Le diable au quatorze bougies

17 juillet.
Un peu partout dans et en dehors de Godric’s Hollow.


Quatorze ans. Ça y est, j’y suis. Maman m'avait dit que ces quatorze ans était la plus belle époque de sa vie. Peut-être parce qu’elle a rencontré papa à quinze ans. Pourtant, rien ne change entre hier et aujourd’hui. Des tableaux et des bijoux trop onéreux pour une seule petite fille, des mots d’anniversaires de parfaits inconnus, et de quelques amis de papa.

Mais lui, rien.

Ce n’est pourtant pas comme si il n’existait plus. Il réside ici même, à Godric’s Hollow, a se cacher dès qu’il nous voit, et à prétendre ne jamais être revenu en Angleterre lorsqu’on questionne ses parents, et ses frères. Il est revenu de ces voyages et secrets fin février, dès l’inauguration de la maudite cité des sorciers.

Maudite cité de sorciers où tu vis, idiote.

J’avais beau haïr cette ville, je ne la quitterais pour rien au monde. J’aimais la pureté qui coulait dans le sang de ceux que je croisait. J’aimais le luxe de l’appartement, et j’aimais ne pas partager ma chambre avec d’autres, comme à Poudlard. J’aimais les avantages qui venaient avec la pureté de mon sang, de ma famille. J’aimais la prétendue supériorité que je ressentais en croisant ces minables sans-statuts à Londres, ou à l’école. J’aimais tout ça.

Mais je détestais cette prison d’or qui coulait dans mes veines. J’aurais aimé m’arracher à ce monde, faire couler la liberté dans ma tête, et célébrer le simple fait de survivre un jour de plus.

C’est ce que je voyais en mon anniversaire. Quatorze ans à survivre dans ce monde.

Quatorze ans enfermée dans cette prison brillante, c’est ce qui m’a permis de survivre. Loin de la violence des villes Moldues, loin des cadavres de Londres. De ceux qui avaient fait fuir papa.

Maman préparait un gâteau. Ou du moins, elle cuisait le mélange vanille tout prêt qu’elle avait trouvé dans un casino miteux à Londres pour à peine six livres quinze. Elle n’avait même pas pris la peine de le faire elle-même, ni d’ajouter une fraise ou deux. Louis chez son ami qui habitait à deux pâtés de maisons d’ici.

- Je vais chez Antonn, maman, je serais revenue pour dix-neuf heures.

Elle me demanda de remonter le courrier à mon retour. Comme si elle ne pouvait pas y aller elle-même. Dix mètres, c’est trop loin pour une mère célibataire qui supporte sa fille. J’attrape mon sac bandoulière, et fourre dedans un carnet et un stylo, ainsi qu’un bouquin, le premier qui passe. Aujourd’hui, ce fut Edgar Allan Poe. Hier, c’était Victor Hugo. En sortant, j’attrape le courrier, et le range sans le moindre soin dans mon sac. Puis, j’enfile mon casque sur mon crâne, et lance la musique.

Je passe devant la maison d’Antonn sans même envisager d’y entrer. Les Clifford sont sûrement en vacances, ou à n’importe quel endroit ou leur fils ne pourrait pas me donner de ces nouvelles de claire voix. Puis, je longe le Consilium, le splendide, le respectable et grandiose Consilium, avant de rejoindre l’avenue de la Bourse, puis la rue de l’hôpital, par la rue Miranda Fauconnette. Je traverse ensuite le remparts Sparks, puis quitte le quartier Peverell et la ville fortifiée par la route du souvenir. Plus personne n’osait vraiment s’aventurer par ici, sans les plus courageux. Bien trop loin du confort du centre-ville et de la protection du Consilium, le bruit courait que les voleurs, et les Sang-Mêlés se cachaient ici.

Je refermais deux boutons de ma chemise ample, sur mon débardeur noir, et rabattait mon sac sur mon jean déchiré. Mes doigts de pieds se battaient pour se planquer sous la toile de mes vieilles tennis trouées, trop craintifs de la poussière qui trainait sur le sol. J'enfonçais ma casquette sur le haut de mon crâne, et baissais la tête, avant de rejoindre une petite forêt, à dix minutes de la vieille ville. Ici, on ne croisait que des pouilleux, des Sans-Statuts, d’ingrats et macabres petits hommes indignes de respirer l’air que nous respirions, à Godric’s Hollow.

