Roderick Gallagher
- Statut :
- Né-Moldu
- Naissance :
- 18 octobre 2038
- Nationalité :
- Irlandaise
- Résidence :
- Dingle, Irlande
- Fonction :
- Première année, Serdaigle
- Baguette :
- 27,7 cm en bois de noyer et plume d’oiseau tonnerre
Il est certains lieux bien particuliers, un peu partout sur la Terre, qui sont baignés d'une intrinsèque magie propre à imprégner les êtres qui y vivent suffisamment longtemps, surtout lorsqu'ils y vivent enfant, et surtout lorsqu'ils ont la grâce toute particulière d'y naître.
Ainsi en est il de la ville de Dingle, dans le compté de Kerry, sur la côte sud-ouest de l'Irlande.
Roderick Gallaher y était venu au monde presque dans l'océan, le 18 octobre 2038. Ciara, malgré l'approche du terme de sa grossesse, était partie ce matin là en quête de palourdes sur la plage de la baie de Gallarus, non loin, afin d'agrémenter le plat du jour de la petite auberge traditionnelle qu'elle tenait non loin du port de pêche d'où partait en mer pêcher son mari, Liam. Seule sur la grande plage battue par les vagues courtes et mauvaises, grises comme le ciel peuplé de nuages furieux se déployant et se déchirants comme un brasier sombre, elle s'employa au dur travail qu'elle s'était imposé et anticipant avec alacrité la satisfaction bonhomme des marins pêcheurs qui viendraient s'attabler chez elle ce midi. Mais il était dit que l'auberge resterait fermée ce midi là. Les efforts déraisonnables consentis par Ciara déclenchèrent les premières contractions. Ciara, les deux mains sur le ventre, perdant les eaux, tenta de rejoindre sa voiture garée au bord de la route côtière. Las! Le mystère de la vie s'accomplit une fois de plus. Un vieux médecin à la retraite, passant en voiture et semblant tout droit sorti d'un roman d'Oscar Wilde, voyant s'effondrer Ciara, la secourut de son art. Et c'est ainsi que naquis Roderick, emmaillotté dans un châle de laine, ni vraiment sur terre, ni vraiment sur mer.
Ses yeux avaient comme capturé tout de ce lieu et de ce jour qui l'avait vu naître, fixant dans son iris grise la violence, la passion, la joie, la force et la tendresse de ce ciel et de cette mer mêlées qui furent ses parrains et marraines de circonstance ce 18 octobre là. Ce regard était irlandais, presque jusqu'à la caricature. Pourtant ni vert, ni bleu, mais indubitablement irlandais.
Roderick avait développé un caractère tout en cohérence avec ce que promettaient ses yeux. Passionné jusqu'à la brutalité, sentimental, tendre, colérique, rêveur, solitaire, il aimait chanter de vieilles chansons irlandaises mélancoliques évoquant les marins et la mort sans pour autant rien y comprendre encore, car tout ce qui apparaît à un petit garçon de 11 ans, nimbé par la lumière merveilleuse et claire de l'aube de sa vie, semble toujours avoir été là et devoir durer toujours. Ainsi Roderick jouait il à la mélancolie comme les autres garçons du port jouaient à s'effrayer en entrant sur le seuil du vieux manoir abandonné à l'extérieur de la ville, et en s'enfuyant en courant au moindre bruit pour rejoindre la sécurité de la lumière. Roderick, lui, imaginait tout perdre dans l'un des drames relatés par les vieilles chansons qu'il fredonnait et qu'il avait entendues chanter par les marins, à la fin des repas qu'ils prenaient à l'auberge de sa mère. Il n'allait jamais au bout de ces chansons. Peut être par superstition. Peut être aussi parce qu'il percevait intuitivement le singulier pouvoir des mots mis en musique; car les mots créent et détruisent. Quoi qu'il en soit, Roderick, après s'être aventuré en chanson devant l'entrée des cavernes sous marines sombres et peuplés des âmes des marins morts en mer, ne finissait pas sa chanson et n'y entrait pas et regagnait la surface, et la vie.
