avons aussi beaucoup de Serdaigle. Pour dire, je suis le troisième Poufsouffle dans l'ensemble de la lignée si nous prenons en compte celle de mon père. Et toi, tu souhaites donc intégrer Serpentard ? Le vert t'irait très bien, ainsi que ses valeurs, j'en suis certains.

Il pointe du doigt Ilyes qui cherchait la clé de la serre.

— Mon frère est dans cette maison et il te dira sans hésitation que pour rien au monde, il aurait voulut être ailleurs.
— De quoi parlez-vous ? demanda le concerné qui ouvrit la serre.
— Serpenntard.
— Ah oui, je vois, la meilleure maison ! s'exclame-t-il en ébouriffant les cheveux de Kalev dès qu'il fut à portée de main. Tu verras Lavinia, tu t'y plairas si le choixpeau t'y place.

Puis, il tend son bras à cette dernière pour l'inviter à le suivre à travers la serre.

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Des bijoux ? Lavinia le regarda, agréablement surpris. Venant de Mme Cohn, cela ne la surprendrait pas. Et effectivement, la jeune fille pouvait aisément imaginer sa mère discuter de ce sujet avec la maîtresse de maison. Elle était curieuse de les essayer, si il avait vu juste. Les bijoux que portaient sa mère était tellement élégants et raffinés ! Elle aurait vraiment l'impression d'être une petite princesse...

Quand Kalev lui répondit pour sa maison, Lavinia hoche la tête, satisfaite d'avoir vu juste, mais l'hésitation du garçon ne lui échappe pas non plus. Le Choixpeau devait avoir ses raisons pour l'avoir mis à Poufsouffle, mais la blondinette n'osait même pas imaginer ce qu'elle ferait si elle n'était pas répartie à Serpentard... Ce qu'elle ferait, et ce qu'en penserait sa famille. Non, ce n'est pas la peine d'imaginer. Cela n'arrivera pas.

La petite sourit en acceptant le bras tendu pour entrer dans la serre.

- Je m'en remettrais à toi alors, en tant que futur aîné de maison ! dit-elle à Ilyes.

Lavinia entra dans la serre tropicale, et fût aussitôt happée par l'ambiance magique du bâtiments. Encouragée par la réfraction de la chaleur, la température à l'intérieur avait grimpée de plusieurs dégrées. L'air été chaud, humide et lourd. Certains pouvaient trouver l'ambiance presque étouffantes, mais ce n'était pas le cas de la blondinette. Elle avait l'impression d'entrer dans un sauna, ou un bain brûlant et parfumée et sentit son corps se détendre de la même manière. L'ambiance était épaisse et chaleureuse, comme une douce couverture. Et le spectacle qui s'offrait à ses yeux était simplement magique.

Des palmiers, des bananiers, d'autres arbres gigantesques aux feuilles géantes qui entretenaient une ambiance tamisée et dont elle ignorait le nom, mais qu'elle admirait à s'en décrocher la tête. Son nez captait des odeurs ensorcelantes, sucrée et entêtante comme une eau de toilette. Sans doute des fleurs toxiques, mais tellement fascinantes. Lavinia lâcha le bras de son hôte pour marcher dans l'allée de la serre, rebaissa doucement la tête pour admirer les plantes qui étaient davantage à sa hauteur. Elle pouvait voir des orchidées et des fleurs aux couleurs flamboyantes, ainsi que des petits étangs d'agréments où se reposait nénuphar et nymphéa.

- C'est... C'est magnifique...

Sa gorge se serait d'émotions quand elle réalisa qu'elle était encore loin de savoir nommer toutes les merveilles végétales qui pouvaient orner un jardin. La nature était stupéfiante... Continuant son petit parcours, elle arriva devant un coin qui la fit sourire encore davantage. Dans une section de la serre, tout un pan de plantation avait été dégagée pour accueillir de nombreuses espèces de plantes carnivores. Et celles-là, elle les connaissait presque toute !

- Sarracenia et Heliamphora, murmure-t-elle en regardant les grandes tiges à récipients mortels, Népenthes et Dionées, bien sûr, des classiques, sourit-elle devant les petits vases placées en hauteurs qui retombaient en dehors de leur pot et ouvrait leur grande bouche rougeoyante vers les curieux visiteurs, ainsi que sa comparse à la mâchoire épineuse. Oh, ça c'est une Darlingtonia ! C'est rare d'en voir ! Et...

