Le Vent se lève
[font=IM Fell English]PARTIE I
-Sur le fil-[/font]
Quai du Poudlard Express
En descendant du train, elle fouilla pendant quelques secondes le quai du regard.
Elle était agacée et n’avait aucune envie de se retrouver avec son frère dans la voiture, à passer un voyage ennuyeux à en mourir, à compter les nuages puis le nombre de voitures rouges qu’ils allaient dépasser.
Elle croisa les bras, posa sa valise et soupira. Encore si elle avait eu droit à sa baguette, elle aurait pu lancer un sort à sa malle pour qu’elle se soulève toute seule. Mais là, non, rien, merci le conseil des sorciers !
Intérieurement, elle enrageait.
Retournant du regard tout le quai dans l’espoir d’apercevoir la chevelure rousse attendue, elle se résigna à transporter sa malle jusqu’au poteau permettant d’entrer dans la gare moldue. *Il m’aurait tout d’même pas oublié, ce con !*
D’accord, les précédentes vacances n’avaient pas vraiment été celles attendues. Il y avait eu des gros ratés et des dérapages, mais c’était trop tard de toute façon pour y remédier.
Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était pourquoi son idiot de frère se résignait à ne pas pointer le bout de son...
Un grand choc provenant de sa gauche la fit vaciller toute entière. Elle crut partir un instant en arrière et se crispa, prête à encaisser sa chute, lorsqu’à sa grande surprise, une main empoigna son poignet, l’empêchant de se rétamer en beauté sur le sol.
Un coup sec la remit sur pied. Elle grimaça, peu ravie de ce qui était arrivé à son bras, et leva la tête dans l’espoir d’y trouver le débile qui avait failli la renverser afin de lui coller sa main dans la tronche. Faute de baguette, il fallait bien trouver d’autres moyens pour s’exprimer.
« Alisoooooon !!! »
Ses orbes furieux rencontrèrent ceux ravis d’un garçon roux, aux cheveux courts et en bataille, le regard bleu pétillant, et des taches de rousseur grêlant son visage.
La stupeur la figea sur place, tandis que le gamin la soulevait de terre et la serrait dans ses bras.
« C-Connor ? » bafouilla-t-elle en essayant de se redonner une contenance.
Son petit frère avait grandi *trop vite* mais semblait déterminé à ne pas se laisser abattre par la réaction glaciale de sa sœur.
« Eh, soit contente par Merlin ! » chuchota le rouquin avec précipitation. « J’ai accompagné Jack pour t’éviter un voyage chiant comme la Lune ! »
Elle voulut rétorquer que la Lune était bien loin d’être « chiante » , et qu'elle était giga contente, mais le gamin ne lui en laissa pas le temps. Il souleva sa malle de terre tandis qu’elle lui courait à moitié après, pestant contre les adultes qui ne la voyaient pas ou l’ignoraient, alors que son frère gambadait devant elle.
*Mais merde ! Elle est lourde en plus, ma m...*
Son nez s’écrasa contre un tee-shirt, au milieu de deux omoplates robustes.
« CONNOR ! » Rugit-elle, lui dédiant un magnifique regard de manticore furieuse.
« Calme, Ali. Regarde, on a retrouvé Jack ! »
En effet, droit comme un i et semblant lui aussi retourner la foule du regard comme si les passagers n'étaient que de vulgaires fourmis, Jack se tenait contre un poteau de pierre.
Elle ne put s’empêcher de le trouver fatigué, et aussi... Étrangement nerveux. Certainement que si ses yeux avaient été des flingues, il n'y aurait plus beaucoup de monde de vivant sur le quai.
Haussant les épaules, elle fit signe à son frère de se remettre en marche.
Peine perdue. On ne s’appelle pas Connor Morrow pour rien.
Le gamin la tira dans l’ombre d’un autre poteau et lui lança un regard malicieux.
« J’propose on fait le tour du poteau en se cachant, puis on lui saute dessus ! »
Le problème avec Connor, c’est que des idées comme ça, il en avait douze à la minute. Et le problème avec ces idées, c’est qu’elles étaient foutrement tentantes.
Elle se passa une main dans les cheveux, avant de se balancer d’avant en arrière. Une mauvaise habitude héritée de sa grand-mère, et qui réapparaissait quand elle était nerveuse ou en proie au doute.