Indigne de cette maudite cité.

Pourtant, qu’est-ce que j’aimais venir ici. Loin de maman et de son foutu perfectionnisme. Loin de Poudlard, et sa magie trop parfaite.

Loin de ce monde de faux gentils et vrais diables.

Loin du diable au quatorze bougies dans le miroir.

Couleur RP : #274e13
5ème année [48-49] - filière sciences
Lexa Queen, ou le trèfle à 4 feuilles vivant de Maiy Lewis

Le diable au quatorze bougies
Mon nom. Je m’étais bien attendue à lire mon nom sur un courrier, aujourd’hui. Pas en première page de la Gazette. Mais pourtant, il était bien là, noir sur blanc. Mon nom.

Mon nom de famille du moins. Combien y’avait-il de Sangs-Purs du nom de Queen ? Et parmi ceux-là, lesquels pouvaient porter une grave atteinte à la pureté du sang ? Peut-être celle qui cachait une fille illégitime née d’une mère Moldue.

J’avais toujours apprécié porter ce nom. Pour ce qu’il représentait, et puis pour sa grandeur. Je ne connaissais pas grand monde qui portait comme nom “reine”. Ce nom, et ce statut, c'était tout ce qui me rendait fière. Tout ce pourquoi j'étais reconnaissante de souffler mes bougies ce soir.

Mais rien. Je n’avais plus aucun statut de sang dont je pouvais être fière, et mon nom sera traîné dans la boue dès demain, comme traînait l’un de ses sans-statuts dans la crasse. D’un coup, je sentais mes cheveux graisser, s'emmêler, se brunir, ma peau verdir, et s’enlaidir, mon sang s’agiter, je me sentais sale. Si sale.

Aussi sale qu’un de ses Moldus qui trainaient dans ce foutu quartier.

Impure.

Papa avait passé sa vie à obtenir ce titre. Pourtant, je ne l’avais pas revu depuis que nous l’avions. Pourtant, c’est à cause de sa progéniture impure que nous sommes là, aujourd’hui. À cause de son manque d’humanité.

Et d’un coup, deux heures étaient passées. Mon cœur bat jusque dans mes oreilles, et ma gorge m’interdit de respirer. Le monde devient rapidement trop flou, trop sombre, trop vacillant.

Je vais mourir, ici, dans ce foutu village d’impurs.

Respire.
Inspire, et souffle. Comme si tu soufflais tes bougies.
Tu vas jamais fêter tes quatorze ans, pauvre idiote, tu penses qu’on voudra de toi après ça ? Que celle qui t’as causé ce statut voudra toujours être là ? Idiote, à vouloir une famille tu te retrouves avec rien.

Rien du tout.

Sauf une humiliation publique et de la poussière sur ton pantalon.

À genoux, à deux-cent mètres de la maison sorcière la plus proche, j’attend que ma tête cogne les pierres au sol, et m’abandonne ici. Frigorifiée, d’horribles sueurs me coulent dans le dos, sur le front, sur les bras. Mes ongles se plantent dans mon ventre, puis sur mes joues, mes paupières, ma nuque. Mes dents mordent mes lèvres, puis ma peau.

Comme si le monde s’arrêtait de tourner.

Et pourtant, je continue de vivre. Certaine qu’en rentrant chez moi, sur la place Armand Malefoy, un Sang-Pur qui me souriait gentiment avant me tendra une embuscade.

Je vais mourir.

L'Univers me fixe, se moque,
me frappe et m’humilie.

Tout va trop vite, et tout est trop sombre.

Comme si le monde se repliait,
et se tordait,
sans s’arrêter.

Par pure vengeance. Voilà ce qu’un diablotin méritait. Pour quitter ces treize ans, le chiffre du diable, quoi de mieux que de lui faire perdre tout ce qu’il possédait de plus précieux ?

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