La blondinette s'approcha de plus prêt, avec des yeux qui pétillent.

- Des drosera ! Et les fleurs violettes, là... Des Byblis ?... C'est la première fois que j'en vois ! Elles ne doivent être tellement délicates à cultiver !

C'étaient ses préférées, avec leurs petites goutellettes de rosées qui décorait leurs tiges si délicates. Mais elle préférait les dorsera, qui proposaient plus de variations de couleurs et de formes... Et la légende qu'elle avait lu sur les Byblis avait un peu changé son affection pour ces dernières.

Lavinia avait arrêté de vouloir se contrôler à tout pris, y compris devant ses hotes. Cette serre était magique, et elle se sentait propulser dans un autre monde, où elle pouvait se permettre de se relâcher. Son sourire s'élargissait au fûr et à mesure qu'elle découvrait de nouvelles plantes et restait fixer tout naturellement sur son visage.

- Sarah est vraiment douée... Et ça se voit qu'elle aime ses plantes. Elles sont superbes !

Lavinia en viendrait presque à regretter qu'elle ne soit pas présente aujourd'hui, pour qu'elle discute plus en amont de l'entretien nécessaire aux plantes carnivores... Mais en même temps, elle ne se serait pas parmi de le faire avec sa mère dans les parages, quoi qu'elle en dise à Kalev.

- Vous avez des la chance d'avoir une telle serre, soupire-t-elle, envieuse.

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Alors qu'il évoque les bijoux et la nouvelle collection que sa mère envisage de créer spécialement pour les jeunes filles, Lavinia regarde Kalev avec surprise. Sa mère ne lui a sûrement rien dit à ce sujet, ou peut-être que Madame de Turenne n'était pas au courant non plus ? Peut-être qu'Iliana souhaite en discuter en personne, lui montrer les concepts et recueillir son avis ? "Peut-être", conclut Kalev. De toute façon, ils verront bien si Iliana demande leur présence ou non.

Pour l'instant, le petit groupe pénètre dans la serre enchantée. Bien qu'elle paraisse petite de l'extérieur, elle dévoile un tout autre monde à l'intérieur. La serre n'est pas gigantesque, mais elle offre suffisamment d'espace pour accueillir une variété de plantes aux habitats divers, qui s'adaptent sans problème à l'atmosphère tropicale des lieux.

Pour la fratrie, tout est familier, chaque coin et chaque plante de la serre n'ont aucun secret pour eux, contrairement à Lavinia qui découvre tout pour la première fois. Ilyes la laisse s'aventurer, lui offrant toute la liberté nécessaire pour profiter du spectacle qui s'offre à elle. Il y a tant à voir, des générations de collections de plantes qui se sont accumulées ici et là, certaines remontant même à l'époque où les Cohn vivaient encore en Allemagne, c'est dire !

— La plupart des plantes exotiques sont des cadeaux des Avraham, une famille éloignée, indique Ilyes alors qu'ils atteignent la section réservée aux plantes carnivores et autres spécimens du même genre.

Kalev observe avec fascination Lavinia qui sautille d'un endroit à l'autre, portée par l'excitation et l'enthousiasme. Elle nomme correctement chaque plante vorace qu'elle rencontre et s'étonne que Sarah possède même des plantes délicates à cultiver.

— Elle a la main verte, bien plus que notre mère, fait remarquer Kalev.
— Et dans ce domaine, il est difficile de la surpasser, s'amuse Ilyes.
— Vous avez de la chance d'avoir une telle serre, commente Lavinia.
— C'est fort aimable de ta part, répond l'aîné Cohn avec un sourire poli. Nous entretenons cette serre depuis des générations, et au fil de notre histoire, elle a pris bien des formes. Avant d'être une serre tropicale, par exemple, elle abritait différentes espèces de plantes et de fleurs qui préféraient le froid.

Liora, qui s'est échappée à l'attention de ses frères, revient en courant vers eux, un large sourire aux lèvres :

— Lavinia ! Lavinia ! Veux-tu nourrir Marguerite avec moi ?