Certes, c’était méchant. Jack ne semblait pas très bien, *p’t’être même qu’il s’inquiète de pas nous voir rev’nir*, il lui avait offert des aquarelles.
Mais d’un autre côté... *C’est lui qui a fouillé dans ma chambre pour trouver mon écharpe. C’est lui qui a balancé mes aquarelles. C’est lui qui a fait tout partir en vrille.*
La rancœur réchauffait doucement son cœur.
Oh oui, par Circé, ça devrait être tellement agréable de voir la peur s’inscrire sur le visage de Jack Morrow, ce frère parfait, parti à Gryffondor et n’ayant peur de rien ! Un énorme plaisir, qu’elle avait à porté de main, qui résidait en un mot !
Mais non.
Décidément, elle ne pouvait pas faire cela. *Maman a raison. J’suis une bonne Poufsouffle trop bien rangée.*
Inexplicablement, ses poings se serrèrent.
Elle parvint à peine à desserrer les mâchoires pour articuler à l’intention de Connor un « On n’a plus cinq ans... »
Puis elle croisa à nouveau les yeux bleus, qui lui rappelaient monstrueusement ceux d’une petite Poufsouffle de première année, rayonnante comme le soleil.
« Ok. »
Au diable les bonnes manières. A son tour de s’amuser un peu !
Un sourire terrifiant étira ses lèvres, découvrant ses dents.
« Ok, on y va. »
Le rouquin bondit de joie à ses côtés, puis, malle toujours en main, entreprit de fendre la foule pour jouer son mauvais tour.
*On va voir si les Jaunes ne sont que des boursouflets sous calmants et apathiques. On va voir s’ils sont trop rangés et trop gentils. On va voir...*
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Le Vent se lève
Saut dans le vide.
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*C’est pas une bonne idée, c’est pas une bonne idée, c’est pas du tout une bonne idée...*
Connor cavalait en tête, sa malle à la main, faufilant sans effort son grand corps maigre entre les passagers.
Elle restait un peu en retrait, se baissant dès qu’elle croyait que Jack tournait la tête vers eux. Ce qui arrivait soit trop, soit pas assez.
Dans sa tête, le foutoir. Mis à part une pauvre phrase qu’elle se répétait en boucle, elle n’arrivait pas à concevoir ce qu’elle était en train de faire.
*C’est pas ...*
Mais c’était trop tard. Et puis, qu’est-ce qu’elle pouvait faire pour enrayer la machine bien huilée de la blague de Connor ? Se dresser brutalement devant Jack et ponctuer son apparition soudaine d’un « salut » morne et diplomate ? Puis après ? Devoir se coltiner le regard déçu et triste de Connor, devoir supporter ses soupirs à fendre l’âme, ses yeux qui se détournent, ses mains qui se tordent, sa lèvre inférieure qui tremblote, son grand corps tout recroquevillé sur lui-même comme un poussin encore dans sa coquille ?
*C’est pas du tout...*
Puis il y aurait sa mère. Les mamans, elles savent détecter quand leurs gosses ne vont pas bien. Alors imaginez si l’un d’eux revient en imitant le poussin blessé ? Elle la démolirait du regard, irait réconforter son frère, et en conclurait probablement qu’elle n’était qu’une petite idiote de Poufsouffle bien rangée. Ce qui la rendrait malade.
*C’est pas une bonne idée, bordel !*
Connor s’était arrêté derrière un poteau à quelques pas de celui de Jack et lui faisait signe de le rejoindre. Ses pieds prirent pour elle la décision de le rejoindre.
« Voilà ce qu’on va faire », murmura le gamin avec un air professionnel. Pour sûr, celui là, il pouvait l’adopter au vu du nombre de fois qu’il avait fait des conneries. Elle musela sagement ses inquiétudes et attendit la suite du programme, qui serait certainement beaucoup moins sage.
« Si t’as un peu observé, Jack regarde plus ou moins toutes les dix secondes dans notre direction. »
Bien sûr. Tout le monde pouvait relever cela. *Qu’on s’étonne après si je suis un peu dérangée.*
« On va le contourner quand il s’ra tourné vers là-bas, puis on s’glissera jusqu’à ce poteau » continua le rouquin sans se démonter le moins du monde devant l’air perplexe de sa sœur. « Une fois là, tu restes derrière c’te dame qui a une chemise rose à fleurs. Moi, j’irai d’vant l’monsieur à la barbe grise. Puis à trois, j’te ferai signe, et on lui saute dessus ! Le mieux, c’est avec un cri de guerre. Des questions ? »
Elle aurait voulu protester que la dame à la chemise rose était trop repérable. Que le monsieur à la barbe grise était trop proche. Que le signe, elle ne le verrait peut-être pas, qu’ils n’arriveraient pas à se coordonner pour sauter sur Jack, que c’était risqué, que ça allait attirer l’attention de tout le monde sur eux et qu'elle détestait ça, mais elle ne dit rien.