Ainsi, par caractère, était il devenu familier avec la mort, qu'il voyait comme une vieille femme sévère mais au regard plein de commisération pour l'Homme. Il ne voyait pas de contradictions entre cette familiarité et la puissance de sa jeune vie qui innervait son être et lui faisait désirer la vie, pleinement, justement parce que c'est sa finitude qui lui donnait un prix inestimable. Mais cette maturité peu courante l'avait isolé de ses camarades qui éprouvaient pour lui une admiration mêlée de crainte parfois grimée en moquerie. Sans qu'il ne fût haï par ses camarades, ceux ci ne pouvaient répondre à son besoin d'approfondir certains aspects de la vie, et peu d'adultes prenaient au sérieux les déclarations péremptoires qui lui échappaient parfois de la bouche. Ainsi, entre la crainte irraisonnée des enfants de son âge et la condescendance imbécile des adultes, Roderick vivait il une certaine solitude intérieure.
Son père, un homme doux et fort comme la mer irlandaise, était peu loquace. Roderick n'avait pas encore compris que son père ne parlait pas de ces sujets existentiels parce qu'il n'y a pas à en parler, parce qu'ils sont inhérents au mystère de l'Homme, parce qu'ils vont de soi comme les collines vertes, les pierres dressées, les rivières claires et rapides de leur pays, l'Irlande. La mère de Roderick était plus ardente, et n'évoquait pas de tels sujets qui, disait elle, "n'épluchaient pas les patates, en attendant!". Et la chaleur de cette joie vive et pétillante comme un feu de sapin égayait le visage de Roderick et le tirait de ses songes trop grands pour son esprit de petit garçon de 11 ans.
Ainsi, assis sur le pilastre droit du portail de la maison familiale, Roderick regardait il la mer, tenaillé par le désir de connaître et le désir d'être compris et aimé. Il n'était pas très grand, mais d'une constitution solide. Ses cheveux d'un roux sombre, tirant sur le châtain, encadraient son visage long, aux traits déjà masculins. Son visage se départissait déjà de la grâce enfantine pour devenir plus énergique. Il n'était plus vraiment beau, au sens ou les petits enfants sont beaux. Mais le nez saillant, la bouche mince, la ligne marquée de la mâchoire, le front haut et large s'organisaient autour du regard gris de Roderick et lui donnait déjà un charme masculin qui n'était plus vraiment celui de l'enfance.
Ainsi, Roderick, un pied dans ses rêves et un pied sur la boîte aux lettres, attendait l'appel du destin.
Ainsi en est il de la ville de Dingle, dans le compté de Kerry, sur la côte sud-ouest de l'Irlande.
Roderick Gallaher y était venu au monde presque dans l'océan, le 18 octobre 2038. Ciara, malgré l'approche du terme de sa grossesse, était partie ce matin là en quête de palourdes sur la plage de la baie de Gallarus, non loin, afin d'agrémenter le plat du jour de la petite auberge traditionnelle qu'elle tenait non loin du port de pêche d'où partait en mer pêcher son mari, Liam. Seule sur la grande plage battue par les vagues courtes et mauvaises, grises comme le ciel peuplé de nuages furieux se déployant et se déchirants comme un brasier sombre, elle s'employa au dur travail qu'elle s'était imposé et anticipant avec alacrité la satisfaction bonhomme des marins pêcheurs qui viendraient s'attabler chez elle ce midi. Mais il était dit que l'auberge resterait fermée ce midi là. Les efforts déraisonnables consentis par Ciara déclenchèrent les premières contractions. Ciara, les deux mains sur le ventre, perdant les eaux, tenta de rejoindre sa voiture garée au bord de la route côtière. Las! Le mystère de la vie s'accomplit une fois de plus. Un vieux médecin à la retraite, passant en voiture et semblant tout droit sorti d'un roman d'Oscar Wilde, voyant s'effondrer Ciara, la secourut de son art. Et c'est ainsi que naquis Roderick, emmaillotté dans un châle de laine, ni vraiment sur terre, ni vraiment sur mer.
Ses yeux avaient comme capturé tout de ce lieu et de ce jour qui l'avait vu naître, fixant dans son iris grise la violence, la passion, la joie, la force et la tendresse de ce ciel et de cette mer mêlées qui furent ses parrains et marraines de circonstance ce 18 octobre là. Ce regard était irlandais, presque jusqu'à la caricature. Pourtant ni vert, ni bleu, mais indubitablement irlandais.