Kalev pâlit aussitôt en entendant ce nom, tandis qu'Ilyes observe leur cadette avec une certaine réserve.

— Je suis presque certain que Lavinia n'aura pas très envie de nourrir Marguerite, intervient Ilyes.
— Mais elle adore les plantes carnivores, elle va forcément adorer Marguerite ! réplique Liora.
— Sauf que Marguerite n'est pas une plante, rétorque Ilyes.

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Lavinia hoche la tête devant les explications des enfants Cohn, toujours autant fascinée par ces plantes carnivores et cette magnifique serre, en générale. La présence de ses végétaux, de la verdure baignée des rayons de soleil, l’apaisait étrangement. Alors qu'elle leva le nez pour regarder le haut de la verrière et les arbres qui la peuplaient, Lavinia fût interpelée par la plus jeune de ses hôtes.

— Lavinia ! Lavinia ! Veux-tu nourrir Marguerite avec moi ?

- Marguerite ?...

Lavinia lève un sourcil, surprise. Elle savait ce que c'était qu'une marguerite, ces petites fleurs blanches qui parcemait le gazon sitôt le printemps venu. Mais cela ne semblait pas être le cas. Marguerite, c'était aussi un prénom français un peu vieillot, mais qu'elle avait déjà entendu de la bouche de ses grands-parents maternelles. Elle voulait lui présenter quelqu'un ? La jardinière ? Non, puisqu'ils lui disait que la culture était familiale... Et puis, elle se voyait mal "nourrir" une autre sorcière...

Ses frères n'étaient pas vraiment enchantés par la proposition de l'enfant, ce qui n'aidait pas vraiment Lavinia à comprendre de quoi il s'agissait...

- Mais elle adore les plantes carnivores, elle va forcément adorer Marguerite !

- Sauf que Marguerite n'est pas une plante...


- Qui est-ce, alors ? Ou qu'est-ce c'est ?...

Un animal, peut-être ? Mais alors, pourquoi la petite l'a-t-elle associée à une plante carnivore ? Parce qu'il aimait le climat tropical ? Parce qu'il mangeait des mouches et des insectes imprudents ? On associait souvent les plantes carnivores à l’agressivité et à la voracité, même si Lavinia savait bien que ce n'était pas vraiment pertinent... Mais était-ce ce à quoi pensait la petite Cohn ?... Un animal agressif et vorace ?

Lavinia plissa les yeux, un peu méfiante, mais ne pouvant s'empêcher d'être aussi un peu curieuse.

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— Alors, qui est-ce, ou plutôt, qu'est-ce que c'est ?...

Lavinia était méfiante, et cela se comprenait. Même si Kalev reconnaissait que Marguerite était adorable, lui-même n'était pas à l'aise avec les insectes qui avaient plus de quatre pattes. Alors qu'il frissonne à cette idée, Liora s'exclama :

— C'est une mygale ! Plus précisément, une Monocentro... centro-pus Balfouri ! Elle est magnifique avec ses reflets bleus !
— Magnifique... tout est relatif, marmonna Ilyes avec un leger rictus.
— Ce n'est pas gentil d'être méchant ! Gronde aussitôt la petite. Je vais dire à maman que tu te moques encore de Marguerite...
— Mais c'est vrai... commença-t-il avant de se raviser. Très bien, je m'excuse de m'être moqué d'elle.

Cependant, Liora n'était pas satisfaite. Elle secoue vivement la tête et tape du pied.

— Je sais très bien que tu ne le penses pas ! Tu ne l'aimes pas... tant pis pour toi, je vais y aller qu'avec Lavinia et Kalev !

Kalev jeta un coup d'œil à leur invitée, peu enchanté à l'idée de rendre visite à la mygale de compagnie de sa petite sœur. Seulement, en connaissant le caractère capricieux de Liora, il était pratiquement impossible de dire non.

— Uniquement à une condition : si Lavinia le souhaite, intervint le blondinet avec précaution. Tu sais, elle est peut-être très gentille, mais elle peut aussi faire peur naturellement... d'accord ?
— D'accord, admit Liora péniblement, retrouvant ensuite son sourire éclatant. Alors, tu veux bien, Lavinia ?