Elle ne dit rien, parce qu’elle voyait le regard de poussin mouillé de Connor si elle refusait, l’air fâché de sa mère si elle se dérobait, l’air agacé de Jack de l’avoir fait attendre à ce point, l’air...
« Pourquoi il tire c’te tronche, Jack ? »
Les mots s’étaient échappés tous seuls de sa bouche.
Elle aurait voulu les rattraper pour les y enfourner à nouveau, mais ils avaient déjà filés.
*Lâches.*
Elle rencontra à leur place le regard surpris de Connor, qui s’attendait probablement à toutes les questions possibles sauf celle-ci.
« T’es pas au courant ? »
Ses joues se gonflèrent et elle souffla, impatiemment.
Non, elle n’était pas au courant ! Elle était enfermée dans un château depuis le début de l’année et n’avait pas vraiment reçu de courrier alors, non, dix mille fois non, elle n’était pas au courant !
Le gamin remarqua son air blasé, car il répliqua sans attendre :
« Ça fait des mois qu’il est stressé, il a pas voulu dire pourquoi. L’matin, il s’lève, mange une fois sur deux puis s’enferme dans sa chambre. Il en ressort que l’midi ou l’soir, ou que quand maman le colle à la porte pour qu’il aille faire des courses. Il parle pour dire le minimum, et souvent, pour ne rien dire. J’sais même plus s’il sait pourquoi on a inventé la langue anglaise. M’enfin, tout ça tu le saurais si tu m’avais écrit. »
Vlan. Elle tressaillit et jeta à son frère un regard à la fois indigné et piteux.
Parce que si le ton de Connor était accusateur, c’était peut-être bien parce qu’il s’agissait d’un reproche.
Baissant la tête, honteuse, elle se mit à se mordiller la lèvre. Elle n’arrivait pas à trouver de réplique à cela. C’était vrai, elle avait été égoïste, et son frère venait de le lui asséner en pleine figure.
« Toi... T’aurais pu m’écrire... » Bredouilla-t-elle en désespoir de cause.
Et si sa voix tremblait, c’est peut-être bien parce qu’elle espérait une réponse affirmative. Un petit hochement de tête, un regard un peu gêné, une grimace signifiant qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Car quoi ! Lui aussi avait des mains, une plume, de l’encre !
À la place, elle s’attira un regard noir (cruellement semblable à celui qu’elle pouvait s’adresser dans les miroirs) et un soupir exaspéré.
« Vraiment ? »
Elle se renfrogna. D’accord, elle l’avait déçu.
De très mauvaise foi, elle lui renvoya un regard vert sombre, avant de se tourner vers Jack et de déclarer :
« Bon, on prend racine ou on s’bouge? »
Contrairement à ce qu’elle avait prévu, un grand sourire illumina le visage de Connor.
*En fait, il en faut pas beaucoup pour qu’il sourie.*
Le rouquin disparut dans la foule, serpentant entre les familles pour rejoindre son placement. Elle fit de même, se baissant parfois pour ne pas se faire remarquer.
Son cœur commença à battre plus vite, plus fort. Merlin, elle avait la trouille. Encore un peu, et elle était persuadée que Jack entendrait les battements désordonnés de l’organe qui cognait comme un dératé dans sa poitrine.
Un voile d’excitation passa devant ses yeux lorsqu’elle vit le signal de Connor, un simple geste de la main des plus efficaces.
Sautant de taches d’ombres en taches d’ombres, comme elle avait l’habitude de le faire quand elle se déplaçait dans les couloirs de Poudlard, elle vit du coin de l’œil Connor se rapprocher dangereusement de leur cible.
Sprintant un peu, elle se jeta sur le dos de Jack en même temps que Connor, qui lâcha un long hurlement de joie.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Le Vent se lève
Comme un Ouragan...
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Hum. Elle jeta un regard fier à la ronde, comptant mentalement combien de passagers les regardaient d’un air choqué ou avaient porté une main à leur poitrine et les détaillaient avec un air effaré.