Roderick avait développé un caractère tout en cohérence avec ce que promettaient ses yeux. Passionné jusqu'à la brutalité, sentimental, tendre, colérique, rêveur, solitaire, il aimait chanter de vieilles chansons irlandaises mélancoliques évoquant les marins et la mort sans pour autant rien y comprendre encore, car tout ce qui apparaît à un petit garçon de 11 ans, nimbé par la lumière merveilleuse et claire de l'aube de sa vie, semble toujours avoir été là et devoir durer toujours. Ainsi Roderick jouait il à la mélancolie comme les autres garçons du port jouaient à s'effrayer en entrant sur le seuil du vieux manoir abandonné à l'extérieur de la ville, et en s'enfuyant en courant au moindre bruit pour rejoindre la sécurité de la lumière. Roderick, lui, imaginait tout perdre dans l'un des drames relatés par les vieilles chansons qu'il fredonnait et qu'il avait entendues chanter par les marins, à la fin des repas qu'ils prenaient à l'auberge de sa mère. Il n'allait jamais au bout de ces chansons. Peut être par superstition. Peut être aussi parce qu'il percevait intuitivement le singulier pouvoir des mots mis en musique; car les mots créent et détruisent. Quoi qu'il en soit, Roderick, après s'être aventuré en chanson devant l'entrée des cavernes sous marines sombres et peuplés des âmes des marins morts en mer, ne finissait pas sa chanson et n'y entrait pas et regagnait la surface, et la vie.
Ainsi, par caractère, était il devenu familier avec la mort, qu'il voyait comme une vieille femme sévère mais au regard plein de commisération pour l'Homme. Il ne voyait pas de contradictions entre cette familiarité et la puissance de sa jeune vie qui innervait son être et lui faisait désirer la vie, pleinement, justement parce que c'est sa finitude qui lui donnait un prix inestimable. Mais cette maturité peu courante l'avait isolé de ses camarades qui éprouvaient pour lui une admiration mêlée de crainte parfois grimée en moquerie. Sans qu'il ne fût haï par ses camarades, ceux ci ne pouvaient répondre à son besoin d'approfondir certains aspects de la vie, et peu d'adultes prenaient au sérieux les déclarations péremptoires qui lui échappaient parfois de la bouche. Ainsi, entre la crainte irraisonnée des enfants de son âge et la condescendance imbécile des adultes, Roderick vivait il une certaine solitude intérieure.
Son père, un homme doux et fort comme la mer irlandaise, était peu loquace. Roderick n'avait pas encore compris que son père ne parlait pas de ces sujets existentiels parce qu'il n'y a pas à en parler, parce qu'ils sont inhérents au mystère de l'Homme, parce qu'ils vont de soi comme les collines vertes, les pierres dressées, les rivières claires et rapides de leur pays, l'Irlande. La mère de Roderick était plus ardente, et n'évoquait pas de tels sujets qui, disait elle, "n'épluchaient pas les patates, en attendant!". Et la chaleur de cette joie vive et pétillante comme un feu de sapin égayait le visage de Roderick et le tirait de ses songes trop grands pour son esprit de petit garçon de 11 ans.
Ainsi, assis sur le pilastre droit du portail de la maison familiale, Roderick regardait il la mer, tenaillé par le désir de connaître et le désir d'être compris et aimé. Il n'était pas très grand, mais d'une constitution solide. Ses cheveux d'un roux sombre, tirant sur le châtain, encadraient son visage long, aux traits déjà masculins. Son visage se départissait déjà de la grâce enfantine pour devenir plus énergique. Il n'était plus vraiment beau, au sens ou les petits enfants sont beaux. Mais le nez saillant, la bouche mince, la ligne marquée de la mâchoire, le front haut et large s'organisaient autour du regard gris de Roderick et lui donnait déjà un charme masculin qui n'était plus vraiment celui de l'enfance.
Ainsi, Roderick, un pied dans ses rêves et un pied sur la boîte aux lettres, attendait l'appel du destin.