Elle observait la fillette avec un brin d'espoir dans les yeux. À la maison, mis à part Sarah, personne ne voulait passer du temps avec elle quand Marguerite lui tenait compagnie. Elle aimerait bien que quelqu'un d'autre ici puisse partager sa drôle de passion pour les arachides.

j'espère que Lavinia aime les petites betes xD

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— C'est une mygale !

Lavinia eut un petit mouvement de recul et fronça légèrement les sourcils. Une mygale ? Elle comptait l'amener nourrir un mygale ? La petite Campbell connaissait les insectes des jardins, qu'elle tolérait pour les bienfaits qu'ils prodiguaient parfois aux plantes, et méprisait les autres. Cependant, malgré tout le bien que les insectes pouvaient apporter à la terre, elle détestait leur existence. Les voir grouiller par dizaines, voir centaines pour les fourmis, se glisser partout, y compris à travers les portes fermées, les recoins des vêtements, et les voir lui grimper sur ses pieds ou ses jambes sans aucun respect... C'était vraiment écœurant.

Elle plaçait cependant les araignées à un statut différent. Elles protégeaient des moustiques et avaient été longtemps des compagnons pour des sorciers... Mais ayant grandit dans un environnement aseptisé, où nulle poussière n'était tolérée et où aucun recoin n'était laissé à l'abandon, Lavinia n'avait jamais vraiment vu d'araignée s'installer chez elle, et les avait ainsi associées à quelques choses de répugnant et de sale. Elle regarde Ilyes, puis Kalev, mais la discussion qui s'en suit prouvait bien que la cadette était des plus sérieuses... Une mygale de compagnie. Une "magnifique" mygale de compagnie "aux reflets bleus"... Ne pouvait-elle pas avoir un chat, un crapaud ou un serpent, comme tout le monde ?

- Tu sais, elle est peut-être très gentille, mais elle peut aussi faire peur naturellement... d'accord ?

Lavinia n'avait pas peur des araignées. Cependant, la vision une araignée géante, plus grande que sa main, poilus, qui la fixait de ses huit yeux globuleux ne l'enchantait pas vraiment... La petite Cohn la fixait avec des yeux étincelants, emplis d'espoir. Lavinia hésita et prit quelques minutes pour se décider et choisir ses mots, essayant d'être la moins brutale possible, ce qui n'était pas forcément son fort.

- Je suis désolée, Liora, mais tu sais, je n’apprécie pas tellement les araignées... Tu peux me la montrer quand même, si ça te fait plaisir, tente-t-elle de se rattraper maladroitement, mais je ne la toucherais pas. Et je ne voudrais pas qu'elle m'approche...

Bon, elle ne dirait pas qu'elle trouvait cela sale et répugnant. Après tout, elle ne connaissait les mygales qu'à partir d'illustrations d'encyclopédie... Et elle les avait trouvée affreusement laides. Mais bon... Des reflets bleus, hein ?...

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Du coin de l'œil, Kalev observe sa jeune invitée hésiter. Au fond de lui, il espérant qu'elle refuse et que cette petite parenthèse en reste là. Un brin d'espoir anime son regard quand elle commence à s'excuser alors qu'elle explique qu'elle n'apprécie pas vraiment les araignées. Il blêmit tout de fois quand elle accepte néanmoins de voir Marguerite, mais rien de plus. Liora, toute contente, acquiesce.

— De toute manière, elle ne te connaît pas, elle pourrait stresser si tu la prends et elle est moins gentille quand elle stress, explique la petite avec enthousiasme, alors qu'elle ouvre le chemin. Ce qui est normal, on est plus grand qu'elle après tout ! Alors une main inconnue, ça lui fait peur.

Elle pointe du doigt un grand terrarium posé sur une table qui contenait en son sein tout le nécessaire pour reproduire un riche biotope avec autant de branches qu'il faut pour grimper, un tapis de mousse, des gros cailloux ici et là, un petit tronc creux où la tête de Marguerite dépasse juste assez pour observer son environnement. En voyant Liora s'approcher avec gaieté, la mygale pas plus grosse que la main de Kalev sort de sa cachette. Elle devait bien se douter qu'il fût l'heure de son repas.