Certes, le plus drôle devait être Jack.
Elle ne le reconnaissait plus avec cette tête terrifiée. Des yeux exorbités, la bouche ouverte en un « O » parfait, les sourcils dressés, sa main tremblante autour de sa baguette. *Pour sûr, on fait peur. Ouuuuh, on est des détraqueurs ! Ou juste des détraqués.*
Pendant que Connor riait franchement, elle jeta un regard profondément ironique à Jack, lissant sa jupe du plat de la main et adoptant un sourire de strangulot qui s’est dégoté une proie.
« On est là. » Rajouta-t-elle, son sourire augmentant d’un cran.
« Vous... Êtes... Tarés... » Souffla Jack en rangeant sa baguette.
Elle se fit la réflexion qu’il avait l’air encore plus nerveux, et très énervé.
D’un geste, il leur indiqua le mur, fit passer les deux devant lui et leur emboîta le pas.
Connor trouva le moyen de glisser à sa sœur un « Tu vois, t’as d’la chance que j’sois venu! » avant que Jack ne surgisse derrière lui, l’air toujours aussi sombre et préoccupé.
Une fois dans la voiture, il démarra sans préambule, ce qui ne retint pas Connor de babiller allègrement pendant tout le trajet sur les dernières nouvelles dans la famille. Ainsi, Elizabeth était partie avec une amie à Bath, June adorait modifier les mots pour leur intégrer « chat » dedans, leur mère avait dû repeindre une partie de la cuisine après une potion ratée, et le plus important : Lysander l’attendait pour les vacances de Juillet.
Elle ne l’écoutait que d’une oreille, les yeux accrochés aux détails du paysage qui filaient devant elle. Elle aimait la vitesse qu’ils prenaient dans cette bagnole, elle aimait voir les couleurs filer, elle aimait entendre le chuintement du vent ou le clapotis de la pluie contre le verre. Elle se croyait alors dans un gigantesque aquarium silencieux, où parfois le léger son sec d’un changement de vitesse troublait la quiétude environnante.
Malgré tout ce que débita Connor, elle ne trouva pas plus d’informations sur l’état de Jack. Non pas qu’elle fut inquiète (elle lui en voulait encore trop pour cela), mais c’était une sorte d’agacement à le voir ainsi : engoncé dans son mutisme, nerveux.
Il avait déjà failli manquer un embranchement à la sortie de Londres, ce qu’elle lui avait rappelé peut-être un peu trop brusquement. Dans tous les cas, la voiture avait fait une embardée, sans clignotant, et avait fusé dans la bonne voie.
Et pas un mot ! Non, pas de « merci » ou de « oups désolé, ça a un peu secoué », rien. Le néant astral n’aurait pas pu être plus vide de paroles.
Elle s’était à son tour renfrognée et calée contre la vitre, ne marquant les pauses du récit de Connor que par des petits hochements de tête ou des mots lâchés du bout des lèvres et précipitamment, comme si elle était agacée (ce qui était le cas) ou qu’elle avait peur de ne pas avoir le temps de finir avant que le débit incroyable de son petit frère ne la submerge (ce qui était également le cas).
Après avoir garé la voiture sans douceur, Jack les avait flanqués dehors, avait presque oublié de reprendre sa malle dans le coffre, et leur avait distribué chacun une grosse poignée de poudre de cheminette.
Les flammes vertes l’enrobèrent à nouveau. Elle bloqua sa respiration pour ne pas sentir l’odeur fumée et suffoquant, ferma les yeux et... Vouf.
En quelques secondes, elle se retrouva dans le salon, Connor devant elle en train de s’épousseter. Un nœud commença à se former dans sa gorge, l’obstruant totalement et l’empêchant de dire quoi que ce soit à la femme qui s’était dressée devant elle.
« Ah, vous voilà ! Merlin, vous m’avez fait peur, vous en avez mis du t... »
Un éclat vert dans la cheminée, puis Jack en sortit.
Ou plutôt, en fût éjecté les cheveux en pétard, intégralement noir de charbon, les yeux écarquillés. Une sorte d’ouragan et une détonation l’accompagnèrent, faisant s’entrechoquer les assiettes dans les placards et trembler les murs.