Sans un mot, de tenant à bonne distance, Kalev observe sa benjamine lâché quelques insectes dans le terrarium et, bien vite, Marguerite se mit en chasse, ne faisant qu'une bouchée de son repas du jour. Mais alors que Liora s'apprêtait à sortir sa mygale pour mieux la montrer à Lavinia, Ilyes s'approche avec Hadrey à ses côtés.

— Désolé de t'interrompre Liora, mais maman nous demande dans le salon d'hiver.
— Déjà ? bouda la petite qui se plie tout de fois à la demande.

Elle donne un insecte en plus pour Marguerite avant de refermer le terrarium.

— Il faudrait dire à maman qu'elle vient de me sauver d'une crise cardiaque, s'amusa Kalev en ignorant le regard noir de Liora.

Il présenta son bras à Lavinia, souriant doucement.

— Ne les faisons pas attendre trop longtemps.

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Liora les conduit tous les trois, bon gré malgré, vers un large terrarium. Au fond d'un petit talus, Lavinia pouvait apercevoir les mandibules de la mygale s'agiter. Entendant les sautillements guillerets de sa maîtresse, l'araignée sortie de sa tanière et Lavinia due faire un effort pour ne pas laisser transparaître le dégoût et la crainte injustifiée que cela éveilla soudain en elle.

Effectivement, cette monstruosité miniature avait des reflets bleus... Mais également un corps entièrement recouvert de poils dressés comme autant d'épines et un abdomen enflé. Alors que la petite Campbell observait l'araignée chassée ses proies, autant révulsée que fascinée, elle ne pût réprimer un petit frisson à chaque fois que les nombreuses articulations de ses huit pattes s'agitaient et se recourbaient comme des crochets ou des pièges à loups... À la rigueur, la seule chose que l'on pouvait décemment qualifier de mignons, était ses petits yeux de bigorneau. Et encore... De minuscules billes noires qui roulaient sur eux-mêmes, à l'affût des mouvements de ses proies...

Lavinia jeta à un coup d'œil à Kalev, qui n'avait pas l'air d'en mener bien large, et la vue de son visage tendu lui permit de se détendre elle-même. Rien de mieux que la peur d'un tiers pour relativiser sa propre crainte. Alors qu'elle s'apprêtait à lui envoyer une pique taquine, les bruissements d'ailes d'un grand hibou attiré son attention et la coupa. Madame Cohn les demandait dans le salon de l'hiver. La jeune fille hocha la tête et se détourna de l'araignée avec soulagement, mais sans doute moins que Kalev...

- Je vous suis, répondit Lavinia avec un petit sourire poli.

Sur le chemin du retour, elle tâcha cependant d'oublier la mygale, mais surtout la magnificence des serres et des trésors végétaux qu'elle renfermait. D'oublier le battement de son cœur, ravi de découvrir qu'une autre appréciait à leurs justes valeurs les plantes carnivores, d'oublier les étoiles qui avaient fait étinceler ses yeux pendant de longues minutes. Elle se devait de retrouver son calme, son visage froid et poli, son air digne et noble. Elle se redressa un peu, ne se rendant pas compte que son corps se tendait imperceptiblement, alors qu'ils entrèrent dans le salon d'hiver où les attendait Mesdames Cohn et de Turenne.

Cette dernière posa doucement la tasse qu'elle portait à ses lèvres sur une soucoupe, et son regard glissa, acéré et scrutateur sur Lavinia, avant de se détendre. Visiblement, la petite n'avait rien laissé paraître de ses aventures émotionnelles dans les jardins et avait su reprendre son masque de poupée de porcelaine. Madame Cohn les accueillit plus chaleureusement, ce qui n'était pas bien difficile...

- Vous avez des jardins vraiment magnifiques, Madame Cohn. C'était une visite des plus agréable.

Puis Lavinia attendit. Était-ce déjà l'heure de repartir ? Elle aurait bien aimé poursuivre la visite dans le petit-bois... Mais elle s'était tellement amusée dans la serre qu'elle ne faisait pas confiance à sa notion du temps qui s'était écoulé. Et jeter un coup d'œil à l'horloge aurait été le comble de l'impolitesse. Ou bien leur hôte les avait appelés pour les bijoux dont parlait Kalev ? Les yeux de Lavinia s'éclaircirent légèrement à cette idée.

Me revoilà, merci de ta patience :D

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À leur arrivée, un sourire réchauffe le visage d'Iliana qui suit l'exemple de Madame de Turenne en déposant avec soin sa tasse de thé. Elle accepte avec le compliment de Lavinia, notant avec fierté la manière dont la jeune fille incarne parfaitement son statut. De manière courtoise, la matriarche acquiesce et ajoute :

— J'apprécie, je vous en remercie, entretenir ce jardin est une tâche aussi laborieuse que gratifiante... Dieu merci, Hadrey partage ma passion pour le jardinage et m'épaule grandement !

L'elfe de maison sourit à l'éloge et offre une révérence modeste à sa maîtresse en guise de gratitude.

— Avez-vous eu l'opportunité de visiter la serre ?
— Nous l'avons fait, répond Ilyes d'une voix neutre, et Liora a tenue à ce que notre invitée rencontre Marguerite.
— J'espère qu'elle ne vous a pas effrayés, s'enquiert Iliana, et sachez, Lavinia, que vous n'êtes pas obligée de lui dire oui pour tout.

Elle se tourne ensuite en direction de Madame de Turenne pour l’éclaircir :

— Marguerite est une tarentule ; ma plus jeune fille a une fascination immense pour ces créatures.

Du coin de l’œil, Kalev observe Liora brider son envie de participer à la conversation. La passion qu'elle ressent est palpable et le sujet mis sur la table, elle aimerait partager son savoir avec Madame de Turenne, mais elle se retient pour ne pas paraitre impertinente ou impolie.

— Approchez, s'il vous plaît, Lavinia.

Accompagnant ses mots d'un mouvement de main discret et raffiné, Iliana invite la jeune fille à se rapprocher. À leur proximité, elle découvrira sur une petite table un écrin exposant une gamme de bijoux – colliers et bracelets – délicats, ornés ici et là de pierres semi-précieuses aux tons coralliens et azurés.

— Ce ne sont que des prototypes, précise Iliana, mais ces bijoux devraient convenir à des demoiselles de votre âge ; qu'en pensez-vous ? Soyez sincère avant tout ; est-ce suffisamment subtil tout en étant assez élégant ?

Kalev observe avec admiration l'artisanat de Sarah, les bijoux proviennent de son atelier. Depuis qu’elle a quitté l’université, l'héritière travaille pour leur mère à la boutique qui, un jour, doit lui revenir. Cette collection représente une étape cruciale pour son futur : si le succès est au rendez-vous, Sarah pourrait récupérer les clés d'ici l'année prochaine, une perspective très appréciée d'Iliana qui aimerait se concentrer sur d’autres projets en plus du domaine.

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Les Cohn étaient décidément une étrange famille de sorciers, et Lavinia eut du mal à camoufler sa surprise devant la remarque de leur hôte concernant son elfe de maison. Quoi de plus normal pour ces serviteurs magiques que de servir les désirs de leur maître ? Mais elle ne l'avait pas formulé comme ça. Elle avait parlé d' "épauler", de "passion", comme elle aurait parlé d'un vrai ami qui la soutenait. Le regard de Lavinia glissa sur le petit corps de l'elfe chetif, comme si elle cherchait à comprendre la différence qu'avait cet Hadrey par rapport à leur Mara. Mais ce n'était qu'un elfe de maison. Madame de Turenne resta quant à elle imperturbable, et se fendit seulement d'une remarque amusée devant les explications de Madame Cohn à propos de la passion de sa cadette pour les araignés.

- Voyez-vous ça...

Lavinia admirait sa mère dans ces situations. Elle avait un tel talent pour rester de marbre, même devant des informations qui pourraient la surprendre ou l'agacer, et garder un air noble et détaché en permanence. Cependant, son assurance froide et ses yeux magnétiques ne laissaient pas non plus indifférent et forçait le respect.

- Cela ne m'a pas dérangé. Ce n'était rien d'autre qu'animal de compagnie.

La petite répondit d'une voix égale, mais intérieurement, elle était hésitante et se retient de jeter un regard à sa mère. Elle n'était pas sûre de la formulation, ni si cette réponse était pertinente... Mais Madame de Turenne resta impassible.