*Oh. Pu. Tain.*
Quand elle rouvrit les yeux, elle fut gênée par une épaisse couche de fumée qui stagnait dans les airs. Sa gorge la grattait horriblement, ses yeux piquaient, et ses vêtements et mains étaient couverts de cendre noire et gluante.
Le salon était joliment dévasté, ses bottines enfouies sous des hectolitres de poussière, sa malle tout aussi dégueulasse.
Un fauteuil se retira discrètement au fond de la pièce, de peur d’être encore plus sali, et les franges du tapis se perdaient dans les cendres. Un lourd silence tomba sur la pièce, tandis que le vase sur le haut de la cheminée trouva visiblement le moment opportun pour s’écraser au sol, s’éparpillant en mille échardes de verre
La deuxième chose qu’elle remarqua fut le regard bleu acier qui semblait découper allègrement le brouillard.
Toussant, elle essaya de s’approcher d’une fenêtre pour l’ouvrir mais une voix glaciale et rauque la stoppa net.
« Alison, n’ouvre pas. Tout est déjà assez sale pour que tu colles en plus tes mains sur la fenêtre. »
Sa main retomba le long de sa cuisse tandis qu’elle pivotait vers les orbes toujours furieux. Heureusement, ce n’était pas vers elle qu’ils se dirigeaient aujourd’hui.
« Jack. Morrow. » Articula sa mère, la voix vibrante de colère mal contenue. « C’est-la-deuxième-fois-que-ça-arrive-en-moins-d’UNE-SEMAINE ! »
Le rugissement de sa mère la fit frémir. Instinctivement, elle rentra la tête entre ses épaules, le bras droit ankylosé par le poids de sa malle.
Jack n'était visiblement pas très fier (du moins, d’après ce qu’elle percevait à travers la nappe écumante de brouillard), et se tordait les mains, les yeux rivés à ses chaussures. Ou du moins, ce qui devait être ses chaussures si un château de cendre n’avait pas élu domicile dessus.
« Bon ben... Ce fut une reproduction assez réaliste de Pompéi et du Vésuve... »
Elle étrangla un rire dans une quinte de toux, tandis que sa mère ignorait royalement la remarque de Connor.
Une lueur perça soudainement la brume, puis les fenêtres s’ouvrirent d’un coup, laissant un vent puissant tout balayer à l’intérieur.
Elle voulut se frotter les yeux de ses paumes, mais s’arrêta en voyant leur couleur noirâtre.
« Connor, dans la salle de bain. Alison, Jack, vous prenez vos baguettes et vous m’aidez à nettoyer ce foutoir. Exécution ! »
Le hurlement final aurait fait pleurer d’effroi le plus valeureux des guerriers.
Les mains moites, le souffle court, elle injuria encore une fois les responsables de la confiscation de sa baguette. Elle aurait pu faire tellement de choses avec ! À commencer par prouver à sa mère qu’elle savait lancer des « Recurvite » et des « Reparo », qu’elle était utile, qu’elle pouvait l’aider...
Sa frustration atteignait des sommets vertigineux.
Rageuse, elle débarrassa à la main ses bottines de la majorité des cendres avant d’expliquer précipitamment à sa mère la situation.
Celle-ci tiqua, mais s’abstint de poser des questions. Elle n’y couperait certainement pas le soir, au repas, mais dans l’immédiat, elle avait quelques heures devant elle pour se calmer.
Ramassant sa malle après que sa mère l’ait nettoyé d’un Recurvite, elle déposa ses chaussures dans l’entrée en espérant qu’une bonne âme les laverait de fond en comble. Son regard croisa celui de Jack, normalement occupé à laver les franges du tapis.
*Mouvement.*
Ses sourcils se froncèrent automatiquement, tandis qu’il lui faisait à nouveau signe d’approcher.
Méfiante, elle esquissa quelques pas en chaussettes, veillant à ne pas faire grincer le parquet.
Arrivée à quelques centimètres de lui, elle haussa à nouveau les sourcils, sur ses gardes. *S’tu veux que j’m’accuse, c’est trop tard.*
Il leva les yeux au ciel, comme s’il avait deviné ses pensées.
« J’dois t’parler. »
Un sourire ironique releva ses lèvres. Elle le défia du regard, puis pointa le salon ravagé. *Mais vas-y, on est seuls !*
« Lutin bordel ! »
Le chuchotement frénétique la fit paniquer. Heureusement, sa mère était toujours dans la cuisine. Jack se retourna à nouveau vers elle, tendu.
« C’est important. »
Elle se laissa quelques fractions de secondes pour digérer l’information. Jack avait besoin d’elle. Jack-le-Connard qui avait brûlé ses aquarelles avait besoin d’elle. *Qu’il est crétin !*
Il n’aurait jamais dû le lui avouer.
Parce qu’elle, elle n’était pas sage. Elle n’était pas gentille. Elle n’avait pas pardonné. Et elle était toujours furieuse.
Tournant les talons, elle monta les escaliers quatre à quatre, plantant royalement son frère sur place.
Et puis quoi, encore ? Se laisser faire et lui manger dans la main ? *Jamais !*, rugit son cœur. *Jamais !*, scandèrent ses pensées.
Forte de ses résolutions, elle vira un Connor à moitié habillé de la salle de bain avant de s’y enfermer.
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.
Le Vent se lève
Cache-cache
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Une semaine.
Elle avait tenu une semaine à éviter les regards insistants de Jack, à s’enfermer dans sa chambre en prétextant qu’elle avait envie de terminer quelques fiches de cours, à s’échapper le soir le plus vite possible pour faire la vaisselle ou pour regarder les étoiles, à se faufiler entre les ombres le matin pour échapper aux questions.
Elle avait l’impression d’être une minuscule petite souris chassée par un énorme womatou pas content. Pas sa faute s’il n’arrivait pas à mettre sa grosse patte sur elle, non plus !
Ce matin, ce fut le clapotement de la pluie contre sa fenêtre qui la tira du sommeil. Celui-ci avait été peuplé d’étoiles étranges, de personnages à la peau bleue et de lapins blancs qui agitaient une montre devant ses yeux, lui expliquant qu’elle allait être en retard pour Koldovstoretz, dont elle ignorait jusqu’au nom il y a quelques jours.
Ses pieds expulsèrent la couette sur un côté du lit, et elle se leva en prenant garde de ne pas faire grincer les lattes du plancher.
Habituellement, elle aurait lancé un Lumos pour pouvoir lire un livre, ou bien se serait entraînée à une métamorphose, en tailleur sur la couette.
Elle sentait à quel point sa baguette lui manquait, et surtout, elle avait peur de la retrouver changée à la rentrée. Et si quelque chose pendant les vacances s’était rompu entre elles deux ? Si sa baguette se vexait de ne pas avoir été manipulée pendant si longtemps ? Et si, pire, quelqu’un la perdait ? Qu’est-ce qu’elle deviendrait, sans elle ?
Chassant ses inquiétudes d’un mouvement de tête, elle s’approcha de la fenêtre pour tenter de déterminer l’heure.
*Conclusion : nuages noirs, ciel bouché, aucune idée.*
Soupirant silencieusement, elle refit quelques pas en direction de la porte, lorsque ses yeux tombèrent sur un carré blanc posé sur le sol.
Tout d’abord : elle avait rangé sa chambre hier de fond en comble. (Elle avait même été obligée de ressortir de vieux balais du placard, ce qui l’avait prodigieusement agacée).
Ensuite : elle ne pliait pas des morceaux de papier. Ça faisait des gros plis quand elle voulait ensuite dessiner dessus, c’était débile.
Enfin : Son nom était écrit dessus.
Certainement que ce n’était pas une lettre. Il n’y avait pas eu de hiboux, pas de cachet, pas d’enveloppe. Juste une feuille pliée, où une écriture fine et un peu tremblante avait inscrit « Alison. »
Intriguée, elle se saisit du papier, avant de retourner s’asseoir sur son lit.
Allumant sa lampe de chevet, elle ouvrit la feuille, la lissa du plat de la main, et commença à lire.
ᚨᛚᛁᛊᛟᚾ. ᛃᛖ ᛞᛟᛁᛊ ᛏᛖ ᛈᚨᚱᛚᛖᚱ. ᛊ'ᛁᛚ ᛏᛖ ᛈᛚᚨᛁᛏ.
ᛏᚢᛖᛊ ᛚᚨ ᛊᛖᚢᛚᛖ ᛜᚢᛁ ᛈᛖᚢᛏ ᛗ'ᚨᛁᛞᛖᚱ.
Jack.
Oh. Oh le con ! C’était si injuste !
Il le savait. Il le savait qu’elle allait sauter sur l’occasion d’apprendre l’alphabet runique, surtout lorsqu’on savait que Jack avait eu un O à son examen de fin d’année en cette matière. Mais quel con !