— Approchez, s'il vous plaît, Lavinia.

Celle-ci s'exécuta poliment, et ses yeux étincelèrent lorsque les mains de Madame Cohn ouvrirent l'écrin aux merveilles. Plusieurs colliers, autant de bracelets, et tout cela à sa disposition ? Lavinia les sortit avec grand soin de la boite et les déposa sur la table, en veillant à ce qu'il ne touche pas de zone humide ou qui pourrait l'oxyder, et de manière à ce qu'elle puisse embrasser l'ensemble du regard. Le travail des matériaux était délicat et raffiné. Une ou deux pierres brillantes venaient rehausser les fils d'or et d'argents d'une manière discrète, mais élégante. C'était typiquement le genre de bijoux qu'aimait sa mère. Pas étonnant que les deux femmes aient sympathisé sur ce terrain.

- Soyez sincère avant tout ; est-ce suffisamment subtil tout en étant assez élégant ?

Lavinia sentit plus qu'elle ne vit le regard de sa mère se tourner des bijoux à sa fille. Elle pouvait presque sentir des fourmillements dans sa nuque, mais tâcha de rester calme et sérieuse. Sa mère l'observait et la jugerait aussi à la réponse qu'elle ferait à leur hôte. Il fallait qu'elle dise exactement ce que sa mère attendait d'elle... Mais quoi ?...

- Ce sont des bijoux à destination de demoiselles, c'est bien ça ?...

La question était théorique et permettait à Lavinia de gagner du temps. Elle prit un collier qu'elle glissa autour du cou. Pas de fermoir à plusieurs niveaux, le pendant tombait exactement là où le souhaitait sa créatrice. Elle prit ensuite un bracelet, le ferma autour de son poignet et s'assura d'un petit geste qu'il ne tombe pas de lui-même. Elle analysa la découpe des pierres, le fil utilisé, puis le retira et regarda par transparence le brillant de la pierre. Elle tâcha d'identifier chacune des pierres utilisées et de les classer, comme lui avaient appris ses précepteurs.

- Les fils sont délicats et fins, ce qui convient effectivement aux jeunes filles. Les pierres ont des couleurs claires, c'est discret et léger. C'est un très joli ouvrage, j'aime beaucoup celui avec le fil d'argent et ce motif-ci. La taille est adaptée, et le poids très léger, on oublierait même qu'on les porte. Si je ne me trompe pas, ce sont des pierres fines qui ont été utilisées. Ce sont des pierres souvent associées aux bijoux pour les jeunes gens...

Lavinia prit une petite inspiration pour la partie la plus compliquée à présenter. Elle ne voulait pas vexer leur hôte, ni dire une bêtise devant sa mère... Mais elle savait que Madame de Turenne attendrait d'elle de la nuance, surtout lorsque Madame Cohn lui avait demandé d'être sincère. Et bien que ces bijoux ravissaient la petite Campbell, la pression ne lui permit pas vraiment de profiter de ce moment enchanté qu'était la découverte de ces ravissantes parrures. Elle devait pointer les petites imperfections, à contre-cœur.

- ... Mais je trouve qu'elles manquent de brillance, d'assurance. Ce n'est pas parce que nous sommes des jeunes filles que nous devons mettre en valeur la discrétion et l'humilité. Nous devons être aussi fières et assurées, pour ne pas être prise à la légère quand nous représentons une lignée. Un grenat aura toujours moins d'éclat qu'un rubis, une agate moins de puissance qu'une émeraude. L'utilisation de l'une ou de l'autre s'adressera à un public très différent... Et nous sommes de ceux à demander des pierres précieuses.

La jeune fille avait parlé très lentement, choisissant chacun de ses mots avec attention, contrôlant son ton et le rythme de sa voix... Puis avait gagné en assurance, en même temps qu'elle pointait cette qualité inhérente aux grandes lignées. Ce monologue l'avait épuisé, de toute l'attention que cela lui avait demandée et de la pression qu'elle ressentait sur ses épaules. Elle avait été audacieuse vers la fin, mais espérait que cela traduisait ce qu'aurait pensé sa mère, qui ne portait que des pierres précieuses. Elle observa Madame Cohn, guettant sa réaction, trop inquiète pour oser croiser le regard de sa mère.

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