Elle était furieuse, prise au piège. Elle avait voulu jouer, et voilà ! Il la connaissait mieux qu’elle, et la narguait, en plus !
Maugréant, elle se leva pour tirer son manuel de rune de sous son lit, et l’ouvrit à la page de l’alphabet futhark. Il ne perdait rien pour attendre, celui-là !
Alison. Je dois te parler. S’il-te-plaît.
Tu es la seule qui peut m’aider.
Jack.
*Ben merde alors. Il doit vraiment être désespéré. Ça lui apprendra à balancer des palettes d’aquarelles dans les FLAMMES !*
Chiffonnant le mot, elle le jeta sous son lit avec le manuel de runes.
Impossible de fermer l’œil, à présent.
*Il a réussi son coup. Quel con.*
Se redressant, elle tira une feuille de papier de sous son lit *faudra que j'range un jour c'qu'il y'a d'ssous...*, elle se saisit d'un stylo pour répondre.
Ouvrant le manuel à nouveau, elle posa la feuille sur l'un des côtés, et entreprit d'écrire, formant les lettres avec application.
Elle s'apprêtait à replier le papier lorsqu'une once de culpabilité la stoppa. *De curiosité, pas d'culpabilité.*ᚲᚨ ᛊᚢᚠᚠᛁᛏ, ᚨᚱᚱᛖᛏᛖ ᛞᛖ ᛏᛟᚢᚱᚾᛖᚱ ᚨᚢᛏᛟᚢᚱ ᛞᚢ ᛈᛟᛏ !
ᛏᚢ ᛈᛖᚾᛊᛖᛊ ᚱᛖᛖᛚᛚᛖᛗᛖᚾᛏ ᛜᚢᛖ ᛃ'ᚨᛁ ᛖᚾᚹᛁᛖ ᛞᛖ ᛏ'ᚨᛁᛞᛖᚱ ?!
Éteignant la lumière, elle se glissa hors de son lit sans bruit et ouvrit la porte.ᛏ'ᚨᛊ ᛜᚢᛟᛁ ᛖᚾ ᚲᛖ ᛗᛟᛗᛖᚾᛏ ?
Pas un souffle, pas un son.
En fermant les yeux, elle pouvait percevoir les respirations tranquilles de Connor et June, dans les chambres voisines aux siennes. Deux portes à gauche, la chambre de Jack.
De la lumière filtrait de sous la porte. *Merde.*
Il était absolument hors de question de glisser le papier alors que son frère était éveillé. Il serait capable d'essayer de lui courir après. *Sauf si j'cours plus vite que lui...*
Lentement, elle s'approcha de la porte, y glissa le mot d'un geste rapide, puis s'enfuit en courant dans sa chambre, avant de barricader l'entrée avec la chaise de son bureau.
Le cœur battant à mille à l'heure, elle entendit distinctement une porte grincer, des pas s'approcher de sa chambre, la poignée grincer en se baissant... Jack tenta plusieurs fois d'ouvrir, puis partit avec un soupir résigné.
S'enfouissant sous sa couette, elle serra sa peluche baleine contre sa poitrine dans l'espoir de se calmer.
Impossible. L'adrénaline était toujours trop présente.
Se rallongeant sur le dos, elle ferma les yeux en se répétant une vieille comptine irlandaise dans l'histoire de s'endormir.
Idir ann is idir as
Idir thuaidh is idir theas
Idir thiar is idir thoir
Idir am is idir áit...
Idir thuaidh is idir theas
Idir thiar is idir thoir
Idir am is idir áit...
Plume, oups pour ce retard, je m'en excuse platement...Ah, en fait on s'en fiche je suis juste en retard avec moi-même.
Traduction du mot d'Alison : Ça suffit, arrête de tourner autour du pot !
Tu penses réellement que j'ai envie de t'aider ?!
T'as quoi en ce moment ?
Bref, je te laisse découvrir cette jolie musique que tu connais déjà : o°o ! Profite bien !
Traduction du mot d'Alison : Ça suffit, arrête de tourner autour du pot !
Tu penses réellement que j'ai envie de t'aider ?!
T'as quoi en ce moment ?
Bref, je te laisse découvrir cette jolie musique que tu connais déjà : o°o ! Profite bien !
Je ne lâche jamais rien. Quand je commence une barre de chocolat, je la mange jusqu'au bout.